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LES 



Courses de chevaux 



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PARIS 
LIBRAIRIE-HACHETTE ET C" 



1890 



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PRÉFACE 



On a eu depuis deux ou trois ans une manie singulière : 
la manie des belles préfaces. Dès que devait paraître un 
livra traitant d'agronomie, d'astronomie ou de botanique, 
réditeur disait à Tauteur : 

« Votre livre n'a rien d'extraordinaire ; cependant je 
consentirais à l'éditer si vous obteniez une préface d'un 
maître. 

— D'un maître? 

— Oui ; pSiT exemple, connaissez-vous Meilhac, Sardou, 
Halévy ou Dumas ? Le duc d'Aumale serait encore meilleur. 

— Mais c'est très difficile. 

— Alors je ne vous édite pas. Vous comprenez que le 
succès de la vente est possible si nous mettons sur la cou- 
verture : ce Précédé d'une préface de M. ***, de TAcadémie 
française » ; autrement nous ne vendrons pas cinq cents 
exemplaires. On n'achète plus que les romans pimentés 
et les livres qui ont une belle préface. » 

Il arrivait parfois que l'auteur, étant en relations plus ou 
moins intimes avec un académicien, le guettait au passage, 
dans un couloir de théâtre ou en soirée. 

« Cher maître, vous pouvez me sauver la vie! 

— Comment? 



II , PRÉFACE. 

— On ne m'éditera un livre destiné à révolutionner la 
science que si j'obtiens une préface de vous. 

— Une préface!... Cest que.... 

— Voyons, un petit bout de préface, un tout petit bout 
de préface! Qu'est-ce que cela vous coûte? » 

On a beau être académicien, on n'en est pas plus cuirassé 
pour cela contre les dangers de la presse. Un monsieur que 
l'on connaît à peine et qui vous demande un bout de préface, 
comme ce serait tentant de l'envoyer promener! Oui; mais 
s'il est influent et qu'il devienne Un ennemi? Autant pro- 
mettre la préface. Promettre n'est rien, tenir est autre chose. 

Je mê trouvais précisément l'autre matin chez un de mes 
amis qui est de l'Académie française. Je ne vous dirai pas 
qui; cherchez le plus charmant. Il était à sa table, la tète 
dans les niains, comme un homme désolé qui poursuit des 
idées récalcitrantes. Ses traits respiraient la sôufirance d'un 
patient qui va se faire arracher trois dents du fond chez un 
dentiste américain et qui attend l'heure de l'extraction. 

ce Mon Dieu! qu'est-ce que vous avez aujourd'hui? 

— J'ai promis une préface. 

— Pour qui? 

— Je connais à peine l'auteur, et je n'ai pas lu son livre, 
bien entendu. 

— Aïe! je comprends votre martyre. 

— Vous pouvez me plaindre , vous ne me plaindrez 
jamais assez! » 

Et il me fit comprendre la férocité des quémandeurs de 
préfaces s'adressant à un auteur qui forcément, par le simple 
complément de sa signature : «... de l'Académie française », 



PREFACE. III 

est condamné à un travail en prose d'académicien. Ah! si 
c'était de la prose ordinaire, cela irait tout seul; sous un 
pseudonyme cela ne serait rien. On pourrait avoir de l'esprit, 
de la gaieté, écrire bon enfant. Mais ce n'est pas cela qu'a 
demandé l'éditeur. 

« Sayez-vous une chose? » dis-je à mon illustre confrère, 
pour lui faire une peur horrible et lui donner une se- 
cousse : souvent une secousse guérit d'une grande dou- 
leur. « Mon cher ami, je vais pubUer un livre. » 

Il eut un tremblement nerveux. 

« Rassurez-vous; je n'en veux pas de votre préface. Je 
ne veux pas que votre style précède le mien : je souffrirais 
trop de la comparaison. Voyez-vous un amphitryon qui 
servirait les grands crus après le potage et les vins de 
petite marque au dessert! » 

Ceci me décide à présenter moi-même ce livre au lecteur, 
qui n'aura pas à subir des différences de dégustation. 

Je suis né pour ainsi dire dans le monde des courses, où 
mon père s'était fait une situation en dirigeant plusieurs 
feuilles hippiques et en créant le journal le Sport. On 
trouvera donc dans mon livre le résumé de trente années 
d'observation sur un sujet qui a l'air fort simple, mais qui 
exige une étude approfondie. 

J'ai commencé par un historique du turf, aussi rapide 
que possible, pour passer à l'élevage, au dressage et à 
l'entraînement. J'ai consacré les chapitres suivants aux 
courses plates et aux steeple-chases, à des portraits de 
propriétaires, d'entraîneurs et de jockeys, aux courses 
de province. J'ai décrit la grande semaine à Chantilly et la 



IV PRÉFACE. 

journée du Grand Prix de Paris à Longchamp. Je n'ai 
oublié ni le petit public, dont j'ai résumé les mœurs sur 
nos hippodromes, ni la femme de sport, ni les courses au 
trot. J'ai enfin terminé par un dictionnaire des termes 
employés sur le turf, une liste alphabétique de! pro- 
priétaires, avec les noms de leurs entraîneurs, la désigna- 
tion des endroits où ils font entraîner, de leurs jockeys 
habituels et de leurs couleurs, et une liste alphabétique des 
réunions de courses. 

On ne me reprochera pas, j'en suis sûr, la part que j'ai 
laissée aux anecdotes ; on ne me fera pas non plus un crime 
d'avoir cité l'avis des hommes compétents, toutes les fois 
que des questions délicates se sont trouvées sous ma plume. 
J'ai tenu avant tout à ne m'inspirer que de3 autorités en 
turf, et j'espère avoir atteint mon but, grâce à la collabora- 
tion de tous ceux qui sont cités dans le cours de ce travail. 

Si j'ai seulement réussi à donner quelques indications 
utiles à ceux qui se lancent dans la carrière épineuse des 
courses, j'aurai bien mérité quelque indulgence. C'est ma 
seule prétention en rédigeant ces pages, qui sont le résumé 
de ma carrière d'écrivain sportif. 

A. DE SAINT-ALBIN. 



LES 

COURSES DE CHEVAUX 
EN FRANCE 



CHAPITRE I 

ORIGINE ET BUT DES COURSES 

Que le lecteur n'attende pas de mol un retour au déluge pour 
le fixer sur l'origine des courses. — J'y trouverais d'ailleurs une 
certaine difficulté. — Tout fait supposer que le patriarche Noé 
n'était pas un homme de cheval. Dans le grand tableau de Snyders 
qui est au Louvre, parmi les animaux de premier pian, on re- 
marque des béliers, des renards, des chiens, des chats, des ânes, 



2 LES COURSES DE CHEVAUX. 

des lions, des moutons, des lézards, une vache et un taureau, 
diverses espèces de volailles, et, sur un arbre, quatre perroquets 
et d'autres oiseaux. Si le cheval figure sur cette toile célèbre, 
c'est à un plan très secondaire qu'il est relégué. 

Je ne crois pas bien utile non plus de m'occuper de ce qui 
s'est passé dans l'histoire des courses avant le Jockey-Club, 
dont la fondation marque l'ère du grand développement du turf. 

Peu importe qu'au moyen âge on ait donné des prix pour que 
le vainqueur épousât Lindor, la fille du roi, ou qu'à l'avant 
dernier siècle des gentilshommes aient exécuté des paris plus 
ou moins particuliers. 

Vous dirai-je que la plaine des Sablons fu-t le théâtre de 
luttes plus ou moins palpitantes, auxquelles prenaient part les 
pur sang valeureux du comte d'Artois, du duc de Chartres, du 
marquis de Conflans et du prince de Nassau > — Les courses de 
Vincennes sous Louis XVI sont encore trop loin de nous. — Ce 
qu'il nous faut étudier, je crois, c'est l'histoire contemporaine du 
turf français, que, si vous voulez et dans le but principal de 
n'ennuyer personne, nous ferons tout bonnement remonter à la 
fondation du Jockey-Club, dont presque tous les membres fon- 
dateurs sont disparus. 

Il y a une cinquantaine d'années, le Bois de Boulogne présen- 
tait un tout autre aspect qu'aujourd'hui. Une vingtaine de cava- 
liers aimant le cheval se réunissaient toutes les après-midi dans 
une route allant de la Porte des Princes à la Porte Maillot et 
cultivaient avec ardeur toutes les branches de l'équitation. 
M. Ernest Leroy, mort il y a cinq ou six ans à un âge très 
avancé, était le grand maître de ces matinées équestres, dont les 
principaux habitués s'appelaient Denormandie, le comte de Vau- 
blanc, le prince de la Moskowa, le comte de Cambis, le vicomte 
Paul Daru, le comte de Plancy, le comte Guy de la Tour du 
Pin, Eugène Sue, Auber et Auguste Lupin. 

Auber était né centaure; mais ses débuts comme musicien 
n'avaient pas été très heureux : il n'avait pu d'abord acheter 
qu'une monture sans valeur. — Après son triomphe de la Muette^ 



ORIGINE ET BUT DES COURSES. 3 

il s'était offert le luxe d'un pur sang^. Quand il eut essayé le 
fringant coursier, il ne voulut plus entendre parler d'un animal 
de demi-race. Il disait volontiers qu'un cheval qui n'était pas 
inscrit au Stud-Book lui faisait l'effet d'une partition sans mé- 
lodies. 

Eugène Sue attirait l'attention par une élégance prétentieuse 
et visait à prendre une forte teinture de l'aristocratie qu'il fré- 
quentait. Par allusion à la profession de chirurgien qu'il avait 
essayé d'exercer dans la marine, comme son père, les clubmen 
l'avaient surnommé Sulfate^ puis, sentant que ce sobriquet pou- 
vait froisser ses instincts nobiliaires, on y avait ajouté de qui- 
nine. Sulfate de quinine était plus en rapport avec les bottes 
surprenantes et les habits prodigieux qu'il portait. 

Auguste Lupin, l'un des derniers survivants de cet escadron 
d'élite, est resté une des physionomies les plus appréciées du 
turf. 

Auguste Lupin s'éprit du sport à ces chevauchées du Bois 
dont je viens de parler, et acheta quelques poulains à la vente 
après décès de M. de Rieussec, qui venait d'être tué à la tête de 
sa légion par la machine Fieschi. 

Peu de temps après, à la .mort du roi George IV, il ramenait 
du haras d'Hampton Court trois poulinières tout à fait remar- 
quables, dont les premiers produits parurent sur l'hippodrome 
en 1840. On courait au Bois, au Champ de Mars, à' Chantilly. 

Mais les courses de cette époque étaient à peine au berceau. 
Aussi fallait-il entendre les éclats de rire qui accueillirent la déci- 
sion prise par la Société d'Encouragement d'exclure de ses prix 
tout ce qui n'était pas de pur sang. Le Jockey-Club ressemblait 
à un aubergiste qui, manquant complètement de voyageurs, en 
eût profité pour déclarer qu'il ne voulait loger que des notaires. 

On eût bien étonné les incrédules de ce temps là en leur pré- 
disant que la Société d'Encouragement deviendrait un jour la 
puissance qu'elle est aujourd'hui, et que, vingt-cinq ans plus 
tard, elle abandonnerait à l'État les 87000 francs de subvention 
qu'il lui avait alloués. 



4 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Une série de walk-over fut la conséquence forcée des premiers 
programmes qui parurent. — Il n'y avait pas de pur sang, on ne 
pouvait pas en inventer. 

Le duc d'Orléans possédait quelques chevaux de race; les 
autres appartenaient à M. Lupin, à M. Alexandre Aumont, au 
prince de la Moskowa et à lord Seymour. Lord Seymour gagnait 
tout. Tout lui réussissait, et comme il y avait peu de prix à 
récolter, il ne restait plus rien aux autres. 

La province commençait à ouvrir ses pistes; mais les moyens 
de locomotion n'étaient pas faciles, et quand on avait expédié, 
dans un van attelé de six chevaux de poste, un animal qui per- 
dait sa condition en route, on ne rapportait pas grand'chose du 
prix qu'on pouvait aller cueillir à Bordeaux. 

On avait bien encore l'étranger, l'Angleterre. Mais les premiers 
audacieux qui passèrent la Manche en revinrent comme Fran- 
çois I" revint de Pavie. Auguste Lupin y compta la première 
victoire consolante pour notre amour-propre national. En i853. 
Jouvence enleva la coupe de Goodwood; le charme était rompu, 
le triomphe de Gladiateur était préparé. 

Au moment de la victoire de Jouvence^ la Société d'Encoura- 
gement comptait vingt années d'existence. Elle datait de i833, 
et s'était fondée, comme on sait, à Paris, sous la désignation 
de Jockey-Club. J'aurai bien souvent à parler de l'influence de 
cette Société sur la prospérité de notre élevage national. Je me 
contenterai de rappeler ici les noms de ses membres fondateurs : 
Son Altesse Royale le duc d'Orléans, le duc de Nemours, 
MM. Maxime Caccia, le comte de Cambis, Delamarre, le comte 
Demidoff", Fasquel, Charles Laffitte, Ernest Leroy, le chevalier 
Machado, le prince de la Moskowa, Denormandie, Rieussec, 
lord Henry Seymour. 

Lorsque la Société songea aux principes qui devaient la gui- 
der pour atteindre son but, elle vit qu'en France il n'existait pas 
d'éléments qu'elle pût mettre en œuvre. Elle tourna donc ses 
regards vers l'étranger, et, pour imiter les plus habiles, elle 
s'inspira des Anglais. 



ORIGINE ET BUT DES COURSES. 5 

Le but principal de la Société fut, dès le début, de populariser, 
de propager les courses, d'engager le Gouvernement à augmenter 
les prix. A côté des doctrines, elle institua des prix et introdui- 
sit en France une organisation très ferme et très nette. Elle créa 
un règlement et un code de courses. 

Ces règlements ont été modifiés peu à peu, à mesure que la 
Société d'Encouragement a grandi. Les premières modifications 
datent de 1842. En i853 il y en eut de plus considérables» 

Le Comité était alors cîomposé de la façon suivante ; Président, 
M. le. comte Achille Delamarre; vice-président, le vicomte Paul 
Daru. Membres fondateurs, prince de la Moskowa, comte de 
Cambis, marquis de Boisgelin, Fasquel de Courteuil, le chevalier 
Machado, Charles Laffitte, Achille Fould, Ernest Leroy, Auguste 
Lupin, le comte Gaston de Blangy, le comte d'Hédouville. Les 
commissaires étaient : MM. le baron de la Rochette, Jacques 
Reiset et le comte d'Hédouville. 

Les hommes qui s'étaient fait une préoccupation si vive et si 
patriotique de la question chevaline étaient alors fort jeunes. 
Dans leur ardent désir de pousser le pays dans la voie pratique, 
ils engagèrent la Société à augmenter ses sacrifices d'argent 
au profit des courses, de telle façon qu'après seize années 
d'existence elle avait déjà distribué pour un million de prix. 

Ce sont là des services qu'il faut reconnaître et que personne 
ne songe à contester. La Société, tout en restant fidèle à ses 
principes, a-t-elle toujours suffisamment tenu compte de ce 
qu'elle devait au progrès? n'a-t-elle pas à certains moments versé 
dans la routine? 

J'aurais mauvaise grâce à lui faire son procès aujourd'hui que, 
depuis la mort du baron de la Rochette, le Comité semble disposé 
à abandonner les vieux errements. Ce que je regretterai tou- 
jours, c'est que le Comité de la Société d'Encouragement reste 
fermé pour une foule d'hommes de valeur, que leur situation 
dans le monde de l'élevage désignerait tout naturellement pour 
avoir voix au chapitre. 

Il est très regrettable que, pour faire partie du Comité de la 



b LES COURSES DE CHEVAUX. 

Société d'Encouragement, on doive nécessairement faire partie 
du Jockey-Club, et que de cette façon une grande institution 
nationale comme les courses reste une simple annexe d'un cercle 
parisien, si fashionable qu'il soit. 

Les courses n'ont pas simplement pour but de populariser le 
goût et la connaissance des luttes hippiques, elles sont desti- 
nées avant tout à l'amélioration de la race. Elles forment une 
institution reconnue et admise dans tous les pays. Cette insti- 
tution est, suivant l'opinion d'un homfne d'une haute valeur en 
la matière, < inattaquable lorsqu'elle est bien entendue et scien- 
tifiquement réglée ». Appliquée au cheval de pur sang, elle 
mesure impartialement sa valeur; elle est la pierre de touche 
qui en marque le titre; sans elle ce cheval, agent supérieur de 
génération, n'existe plus, on ignore ce qu'il vaut. 

Voilà l'idéal, c'est-à-dire les courses échappant à jun intérêt 
industriel et spéculatif, et ne se mettant jamais en contradiction 
avec les lois de ta physiologie. 

Les théoriciens crient bien 'fort que les courses sont détour- 
nées du but véritable de leur institution. 

Tout en reconnaissant qu'un propriétaire a de grands risques 
à courir, de grands frais à supporter, ils ne voudraient pas que, 
sous prétexte < d'éliminer d'un entraînement dispendieux des 
poulains sans avenir », ce propriétaire eût la facilité de les faire 
courir à deux ans. 

Ils ne voudraient pas de courses de hasard, comme les handi- 
caps et épreuves de même nature, dont le principe consiste à 
égaliser, par d'ingénieuses combinaisons de poids et de distances, 
les chances de tous les compétiteurs. Cependant les théoriciens 
reconnaissent que, pour que l'industrie puisse subsister et pros- 
pérer, il faut que ses gains soient en proportion avec ses 
dépenses; que les prix qu'on lui offre soient importants, variés, 
multipliés; qu'ils ne soient pas réservés seulement à un petit 
nombre de vainqueurs; qu'il y ait sur l'hippodrome beaucoup 
d'appelés et beaucoup d'élus. Il ne pourra en être ainsi que 
si le fonds de courses est très riche, et il ne sera très riche 



ORIGINE ET BUT DES COURSES. 7 

qu'en excitant la curiosité d'un public nombreux, en l'attirant 
par la diversité et l'imprévu des luttes, par l'appât du jeu, des 
paris, etc. 

Parfaitement! Moi qui suis un praticien, je tombe tout de 
suite d'accord avec les théoriciens. Que la Société d'Encourage- 
ment tienne à ses principes, j'y souscris volontiers. Qu'elle fasse 
tout son possible pour endiguer la spéculation, je l'admets, bien 
que je ne lui croie guère de chances de résister à l'entraînement 
qui naît des nécessités de l'entreprise. 

Ah ! si l'État était en mesure de payer de ses deniers tous les 
frais de l'élevage, on pourrait exiger que les luttes du turf fussent 
absolument pures et dégagées de toute idée de spéculation. Mais 
sur les sept millions encaissés annuellement par les éleveurs, 
qui y sont encore de leur poche, l'État entre pour trois cent 
malheureux mille francs que la commission du budget inscrit 
chaque année au chapitre des économies à réaliser, et qui, sup- 
primés depuis deux ans par la Chambre et rétablis, à coups de 
grands discours, par le Sénat, finiront bien un jour ou l'autre 
par aller à une autre branche de l'agriculture, qui les réclame 
dans un intérêt électoral. 

Il faut bien se convaincre une bonne fois que dans le métier 
de propriétaire on court toute espèce de risques. A la fondation 
de la Société d'Encouragement, il y avait, pris dans le sein même 
de cette société, un noyau d'hommes très riches qui consen- 
taient à consacrer deux ou trois cent mille francs par an à l'en- 
tretien de leur écurie de course. On trouve de ces hommes-là en 
Angleterre, entourés de respect comme de vrais sportsmen qu'ils 
sont. Nous en avons bien encore quelques-uns chez nous. Je vois 
par exemple M. Lupin qui paye une poulinière plus de quatre- 
vingt mille francs, et qui sacrifie les cent mille francs du prix 
du Jockey-Club, assurés avec Xainir ailles, pour aller tenter la 
fortune à Epsom et travailler pour la gloire de l'élevage natio- 
nal; MM. de Schickler, de Berteux, Edmond Blanc, Jean Prat, 
Donon, Aumont, traversent des années de vaches maigres sans 
couvrir les frais de leur élevage; on ne les entend pas même se 



8 . LES COURSES DE CHEVAUX. 

plaindre ni se décourager; ils vont de l'avant comme si cela ne 
coûtait rien; ils entretiennent une écurie de course en grands 
seigneurs, sans souci de la recette ni de la dépense. 

Si cette race de propriétaires devait se perpétuer, on pourrait 
évidemment repousser les inconvénients du point de vue spécu- 
latif. Malheureusement, loin de se perpétuer, elle tend à dispa- 
raître. Les fortunes ont-elles diminué? C'est possible. Les hommes 
sont-ils devenus plus prévoyants? C'est possible encore. Mais 
aujourd'hui j'entends le plus grand nombre de propriétaires 
crier à la déveine et menacer de renoncer à la lutte pour un dé- 
ficit de quelques milliers de francs. J'en conclus qu'il est de toute 
nécessité de maintenir le budget des courses, et même de l'aug- 
menter, si l'on considère que les courses sont indispensables à 
l'amélioration de nos races, et que l'introduction du pur sang 
dans le cheval de guerre peut nous donner une bonne cava- 
lerie. 

Dans cet ordre d'idées, je n'irai pas aussi loin qu'un de mes 
confrères qui, il y a quatre ans, soumettait à la Société d'En- 
coufagement tout un plan de réorganisation des courses, dans un 
but de spéculation à outrance. 

Ce plan était plein d'audaces, et il y avait tout lieu de croire 
qu'il ne serait même pas examiné par un Comité composé 
d'hommes habitués à ne relever que de leurs propres inspira- 
tions et peu disposés à écouter des avis. Contre toutes prévi- 
sions, il en fut autrement. Le Jockey-Club le considéra comme 
une interpellation originale, qui lui fournissait l'occasion d'affir- 
mer ses principes. Déposé sous ce titre : Les Courses et la 
Société d'Encouragement^ il valut à son auteur les honneurs 
d'une réponse, où l'on trouvera en même temps un résumé des 
réformes proposées. 

Cette réponse est contenue dans le rapport des commis- 
saires au Comité des Courses, réuni en séance le 29 sep- 
tembre 1886. 

Dans un mémoire qu'il soumet au Comité, M, Thuasne rend 
hommage au zèle, au désintéressement et au succès de la Société 



ORIGINE ET BUT DES 

d'Encouragement; mais il constate que les courses opèrent une 
évolution qui modifie leur caractère. Elles sont devenues un 
plaisir populaire et tendent de plus à devenir un véritable spec- 
tacle. Se plaçant à ce point de vue, M. Thuasne développe les 
moyens qui lui paraissent les plus propres à attirer la foule et à 
tirer d'elle le plus d'argent possible. 



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CHAPITRE II 



LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT DEVANT LA CRITIQUE 



Voici le résumé des propositions de M. Thuasne : 

« Les courses de Fontainebleau ne donnant que de faibles 
recettes, il faudrait d'abord les supprimer, pour ne conserver que 
celles de Paris et de Chantilly, auxquelles on ajouterait les deux 
journées de Fontainebleau et sept journées nouvelles, de façon à 
porter, à quarante le nombre de courses sur ces deux terrains. 

« Pour que le spectacle, devenu plus fréquent, continue à pré- 
senter le même intérêt, il faudra un plus grand nombre d'acteurs, 
et, pour se l'assurer, il sera nécessaire non seulement de bien 
payer les bons, mais encore de donner de quoi vivre aux mauvais, 
et de faire participer tous les éleveurs aux bénéfices dont ils 
auront été la cause principale. » 

Les moyens proposés pour y parvenir sont : 

I" La création, jusqu'à concurrence d'une somme de 28oooofr. 
environ, de prix affectés aux chevaux ayant été placés second ou 
troisième, un nombre de fois déterminé. 



12 LES COURSES DE CHEVAUX. 

T L'allocalion d'une somme de looooo francs environ à distri- 
buer, par les soins du Comité, aux écuries malheureuses, bien 
que méritantes: 

3' Le prélèvement, sur le montant de chaque prix, de 5 pour loo 
à partager entre le propriétaire de l'étalon et celui de la jument 
ayant produit le gagnant. 

4** Le maintien des entrées, pour empêcher les engagements de 
fantaisie, mais sous réserve du remboursement de ces entrées en 
fin d'exercice, intégralement s'il y a un excédent de recettes 
suffisant, proportionnellement dans le cas contraire. 

5* Restriction aux prix actuellement existants de la disposition 
du règlement qui oblige la Société à réserver tous ses encoura- 
gements aux chevaux français, et affectation de la plus grosse 
part des 400 000 francs qui formeront la dotation des nouvelles 
journées à la création de prix internationaux ouverts aux chevaux 
étrangers, et notamment d'un prix international de 5oooo francs 
le dernier jour de Chantilly, et d'un handicap international de 
de 100 000 francs le dernier jour de Paris, à l'automne. 

Enfin, comme l'augmentation du nombre des concurrents et 
la création des luttes internationales pourraient bien ne pas 
attirer et retenir suffisamment le public, et qu'il faut cependant 
faire sortir de sa poche l'argent qu'elles coûteront, on lui garan- 
tira l'exercice d'un droit auquel il tient impérieusement : celui 
d'avoir, dans une certaine mesure, un intérêt personnel dans les 
courses, le droit au pari. 

Les paris sont la conséquence nécessaire des courses ; ils se 
font sous différentes formes, mais il n'y en a qu'une qui soit 
légale. 

Le pari à terme, dit courir ou payer ^ est irrégulier : le hasard 
y prédomine trop sur le raisonnement ; il n'est admissible que de 
la part des propriétaires pariant pour leurs propres • chevaux. 
Entre les bookmakers et le public il ne se comprend pas " il 
expose trop l'une des parties à l'improbité de l'autre, et l'exer- 
cice de ce pari, autrement qu'au livre, doit être absolument 
interdit. 



LA SOCIÉTÉ d'encouragement DEVANT LA CRITIQUE. l3 

Les jpoules organisées par des industriels qui prélèvent une 
commission sur l'ensemble des mises sont un véritable scandale ; 
il y a là un bon coup de balai à donner. 

Le pari mutuel constitue une spéculation sans risques ; il prête 
à la fraude et, même pratiqué honnêtement, il doit être condamné 
pour ces deux raisons majeures : 

I"* Le parieur, au moment où il fait son pari, est dans l'impos- 
sibilité d'en apprécier les conséquences. 

2* L'ingérence de l'entrepreneur qui prélève une commission 
sur les mises, transforme les champs de courses en maisons de 
jeu public, qui tombent sous le coup des lois pénales. 

Il n'y a donc, en dernière analyse, qu'un seul pari à admettre 
sur les hippodromes : c'est le pari fait à la cote, au comptant, 
dans les conditions définitivement déterminées par les deux 
parties. Malgré certaines décisions de justice qui en ont con- 
damné l'exploitation vicieuse plutôt que le principe, ce pari a 
un caractère absolument légal. 

Or il n'y a que le bookmaker qui puisse, à ce jeu, donner la 
réplique au public; interm^iaire nécessaire entre les parieurs 
plutôt que parieur lui-même, il est d'un commerce sûr : 

Et sMl n^cxistait pas, il faudrait Pinventer. 

Mais les bookmakers sont trop souvent intéressés à peser sur 
les résultats des courses pour n'être pas tentés de les fausser à 
leur profit : de sorte que, d'une part, les paris sont la condition 
sine qua non du développement des courses; que, d'autre part, 
ils ne sont possibles qu'avec les bookmakers, et que cependant 
les paris et les bookmakers sont susceptibles de déconsidérer 
et de dénaturer l'institution des courses elle-même. Que faut-il 
faire pour sortir de cette impasse? 

Rien de plus simple : il suffira que la Société d'Encourage- 
ment reconnaisse ouvertement la nécessité des paris et reven- 
dique hautement le droit de les réglementer et de les surveiller, 
de façon qu'ils ne se transforment jamais en un- instrument de 
fraude, en un pillage organisé. 



T4 LES COURSES DE CHEVAUX. 

La Société d'Encouragement a le plus grand tort de laisser le 
premier industriel venu exploiter, à son profit personnel, les 
places occupées par les bookmakers. Qu'elle fasse ses affaires 
elle-même. En exigeant 20 francs par piquet dans le pesage 
et 10 francs sur la pelouse, elle ne réalisera pas moins de 
240000 francs par an au bénéfice des éleveurs, sans que cet 
impôt puisse être considéré comme une taxe sur le jeu. 

Qu'en vertu d'un règlement, qui lui est apporté tout rédigé en 
neuf articles, la Société d'Encouragement soumette l'exercice du 
pari au comptant aux règles suivantes : 

Interdiction des poules, paris mutuels et opérations à terme. 

Exclusion de tout individu ayant subi une condamnation ou 
ayant été convaincu d'indélicatesse en matière de courses. 

Autorisations d'opérer accordées, refusées ou retirées, à la 
discrétion de la Société. 

Obligation de représenter à toute réquisition les livres, où 
toutes les opérations devront être consignées. 

Obligation de verser dans la caisse de la Société un cautionne- 
ment de 5 000 francs pour les bookmakers du pesage, de 
2 000 francs pour ceux de la pelouse. Ces cautionnements seront 
affectés à la garantie du remboursement des enjeux déposés par 
le public entre les mains des bookmakers qui ne voudraient ou 
ne pourraient pas exécuter leurs engagements. 

Le public applaudira à ces réformes, et les bookmakers 
sérieux en sauront gré à la Société. 

Il ne reste plus qu'à donner au théâtre, où l'intérêt du spec- 
tacle et l'organisation des paris ne peuvent manquer d'attirer la 
foule, une ampleur et un confortable qui font absolument défaut 
à l'installation actuelle. Pesage, tribunes, pelouse, tout est à 
changer. 

Il faut disposer dans un ordre harmonieux des tribunes archi- 
tecturales pouvant recevoir 5o à 60000 spectateurs. A l'em- 
placement des tribunes actuelles, un pesage monumental, avec 
ses galeries couvertes, ses jardins et les bâtiments nécessaires. 

A droite et à gauche, des tribunes à 5 francs, donnant 17000 



■ LA SOCIÉTÉ d'encouragement DEVANT LA CRITIQUE. l5 

places. Sur l'emplacement du moulin actuel, un vaste hémicycle 
servant de lien à l'ensemble des constructions; i5o mètres de 
façade et 5ooo places à 2 francs. 

De l'autre côté du champ de courses, faisant face au pesage et 
aux tribunes à 5 francs, les tribunes populaires avec toutes les 
dépendances réclamées par la foule qui les occupera. Façade 
600 mètres, 20000 places à i fr. 5o. 

A l'extrémité du terrain, du côté de Boulogne, emplacement 
d'une g-are pour une voie ferrée qui se raccordera, à Auteuil ou 
à Passy, avec le chemin de fer de Ceinture, et, plus tard, avec le 
grand Métropolitain. 

Remaniement de la pelouse, qui restera ouverte au public de 
toutes places, oîi l'on ne permettra pas aux bookmakers de s'in- 
staller de façon à gêner la vue des courses, et où l'on devra mé- 
nager des avenues d'un sol solide praticables par tous les temps. 
Un devis sommaire porte à 7 millions en chiffres ronds la dé- 
pense à faire pour exécuter ce programme. 

Les recettes sont évaluées à 5 200 000 francs pour 40 jours 
de courses, tant à Paris qu'à Chantilly, à raison de i5i 000 francs 
en moyenne par dimanche, et de 89000 francs par jour de se- 
maine *. 

Nous voici arrivé à la conclusion. Comment constituer le ca- 
pital nécessaire à la réalisation de cette vaste entreprise? Le 
moyen le plus simple et le plus économique serait que la Société 
d'Encouragement se chargeât elle-même de la besogne, en y 
affectant ses réserves, et en y ajoutant quelques millions au 
moyen d'un emprunt. 

Mais l'auteur du projet prévoit qu'elle pourra bien se refuser 
à tenter l'aventure, et il lui propose d'en charger une société 

I. Nous devons faire remarquer que le produit des 3i journées de 
courses existant annuellement à Paris et à Chantilly est légèrement 
inférieur à i 800 000 fr. 

En admettant que ce produit augmente proportionnellement par 
suite de Faddition de 9 journées, il serait de 2800000 fr., c'est-à-dire 
inférieur de 2900000 fr. à l'évaluation ci-dessus. 



l6 LES COURSES DE CHEVAUX. 

financière qui se constituerait au capital de lo millions. Un pro- 
jet de contrat en dix-huit articles est joint au mémoire, et il peut 
se résumer ainsi : 

Moyennant la cession, pendant trente années, du produit des 
droits à percevoir à Paris et à Chantilly d'après des tarifs à 
déterminer d'un commun accord sur : r les entrées du public ; 
2» la vente des programmes ; 3" les restaurants, buvettes, ves- 
tiaires, chalets de nécessité; 4" location des emplacements et 
installations spéciales aux bookmakers, etc., etc., la Société fer- 
mière s'oblig-e : 

A solder entièrement toute la dépense à faire pour la nouvelle 
installation de l'hippodrome de Long-champ selon les plans con- 
venus ; 

A supporter toutes les dépenses d'entretien et d'administration : 

A payer annuellement à la Société d'Encouragement 3 mil- 
lions de francs. 

De son côté, la Société d'Encouragement s'oblige à employer 
ladite somme de 3 millions en prix de courses, dont elle res- 
tera libre de fixer le programme et les conditions, sous certaines 
réserves qui restreignent singulièrement cette liberté. 

Elle devra porter de 3i à 40 le nombre des journées de courses 
à Paris et à Chantilly. A cet effet, les deux réunions de Fontai- 
nebleau seront supprimées et transportées à Paris, où il sera 
créé 7 nouvelles journées, consacrées à des courses interna- 
tionnales, auxquelles la Société devra aff'ecter une somme 
de 400000 fr. 

Dans ces réunions internationales, tous les prix 
au-dessus de 5 000 francs seront ouverts aux chevaux 
étrangers, notamment un prix de 5oooo francs le 
dernier jour de Chantilly, et un handicap de 
100 000 francs le dernier jour de Paris. La Société 
d'Encouragement devra, en outre, aff'ecter un crédit 
de 280000 



*4 reporter 680000 fr. 



LA SOCIÉTÉ D ENCOURAGEMENT DEVANT LA CRITIQUE. I7 

Report 680000 fr. 

à distribuer en prix spéciaux aux chevaux placés 
cinq fois deuxième ou troisième en course publique 
sur ses hippodromes, en dehors des prix à réclamer 
inférieurs à 5 000 francs. 

Un crédit de 100 000 

destiné à des primes d'encouragement en faveur des 
éleveurs propriétaires de chevaux de course en 
raison de l'ensemble de leur exploitation 



Total. . . . 780000 fr. 



La Société d'Encouragement ne pourra pas, en dehors du cas 
spécifié plus bas, augmenter le nombre ni la valeur des prix 
qu'elle accorde aux sociétés des départements. 

Les pertes, s'il y en a, seront supportées par la Société fer- 
mière; si au contraire, après avoir pourvu à toutes ses dépenses 
d'exploitation et d'administration, et à l'annuité de 3 millions 
due à la Société d'Encouragement, il reste des bénéfices, ces 
bénéfices appartiendront à la Société fermière jusqu'à concurrence 
de la somme nécessaire pour servir à son capital de 10 millions 
8 pour 100 d'intérêt et amortir ce capital en trente ans. 

Au delà de cette somme, le reste des bénéfices appartiendra à 
la Société d'Encouragement, qui sera libre d'en disposer, sous 
la réserve qu'elle devra d'abord rembourser aux propriétaires de 
chevaux ayant couru dans l'année le montant des entrées et for- 
faits payés par eux, soit intégralement, soit proportionnellement 
s'il n'y a pas sommes suffisantes. 

En se contentant de 8 pour 100 pour le revenu de ses actions, 
la Société fermière entend rester fidèle à l'esprit de désintéresse- 
ment qui a présidé à la création de la Société d'Encouragement. 
Elle se tiendra pour complètement satisfaite par l'amortissement 
de son capital au jour fixé, et l'excédent de son actif, s'il y en a, 
fera retour à la Société d'Encouragement. 



ï8 LES COURSES DE CHEVAUX. 



REPONSE DU JOCKEY-CLUB. 



A ces propositions la Société d'Encouragement répondait : 

« Nous n'avons pas à donner* notre avis sur la conception 
gfrandiose qui nous est soumise. Nous ne nous arrêterons pas à 
discuter, au point de vue financier, le système destiné à doubler 
le revenu de notre Société tout en assurant à des capitalistes 
désintéressés 8 pour loo d'intérêt et le remboursement de leurs 
lo millions. Alors même que nous y verrions autre chose qu'une 
pure chimère, des considérations d'un ordre différent, et, à nos 
yeux, très supérieur, ne nous permettraient pas de vous en 
recommander l'adoption. 

« Sans doute les courses sont un spectacle, et elles ne peuvent 
vivre et se développer qu'en satisfaisant, pour l'exploiter à leur 
profit, le goût chaque jour plus vif du public pour ce genre de 
spectacle; mais notre Société y voit surtout une œuvre utile, qui 
perdrait ce caractère si la préoccupation de grossir par tous les 
moyens les ressources de son budget devait prévaloir contre 
l'intérêt public, qui commande de consacrer exclusivement ces 
ressources à favoriser la production d'animaux capables de con- 
tribuer à l'amélioration de nos races. 

« Nous n'ignorons pas que pour faire de bons chevaux il faut 
en faire beaucoup, et que pour qu'on en fasse beaucoup il faut 
avoir beaucoup d'argent à distribuer en encouragements, acces- 
sibles non seulement aux sujets de premier ordre, toujours fort 
rares, mais aussi à tous les animaux dont le mérite, bien que sen- 
siblement moindre, est cependant suffisant pour qu'on puisse 
voir en eux des reproducteurs utiles. Nos programmes font lar- 
gement la part des animaux de cette catégorie; mais il y a une 
limite au delà de laquelle les courses cessent d'être des épreuves 
sérieuses, et les prétendues réformes qu'on nous propose con- 
sistent à n'en pas tenir compte, ou plutôt à la transgresser sys- 
tématiquement. Nous devons donc repousser, comme un présent 
funeste, ces augmentations de recettes, qu'on nous laisse entre- 



LA SOCIETE D ENCOURAGEMENT DEVANT LA CRITIQUE. IQ 

voir SOUS la condition expresse de les affecter intégralement à 
des handicaps de looooo francs, à des dédommagements aux 
médiocrités bien confirmées, à des fiches de consolation aux 
fruits secs, enfin à de larges encouragements à la production 
des chevaux à l'étranger. Avec un pareil programme, on peut, à 
l'exemple des hippodromes de spéculation, tirer quelque argent 
du public ; mais, au lieu de développer utilement pour le pays 
l'institution des courses, nous n'arriverions qu'à la ruiner en la 
discréditant. 

« Nous ne pouvons pas davantage vous proposer d'assumer, 
comme on vous y convie, la réglementation, le contrôle et, en 
dépit dé toutes les réserves que nous pourrions faire à cet 
égard, la responsabilité du jeu sur les courses. Il ne nous inté- 
resse que par un seul côté, l'influence fâcheuse qu'il peut exercer 
sur la sincérité des épreuves, qui est la base de toute notre doc- 
trine. 

« Quant au reste, quant aux rapports des joueurs entre eux, à 
la légalité ou à la moralité de telle ou telle forme de paris, à la 
sécurité des transactions, nous n'avons rien à y voir. Nous ne 
demandons pas aux gens s'ils parient, ni comment ils parient. 
Ceux qui se présentent armés de piquets, d'escabeaux et autres 
engins encombrants sont, il est vrai, cantonnés, par mesure 
d'ordre intérieur, sur des points déterminés ; mais ils s'y instal- 
lent comme ils peuvent, et font leurs affaires comme ils l'enten- 
dent, sans que nous nous en mêlions en aucune façon. Nous ne 
nous sentons pas tenus et nous ne voulonis pas prendre la charge 
de protéger le public, pour qui le jeu n'est pas, que nous sachions, 
obligatoire, contre les risques auxquels il lui convient de s'expo- 
ser. S'il y a des lois contre les jeux publics, la fraude, l'abus de 
confiance, ce n'est pas à nous de les appliquer. S'il n'y en a 
pas, ou si elles sont insuffisantes, nous n'avons pas mission de 
les faire, et il vaut mieux reconnaître honnêtement notre impuis- 
sance que de nous donner l'air de faire quelque chose par des 
précautions absolument inefficaces, parce qu'elles n'auraient 
aucune sanction pénale. Nous tromperions le public en lui lais- 



20 LES COURSES DE CHEVAUX. 

sant croire que l'autorisation préalable, le cautionnement et la 
surveillance, tout à fait illusoires dans la pratique, que nous au- 
rions imposés à des parieurs de profession, le garantiraient, si 
peu que ce soit, contre les manœuvres frauduleuses dont il peut 
être victime. 

« Quant à l'influence de ces manœuvres sur la sincérité des 
épreuves, qui peut seule justifier et même nécessiter notre inter- 
vention, toute cette apparence de réglementation n'y changerait 
rien. Elle ne diminuerait pas l'intérêt des bookmakers à fausser, 
dans certaines occasions, le résultat des courses; elle ne leur 
* ôterait pas les moyens d'y parvenir ; aussi ne sommes-nous pas 
surpris quand on veut bien nous assurer qu'ils nous en sauront 
gré et qu'ils sont même disposés à y mettre le prix qu'il faut. 
Constitués en une sorte de corporation reconnue et autorisée, 
désignée par là même à la confiance du public, ils verraient 
mfailliblement grossir, avec le chifi*re de leurs affaires, leurs 
bénéfices légitimes et, le cas échéant, leur puissance pour le 
mal. C'est là qu'est le danger, et s'il existe un moyen de le con 
jurer, ce n'est pas, à coup sûr, celui qui vous est une fois de 
plus proposé. 

< Ce qu'il y a de plus saillant dans le mémoire de M. Thuasne, 
c'est la construction, sur le pourtour de la piste de Longchamp, 
d'une sorte d'hémicycle monumental ayant i 5oo mètres de façade 
et où 5o 000 personnes pourraient s'asseoir. A en juger par les 
plus fortes recettes que nous ayons jamais faites, ce projet gigan- 
tesque est hors de proportion avec les besoins actuels, pro- 
bables ou même possibles ; nous mériterions le reproche, qu'on 
nous adresse quelquefois, de n'être pas négociants, si nous en- 
gloutissions dans cette colossale folie lo millions, dont l'intérêt 
et l'amortissement, évalués à 900000 francs par an dans le projet 
qui vous est soumis, absorberaient le montant d'une augmenta- 
tion de 5o pour 100 sur nos recettes actuelles, et réduiraient 
d'égale somme, si cette augmentation ne se produisait pas, les 
ressources dont nous disposons annuellement au profit des 
éleveurs. 



LA SOCIETE d'encouragement DEVANT LA CRITIQUE. 21 

€ Nous n'avons pas d'intérêt plus pressant que celui de satis- 
faire autant que nous le pouvons, sans nous écarter du but de 
notre œuvre, le public qui lui apporte son argent, et nous y 
réussissons probablement, puisqu'il lui en apporte chaque année 
davantage, et que ce mouvement n'est aucunement ralenti par 
la prétendue insuffisance des tribunes, que nous avons constam- 
ment pris soin d'agrandir et de modifier au fur.et à mesure que 
le besoin s'en est fait sentir. 

« Les grosses dépenses ne nous effrayent pas, pourvu qu'elles 
soient raisonnables, et si de nouveaux agrandissements, de nou- 
velles améliorations nous paraissent désirables, nous avons tout 
lieu de croire que la tâche d'y pourvoir n'est pas au-dessus de 
nos forces. Mais, ce que vous ne voudrez faire dans aucun cas, 
c'est de vous livrer pieds et poings liés à une société industrielle 
comme celle à laquelle on vous offre de céder la place. Il serait 
superflu d'insister sur les conséquences du projet de traité qui 
est souk vos yeux. Il suffit de le lire pour voir que, le jour où 
vous l'auriez signé, la Société d'Encouragement ne serait plus 
que l'enseigne plus ou moins dorée d'une spéculation suburbaine. 
Elle aurait virtuellement cessé d'exister. 

« Tel n'est pas assurément le but de l'auteur. Le ton courtois 
et bienveillant de son mémoire n'est pas celui d'un ennemi; 
c'est celui d'un homme de bonne foi qui connaît la question et la 
résout d'une façon tout à fait logique à son point de vue. Mais 
ce point de vue est l'opposé du nôtre, et les conclusions aux- 
quelles il arrive, en considérant les courses comme un spectacle 
dont il ne s'agit que de tirer le plus d'argent possible, ne sau- 
raient être acceptables pour ceux qui, comme nous, se préoccu- 
pent avant tout de leur conserver leur caractère d'utilité publique. 

« Comment ne pas voir d'ailleurs que cette préoccupation con- 
stante du Comité n'a pas nui le moins du monde à la fortune de 
son œuvre ! Bien loin de là : l'affectation exclusive de tous les 
encouragements à l'élevage national, la part du lion faite aux 
meilleurs produits, la politique des mains nettes en matière de 
jeu, le désintéressement de l'administration, nous ont aidés à 



22 LES COURSES DE CHEVAUX. 

conquérir pour nos courses la faveur publique, et contribuent 
plus qu'on ne croit à g-rossir progressivement nos ressources 
dans des proportions inespérées. Que peut valoir pour nous la 
chance, fort problématique, d'accélérer encore ce mouvement, en 
comparaison du tort que feraient à l'institution et au pays l'ad- 
mission, sur une grande échelle, des produits étrangers, l'appel 
systématique à la médiocrité, le jeu organisé et reconnu comme 
une source normale de revenu, et devenu par cela même l'objec- 
tif des rédacteurs de programmes, enfin la remise des intérêts 
de l'élevage entre les mains d'une société de spéculation? La 
méthode n'est pas nouvelle : le tableau que nous offrent, depuis 
dix ou quinze ans, les entreprises qui en vivent à côté de nous, 
nous mettent à même de la juger par ses fruits, et malgré la 
forme intéressante et spécieuse, au premier abord, sous laquelle 
elle nous est présentée, nous serions inexcusables de l'adopter. 

c Pour être justes envers le travail consciencieux de 
M. Thuasne, nous devons ajouter que, si les vues d'ensemble 
nous paraissent inconciliables avec les principes de notre So- 
ciété, on y rencontre bon nombre d'observations utiles, dont 
nous pourrons vous proposer de faire, à l'occasion, notre profit. » 

Rien ne peut mieux que cette réponse indiquer les doctrines 
de la Société d'Encouragement. Elle se refuse à considérer les 
courses comme un spectacle dont il ne s'agit que de tirer le plus 
d'argent possible. Elle insiste pour que la part du lion continue 
à être faite aux meilleurs produits. Elle se fait gloire de la poli 
tique des mains nettes en matière de jeu organisé et reconnu 
comme une source normale de revenu. 

Malheureusement la Société d'Encouragement n'a pas tardé à 
reconnaître la difficulté d'appliquer son programme. 

Qu'arrive-t-il en effet au début de l'année 1887? A l'instigation 
du Conseil municipal, qui s'aperçoit que le jeu pratiqué sur les 
hippodromes de la Ville, dont elle est locataire, ne lui profite pas, 
le Gouvernement est amené à la suppression du jeu aux courses. 
M. Goblet le proscrit nettement dans une circulaire dont la 
Cour de Cassation a depuis démontré l'illégalité. 



LA SOCIÉTÉ d'encouragement DEVANT LA CRITIQUE. 23 

D'abord la Société d'Encourag^ement se frotte les mains, et en 
cela je la crois sincère. Elle se dit que les hippodromes, démo- 
cratisés en ces dernières années par la vulgarisation des luttes 
hippiques, vont reprendre leur aspect aristocratique. Elle entre- 
voit la ruine des hippodromes de spéculation qui grandissent 
autour d'elle et lui portent ombrage. 

Tout cela est parfait. La Société d'Encouragement va même, 
tant cette révolution paraît la séduire, jusqu'à exprimer au 
Conseil municipal sa gratitude à l'occasion des mesures qu'il a 
provoquées. 

Malheureusement tout ce beau feu s'éteint devant la baisse 
effrayante des recettes qui ne tarde pas à se manifester. Ce qui 
se passe alors aux courses est invraisemblable. La police un 
beau jour envahit subitement la pelouse d'Auteuil, et là, renforcée 
de tout un corps d'armée, infanterie, cavalerie (je ne jurerais pas 
qu'il n'y ait pas eu d'artillerie), elle procède à l'enlèvement 
des piquets des bookmakers, de ces mêmes piquets dont le 
Conseil municipal vient de réclamer le rétablissement dans sa 
séance du 24 mars 1890. De leur côté, des agents de la sûreté 
circulent dans le pesage et, se mêlant à tous les groupes, à 
toutes les conversations, accusant les sportsmen de contraven- 
tions ridicules, conduisent sans raison les plus honnêtes gens 
devant le commissaire. En présence de cette impossibilité, non 
seulement de parier, mais même de parler, on renonce au turf. 
Les sociétés réunies pétitionnent en vue du rétablissement des 
paris. La Société ne pétitionne pas, ce serait contraire à son 
rôle; mais elle sent très bien que la position n'est plus tenable, 
et que le public est sur le point de déserter les hippodromes, 
sans esprit de retour. 

Enfin, pour abréger, la Société d'Encouragement, si soucieuse 
d'avoir les mains nettes du jeu, en tire un produit tout au moins 
indirect, puisqu'il se traduit par une reprise des recettes, en 
devenant teneuse de pari mutuel. Comme les autres sociétés de 
courses, la Société d'Encouragement avait oublié qu'on ne 
remonte pas facilement le courant des habitudes prises par le 



24 . LES COURSES DE CHEVAUX. 

public. Elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle avait été déçue 
dans ses espérances, puisqu'elle avait été amenée à reconnaître 
que sans le jeu son existence était compromise, et que les hip- 
podromes de spéculation avaient perdu leur côté le plus vulné- 
rable : celui de tirer un profit direct du jeu sur leurs cbamps de 
courses. Le jeu devenant légal pour tous, voilà ce qu'il fallait 
éviter. 



CHAPITRE m 

QUESTIONS D'ÉLEVAGE 



DU CHEVAL DE COURSE 



Il faut bien que je dise ici quelques mots du cheval de course, 
dont il sera si souvent question dans ce livre. Le pur sang, que 
les caricaturistes ont représenté comme une ficelle, est tout au 
contraire le type rêvé de l'élégance et de la vigueur. C'est à 
l'infusion du sang arabe pur que l'Angleterre doit la création, le 
développement et l'immense supériorité de sa race, suprématie 
incontestable et incontestée jusqu'au jour où, adoptant le même 
principe, empruntant à nos voisins non seulement leurs étalons 
et leurs poulinières, mais encore l'organisation de leurs courses, 
profitant des efforts qu'ils avaient faits depuis un siècle, nous 
sommes presque arrivés au même résultat. 

< Personne, dit M. Bocher, ne conteste l'influence du pur sang 



20 LES COURSES DE CHEVAUX. 

sur l'état général de la population, ni la nécessité d'entretenir au 
faîte de la production un certain nombre de types exceptionnels, 
fruits d'une sélection attentive et constante, créés non pas en 
vue de telle ou telle destination spéciale, de tel intérêt particu 
lier, mais en vue de l'intérêt général, dans lesquels se réunissent 
toutes les qualités, d'où émanent toutes les améliorations qui 
servent en même temps à former, à perpétuer dans toute sa 
valeur, la race supérieure à laquelle ils appartiennent et à 
répandre à tous les degrés et dans toutes les variétés des races 
secondaires l'action régénératrice dont ils sont la source et le 
véhicule. » 

Tous les chevaux de pur sang sont inscrits au Stud-Book, le 
livre d'or de la race chevaline, dont la création en France date 
de i832. 

Le Stud-Book est rédigé sous le contrôle d'une commission 
nomniée par le ministre de l'agriculture, qui la préside. Le vice- 
président est M. Auguste Lupin, et les membres MM. le vicomte 
de Baracé, E. de la Charme, H. de Cormette, directeur des haras, 
le marquis de Dampierre, le comte de David Beauregard, Edmond 
Blanc, Moreau-Chaslon, Froidevaux, inspecteur général des haras, 
Pierre Donon, le comte G. de Juigné, de Laire, inspecteur gé- 
néral des haras, du Plessis, inspecteur général honoraire des 
haras, P. de Vanteaux. 

Le Stud-Book n'a qu'un défaut : c'est de paraître trop irrégu- 
lièrement. Il est indispensable à tous ceux qui s'occupent d'éle- 
vage et de sport. On y trouve d'abord la liste des étalons, des 
poulinières, nés en France et en Angleterre; les étalons orien- 
taux, les poulinières orientales. L'ouvrage se termine -par uqe 
table et un addenda de renseignements, reçus pendant l'impres- 
sion, qui ne va jamais vite. 

En i885, en ce qui concerne les chevaux de race pure, les in- 
scriptions de poulinières au Stud-Book ont été de 2 554, dépassant 
d'une unité les déclarations faites en 1884. Le nombre de pouli- 
nières anglaises, qui était de 2048 en 1884, n'est plus que de 1997 
en i885, tandis que celui des poulinières anglo-arabes, qui n'était 



QUESTIONS d'Élevage. 27 

que de 348, s'est élevé à 894. On peut évaluer à 1 160 le nombre 
des naissances en i885. 

La commission du Stud-Book a, pour la représenter au Minis- 
tère de FAg-riculture, un secrétaire, auquel les éleveurs sont invi- 
tés à envoyer la liste de leurs juments, celle des poulains qui 
sont nés de ces juments et leurs noms. Ils doivent dire les chan- 
grements qui se sont opérés dans leur élevage, indiquer les ani- 
maux vendus et les noms de leurs acquéreurs. 

C'est un recensement très utile, qui n'est pas assez sérieuse- 
ment imposé aux éleveurs. Voilà pourquoi il se fait avec beaucoup 
de négligence et paralyse la publication régulière du Stud-Book. 
J'ajoute qu'un seul employé me paraît insuffisant pour mènera 
bonne fin un travail aussi minutieux et aussi considérable. 



II 



LA FORMATION D UNE ECURIE DE COURSE. 

A un sportsman qui serait désireux de former une écurie de 
course et qui me consulterait sur la façon de procéder, je répon- 
drais simplement : Sur ce sujet, comme sur toute espèce de 
questions hippiques, les opinions varient beaucoup. Les uns 
disent : « Il faut élever » ; d'autres : c il faut réclamer » ; d'autres 
encore : t II faut acheter dans les ventes » . 

Aucun des trois systèmes n'est le meilleur d'une façon absolue. 
Le mieux, je crois, est de les combiner tous, en opérant avec 
beaucoup de patience et de discernement. 

Il y a d'abord à examiner ceci : Veut-on créer une écurie de 
passage ou une écurie de durée? une écurie de parieur ou une 
écurie d'éleveur? 

Dans ces divers intérêts, les conditions ne sont pas les mêmes. 

Je ne considère pas comme un « propriétaire », dans le cas qui 
nous occupe, le sportâman qui par-ci par-là réclame un poulain 
ou deux pour s'amuser. Il achète un cheval qui vient de gagner 
un prix, le remet dans un autre prix avec des animaux à peu près 



28 LES COURSES DE CHEVAUX. 

de même catég-orie, essaye de refaire ce qu'a fait son prédécesseur, 
et, s'il réussit, passe la main. C'est comme un joueur de baccara 
qui voit la suite d'une, banque. 

Il est bien rare que l'on s'enrichisse à ce jeu-là. 

D'abord, avec un sujet de prix à réclamer qu'on remet à récla 
mer, il faut gagner tout de suite. Autrement on court après son 
argent, faisant d'autres tentatives, chaque fois obligé de parier 
pour se rattraper. Suivant ce système, on voit des chevaux de 
cinquante louis revenir à 5oooo francs. 

Notons que ce qui emballe le plus, c'est qu'un cheval de ce 
genre est généralement placé chez un entraîneur qui trouve des 
excuses à toutes ses défaites et vous pousse à continuer jusqu'à 
extinction de toute illusion, ou de toute solidité des jambes de 
l'animal. 

J'ai même une théorie à ce sujet : c'est qu'étant donnée l'inten- 
tion de ne pas conserver longtemps le cheval qu'on réclame bon 
marché, il est absolument superflu de s'occuper de l'état de ses 
jambes. S'il gagne, si près de claquer qu'il soit, peu importe. S'il 
ne gagne pas, on pousse forcément moins loin l'aventure. 

Un selling plater qui soufi*re d'une mauvaise jambe gagne par- 
fois des séries de courses sans que personne le réclame, à cause 
de ladite mauvaise jambe. On n'est obligé de rien sacrifier du prix 
pour le reprendre : c'est une économie trouvée. 

Mais nous avons dit, au début, qu'il s'agissait de monter une 
écurie, une écurie de durée, et nous nous demandions comment 
il fallait commencer. Autre méthode. 

Il faut ne toucher aux prix à réclamer qu'avec une extrême 
réserve et ne s'attacher qu'à y découvrir l'animal que l'on suppose 
mis en vente au-dessous de sa valeur. 

Un cheval d'un certain ordre, de bonne seconde classe, qui 
peut être un débarras pour une écurie pourvue de premiers sujets, 
fera bien l'affaire d'un commençant. 

De bonnes réclamations se font souvent pour les poulains de 
deux ans dans des prix comme le prix de Cheffreville^ où les 
chevaux sont à vendre pour i5oooà75o6 francs. C'est dans ce 



yjL. 



. QUESTIONS D ELEVAGE. 2() 

prix qu'en 1879 M. le vicomte de Trédern réclama Fil-en-quatre 
pour 7600 francs. Ce poulain, par Plutus et Fidélité, gagna dans 
son année de trois ans 8762 fr. 5o, i3ooo dans son année de 
quatre ans. 

Henri Jennings, plus que tout autre, eut le monopole des 
réclamations fructueuses. Aurore, au duc de Fezensac, achetée 
9200 francs en 1874, ^^ <^ui ^^ ^^74 ê^agna 38 687fr. 5o, dont 
655 livres en Angleterre; en 1875, 67350 francs; en 1876, 9600 fr, 
— ce qui fait, pendant la durée de sa carrière, ii5637fr.5o, — 
fut, en outre, vendue très cher comme poulinière à M. C.-J. Le- 
fèvre. 

Un autre propriétaire assez heureux dans ses réclamations, il 
y a neuf ans, fut M. Maurice Walter, qui avait formé une petite 
écurie très utile, sous la direction de R. Count. On se souvient 
des succès de Saint-Georges et de Vestale, réclamée pour 
II 125 francs à Deau ville, et qui lui gagna 17639 francs dans 
l'année. 

Fripon, acheté par M. Edmond Blanc, il y a cinq ans, à la 
suite de sa victoire dans le prix de Sylvie, à l'automne, à Chan- 
tilly, fut aussi une excellente réclamation : il lui a gagné près de 
55 000 francs dans son année de trois ans. 

Plus récemment Malgache, réclamé par iM. Petit, fut une acqui- 
sition hors ligne. 

Malgré tous ces exemples, que je pourrais varier, je répète 
qu'il ne faut user des réclamations qu'avec une extrême réserve ; 
pour une excellente que l'on doit au hasard, on en fait dix qui 
tournent de travers. 

Je ne conseillerai jamais à un propriétaire débutant de monter 
uniquement son écurie en chevaux de prix à réclamer, surtout 
s'il n'est pas parieur. Il me semble qu'à moins . d'une chance 
exceptionnelle, il n'y tfouvera jamais son avantage. 

Le cheval de prix à réclamer peut être une distraction, un 
moyen de patienter et de montrer ses couleurs, en attendant qu'on 
puisse entraîner les produits d'un élevage en voie de formation. 
Mais c'est tout. 



3o LES COURSES DE CHEVAUX. 

De même qu'un amateur qui veut se faire une collection de 
tableaux ne doit pas se presser de monter sa galerie, de même 
un propriétaire doit s'attacher à bien choisir les sujets appelés à 
former le fond de son élevage, sous peine d'avoir beaucoup à 
réformer. 

Il y a aussi d'excellentes occasions dans les ventes publiques. 
Pour ne m'attacher qu'aux chevaux de courses plates, puisque 
c'est la formation d'une écurie de plat qui m'occupe, j'ai des excep- 
tions curieuses à citer. 

En commençant par les faits récents pour remonter à de plus 
anciens, je trouve Mexico, acheté au Tattersall 12000 francs, 
si mes souvenirs sont exacts. Ce poulain, par Narcisse et Mab, 
élevé chez le comte Foy, a rapporté çn un an, à son heureux 
acquéreur M. Hawes, la somme ronde de 89525 francs. 

L'histoire de Plaisanterie est légendaire et encore présente à 
toutes les mémoires. Cette fille de Poëtess et Wellingtonia, payée 
800 francs au même Tattersall, a rapporté à ses proprié- 
taires MM. Bouy et Carter, à deux ans,3i 35o francs, et à troisans, 
y compris le Cesarewitch et le Cambridgeshire , 241 55o francs, 
en tout 272900 francs ; elle a été payée 60000 francs, comme pou- 
linière, dans une vente à Chantilly, pour le haras de M. Tatton 
Sykes, un des premiers éleveurs d'Angleterre. 

Il me suffît de remonter un peu plus haut dans les annales des 
ventes pour trouver Nubienne, par Ruy-Blas et Nice, née en 1876, 
au haras de la Celle-Saint-Cloud, chez M^ L. Delâtre, et achetée 
au Tattersall 17000 francs par M. Edmond Blanc. 

Nubienne gagna, dans son année de trois ans, 2o52oo francs, y 
compris le Grand Prix de Paris. 

Le père de Nubienne, Ruy-Blas, fut acheté dans des conditions 
plus curieuses et qui méritent d'être contées, parce qu'elles 
sont probablement moins connues maintenant. 

Ce fils de West-Australian, né en 1864 chez le duc de Morny, 
fut vendu aux enchères après le décès de son propriétaire et 
adjugé 900 francs à un amateur. M.' Porte, qui le confia aussitôt 
à Henry Jennings pour l'entraîner. La vente avait lieu au mois de 



li 



QUESTIONS d'Élevage. 33 

juin. Au mois de septembre suivant, M. Porte, sur l'avis de son 
entraîneur, qui jug-eait le poulain médiocre, le vendit 3 ooo francs 
à Tamiable et n'apprit que plus tard, non sans une certaine sur- 
prise, qu'Henry Jenning^s en avait acheté la moitié. 

Cette surprise s'accentua et fit naître des regrets bien expli- 
cables dans l'esprit de l'ancien propriétaire, quand Ruy-Blas 
termina sa troisième année avec un gain de 114850 francs, y 
compris le Grand Prix de Bade. Jamais le « sic vos non vobis » 
n'avait mieux trouvé son application. 

Après avoir signalé les inconvénients du recrutement exagéré 
d'une cavalerie parmi les sujets qui sont offerts en prix à récla- 
mer ou en ventes publiques, j'arrive à la conclusion nécessaire : 
la création d'un établissement d'élevage. 

J'ai insisté sur les dangers du recrutement des chevaux parmi 
les selling platers, admissible seulement pour un propriétaire 
parieur. Ce n'est pas une écurie qu'on obtient ainsi, c'est un jeu 
de cartes. Dans les ventes publiques, quatre-vingt-dix-huit fois 
sur cent, l'acheteur est à la merci du vendeur, qui en sait long 
et ne liquide que des animaux dont il connaît parfaitement la 
médiocrité. 

Il faut donc élever, e): pour élever la meilleure condition est 
d'avoir un haras à soi, d'être dans ses meubles. Tout le monde 
n'a pas eu au début, comme M. Michel Ephrussi, la chance de 
voir ses poulinières prises comme pensionnaires à Victot, où 
il a pu faire élever Barberine, Gamin et Bavarde. 

Un haras à soi, voilà le rêve, et un haras spacieux. On trouve 
encore facilement à acheter des propriétés d'herbages en Nor- 
mandie, d'autant plus facilement que, ces temps derniers, les éle- 
veurs de bestiaux n'ont pas fait de brillantes affaires et n'ont pas 
mis la terre en hausse. 

Pour le civet de l'élevage, il faut le haras, les poulinières et 
l'étalon. Le personnel vient après : il exige un bon choix, attendu 
que les soins à donner ne sont pas la partie la moins importante 
de l'entreprise. 

Les poulinières peuvent être obtenues de deux façons : en les 

3 



Ô4 LKS COURSES DE CHEVAUX. 

achetant en France ou en les important d'Ang-leterre. Si on les 
fait venir d'Ang-leterre, autant les acheter pleines et essayer 
d'avoir Frolicsome et Light Drum, qui, saillies l'une par Georges 
Frederick et l'autre par See Saw^ vous donnent comme entrée 
de jeu Frontin et Little Duck. 

On peut avoir aussi des poulinières en France. Poëtess, réfor- 
mée par M. Aumont, a donné Plaisanterie, 

Le système de nos- vieux éleveurs, qui consistait à croire que 
les jeunes mères ne donnent rien de bon, est démenti par des 
exemples comme ceux de Baretta qui produit Barberine, Basi- 
lique qui donne Bavarde, Australie qui donne Alger, et cela dès 
leur première saillie ! 

S'avisera-t-on de proscrire les poulinières âgées, je répondrai 
par l'exemple de Neiif Star, qui produit Ténébreuse à vingt ans, 
et de Destinée, qui produit huit mauvais poulains avant de don- 
ner Monarque, un vainqueur de Derby. 

Je ne suis pas partisan d'importer des poulinières anglaises 
trop âgées : elles n'ont pas le temps de s'acclimater et sont 
comme Sycée, qui donne Swift en arrivant, et ne fait plus rien 
qui vaille. 

J'ai entendu dire, par des éleveurs d'expérience, que des che- 
vaux, poulinières et étalons, qui retournaient pour la reproduc- 
tion dans le pays où ils étaient nés, y réussissaient plus sûrement 
et plus promptement. 

Il vaut mieux, par suite, se créer un étalon particulier que 
d'en faire venir d'Angleterre à grands frais. Seulement pour cela 
il faut du temps et de la persévérance, beaucoup de persévé- 
rance, et quand on obtient le succès dans ces conditions, on 
peut en être doublement satisfait : on crée une race. 

Il me sera facile de citer trois étalons d'avenir qui se sont 
récemment révélés, qui font déjà souche de bons chevaux et pro- 
mettent de devenir pour leurs écuries ce que fut Vermout pour 
l'écurie Delamarre. 

En étudiant le pedigree de ces trois chevaux, on n'est pas 
long à retrouver le sang de Monarque. 



QUESTIONS d'Élevage. 35 

Chez M. J. Prat, Faisan est par Moniteur II, par Monarque. 

Chez M. le comte Le Marois, Narcisse est par Trocadéro, par 
Monarque. 

Chez M.' Donon, Le Destrier est par la Favorite, par Mo- 
narque. 

Pour résumer, il est sage d'aller piano en élevage, plutôt que 
de risquer à prix d'or des combinaisons de sang qui peuvent ne 
jamais réussir. 

Quelles sont maintenant les contrées où le pur sang réussit le 
mieux? 

Dans une brochure publiée en i865, l'année de la victoire de 
Gladiateur, par M. E. Houèl, inspecteur honoraire de l'adminis- 
tration des haras et l'auteur si apprécié de V Histoire du cheval 
chez tous les peuples de la terre, sous ce titre : Les chevaux fran- 
çais en Angleterre, l'auteur estime qu'il était naturel de prévoir 
qu'un jour la France arriverait à se mesurer presque à armes 
égales avec l'Angleterre. « La France, disait-il, possède dans son 
vaste territoire des contrées soumises aux mêmes circonstances 
jiaturelles de sol, de température et de climat. » 

La question dominante en élevage est celle du sol et du climat ; 
pour arriver à façonner la race pure anglaise telle qu'elle est, avec 
ses aptitudes, sa conformation, sa taille, ses longueurs articu- 
laires, il fallait rencontrer un milieu semblable. Or l'Angleterre 
est, par sa situation géographique, un des pays du monde les 
plus propres à produire la race occidentale dans son type le plus 
élevé; et encore, quand on parle de l'Angleterre, il ne faut com- 
prendre que des contrées spéciales, comme le Yorkshire, le 
Middlesex, l'Irlande et quelques autres localités, car l'Ecosse, 
le Clydesdale, la Cornouaille et le midi de l'Angleterre sont 
impropres à la production du cheval de course. 

Le problème à résoudre était donc de trouver en France des 

contrées parfaitement analogues, sous tous les rapports, aux 

meilleurs berceaux anglais, où le cheval pût rencontrer les mêmes 

conditions et se couler pour ainsi dire dans le même moule. 

Mais si l'Angleterre elle-même ne possède que quelques con- 



36 LES COURSES DE CHEVAUX. 

trées spéciales propres à produire le racer dans sa plus haute 
expression, la France, précisément à cause de la beauté de son 
climat, de l'air plus pur et plus tiède qu'on y respire, ne pouvait 
pas être bonne dans toutes ses parties. Une seule contrée s'est 
montrée à la hauteur des circonstances : la Normandie. 

Tous les chevaux qui ont lutté avec avantage contre les che- 
vaux anglais sont des chevaux nés en Normandie. La Normandie 
seule, dans ses principaux berceaux et dans quelques contrées 
qui l'avoisinent, réunit toutes les conditions des berceaux anglais 
les plus favorisés ; et à cela rien d'étonnant, puisque cette province 
n'est pour ainsi dire qu'une portion de l'Angleterre, séparée seu- 
lement par un ruisseau qui s'appelle la ^Manche, ou plutôt l'An- 
gleterre elle-même n'est qu'une partie de la France neustrienne 
détachée par un cataclysme. Ce sont les mêmes productions 
végétales, le même climat, le même sol, les mêmes zones de 
vents ; aussi les produits animaux soumis à leur influence doivent- 
ils nécessairement affecter la même conformation et participer 
aux mêmes qualités. 

S'il y avait quelque différence, elle serait peut-être à l'avantage 
de la Normandie : l'air étant en général plus pur et moins chargé 
de vapeurs que sur la côte anglaise, l'animalité y prend un degré 
d'énergie, de vitalité, de densité de muscles plus grand, tout en 
gardant ces belles lignes, cette organisation puissante, cette 
taille élevée que donnent également et exclusivement les berceaux 
anglais et les berceaux normands. 

On trouve inscrits comme enfants de la Normandie : Gladia- 
teur, par Monarque et Miss Gladiator ; Gontran, par Fitz Gla- 
diator et Golconde; Le Mandarin^ par Monarque et Liouba, non 
seulement tous nés en Normandie, mais issus de père et mère 
normands pour la plupart. Fille de l'Air était fille, petite-fîlle et 
arrière-petite-fîlle de juments nées en Normandie. Fitz Gladiator 
et Mofiarque étaient normands tous les deux. Plaisanterie, née 
en Normandie, était fille, petite-fîlle et arrière-petite-fille de 
juments nées en Normandie. 

La grande majorité des chevaux de tête qui ont figuré 



QUESTIONS d'Élevage. 3j 

sur le turf français depuis cinquante ans sont nés en Nor- 
mandie. 

Inutile d'insister davantage. Je crois avoir donné des raisons 
suffisantes pour déterminer le choix de la contrée où la création 
d'un haras paraît le plus indiquée. 



m 



LES FRAIS d'une ÉCURIE DE COURSES 



La conséquence d'un haras, ce sont les frais qu'occasionne 
une écurie, à moins d'élever pour vendre, ce qui est l'excep- 
tion. 

Un propriétaire auquel on annonçait la remise des courses 
pour cause de gelée disait avec une pointe d'amertume : « La 
gelée ! alors pas moyen d'utiliser les chevaux ; il n'y a plus que 
les frais qui courent ! » 

Quelques notes peuvent donner à réfléchir et expliquer le 
découragement de certains propriétaires, poussés à disparaître 
de la scène du turf. 

On citait, par exemple, un des derniers prix du Lac, qui 
avait réuni dix-sept partants, et s'était monté pour le premier 
à 12375 francs. 

Douze mille trois cent soixante-quinze francs à l'avoir de l'éle- 
vage. Combien à son débit? 

Le prix du voyage d'un cheval à Paris se décompose 
ainsi : 



Billet de chemin de fer aller et retour (homme 

et cheval) 14 ?o 

Pourboires au départ et au débarquement. . . 2 • 

Coucher de l'homme et sa nourriture (2 jours 1/2) 16 - 

Location de box à 10 fr. par jour 20 » 

52 70 



3v3 LES COURSES DE CHEVAUX. 



Voyage de V entraîneur. 

Report. . 52 70 

Chemin de fer aller et retour 7 5o 

Nourriture . 10 » 

Voiture pour aller aux courses . 20 >• 

Pourboires 2 5o 

g2 70 

Les quinze chevaux qui n^ont pas été placés 

dans le prix du Lac ont donc coûté de ce chef. 2 890 5o 

Leurs entrées 3ooo » 

Les forfaits 1950 » 

Les 10 pour 100 de Pentraincur i 287 » 

La pension des quinze chevaux pendant un 

mois à 210 fr 3 i5o •» 

Total. . . . 12227 5o 

Le prix du Lac, qui a rapporté àPélevage . . 12875 » 
Lui a coûté 12227 5o 

Ce sont là des chiffres qui peuvent être discutés, mais qui ne 
doivent pas être loin de la vérité. 

D'autre part, l'entraîneur, qui prend 210 francs de pension 
mensuelle par cheval, prétend joindre bien juste les deux 
bouts : 



Un demi-homme par cheval 70 

La sellerie. 8 

Location de box, éclairage, etc . . 35 

Part du premier garçon 14 » 

Nourriture à 2 fr. 75 par jour 82 5o 

209 5o 

D'autres détails sont encore instructifs. 
Veut-on savoir, par exemple, ce que peut coûter le déplace- 
ment d'un cheval en Normandie? 



» 



» 



QUESTIONS d'Élevage. 3g 



Voyjgre à Caen, 

Chemin de fer (dieval) 36 

— (garçon) lo 

Pourboires d'embarquement et de débarquement. 3 

Mêmes frais de retour 49 

Déplacement du garçon d*écurie, i5 jours. ... 3o 

Logement du garçon 10 

Location de box .... 40 

Frais de voyage de Pentraîneur 80 

— du jockey 80 



338 

Voyage à Deauville. 

Chemin de fer et pourboires, homme et cheval, 

aller et retour 96 

Déplacement du garçon, 8 jours 48 

Logement du garçon ... 20 

Location de box 5o 

Voyage de l'entraîneur .... 35 

Sa nourriture et son logement 200 

Nourriture et logement du jockey 200 



649 



Il est bien entendu que les frais de l'entraîneur et du jockey 
diminuent en se répartissant sur plusieurs chevaux. 

Il est certain que ces calculs, quelque bien établis qu'ils soient, 
pourront être toujours discutés. Je suis persuadé cependant 
d'avoir des chiffres à peu près justes. 

Nous venons de voir que la pension mensuelle 

d'un cheval de course coûtait environ par mois. 210 »• 

Que le voyage d'un cheval à Paris revenait à. . . 55 » 

En provmce, à Caen par exemple (déplacement 

de 2 jours) 175 >► 

A Deauville (déplacement de 8 jours) 3oo » 



40 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Ces chiffres n'ont pas été contestés et correspondent au relevé 
des notes qu'un propriétaire a bien voulu me communiquer. 

Ils sont établis sur vingt-cinq chevaux à l'entraînement. 

Nous supposerons que ce propriétaire a gagné dans l'année 
400000 francs, et nous allons voir quel sera son bénéfice. 

Voici d'abord ses notes par mois : 

Janvier 4290 - 

Février 4 180 - 

Mars 8000 • 

Avril 85oo - 

Mai .... . 10453 • 

Juin 9000 - 

Juillet. . . . 8200 » 

Août 18400 - 

Septembre 12400 » 

Octobre. . ioo5o » 

Novembre 7 200 » 

Décembre 7000 » 



102 673 
A ce total, il faut ajouter pour les 10 pour ifX) 
de Tentraîneur 400fx) 



142673 • 

Je sais qu'il y a des propriétaires qui ne se soumettent pas 
au prélèvement de 10 pour 100 pour l'entraîneur. J'ai toujours 
entendu dire au baron Finot : < Je n'ai jamais voulu entendre 
parler de ce système; je n'ai jamais donné 10 pour 100 à Harper, 
et ça ne l'empêche pas d'avoir vingt mille livres de rentes! » 

Il faut admettre que, sur trente poulinières, on 
n'aura, en moyenne, que la moitié de pro- 
duits utiles. Il faut donc doubler le chiffre 
et le porter à 6800 • 

Nous y ajouterons l'intérêt de 25 pour 100 sur 
trente poulinières qui n'auront pas coûté 
moins de 3ooooo, £oit par tête de jument. 2 5cx) » 

9800 • 



' ' 



QUESTIONS D ELEVAGE. 4I 

On peut donc évaluer 8 à 9000 francs, le prix d'un yearling. 

J'ai négligé, dans le calcul des frais du haras, 
de compter Pintérêt des 3ooooo francs du 
capital, représenté par les trente poulinières, 
ce qui augmenterait mon total de 75000 fr. 

et le porterait à ■ . . . 294 273 - 

75000 » 



369273 » 

En ce cas, le bénéfice du propriétaire qui gagne 400000 francs 
se trouverait réduit à 3i 727 fr. 

Mais j'ai supposé un haras alimenté par les juments de l'écu- 
rie, et c'est pour cela que j'ai adopté le premier chiffre, qui ne 
serait évidemment pas exact dans un établissement de fondation 
récente et qui aurait eu à acheter ses trente poulinières. 

En faisant le total des recettes et dépenses d'une écurie de 
courses, il faut cependant tenir compte d'un revenu qui a bien 
son importance-, puisqu'il se chiffre souvent par plusieurs mil- 
liers de francs à l'actif. 

Il s'agit du produit des chevaux vendus à l'amiable et aux 
enchères, en ventes publiques ou dans les prix à réclamer, et 
qui vient en déduction des frais de l'année. 

Des propriétaires, comme M. Lefèvre, vendent un grand 
nombre de chevaux, aussi bien à deux ans, au moment de la 
réforme, que dans le cours de leur carrière. 

Les courses d'obstacles sont, à ce point de vue, assez utiles 
aux éleveurs : elles leur permettent de se débarrasser à des prix 
relativement avantageux d'animaux de seconde classe qu'il est 
devenu impossible d'utiliser en plat. 

Le cheval de Handicap proprement dit ne trouve plus d'emploi 
dès qu'il a gagné un handicap ; on a donc avantage à le vendre 
pour l'étranger ou pour les steeple-chases. 

Un poulain comme Prodigue II, par exemple, que M. Edmond 
Blanc vend à M. Et. Fould, fait rentrer 16000 francs dans la 
caisse de son élevage; il est au moins douteux qu'il les eût 



42 LES COURSES DE CHEVAUX. 

gagnés l'année suivante, déduction faite des frais qu'il eût pu 
occasionner. 

Cependant il est reconnu que les lo pour loo sont donnés par 
la plupart des propriétaires de courses plates. 



M 



M 



Au chiffre de 142578 

Nous allons ajouter : 

Frais d'engagements 60000 

— montes de jockeys .3oooo 

— loyer et entretien de Pécurie 6000 » 

238573 - 

Passons aux frais d'élevage, qui s'établissent ainsi, pour un 
haras composé de trente poulinières et deux étalons, et dans 
lequel on peut élever en moyenne vingt-cinq yearlings par an 
dans une centaine d'hectares de prairies. 

Nourriture en herbe, trente juments, 

A 5oo i5ooo » 

Vingt yearlings à 3oo fr 6000 

Avoine 12000 

Paille 4500 

Foin 65oo » 

Six hommes à i 200 fr 7 200 •» 

Frais de vétérinaire 1 000 

Maréchalerie et sellerie 1000 

Supplément pour le stud-groom i 000 

— pour les étalons ; i 5oo 



» 



» 



M 



M 



M 



M 



M 



M 



55700 

Nous ajouterons aux frais précédents. . . . 238573 » 
Et nous aurons un total de 294 273 » 

Le propriétaire qui a gagné 400000 fr. se 
trouvera donc avoir un bénéfice de 105727 - 

Le propriétaire qui ne gagnerait que 3ooooo fr. couvrirait à 
peine ses frais. 



QUESTIONS d'Élevage. 40 

Et maintenant, si l'on me demandait comment je pourrais étr.- 
blir le prix d'un yearling, le calcul me paraîtrait assez simple. 

La poulinière coûte par mois, à 3 fr. 5o par 

jour I 277 5o 

La saillie, en moyenne . 1000 » 

Le yearling, jusqu'à 18 mois i 200 - 

3477 5o 
Mettons pour arrondir 34CX) » 

Des poulains comme Trident^ Consolidé^ Consigne et Quite- 
ron II, dont M. Lefèvre s'est débarrassé, sont dans le même cas. 

Je citerai encore Vanille et Valenciennes, parties de chez le 
comte de Bçrteux; Muffin, Speranza et d'autres, de l'écurie 
Rothschild; Étendard, Cassiopée et Sirop, de l'écurie Pierre 
Donon ; Café Procope, de l'écurie Schickler ; Bivar et Facteur, de 
l'écurie H. Jennings; Arlay et Béguin, de l'écurie de Juigné; 
Gamme, ào. l'écurie Michel Ephrussi; Contredanse, Cerito, Alida, 
Actéon, Spozo, Disfida, Guipure et la Malmaison, de l'écurie 
Lupin; Argot, Chevalier II et Lady Ray, de l'écurie Soubeyran. 

Pour citer un exemple de l'importance que peut avoir la réforme 
d'une grande écurie, voici des chiffres concluants : 

RÉFORME DE L'ÉCURIE DU BARON DE SOUBEYRAN EN 18O7. 

Chevaux vendus à Vamiable, 
Argot 10 000 " 

.t30r6cls>. •• •■.. . ... 



Mistral. . 

Carloman 2000 

Chevalier II locoo 

Déesse 5 000 

Flirt 35oo 

Idole 5 000 

Lapin 20000 



»• 



44 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Chevaux vendus d Vamiable (suite). 

Lady Ray 5ooo » 

Jupin 3oooo »' 

Rodolphe , . i 200 » 

Regina 5 000 » 

Santa Lucia 1200 » 

Souci 3 000 » 





CHAPITRE IV 

PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE 



LE HARAS DE DANtiU 

J'ai fait deux visites à Dan^u : la première il y a sept aas, la 
seconde l'année suivante. La première fois j'étais seul; guidé par 
le stud-groom,je pus tout examiner à mon aise. La seconde fois,' 
peu de temps avant la vente qui précéda de quelques mois la 
mort du comte, j'étais avec lui et je ne pus voir que ce qu'on 
voulut bien me montrer. Le comte de Lagrange, dont j'esquis- 
serai la physionomie dans un autre chapitre, passait pour 
l'homme le plus capricieux et le plus indéchiffrable qui se puisse 
imaginer. 

Le haras de Dangu était de tous nos haras de France celui 
que l'amiral Rous, le grand sportsman anglais, mettait le plus 
volontiers en parallèle avec les plus beaux studs de son pays. 



46 LES COURSES DE CHEVAUX. 

On va directement à Dangu par un chemin de fer correspon- 
dant ou par Gisors, qui est à 4 kilomètres. Autrefois on était 
obligé de prendre par Beauvais ou par Vernon ; c'était long : il y 
avait de 7 à 10 lieues pour gagner l'une des deux gares ; aujour- 
d'hui c'est bien simplifié. 

La première fois que j'ai visité Dangu, je suis descendu à Gi- 
sors, où m'attendait Darling, le stud-groom. Un petit panier, 
attelé d'une jument pur sang hors ligne, ne tarda pas à nous 
porter à Neaufles, la première station de ce haras, d'une conte- 
nance de près de 5oo hectares. Il y a à Dangu 5a) hectares de 
prairies et 600 hectares de terres de labour; c'est une jolie pro- 
priété, comme il ne s'en rencontre plus guère en France. 

Neaufles, qui est une division du haras, fut ma première 
étape dans cette admirable contrée, composée de gras pâturages, 
encaissés dans des coteaux boisés et baignés de cours d'eau 
limpides. Sur le grand domaine, où l'œil se délecte dans les 
charmes d'un paysage délicieux et sans cesse varié, on découvre 
çà et là des maisonnettes cachées dans la verdure, comme des 
cases de nègres aux colonies. 

Chacune de ces cases, bien saine et bien rustique, exempte 
de toute espèce de luxe inutile, abrite son contingent d'étalons, 
de poulinières et de yearlings, ou poulains d'un an, selon les 
combinaisons du service, qui sont entendues avec un art infini. 

Ce système d'éloigner les habitations chevalines exclut tout 
danger de contagion en cas d'épidémie. 

Neaufles est une ancienne bergerie ; on y a installé des boxes 
couverts de chaume, suffisamment larges. C'est chaud, c'est sain, 
ça sent bon à l'intérieur. On y respire largement ce bon air de 
ferme qui donne des appétits féroces. C'était le quartier des 
étalons. 

Ce quartier, qu'arrose le cours bruissant de la Levrière, n'était 
pas à cette époque le moins bien habité. En eff'et, du côté 
des mâles, on trouvait Peut-Être^ le vainqueur du Cambridge- 
shire, et que malheureusement l'étranger nous a enlevé pour 
un prix dérisoire ; Consul^ devenu alezan chocolat. Les dames 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. 47 

étaient de haute qualité : Océanie, qui a fourni chez les Anglais 
une si belle carrière, terminée à deux ans, et Clémentine, l'ad- 
mirable Clémentine, dont les jambes étaient sorties nettes de 
toutes les fatigues d'un entraînement prolongé. Océanie et Clé- 
mentine avaient été données à Rayon d'Or, le roi du haras, acheté 
par r Amérique. Nous trouvions encore sous le même toit : Si- 
rène, Orpheline, la mère d'Océanie, Verdurette et d'autres mères 
plus obscures. 

Notons ceci en passant : l'hygiène de l'étalon exige chaque 
jour deux heures de promenade, qu'on lui fait faire en mains. 
Dans d'autres haras, comme à Meautry, on promène l'étalon 
monté ; on s'en sert même pour les services les moins relevés : 
un homme l'enfourche et s'en va au marché, un panier à provi- 
sions sous le bras. C'est ainsi que Boïard est tombé dans une 
promenade de santé et s'est couronné à fond. A Dangu, on esti- 
mait que le rein de l'étalon ayant déjà de la tendance à plonger, 
l'application de la selle ne pouvait qu'aggraver cet incon- 
vénient. 

Les poulinières étaient lâchées de huit heures du matin à cinq 
heures du soir, sauf pendant les fortes chaleurs, où, changeant le 
moment de leur sortie, on les laissait libres de cinq heures du 
soir à huit heures du matin. Ainsi, elles étaient alternativement 
dehors le jour ou la nuit, sans jamais souffrir des ardeurs du 
soleil. 

Ce qui était remarquable dans cet établissement d'élevage si 
bien entendu, c'est qu'on n'y faisait pas de frais inutiles ; tout 
était bien sans luxe. Le personnel, si difficile à conduire, se 
trouvait réduit à sa plus simple expression. Par exemple, un 
seul homme soignait i6 poulains, et en hiver i8 yearlings. On 
avait également un seul homme pour 6 étalons. Il est vrai que 
sous cet heureux ciel normand les paysans sont d'une vigueur 
exceptionnelle et ne demandent qu'à beaucoup travailler. 

J'ai vu un brave homme de quatre-vingt-deux ans qui soignait 
des yearlings; il paraissait la cinquantaine et, bien qu'il eût été 
assez sérieusement blessé d'un coup de pied de cheval, il n'avait 



48 LES COURSES DE CHEVAUX. 

même pas song-é à interrompre son service. Il aimait à donner 
des détails sur la naissance des poulains. 

Comment un poulain naît? C'est bien simple, il naît tout seul. 
La jument se couche au moment d'être mère, et le moyen le plus 
sûr pour que les choses se passent bien, c'est de la laisser tran- 
quille. Dans sa chambre, le stud-groom, par une lucarne, voit ce 
qui se fait dans le box de dessous. C'est dans ce box qu'on 
place la jument prête à pouliner, et c'est par la lucarne que le 
stud-gTOom la surveille. La présence d'un homme près de la 
jument, quand elle met bas, peut avoir de graves inconvénients; 
la bête, en se relevant brusquement, risque de déplacer son pou- 
lain et de le blesser ou de se blesser elle-même grièvement. Tous 
les traités d'élevage nous apprennent qu'une poulinière porte 
onze mois, qu'on reconnaît qu'elle approche de son terme au 
gonflement des mamelles et à la dépression des muscles de 
chaque côté de la croupe. Dès sa délivrance, on lui donne du 
gruau chaud et un peu de foin; puis après, des barbotages, des 
carottes et de la luzerne. Le premier souci de la jument est de 
faire ajnoureusement la toilette de son nouveau-né. Les mau- 
vaises mères sont rares; cependant il y a eu à Dangu des 
exemples de poulinières criminelles. L'une d'elles, qui avait eu 
un poulain de Monarque^ le tua dès sa naissance. Une autre, qui 
paraissait ne pas pouvoir supporter la vue de son nourrisson, 
en fut séparée pendant trois semaines. Au bout de ce temps, on 
le lui rendit, la croyant revenue à des sentiments plus tendres. 
Aussitôt qu'elle put l'approcher, elle le blessa mortellement. 

C'est aux premiers jours de la naissance qu'on peut le mieux 
juger un poulain. S'il est bien né, il le fait voir tout de suite. Peu 
importe qu'il dépérisse ensuite; les qualités qu'il a montrées se 
retrouveront plus tard. S'il s'annonce mal en venant au monde, 
il aura beau profiter ensuite en grandissant, on peut être certain 
que ses défauts reparaîtront tôt ou tard. 

Autres détails à noter : le poulain de couleur lavée n'est pas à 
rechercher; de même le poulain qui porte la tête en l'air; mauvais 
signes : ça ne doit pas galoper. 



> ' 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. 49 

Les poulains sont sujets à la diarrhée. A Dang-u, on pratique 
un excellent système pour les g-uérir ; il consiste à les transporter 
dans un paddock plus élevé : la maladie disparaît alors comme 
par enchantement. 

On ne sort les poulains que six jours après leur naissance ; c'est 
à peu près le moment où ils voient vraiment clair. Quand les 
poulains ont six mois, on les sèvre, on les amène à Beaujardin, 
qui est une des parties les plus vastes et les plus aérées du haras, 
45 hectares divisés en sept compartiments. Tous les deux mois 
on leur fait les pieds, pour les habituer à la ferrure. 

Après le sevrage, les poulains sont lâchés dans la prairie. Il est 
alors excellent de les faire galoper. Mais il faut retenir ceci : 
n'attacher aucune signification à celui qui prend la tête. Le pou- 
lain le plus facile à effrayer se sauve devant ses camarades ; le 
poulain calme se tient derrière et observe. Tout ce qu'on peut 
juger, c'est l'alhire. Un des bons usages de Dangu consistait à 
tenir les poulains au milieu des bœufs ; le premier de nos éle- 
veurs, feu Alexandre Aumont, croyait que l'odeur des bœufs 
était très salutaire au poulain. Le poulain trouve encore dans le 
bœuf un auxiliaire complaisant : le bœuf tond l'herbe à la hau- 
teur où le poulain aime à la manger. C'est pour cela que le matin 
on voit les poulains suivre les bœufs, comme les corbeaux sui- 
vent les laboureurs qui mettent à nu les sillons pleins d'insectes. 

Pendant que je visitais Neaufles dans tous ses détails, la brave 
jument qui menait le panier du stud-groom broutait l'herbe le 
plus pai'siblement du monde. On ne l'avait même pas attachée. 

€ Elle connaît sa tournée! me disait mon guide; c'est la même 
tous les jours, et je vous réponds qu'elle la fait gaiement. » 

Nous remontions en panier, et la bête, arrachée à son premier 
lunch d'herbe tendre, se remettait à trotter d'un pied léger. A 
gauche, dans une prairie d'un sol merveilleux, on avait tracé 
la piste d'entraînement, bien gazonnée, bien entretenue, bien 
roulée, une vraie piste d'entraînement. A l'intérieur de cette 
piste, il y en avait une autre moins large, mais tapissée de tan, 
apporté d'une tannerie voisine. Le tan était disposé en tas, de 

4 



5o LES COURSES DE CHEVAUX. 

place en place, et bien étalé par couches au fur et à mesure des 
besoins de la piste; ceci, comme le reste, était admirablement 
combiné. Chemin faisant, Darling- me contait une foule de choses 
intéressantes pour l'élevage : « On a bien tort de faire saillir 
les juments cornardes; elles donnent des produits qui n'ont pas 
de fond. » 

Un des chevaux les plus vites qu'il ait élevés, était Triomphe-, 
mais il a tiqué et est devenu boiteux. Il voudrait voir les proprié- 
taires échanger la monte de leurs meilleurs étalons pendant un 
an : ça renouvellerait le sang; malheureusement les propriétaires 
se jalousent trop. L'établissement d'élevage qu'il aimait par-des- 
sus tout, c'était celui de M. Paul Aumont, à Victot, un sol admi- 
rable et pas fatigué. « On a la manie d'acheter trop de juments en 
Angleterre. » Il causait, il causait, et je le laissais aller; tout ce 
qu'il me débitait me semblait utile à retenir. 

Je lui posai une question importante : 

« Quand savez-vous que vous avez une bonne année de che- 
vaux > 

— Oh ! c'est bien facile, me répondit-il ; je monte sur mon vieux 
hack ; je vais là-bas dans une allée, le long du petit bois, et pour 
5oo mètres les poulains qui me battent, malgré tout mon poids, 
sont sûrement des vainqueurs ! C'est ce qu'on peut appeler les 
premiers essais. » 

Nous venions de traverser un site ravissant; du haut de la côte 
où nous avions passé, nous dominions les bâtiments de Dangu, 
qui étaient en quelque sorte le quartier général du haras: 

Tout à coup ce point de vue disparaissait et nous nous arrêtions 
à la Tuilerie. 

La Tuilerie, une ancienne briqueterie, était aménagée avec la 
même simplicité et le même confort que les autres bâtiments. 

C'était le principal dépôt d'étalons du stud. Je retrouvai là des 
célébrités du turf : Léon, luval, Milan qui était devenu un superbe 
reproducteur; c'est lui qui avait le plus séduit Henri Jennings 
quand le vieil entraîneur était venu à Dangu. On me montrait 
Isolier^ frère de Saint-Christophe, qui n'a jamais couru : il est 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 5i 

tombé boiteux en s'embarquant pour l'Angleterre; à côté, F/avfo, 
fils de Consul et de Fille de VAir^ qui faillit gagner le Grand Prix 
de Paris ; enfin Fleuret^ celui de tous qui rappelait le mieux le 
fameux Monarque^ mort en 1873. 

Autre station : le parc de Dangu. 

Un parc de i5o hectares. A peine en avions-nous franchi la 
grille, que nous rencontrions six chevaux en harnais de labour. Il 
était facile de reconnaître des pur sang. C'étaient des chevaux 
qui n'avaient pas eu assez de train pour le turf, mais qui deve- 
naient précieux pour la culture. Ah! le pur sang! on ne sait pas 
ce qu'il vaut; si on le savait, on n'emploierait que lui! 

Au milieu des beaux arbres du parc, le château se dessinait, 
éclairé par un soleil étonnant. Comme Daubigny et Corot se 
fussent régalés en cet endroit! L'écurie d'entraînement était à 
deux pas, dirigée par Richard Carter. 

Les chevaux étaient logés dans des bâtiments construits 
sur l'ancien emplacement d'un tir à la cible, qu'on appelait 
le Tir. 

Ma visite se termina par Dangu. 

Le siège de ce gouvernement hippique, gouvernement où l'on 
sentait partout l'œil et la main du maître, réunissait trois éta- 
lons, Nougat^ Beau Merle ^ Rayon d'Or. Rayon d'Or valait à lui 
seul le voyage! J'ai passé une demi-heure à le contempler. Je 
restais en extase devant cet Antinous. Ce n'est pas Rayon d'Or 
qu'il eût fallu le nommer, c'est Soleil d'Or. Martial, poète espa- 
gnol bien connu, disait en parlant à Cotta : « Tu veux passer, 
Cotta, pour joli et pour grand; mais, Cotta, qui dit joli dit 
petit. » Que Martial soit confondu, mais Rayon d'Or était grand, 
et il était joli. Il réalisait le type de ces coursiers que donnait la 
Grèce et dont la race généreuse rappelait les nourrissons de 
la Cappadoce, ces chevaux dont le cou allongé descendait sur 
de vigoureuses épaules, ces chevaux dont les naseaux brûlants 
exhalaient d'humides vapeurs et dont le pied ne connaissait pas 
le repos. 

J'ai plaint sincèrement Nougat et Beau Merle d'être les voi- 






52 LES COURSES DE CHEVAUX. 

sins d'un si admirable seig-neur; après lui, c'est à peine si on le 
regardait. 

Dans une écurie voisine dont les portes étaient fermées, une 
tête de jument se montrait à chaque fenêtre; chaque mère avait 
son petit poulain. 

Un coup d'œil dans les boxes me fit voir successivement 
Florence, fille de Consul, avec un poulain de Peut-Être; Cali 
fornie, avec un poulain de Rayon d'Or; Tolla, la vieille Tolla, 
àg-ée de ving-t-six ans, avec un poulain de Rayon d'Or; Man- 
darine, mère de Mécène, avec un poulain de Beatt Merle. 

Mandarine faisait partie d'un lot d'une dizaine de poulinières 
qui avaient travaillé à la charrue pendant la guerre, alors que 
Dangu était occupé par les Prussiens. 

Je trouvai ensuite Ultima, avec un poulain de Peut-Étre; Fleu- 
rines, avec un poulain de Rayon d'Or; Halatte, avec un poulain 
de Flavio; Glycère, avec un poulain de Consul; Aigrette, avec 
un poulain de Beau Merle. 

Les paddocks d'à côté abritaient de très beaux yearlings. 

Une grande voiture passait au moment où je terminais mon 
intéressante promenade; cette voiture, remplie de grands sacs, 
distribuait l'avoine tous les samedis. 

Dangu avait aussi son quai d'embarquement, à deux pas 
de l'écurie où l'on entraîne, et une machine spéciale, chauffée 
jour et nuit, était toujours à la disposition du maître, qui 
mettait ses chevaux et ses jockeys en route quand bon lui 
semblait. 

En i88ï, Albion partit du haras à une heure du matin — on 
se souvient qu'il y avait une épidémie sur les chevaux à Chan- 
tilly; — il arriva juste pour se reposer un instant à l'écurie, 
gagna le Derby et rentra à Dangu le soir même. 

Le seul défaut constaté à Dangu était le trop grand nombre 
d'animaux inutilement conservés. Le comte avait peur, et cela 
se conçoit, de se défaire d'un poulain qui eût bien tourné en 
d'autres mains. Mais les frais devenaient considérables, par suite 
de l'importance d'un élevage dans lequel il eût fallu opérer de 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 53 

sages réformes. Les frais des mauvais chevaux absorbaient le 
bénéfice des bons. 

Si j'ai parlé de Dangu en première ligne, c'est que la visite 
que j'y avais faite, il y a huit ans, me paraissait particulièrement 
intéressante. J'ai à passer en revue les autres établissements 
d'élevage. Un des plus complets est assurément Victot, où 
M. Paul Aumont, prenant la succession de son père, a fait naître 
une partie de nos meilleurs produits de pur sang. 



11 



LE HARAS DE VICTOT 

Le château de Victot, construit en briques et en pierres de taille, 
avec ses tourelles, ses toits garnis encore de tuiles vernies, ses 
fossés pleins d'eau, nous montre ce qu'était à la fin du xvr siècle 
l'architecture des châteaux en pierre dans cette partie du Cal- 
vados. 

C'est entre les mains d'Alexandre Aumont que Victot devint 
rapidement le premier établissement d'élevage de France. En 
i856, Alexandre Aumont, dont les chevaux avaient fourni sur le 
turf la carrière la plus brillante (il avait gagné l'année précédente 
le prix du Jockey-Club avec Monarque), vendait son écurie au 
comte de Lagrange et s'engageait à lui fournir, pendant trois 
années consécutives, tous les poulains nés à Victot, sauf ceux 
d'Hervine. Le marché expirait en i859, et M. Aumont livrait 
cette année-là trois chevaux célèbres : Compiègne, Pales tro et 
Gabrielle d'Estrées. Il lui restait Mon Étoile, par Hervine. Mon 
Étoile gagnait, à deux ans, le prix du Premier Pas à Chantilly 
et le Grand Critérium à Paris, à l'automne. En février 1860, 
Alexandre Aumont mourait, laissant son écurie à son fils, qu'il 
avait toujours tenu éloigné du turf, mais qui, peut-être à cause 
de cela, n'en avait conçu qu'un plus ardent désir de continuer 
l'œuvre paternelle. 

Pour céder aux instances de sa famille, Paul Aumont avait 



54 LES COURSES DE CHEVAUX. 

consenti à faire une vente de l'écurie, mais il avait racheté Mon 
Étoile et Capucine^ avec lesquelles il devait inaug-urer sa casaque, 
plus quatre poulinières, entre autres Etisebia, la mère de Royal- 
Quand Même ; Maid of Harty la mère de Compiègne ; Fleur de 
Mai, et Clémentine, la mère d'Egmont, Il avait aussi acheté 
Fitz-Gladiator pour 33 ooo francs. Après la vente, M. Houèl, 
inspecteur des haras, chargé par l'administration d'acquérir cet 
étalon, exprimait à Paul Au mont le regret de ne l'avoir pas 
obtenu, et celui-ci, par un sentiment bien naturel — chez un 
débutant — , consentait à céder son cheval pour 3oooo francs, 
prix fixé par l'administration, et perdait ainsi, pour l'amour du 
gouvernement, 3 ooo francs et les frais. 

On s'explique facilement qu'en échange de ce bon procédé 
l'administration, dirigée alors par le général Fleury, n'hésita pas 
à confier à Paul Aumont un étalon pour faire la monte à Victot. 
C'est ainsi qu'il essaya l'un après l'autre Nunnykirk, Cossack et 
Tonnerre des Indes, dont il n'eut guère à se louer. De Cossack ce- 
pendant lui était née Favorite, par Hervine, qui, onze ans après, 
lui donna Peut-Etre, par Ventre-Saint-Gris. Après ce triple essai 
trop infructueux des étalons de l'État, M. Paul Aumont louait 
Charlatan èih\. Fasquel, pour un an. Charlatan avec Hervine lui 
donnait New-Star, qui lui ménageait Ténébreuse. Mais, comme il 
ne savait pas naturellement ce que lui réservait l'avenir, il jugeait 
à ce moment la récolte assez décourageante. 

C'est alors qu'il se recueillit, qu'il songea à ses brillants débuts 

r 

avec Capucine et Mon Etoile. Avec cette dernière, il avait gagné, 
en i86o, le prix de l'Empereur, l'Omnium en i86i, le Grand Prix 
de Bade, battant Compiègne et Palestro, et le Grand Prix de 
l'Impératrice, battant Pierrefonds et Gouvieux. Après cela, com- 
ment se contenter de tenir les seconds rangs? Paul Aumont se 
gratta l'oreille et se demanda s'il ne s'était pas imprudemment 
écarté de la ligne qui avait si bien réussi à son père. 

Il était urgent d'y rentrer. C'est ce qu'il fit, en ramenant à Victot 
le sang de G ladiator a.yec Orphelin, qui était par Fitz-Gladiator, 
et Échelle, par Sting. 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE. 67 

A partir de ce moment, Victot n'a plus une période de défail- 
lance. 

En 1871, Paul Aumont ramenait Trocadéro d'Angleterre : au 
sang de Gladiafor il retransfusait le sang de Monarque, comme 
après la perte de Trocadéro et de Révigny il a, avec Saxifrage, 
reversé du sang de Gladiator dans cette heureuse mixture sans 
cesse renouvelée, selon la même formule. 

C'est cette formule qu'il s'agissait de reprendre pour assurer 
de nouveau la fortune de Victot. 

En pleine vallée d'Auge, 200 hectares d'herbages, dont le 
prix varie de dix à quinze mille francs l'hectare, forment le 
haras. 

La réputation de Victot est européenne : le duc de Morny en 
avait offert quinze cent mille francs. Les propriétés de 200 hec- 
tares d'herbages n'existent plus en Normandie. Victot est donc 
à peu près unique en France. Une grande partie de nos meil- 
leurs chevaux y sont nés, entre autres les gagnants des deux 
derniers prix de Diane, le vainqueur du Jockey-Club et la 
gagnante du Grand Prix de Paris en 1887. 

Personne mieux que M. Aumont ne soigne son art, ses intérêts 
et ses chevaux. Son élevage est l'unique préoccupation de sa 
vie : c'est peut-être pour cela qu'il réussit. Son système diffère 
peu de celui des autres éleveurs : il a un fond d'herbe dont il 
s'applique à ne pas abuser. Pour cela, ses poulains restent dehors 
deux heures de moins qu'ailleurs. Et puis, autre particularité du 
système de Victot, les poulains vivent séparés : ils ont chacun leur 
box, ils se voient par des treillages, mais n'ont aucune com- 
munication. C'est ainsi que les poulains chétifs sont préservés 
des tracasseries des poulains plus forts. Tous les boxes forment 
le pourtour d'une grande cour circulaire. A la prairie, les pou- 
lains sont lâchés deux par deux, trois par trois; on n'en met 
jamais plus de quatre ensemble, et toujours avec un grand nombre 
de bœufs. La Dorette, une rivière limpide, arrose toutes les 
prairies ; c'est un avantage énorme. Les haras qui n'ont pas d'eaux 
courantes, comme Meautry, par exemple, privent leurs poulains 



58 LES COURSES DE CHEVAUX. 

d'un élément indispensable à leur développement : Teau fraîche 
leur donne de la force, et quand ils peuvent s'y tremper jusqu'à 
mi-jambe, ils s'y développent à merveille. Au point de vue du croi- 
sement, M. Aumont n'a pas l'horreur de la consang-uinité à un 
certain degré. Un peu de consang-uinité ne nuit pas, à la condi- 
tion de ne pas en abuser. Gigès et Eusebia, très proches parents, 
ont produit Royal-Qiiand-Même. Chaque fois qu'il a essayé de la 
consanguinité, ça lui a réussi. Il a la conviction que le meilleur 
moyen de faire de bons chevaux est de s'en tenir au sang- de 
Gladiator. C'est pour cela qu'après avoir perdu successivement 
Fitz-Gladiator, Orphelin et Révigny^ il est, je l'ai dit, revenu à 
Saxifrage, et, comme un bon tiers de ses juments sont issues 
du sang de Gladiator, il lui fallait pour elles une autre alliance : 
il est allé en Angleterre chercher Trocadèro. 

Les circonstances dans lesquelles il a ramené ce dernier étalon 
en France, pendant la Commune, ont un côté dramatique qui 
mérite d'être conté. 

Il avait emprunté pour le cheval une couverture de l'écurie 
Jennings, et celui-ci, par hasard, lui en avait donné une aux ini- 
tiales de M. Pol Nanquette, qui faisait courir, associé avec 
M. Delâtre. Quand arriva le moment de débarquer Trocadèro au 
Havre, il se trouva sur le quai un patriote à tous crins qui fit 
remarquer à d'autres patriotes les initiales?. N. qui se trouvaient 
sur la couverture de Trocadèro. 

« P. N. C'est le cheval du prince Napoléon, hurla la bande; il 
faut le jeter à l'eau ! » 

M. Aumont, qui s'était glissé dans la foule, s'évertuait à lui 
faire comprendre que c'était un cheval anglais de grande valeur 
et qu'il fallait respecter l'élevage étranger. 

Pendant qu'il discutait avec une chaleur bien naturelle, on put 
emmener le cheval et le dérober aux fureurs populaires. 

Depuis la mort de Trocadèro, M. Aumont a loué Salvator à 
M. Lupin. Il donne maintenant un tiers de ses juments à Saxi- 
frage, un second tiers à Fra-Di2volo; il envoie l'autre aux 
reproducteurs en vogue. 



Il 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE. 6l 

C'est ainsi qu'il eut Peul-Èlre. Le comte de Lagranpe avait 
envoyé V entre -Haint- Gris en station dans le voisinage* de 
Victot ; il lui donna une seule jument, Favorite. Cet accouple- 
ment lui valut le vainqueur du Cambridgeshire, qu'il vendit 
75ooo francs au comte de Lagrang-e. 

Le propriétaire de Victot possède encore cinq lilles é'Hemitie. 
Toutes, l'une après l'autre, lui ont donné Peut-Ètre, Fit:-Plulus 



Australie. 
(D'après une photographie de M. Dellon.) 

et Serpolelte. Les filles d'Hervine tiennent d'Araucaria, qui pro- 
duit bien avec n'importe quel étalon. 

M. Aumont sèvre en moyenne par an une vingtaine de poulains. 

Les meilleures poulinières de Victot sont : Reine de Saha, 
Orpheline, Basquing, Good Night, Minerve, Destinée, Miss Her- 
vine, Mlle de Juvigny, Bariolelle, New-Star, Esmiralda, Cano- 
tière, et Australie, la mère d'Alger. 

M. Aumont, qui tient des registres sérieux, a pu se rendre un 



1 



M 



» 



» 



62 LES COURSES DE CHEVAUX. 

compte exact des sommes gagnées en 1881 par les chevaux nés 
et élevés chez lui. 

18 chevaux à M. Maurice Ephrussi 218602 » 

6 — à M. Michel Ephrussi 53 5i2 

5 — à M. Aumont 6987.5 

Chevaux vendus q5ooo 

Prix gagnés par Péronne et Milan 38 237 » 

Soit au total. . . 470226 • 

Ces chiffres en disent plus que je n'en pourrais dire pour 
vanter l'élevage de Victot. 
C'est à Victot que j'ai fait un jour cette nomenclature curieuse : 

CHEVAUX CÉLÈBRES ISSUS DE JUMENTS N'aYANT PAS GAGNÉ. 

Highftyer, issu de Rachel; 

Éclipse, issu de Spiletta ; 

Mulchem, issu de Partner mare ; 

Gladiateur, issu de Miss Gladiator\ 

Ventre-Saint-Gris, issu de Belle de Nuit: 

Pauline, issue de Bathilde ; 

Capucine, issue de Bathilde; 

Fille de l'Air, issue de Paulitie; 

Surprise, issue de Gringalette ; 

Souvenir, issu de Emilia ; 

Fidélité, issu de Constance-, 

The Ranger, issu de Gardham mare: 

Palestro, issue de Lady Saddler\ 

Skirmisker, issu de Gardham mare : 

Pocahontas, issue de Marpessa. 

CHEVAUX CÉLÈBRES ISSUS DE JUMENTS AYANT PEU COURU. 

Monarque, issu de Poëtess ; 
Hervine, issue de Poëtess ; 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 63 

Dollar^ issu de Payment ; 
Orphelin^ issu d'Échelle-, 
Dutch Skatevy issu de Fulvie ; 
. Vertîtgadin, issu de Vermeille; 
Vermouth issu de Vermeille; 
Boïard, issu de la Bossue, 

JUMENTS AYANT BEAUCOUP COURU ET AYANT PEU OU MAL PRODUIT. 

Wire, Miss Annette, Fille de VAir, Destinée, Stradella, Mlle de 
Fligny, Jouvence, Mon Étoile, La Touques, La Reine Berthe, 
Miss Cath, Prédestinée, Astrolabe, Canezou, Crucifix, Mlle de 
Chantilly, Lad y-Elisabeth. 

JUMENTS AYANT BEAUCOUP COURU ET BIEN PRODUIT. 

Surprise, Minerve, Hervine, Bess Wing, Finlande. 

GRANDS ÉTALONS AYANT BEAUCOUP COURU. 

Monarque, Trocadéro, Mortemer, Dutch Skater, Voltigeur, 
The Flying Diitchman, Sultan, Sting et Dollar. 

GRANDS ÉTALONS AYANT PEU COURU. 

Rubens, Gladiator, Fitz-Gladiator, Orphelin, Compiègne, 
Y.-Emilius, Bois-Roussel. 

ÉTALONS AYANT BEAUCOUP COURU ET IMMÉDIATEMENT PRODUIT. 

Venison, Gladiateur, Valentino, Magenta, Mameluk, Garry 
Owen, Souvenir, Gontran, Pompier, Prétendant, West- Australian, 
FitZ'Emilius. 



()4 LES COURSES DE CHEVAUX. 



m 



LE HARAS DE MARTIN VAST 

Si, en raison des similitudes climatiques, la Normandie est 
après rAng-leterre le pays le plus favorable à l'élevage du pur 
sang, la presqu'île du Cotentin, qui se détache comme une sen- 
tinelle avancée de la terre française, menaçant de sa pointe 
extrême la côte britannique, doit être regardée comme la région 
la plus propice à l'établissement d'un haras. 

Cette considération a dû certainement guider le choix du baron 
de Schickler, lorsqu'il s'est rendu acquéreur du magnifique do- 
maine de Martinvast, situé à six kilomètres de Cherbourg et très 
près de la mer. 

Martinvast est beaucoup moins connu que certains autres 
haras du Calvados, de l'Eure et de l'Oise. La faute en est cà 
l'éloignement, car le long et fastidieux voyage de Cherbourg 
n'est pas fait pour stimuler le zèle des amateurs. 

Le domaine de Martinvast est un des plus considérables de ce 
riche pays du Cotentin, où les grandes fortunes territoriales ne 
sont cependant pas rares. • 

Martinvast se divise en trois parties : le château, le haras et la 
ferme. Chacune d'elles est confiée à un régisseur spécial. 

Devant le château, qui a été bâti en i58i par Bertol du Mancel, 
s'étend un immense parc anglais et les exhalaisons de massifs 
de pins et de hêtres qui le peuplent emplissent agréablement 
les poumons. La Nivette égayé de ses eaux claires les teintes un 
peu sévères de cette végétation. Trois pièces d'eau coupent 
d'une façon pittoresque cette étendue trop uniformément verte. 

Le haras est situé en contre-haut derrière la demeure châte- 
laine. Le stud-groom,* M. Perren, homme encore jeune, à la 
physionomie correcte, encadrée des deux favoris classiques, 
s'exprime bien en ^français. Il a débuté chez le comte de La- 
grange, sous la poigne impitoyable de Tom Jennings (école un 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'eLEVAGE. 67 

peu dure, dit-il, qui a formé des hommes), puis est passé 
au haras de Chamant et au haras des Marines. Il est depuis huit 
ans à la tête de l'établissement de Martinvast, qu'il dirige avec 
la plus intelligente sollicitude. Le succès a récompensé ses 
efforts, et, depuis quelques années, les produits élevés par ses 
soins ont fait parler d'eux sur les hippodromes. 

Le haras de Martinvast a ses adversaires et ses partisans. Les 
premiers déclarent le sol trop riche et l'air trop humide, et expri- 
ment la crainte de voir naître des produits indolents, difficiles à 
entraîner, pour cause de graisse excessive et d'absence de muscles. 
L'humidité est, en outre, de nature à affecter les bronches et à 
contrarier la netteté des voies respiratoires. Les autres, au con- 
traire, disent qu'il est facile de remédier à cette trop grande fer- 
tilité du sol par le pacage des troupeaux, et que l'air, bien que 
légèrement humide, arrive tout imprégné d'émanations marines. 
Par suite, l'herbe est salée et contribue à fortifier et à développer 
les poulains. Cette seconde opinion doit être la meilleure, car 
tous les produits de l'élevage du baron de Schickler, soit au 
haras, soit sur le turf, sont, pour la plupart, vigoureux et for- 
tement charpentés. 

Le haras se compose d'une douzaine de prairies d'inégale con- 
tenance et soigneusement encloses. Là paissent, par groupes de 
quatre, poulains et poulinières. Chaque prairie possède sa petite 
écurie et son abreuvoir, alimenté par une excellente eau de 
source légèrement ferrugineuse. 

Trois étalons font la monte : Suzerain, Atlantic et Perplexe. 

Suzerain, le doyen d'âge, est à peu près hors de service. 
C'est un grand cheval noir, au poil encore lustré, aux formes 
élancées, qui porte allègrement ses vingt-trois ans. Vis-à-vis des 
poulinières de la maison, le vieux pacha n'a plus qu'une position 
honoraire. Il a cependant sailli, l'an dernier, plusieurs juments 
de la région. 

. Après Suzerain, Perplexe, fils de Vermout, tient une place 
honorable sur la liste. Ses produits ont gagné en 1887 plus de 
118000 francs. Les membres sont bien proportionnés ; l'arrière- 



68 LES COURSES DE CHEVAUX. 

main longue et musclée ; la robe bai brun offre le lustre de la 
jeunesse et de la santé. 

Atlanlic, bel alezan à balsanes, a fourni un total de Sçooo francs 
environ. Le fils de Thortnanby possède toutes les qualités d'élé- 
gance et de race qui font un peu défaut à Perplexe-^ mais, en 
revanche, il n'en a pas les belles proportions. L'encolure est 
superbe, les yeux pleins de feu, l'épaule bien attachée ; mais les 
membres antérieurs sont trop droits (défaut qu'il a légué princi- 
palement à Le Sancx). Atlantic est aussi méchant que Perplexe 
est doux. On ne peut du reste pas voir deux pur sang plus 
dissemblables par la structure, par la robe et par l'humeur. 

En sortant du quartier des étalons, la visite indiquée est celle 
des prairies. Les poulinières sont parquées quatre par quatre. 
On a mis ensemble celles qui paraissent faire le meilleur ménage. 
La plupart se promènent avec le calme que donne le fardeau de 
la maternité. 

Les mères sont vingt-six. 

Le premier quartier est celui des poulinières vides, spacieuse 
prairie, où l'herbe forme un épais gazon vert. Dans cette région, 
l'herbe croît fort tard, vers le mois de juin, et, par contre, pousse 
dru, même en hiver. La tiédeur du climat explique cette particu- 
larité. 

Autre enclos, encore plus vaste que le premier. Il a pour loca- 
taire la doyenne d'âge du haras. Grande Mademoiselle^ une 
demi-sœur de Vermouth par The Nabob et Erreur, née en 1860 
et âgée, en conséquence, de trente ans. Cette vénérable aïeule, 
mère de GulfStream et de Transatlantique, a donné avec Atlan- 
tic son dernier produit, Kuro Sivo. La vaillante jument a pris 
définitivement ses invalides. 

A côté de Grande Mademoiselle, Raffale, très rondelette et très 
en santé; Agnès Sorel, mère de Sakountala, la gagnante de la 
Poule d'Essai des Pouliches en 1886; enfin, une fille de Consul, 
Vengeance, d'apparence assez commune, achetée à la vente du 
comte de Lagrange et qui n'a rien produit de bon jusqu'à pré- 
sent. Vengeance et Raffale ont été de nouveau offertes à Per- 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE. 7I 

pîexe en 1888; Agnès Sorel, saillie par le fils de Vermouth a 
passé à Atlantic, 

Le lot suivant se compose de Brother to Strafford mare, 
jument d'une grande régularité, dont les produits galopent 
presque tous et parmi lesquels le meilleur fut Kara Kalpak, 
D'autres, tels que Kremlin, Kalmouk et Kara Koul, ont été 
médiocres. 

On trouve encore dans ce lot Pinacle, une jument de beaucoup 
de sang (Adventurer et Minaret par Rataplan) ; Japonica, une 
fille fort séduisante de See Saw et Jeannette par Gladiateur, et 
ainsi demi-sœur de Little Duck. Japonica est la mère d'Olla 
Podrida, On rencontre enfin Lord Clifden mare, mère de Parid- 
jàta et de Candelaria. 

Dans une autre prairie apparaît la perle des perles de la col- 
lection, Gem of Gem, qui mérite assez ce nom de style oriental, 
bien que traduit en anglais, tant par la valeur de ses produits 
que par la blancheur nacrée de sa robe. On sait que Gem of Gem 
est la mère d'Escarboucle, une des juments les plus séduisantes 
qu'on ait vues depuis longtemps sur le turf, et du Sancx^ dont 
la carrière est si remarquable. 

A côté de la jument blanche se promène une grande et forte 
alezane d'un modèle un peu commun, malgré une brillante origine 
(Kisber et Lady of Mercia), Czardas II. Elle n'a rien fait sur le 
turf et débute au haras. Saillie en 1887 par Prudhomme, elle 
l'était en 1888 par Atlantic, 

Avec Escarboucle, Sakountala et Olla Podrida, Czardas II 
forme le clan des jeunes. 

Une jolie bai brun, Alaska, fille de Galopin, est le dernier 
achat fait à l'étranger. M. le baron de Schickler l'a acquise à la 
vente de Fred Archer. Cette jument a mis bas un produit mort 
de Childéric', elle était pleine à' Atlantic en 1887 et devait être 
présentée à Perplexe, 

Enfin, une poulinière aux formes élégantes, quoique un peu 
petite, Little Sister, a donné Krakatoa par Thunderbolt, Cette 
alliance du sang glorieux d'Hermit à celui de Stockwel a pleine- 



72 LES COURSES DE CHEVAUX. 

ment réussi, puisque Krakatoa s'est montré le véritable Derby 
crack de son écurie, qu'il a dignement représentée dans les 
grandes épreuves classiques. 

On pénètre ensuite dans un enclos très petit, réservé d'habi- 
tude aux poulinières qui ont mis bas. Elles ne peuvent pas se 
livrer, dans cet étroit espace, à leurs courses folles, qui exténue- 
raient les poulains de lait, toujours collés aux flancs de leurs 
mères. Là se trouve une fille de Kingcraft, Lap Year, La 
jument se distingue par l'harmonie de ses formes et le coulant 
de son arrière-train. F^lle a été payée 27 700 francs à la vente de 
lord Falmouth et a été importée pleine de Galopin. Le premier 
produit qu'elle ait mis au monde en France est Électrisante. 
Elle a donné ensuite Salvanos, par Atlantic. Elle était pleine 
de Perplexe et devait revenir à Atlantic, 

North Wiltshire, qui tient compagnie à Lap Year^ a donné 
comme meilleur produit La Jarretière. 

La tournée des poulinières se termine par une visite à La Reyna, 
par Vermout et Bourg-la-Reine. C'est une alezane à l'aspect aris- 
tocratique. Son fils Reyezuelo avait bien débuté à deux ans. 

A côté de La Reyna est la mère de Sang Dragon^ Sterling 
mare, qui représente d'une façon assez obscure le sang de Ster- 
ling; un peu plus loin, la mère de Fandango, Lady of Mercia, 
jument à la structure puissante, mais peu harmonieuse. 

Lady of Mercia est fille de Blair Athol, adversaire malheureux 
de Vermout; mais cette rivalité n'a pas empêché leur descen- 
dance de s'unir, puisque la jument a été saillie par Perplexe, fils 
du vainqueur de son père. 

Si Ladx of Mercia retournait ùl Perplexe, ses deux autres com- 
pagnes, La Reyna et Sterling mare, retournaient à Atlantic, 

Sakountala était destinée à Narcisse, le jeune étalon que les 
succès de Mexico ont justement mis en relief. 

La Dauphine. Cette capricieuse fille de Doncaster et de Sly, si 
bonne à l'exercice et si mauvaise en public pendant sa carrière 
de course, était réservée à King Lud, qui devait saillir égale- 
ment Mystical, mère de La Délivrande. 



[ ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE. 76 

Perplexité avait quitté Chamant, où Archiduc l'avait saillie en 
1887, pour aller, comme Sakounlala, à Narcisse. 

Tyro devait aller remplacer Perplexité à Chamant auprès 
à' Archiduc. Deux autres avaient été vendues r War Queen et 
La Blessée. Deux autres encore, Mimosa et La Rochelle, avaient 
été abattues. 

Dans leur quartier les yearlings étaient au nombre de treize : 



Le Sancy. 
(D'après une photographie de M. Dellon). 

sept poulains et six pouliches. Les poulains, comme leurs mères, 
sont répartis par groupes de quatre. Les sexes sont aussi soi- 
gneusement séparés qu'aux bains de Deauville ou de Dieppe. 

Les écuries et les abreuvoirs sont disposés comme pour les 
poulinières, et la base de l'alimentation consiste en avoine con- 
cassée. On ne leur donne de l'avoine entière qu'au moment de 
partir pour le dressage. 

Le point culminant du haras est la prairie du Haut- Vent, très 



76 LES COURSES DE CHEVAUX. 

judicieusement nommée, car, au moindre vent, siffle une bise 
aiguè qui, pour ne point être le mistral, ne vous en coupe pas 
moins la figure. 

L'enclos suivant, réservé aux pouliches, est le plus vaste de 
tous. On y est en pleine Espagne. Ce sont des pures castillanes : 
Puerta del Sal, Paradisia^ Karadja, La Horta. Leur teint répond 
à leur pays d'élection, car elles sont brunes à plaisir. A excep- 
ter cependant Paradisia^ dont la robe grise est momentanément 
recouverte d'un pelage brun. 

Puerta del Sol, par Atlantic et Lord Cllfden mare^ est la plus 
belle du lot. Karadja, baie, par Tristan et Brother to Strafford 
mare, et La Horta, par Perplexe et Little Sister, demi-sœur de 
Krakatoa, etc., ne sont également pas à dédaigner; ces deux 
dernières pouliches ont un lien de parenté, puisqu'elles tiennent 
de Hermit, frère commun de Tristan et de Littie Sister. 

Encore deux enclos à parcourir. Dans le premier gambade une 
demi-sœur de La Jarretière, La Pourpre, par Atlantic et North 
Wiltshire. Cette pouliche malingre et chétive ne rappelle en rien 
l'héroïne du prix de la Salamandre en 1886. Le croisement de 
Little Sister avec Perplexe paraît avoir donné de meilleurs résul- 
tats qu'avec Atlantic. A côté de La Pourpre, La Galerna (par 
Palais Royal et Raffale) boitille légèrement des suites d'un 
coup de sabot reçu dans le clan des eapagnoles : ce qui l'a déci- 
dée à abandonner ses ingrates compagnes. 

L'infirmerie des chevaux est bâtie sur un terrain nouvelle- 
ment acquis; elle comprend six stalles confortablement amé- 
nagées. Une seule est occupée par un poulain bai brun, 
Arakiri, fils de Perplexe et Lap Year, Ce superbe produit 
a eu malheureusement l'épaule démise. Grâce aux soins inces- 
sants dont il a été l'objet, on l'a remis sur pied, et si on le 
tient isolé, c'est pour qu'il ne se blesse pas en jouant avec ses 
camarades, plus forts que lui. Bien que le stud-groom espère 
pouvoir envoyer Arakiri au dressage en même temps que les 
autres, le poulain, qui a beaucoup souffert d'un traitement ri- 
goureux, s'en est ressenti dans sa croissance. Cet accident est 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. 77 

d'autant plus fâcheux que le fils de Lap Year paraissait avoir 
l'étoffe d'un bon cheval. 

En résumé, le haras est dirigé avec un soin et une science qui 
font autant d'honneur au propriétaire qu'au stud-groom. Comme 
sang français illustre, celui de Ver moût est à peu près le seul 
représenté; citons cependant aussi Monarque^ donijaponica des- 
cend € par les femmes ». En revanche, les meilleures races d'An- 
gleterre se retrouvent à Martinvast ; et quelques vainqueurs du 
Derby anglais, Blair Athol, Hermit, Kingcraft, Doncaster, Ga^ 
lopin et Kisber^ y possèdent des descendants. 

On y attend la rentrée triomphale du Sancy, Ce vaillant pro- 
duit d' Atlantic^ après sa glorieuse carrière sur le turf, prendra 
sa place parmi nos meilleurs étalons français. 

Il serait étonnant qu'avec tant de rejetons des héros d'Epsom, 
l'écurie du baron de Schickler ne comptât pas un de ces jours 
une vraie série de grands triomphes. •• 



IV 



LES HARAS DE VIROFLAY ET DE VAUCRESSON 

Le plus ancien de nos haras de France appartient au plus 
ancien et, en même temps, au plus célèbre de nos éleveurs. 

Viroflay est à quelques minutes de Paris. On s'y rend 
comme à la campagne; c'est une promenade bien plus qu'un 
voyage. 

La création du haras de Viroflay remonte déjà à une antiquité 
reculée, à une époque où les moyens de communication rapides 
étaient encore inconnus et où, par suite, il était nécessaire d'avoir 
ses chevaux à la porte des champs de courses. 

Les temps sont bien changés! Aujourd'hui, on voit une de nos 
grandes écuries entraîner ses cracks à huit heures de la capitale 
et les envoyer la veille de chaque réunion. 

Viroflay a appartenu à plusieurs sportsmen connus ; M. Rieus- 
sec, tué lors de l'attentat de Fieschi, et le comte de Morny. 



7? LES COURSES DE CHEVAUX. 

C'est en 1867 que M. Lupin s'y est installé. Depuis cette époque, 
Viroflay, qui jusqu'à cette date avait vu naître peu de chevaux 
célèbres, a acquis, sous l'excellente direction de son nouveau 
propriétaire, une juste et lég-itime renommée. 

Son installation est fort simple, sans luxe, mais bien comprise. 
De plus, on y trouve, d'une part, d'excellents étalons, de l'autre 
des poulinières renommées, et enfin une production hors lig:ne. 

On sait que M. Lupin possède deux haras à proximité l'un de 
l'autre dans le département de Seine-et-Oise : le premier à Viro- 
flay, le second à Vaucresson. Viroflay constitue l'établissement 
principal, où se trouvent logés le stud-groom Fanor, les étalons, 
des yearlings et des poulinières pleines dont le terme est proche. 
C'est là que s'opèrent la saillie et le poulinage. Vaucresson sert 
de station aux poulinières vides et pleines. Cette seconde pro- 
priété fournit un foin excellent, bien supérieur à celui de Viroflay 
^t très profitable aux élèves. 

Viroflay esta quelques minutes à peine de la station de ce nom, 
sur la ligne Paris- Versailles (R. G.). 

Depuis que Dollar est mort, Xaintrailles est l'étalon de tête de 
l'établissement. 

Xaintrailles est fils d'une mère dont presque tous les produits 
ont galopé ; sa demi-sœur, Enguerrande, a gagné la moitié des 
Oaks. Il n'est donc pas étonnant que lui-même ait eu la préten- 
tion d'enlever le Derby. 

Ses galops à l'entraînement l'avaient mis en relief avant même 
qu'il parût sur le turf. Son propriétaire l'avait envoyé en Angle- 
terre, afin que sa préparation ne laissât rien à désirer, et l'on 
disait à Newmarket monts et merveilles du poulain français. 
Aussi M. Lupin ne crut-il pas trop hardi de le faire débuter dans 
le Middle Park, et il s'en fallut de peu que cette audace ne fût cou- 
ronnée de succès. Les deux favoris à 9/4 étaient Cora et Paradox, 
qui courait alors sous le nom de N. de Casuistry, Xaintrailles, à 
7/1, venait après eux dans la faveur du ring. On offrait Melton à 
lo/i, bien qu'il eût déjà gagné les New Stakes à Ascot, et pris 
dans les July Stakes, à Newmarket, la seconde place à une tête de 



|i 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 8i 

Luminary. Melton fut vainqueur et Xaintr ailles eut la seconde 
place à une demi-longueur; il devançait lui-môme, d'une lon- 
gueur et demie, Paradox et Royal Hampton, qui firent dead heat 
pour la troisième place. 

C'était un beau début, et il n'est pas surprenant que Xain 
trailles ait gagné, deux jours plus tard, les Prendergast Stakes, 
où il partit favori à 4/9. 

Il y battit sans aucune peine Rosy Morn, qui d'ailleurs lui 
rendait du poids, par suite de ses victoires dans les Richmond 
Stakes à Goodwood et les Woodcote Stakes à Epsom. 

Après ces deux épreuves, le fils de Deliane partit grand favori 
à 5/4 dans le Dewhurst Plate, malgré la présence de Paradox, de 
Cora et de plusieurs autres adversaires qui n'étaient pas à dédai- 
gner. Cependant Xaintrailles rendait quatre livres à Paradox, 
qui venait après lui dans la cote à 2/1 . Il fut battu facilement par ce 
dernier et se laissa même enlever la seconde place par Cora. Le 
résultat était encore assez satisfaisant, mais il fallait un peu 
rabattre des grandes espérances que Xaintrailles avait données. 

Ainsi se termina pour lui la campagne de 1884. L'année sui- 
vante il vint en France disputer la Poule d'Essai. Sa réputation 
fit reculer tous ses adversaires, à l'exception de Reluisant et 
d'Anglomane. Jamais le champ de cette course ne fut aussi 
réduit. La belle apparence de Xaintrailles et ses succès anté- 
rieurs ne permettaient guère de douter de son triomphe. Il se 
contenta de suivre Reluisant, passa dès que son jockey le lui per- 
mit et gagna sans effort. Quelques jours plus tard, il battit The 
Condor et perdit en route Rigoletto dans le prix Triennal. Il 
n'eut pas moins facilement raison d'Extra et de The Condor dans 
la Grande Poule des Produits. 

Ces victoires successives ne permettaient pas de douter du 
succès de Xaintrailles à Chantilly : il suffisait de l'y envoyer, 
pour enlever sans peine un prix de 112 000 francs. Le Derby 
anglais ne valait que cinquante livres de plus, et il fallait battre 
Melton, Paradox, Royal Hampton, Crafton, etc. Au point de 
vue de l'argent, l'hésitation n'était pas possible ; mais M. Lupin 

6 



82 LES COURSES DE CHEVAUX* 

jugea que rhonneur avait plus d'attraits et choisit le Derby d'Ep- 
som, quelle que fût Tincertitude du résultat. Cette noble tentative, 
qui restera l'un des titres de M. Lupin à la reconnaissance des 
sportsmen français, fut malheureuse à tous les points de vue. 
Xaintraillefi ne gagna pas la course et arriva seulement qua- 
trième; en outre, il reçut une atteinte en galopant, fut retiré du 
Grand Prix de Paris et ne reparut ^lus sur le turf. 

Xaintrailles a donc disparu prématurément. Si courte qu'ait été 
sa carrière, on ne peut dire qu'elle ait été malheureuse, puisque en 
huit mois il a remporté quatre belles victoires. Sa bonne étoile 
a voulu que dans les grandes épreuves du printemps de i885 il fût 
débarrassé de la concurrence de Plaisanterie, qui n'y était pas 
engagée et à laquelle on ne peut cependant s'empêcher de donner 
la préférence sur Xaintrailles. Celui-ci n'en était pas moins un 
excellent animal, et c'est sans contredit le meilleur produit de 
sa mère. Les sommes gagnées par Xaintrailles s'élèvent : 

En 1884, à 21800 » 

En i885, à i52 55o » 



Total général. . . 174350 » 

M. Lupin a la plus haute opinion de Xaintrailles comme éta- 
lon. Ainsi qu'il a fait autrefois pour Dollar, il présente au fils 
de Flageolet toutes les poulinières qui peuvent lui être données 
conformément aux bonnes règles du croisement. 

Xaintrailles occupe l'écurie de Dollar, 

Dans son ensemble, Xaintrailles dénote une puissance rare, 
surtout dans l'arrière-main. De son grand-père, The Flying 
Dutchman, il tient un rein un peu plongé ; de son père, Flageo- 
let, il a pris la belle inclinaison de l'épaule et l'encolure bien 
sortie. L'avant-main seule laisse un peu à désirer par l'imperfec- 
tion du genou. La tête est remarquablement élégante; l'œil est 
vif et fier. 

En résumé, Xaintrailles est un magnifique modèle de repro- 
ducteur. Je dois noter encore qu'il est d'une douceur remarquable. 



Il 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D*ÉLEVAGE, 85 

A Viroflay les principales poulinières sont : 

Fionie, Ermeline. 

Pristina, Charmille. 

Enguerrande, Verdoyante. 

Un trajet de quarante-cinq minutes en voiture amène à Vau- 
cresson, qui se trouve à proximité de l'hippodrome de La 
Marche. 

Là, vingt et une poulinières sont à visiter. 

M avis. Voilette. 

Nixette. Mondaine. 

Deliane. Astrée. 

Yvrande et Carlotta, qu'un accident d'entraînement a empê- 
chées de paraître sur le turf. 



Salva. 


Brienne. 


Mademoiselle Clairon. 


Cascatelle 


Postérité. 


Almanza. 


Promise. 


Pensacola. 


Cornaline. 


Isménie. 


Anderida. 





Voici les principaux états de service des poulinières du haras, 
qui pendant ces dernières années ont si bien marché sur les 
traces de leur illustre aïeule Jouvence : 

Fionie, par Dollar et Finlande, a donné : en 1882, Gustave 
Wasa, par Montargis; en 1884, Malmo, par Consul-, en 1886, 
Christiana, par Wellingtonia. 

Pristina, Y^diT Dollar et Pergola, a donné : en 1881, Primiero, 
par Vertugadin; en 1882, Presta, par Petrarch; en 1884, Cerito, 
par Nougat; en i885, Modena, par Nougat. 

Enguerrande, par Vermout et Deliane, a donné : en 1880, N., 
poulain, par Blair Athol; en 1881, Ermengarde, psiV Flageolet; 
en i882,Josiane, par Salvator; en i885, Marigny, par Salvator. 

Ermeline, par Dollar et Impérieuse, a donné : en 1878, Mélite, 
par Mars; en 1879, Évangéline, par Perplexe; en 1880, Flori- 



86. LES COURSES DE CHEVAUX. 

sando, par Vermout; en 1881, Yvrande, par Montargis; en 1882, 
Erminio, psLT Plutus; en i883, Phôebus, par Saxifrage; en 1884, 
Alida, par Vermout; en 1886, Sidonie, par Saxifrage. 

Charmille (à M. J.-L. de F. Martin), par The Nabob et Chan- 
tress, a donné : en 1881, Corona, par Dollar; en 1882, T/ze Con- 
dor, psiT Dollar; en i883, Corolla, psir Dollar; en 1884, Concor- 
dia, par Fontainebleau; en i885, Corredor, par Fontainebleau; 
en 1886, Fontanas, par Fontainebleau, 

Nixette, par Gladiateur et Deliane, a donné : en 1879, Nadir y 
par Dollar; en 1882, Minette, par Salvator; en 1884, ^Iwaijr, par 
Salvator; en 1886, Nicolette, psiV Fontainebleau. 

LaJoncJière, par Vermout et Deliane, a donné : en i883, Lubie, 
par Salvator; en 1884, La Malmaison, par Fontainebleau; en 
1886, une pouliche, par Hermit. 

Deliane, par 77ie Flying Dutchman et Impérieuse, a donné : 
en 1878, Enguerrande, par Vermout; en 1874, La Jonchère, par 
Fermow/; en iS"/ 5, Lusignan, par Ferwow/; en 1878, Gérard, 
par FermoM/; en 1879, i4ma<iû, par Ferwow/; en 1880, Flores- 
tan, par Vermout; en 1882, Xaintrailles, psLr Flageolet; en 1884, 
Belinda, par Flageolet. 

Voilette, par Dollar et Gardevisure, a donné : en i885, Gwf- 
/>wre, par Isonomy. 

Mondaine, par Verlugadin et La Magicienne, a donné : en 
1884, Contredanse, par Dollar; en i885, Raout, par Salvator; en 
1886, un poulain, par Dollar. 

Astrée, psir Dollar et £^/o//e Filante, sl donné : en 1882, Pléiade, 
pdiV Flageolet; en i883, Firmament, par Silvio; en 1884, i4c^e?o«, 
par FermoM/; en i885, Ethérée, par Nougat; en 1886, Aérolithe, 
par Nougat. 

Salva, par Dollar, a donné : en 1881, Salvaia, par Montargis ; 
en i883. Savane, par Saxifrage ; en 1884, Libéria, par Nougat ; 
en i885, Disfida, par Nougat, 

Mademoiselle Clairon, psir Dollar et Jeune Première, a donné : 
en 1884, Ff/re, par i^w/ Bto; en i885, Cythare, par Isonomy, 

Postérité, par The Flying Dutchman et Partiel, sl donné : 



p , 




PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D*ÉLEVAGE. 89 

en 1878, Prométhée, par Mars; en 1880, Pyrrhus, par King- 
craft; en 1882, Pythias, par Salvator ; en i883, L'Eslerelle, par 
Mars-, en 1884, Passe-Temps, par Fontainebleau-, en i885, Na- 
nine, par Fontainebleau, 

Promise, par Monarque et Mademoiselle de Chantilly, a 
donné : en 1876, Proserpine, par Plutus-, en 1877, Isménie, par 
Plutus; en 1881, Preiender, par Salvator; en i883, Sposo, par 
Plutus ; en 1884, Urgence, par Dollar ; en 1886, un poulain, par 
Fontainebleau. 

Cornaline, par Boîard et Perla, a donné : en 1882, Coraline, 
par Salvator; en i883, Kohinoor, par Sa Ivator ; en 1884, Ophir, 
par Salvator; en 1880, Aventurine, par Salvator; en 1886, Aiguë- 
Marine, par Salvator. 

Anderida, par King-Tom et H^ooicra//, a donné : en 1880, 
Rosalba, par Dollar; en 1881, Theodosia, par Dollar; en 1882, 
Arabella, par Dollar; en i883, Azèlia, par Dollar, 

Brienne, par Dollar et Finlande, a donné Prytanée, par Pe- 
trarch, en i883 

Cascatelle, par Dollar et Néréide, a donné : en 1878, Niagara, 
par Montargis; en 1879, Lagruna, par Glaneur; en 1881, Fra5- 
ca/t, par Mirliflor; en i883, Aréthuse, par Gabier; en 1884, 
Naïade, par Gabier, 

Almanza, par Dollar et Bravade, a donné : en 1879, Alonzo, 
par Vermout; en 188 1, Liria, par Flageolet; en 1882, Ortegal, 
par Plutus; en 1884, Oviedo, par Consul; en i885, Murcie, par 
Flageolet; en 1886, Algésiras, par Saxifrage. 

Pensacola, par Dollar et Pergola, a donné : en 1880, Ontario, 
par Plutus; en i^i, Louisiane, par Flageolet; en i883, Trini- 
^ai, par Vermout; en 1884, Mariposa, par ^f/vio; en i885, Co- 
lumbia, par Nougat. 

Isménie, par Plutus et Promise, a donné : en 1884, Achéron, 
par Dollar; en i885, Endymion, par Salvator; en 1886, Phlege- 
thon, par Fontainebleau, 

Perla, par Dollar et Pergola, a donné : en 1877, Cornaline, 
par Boîard; en 1879, i^w^ts par 3/ar5; en 1881, Diamantina, par 



Cp LES COURSES DE CHEVAUX. 

Elue Gown; en i883, P^r/fna, par Silvio; en 1884, Carlo tta, par 
Silvio; en 1886, Collana, par Stracchino. 

Encantadora (à M. J.-L. de F. Martin), par Dollar et Char- 
mille, a donné : en 1881, Encantador, par Boïard; en i885, Bivar, 
ipsLvfioïard; en i885, Eglinton, par T/îe ScottishChief; en 1886, 
Follow me Lassies, par T/ie Scottish Chief, 

Xaintrailles a sailli; en 1887, pour son année de début, dix-huit 
poulinières. 



V 



LE HARAS DE CHEFFREVILLE 

Cheffreville, Esprevilla, Chiffreville, c'est là que le comte de 
Berteux a installé son haras, un haras modèle, un des mieux 
situés et des mieux organisés que je connaisse. On s'arrête à 
Lisieux, d'où i5 kilomètres restent à franchir pour arriver à Ferr. 
vacques. Quand on estàFervacques, on est à Cheffreville ; les deux 
propriétés se touchent et sont traversées par la Touques, une 
des jolies petites rivières de Normandie, qui prend sa source, 
dans le Merlerault et vient se jeter dans la Manche au-dessous 
de Deauville, où j'avais eu déjà l'avantage de faire sa connais- 
sance à l'époque des courses. 

De Lisieux à Cheffreville, la route est très bonne et très 
agréable, même en hiver, où la nature est d'un ton un peu uni- 
formément gris. On traverse les villages de Saint-Martin-de-la- 
Lieue, de Saint-Jean, de Petreville, pour passer devant Fervac- 
ques, dont le bourg, qui a toujours eu de l'importance, est situé 
dans cette vallée où Troyon a choisi le sujet d'un de ses plus 
jolis paysages. La description du tableau pourra donner celle des 
prairies du comte de Berteux : « Une prairie à l'herbe haute et 
touffue, sous un ciel vigoureux; une petite colline ferme l'hori- 
zon. Les vaches viennent s'abreuver à une rivière sur laquelle 
est jeté un pont, dont les piles disjointes sont à demi rongées par 



> JL 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. 9I 

la mousse. Des chevaux galopent joyeusement à travers le pâtu- 
rage. » 

Mais n'oublions pas Fervacques, que nous venons de laisser sur 
la gauche et dont nous avons aperçu la porte, à arc surbaissé, 
accompagnée d'une étroite poterne, à laquelle correspond du côté 
opposé une niche cintrée. Il est de tradition que le roi Henri IV 
y séjourna. Est-ce en iSqo, pendant qu'il assiégeait Lisieux? Est- 
ce dans le voyage qu'il fit avec la reine en i6o3? Les historiens 
ne sont pas encore fixés sur ce point et il n'y a pas de raisons 
pour qu'ils le soient jamais. On montre néanmoins dans une 
mansarde le lit et les meubles de la chambre qu'il dut occuper. 
M. de Montgomery, qui possède aujourd'hui le château et l'ha- 
bite, y a réuni nombre d'objets d'art et d'antiquités. 

Fervacques a toujours sa halle en charpente au centre du 
bourg ; c'est une preuve de son ancienne importance que les ha- 
bitants font bien de conserver. 

Cheffreville n'offre un peu d'mtérêt que par sa petite église, 
dont quelques restes d'appareil en feuilles de fougère attestent 
qu'elle a été construite à l'époque romane. Le clocher se profile 
agréablement au-dessus des prairies du comte de Berteux, où les 
paysagistes les plus délicats trouveraient si bien leurs sujets. 

Les bâtiments du haras se composent de la maison du maître, 
de la maison d'habitation du stud-groom et des boxes qui sont 
aménagés dans chaque prairie selon les besoins des chevaux. 
Tous les animaux d'un herbage y ont leur habitation, en sorte 
qu'ils peuvent sortir et rentrer sans avoir à faire un trajet de plus 
de 100 mètres et sans rencontrer d'obstacles difficiles à passer. 

La maison du comte de Berteux n'est ni un château, ni même 
un cottage : elle est carrée et simplement bâtie en brique, comme 
les boxes, et très simple, sans la moindre corniche à corbeaux, 
sans le moindre mâchicoulis. 

Mais à l'intérieur tout le confort désirable est réalisé. Le mo- 
bilier n'a pas de recherche, mais les cheminées chauffent bien, 
point très important à la campagne, et surtout en Normandie, et 
il y a une cave admirablement pourvue de vieux vins et d'une 



g2 LES COURSES DE CHEVAUX. 

certaine eau-de-vie de Calvados, contemporaine de Mathusalem et 
dont on célèbre agréablement le centenaire après chaque repas. 

Le comte est d'ailleurs un maître en Tart d'entendre et de pra- 
tiquer le confort et Thospitalité : on se souvient à tout instant 
qu'il habite TÉcosse une partie de Tannée et qu'il en rapporte 
les mœurs si appréciées des gens qui aiment à être bien reçus. 

L'heureux propriétaire d'Upas vient assez fréquemment sur- 
veiller son établissement d'élevage, où l'œil du maître a tant 
d'importance ; il y établit son quartier général au moment de la 
campagne normande. Il y a souvent des amis, et leur assure bon 
souper, bon gîte et l'agrément de voir un lot de poulinières tout 
à fait sélect. 

Mais depuis deux ans le comte abandonne le déplacement de 
Deauville pour se rendre en Ecosse, où il a loué un château féodal 
et une chasse seigneuriale. Blasé sur les agréments de nos sports 
de France, il se plaît à aller mener la grande vie sauvage dans 
les montagnes où pullulent les grouses. Il est à mille lieues de 
Paris, de ses affaires et de ses plaisirs; il ne reçoit plus ni 
lettres, ni journaux. Une dépèche ne lui parvient même pas; 
il se fait trappeur pour quelques mois. 

Le comte ne s'en livre que plus volontiers, au retour, aux 
occupations de son élevage, qu'il a si bien mené et qui lui 
donne maintenant les résultats les plus satisfaisants. 

Sa manière de nommer ses chevaux permet de mesurer la durée 
de sa carrière : il a parcouru l'alphabet ; ayant commencé par 
la lettre A, il en est maintenant au W. 

Après avoir cueilli des épines au début, il en est maintenant aux 
roses. Ses poulinières sont triées sur le volet. Ses deux étalons, 
l'un de son cru, l'autre de son choix, lui assurent une excellente 
production et lui attirent un grand nombre de juments étran- 
gères. Il est parti pour la gloire; il l'a atteinte, il la tient. 

Dans l'intérieur de la maison, il a collectionné les portraits de 
toutes les célébrités du turf. Une galerie des plus beaux che- 
vaux connus orne ses murs. Et ces types exceptionnels, il les voit 
en partie reproduits dans ses herbages. 






u 



>» 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. Ôi) 

Pour améliorer le sol il n'a rien nég-ligé, non plus que pour 
améliorer le sang. Ses produits ne sont pas seulement remar- 
quables par leur conformation, ils le sont encore par la netteté 
de leurs membres, d'où la tare est heureusement bannie. 

Dans ces beaux herbages qu'arrose la Touques, qu'on a soi- 
gneuseusement enlissés et pourvus d'abreuvoirs, l'herbe pousse 
plantureuse, grâce à des travaux de nivellement et d'irrigation, 
pour lesquels aucuns soins n'ont été épargnés. 

Les pouliches occupent une prairie de 5 hectares, dite l'herbage 
de Courson. Les poulains sont dans l'herbage du Mesnil. 

Vingt poulinières occupent les différents logis du haras : 

Julia Peel, par Amsterdam et Faraway, par Orlando, a été 
achetée, en 1872, à la vente du duc de Hamilton. C'est la plus 
âgée de la société. Elle a donné : Lancelot, par King-Tom, en 
1874; MiOMcAe, par Tournament,en iSjS; Narcisse, par Troca- 
déro, en 1876; Orphéon, par Vermout, en 1877; Profilrole, par 
Mortemer, en 1878; Quarantaine, par Trocadéro, en 1879; Ré- 
flexion, par Guy Dayrel, en 1880; Statira, par Trocadéro, en 
1882; Vatel, psiT Kingcraft, en 1882. 

Duchess of Athol, par Blair Athol et Tunsdall Maid, par 
Touchstone, sl été achetée à la vente du capitaine Gray, à York, 
en 1871, Elle a donné : en 1872, Javottc, par Fortunio ; en 1873, 
Kate, psiT Suzerain; en 1874, Loisir, par Hospodar-, en 1875, 
Mantille II, par Dollar; en 1876, Noblesse, par Dollar; en 1877, 
Optimia, par Plutus; en 1878, Patchouli, par Plutus; en 1879, 
Queechy, pds Plutus; en 1881, Salomé, par Macaroni; en 1882, 
Troubadour, par Guy-Dayrell; en 1886, Xavier, par King- 
Lud. 

Sultee^ par Weatherbit et Sacrifice, par Voltaire, vient de la 
dispersion du haras de Middle Park, à M. Blenkiron. Elle a 
donné : en 1878, Pagode, par Boîard ; en 1879, Québec, par Plu- 
tus; en iSQo, Revalescière, par Guy Dayrell; en i88i,»Ser/5Z5, par 
Guy Dayrell; en 1882, Thalie, par Perplexe; en i883, t/iine, 
par Vermow/; ew 1884, Velléda, par Narcisse; en i885, Wilhel- 
mine, par Narcisse; en 1886, Jïtt//fw5, par Narcisse, 



g6 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Martinique, par Macaroni et Curaçao, a été payée i 3oo livres 
à la dispersion du haras de Cobham : c'est le type accompli de la 
belle poulinière. Elle n'a cependant pas réussi. On a eu d'elle : 
en 1881, Sumatra, par Dollar; en i883, Uriage, par King-Lud; 
en 1884, Varinas, par Guy Dayrell; en 1886, Xiphium, par/w- 
lius Cœsar. 

Ortolan, par Saunterer et Swallow, par Cotherstone, a été 
achetée en même temps que Martinique, dont elle a largement 
compensé les déceptions. Elle a donné : en 1880, Rome, par 
Blair Athol; en 1881, Sansonnet, par Dollar; en 1882, Tourte- 
relle, par Perplexe; en i883, Utrecht, par King-Lud; en 1884, 
Vanneau, par Perplexe; en i885, Widgeon, par King-Lud, et 
en 1886 Xanthornus, paiV King-Lud. 

Loadslar, par Saunterer et 5^55 Lyon, par Longbow, a été 
achetée à Doncaster en même temps que /^05e Mary, qui a été la 
bonne affaire des deux. Elle a donné : en 1878, Papillon, par 
Argile; en 1879, Quinola, par Plutus; en 1881, Sémaphore, par 
S y Mo; en 1886, Xinia, par Julius Cœsar. 

Giselle, par Young Monarch et La//a /^oo/î, par T/^e Nabob. 
Elle a donné : en 1880, Refrain, par Capitaliste; en 188 1, .Sj/- 
/>/rfie, par Guy-Dayrell; en 1882, Taglioni, par Guy-Dayrell: 
en i883, Ulysse, par King-Lud; en 1884, Viviane, par Gw^- 
Dayrell. La carrière de cette jument présente deux particularités. 
Courant dans le nord de l'Angleterre, en 1871, elle fut battue 
par Pompadour, dans un prix où M. de Berteux avait parié 
assez cher pour elle. Il y eut grande émotion quand on apprit 
presque aussitôt après la course que le propriétaire de Pompa- 
dour était mort dans la journée. On comprend facilement l'im- 
portance que présentait la constatation de l'heure du décès. Ou 
le propriétaire était mort avant la course, et alors Giselle était 
gagnante; ou il était mort après, et ça ne changeait rien au 
résultat. Malheureusement pour le comte, il était mort après, 
en sorte qu'il n'eut pas la chance de toucher ses paris. 

La même Giselle, qui avait gagné le handicap fondé en l'hott- 
neur du Shah de Perse, partit le soir même pour Abbeyille, où 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE. 97 

elle enleva le handicap le lendemain; elle avait été embarquée 
immédiatement après sa victoire de Longchamp. 

Hèmione, par The Nabob et Vhirl, par Alarm, est née à 
Cheffreville. Après avoir été essayée bonne, elle glissa un jour 
sur la neige â Chantilly et se démit le paturon. Elle ne parut ja- 



Rose-Mary. 
(D'après une photographie d« M. Dellon.) 

mais sur le turf. Elle a donné : en 1875, Mésange, par Cymbal; 
en 1877, Orfraie, par Plutus, qui appartient à M. de Castelbajac 
et a produit Grand-Duc, par Vignemale, gagnant du prix de 
Viacennes, en i885; en 1879, Quiproquo, parP/aiws;en i88i, 
Tolède, par Guy-Darrell; en i885, Wolf, par Peler. 



q8 les courses de chevaux. 

Rose-Marx, par Skirmisher et Vertumna:, par Stockwell, a été 
payée 80 livres et ramenée d'Angleterre en même temps que 
Loadstar. Elle a donné : en 1875, Quolibet, par Plutus; en 1880, 
Rosa,psir Guy-Dayrell; en 1881, Sorgho, par Guy-Dayrell\ 
en i883, Upas, par Dollar \ en 1884, Volubilis, par Guy-Dayrell-, 
en 1886, Xéranthème, par Narcisse. 

Dalnamaine, par Thormanby et Mayonnaise, par Teddington, 
a été payée 3oo livres à Stockbridge. Mayonnaise, qui gagna les 
Mille Guinées, est la grand'mère de Bruce; par sa fille Carine, 
qu'elle eut avec Stockwell, elle représente une des premières races 
d'Angleterre. Elle a donné : en 1876, Nymphe, par For/f ; en 1877, 
Onyx, par d'Estourmel; en 1878, Pékin, par Boîard; en 1880, /?i- 
va/io, par Guy-Dayrell ; en 1881, Séraphine, par Guy-Dayrell; 
en 1884, Velours, par Guy-Dayrell ou Narcisse; en i885, Walter- 
Scott, par King-Lud; en 1886, Xanthorée, par King-Lud, 

Astrea, par Adventurer et Adeliz, saillie par Altyre, a été 
achetée à la vente du haras d'Inverminster, après le décès de 
lord Wolverton. 

Sorceress, par Rosicrucian et Bas- Bleu, par Stockwell, a été 
achetée à la vente après décès de Grayton. Elle est sœur de 
Blue-Gown par sa mère. On a eu d'elle : en i885, Wotan, par 
King-Lud, et en 1886 Xilander, par Narcisse. 

Analogy, par Adventurer et Mandragora, par Rataplan, a été 
achetée yearling et payée i3oo guinées à la vente d'un clergyman. 
Elle a donné : en 1879, Quidam, par Westminster; en 1880, /?a- 
pidity, par Guy-Dayrell; en i883, Urbain, par King-Lud; en 
i885, Witchery, par Peregrine; en 1886, Jïbî5, par Narcisse, 

Mantille II, par Dollar et Duchess of Athol, a longtemps servi 
de hack au comte de Berteux, à Paris. Puis il a trouvé que c'était 
un bien grand luxe de priver son haras de cette belle jument et 
l'y a envoyée. Elle a donné : en 1886, Xativa, par King-Lud. 

M. de Berteux a gardé trois filles de Duchess of Athol, une de 
ses juments préférées : Mantille II, Optimia et Salomé. 

Optimia, par Plutus et Duchess of Athol. Elle a donné : en 
1884, Véturie, par Guy-Dayrell, et en 1886 Xanthos, par Pe/er. 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 99 

Mis-; Hannah, par King-Tom ou Favonius et Chopette, par 
North Lincoln, a. été achetée l'année dernière à Lord Roseberry. 
Hannah est le nom d'un des enfants des Rothschild de Londres. 

Queen, par Plutus et La Dauphine, par Stockwell. La Dau- 
phine est la tante de Tristan. Tristan était par Thrift, et Thrift 
par Braxex, mère de La Dauphine. Queen a donné : en 1884, 
Vanda; en i885, Westphalie\ en 1886, Ximo, 

Rome, par Blair Athol et Ortolan, est le premier produit de 
cette bête surprenante, qui pourrait prendre pour enseigne : 
« A tous les coups l'on gagne ». Elle a produit : en i885, Wasp, 
par Peregrine, et en 1886 Xérès, par King-Lud. 

Salomé, par Macaroni et Duchess of Athol, n'a encore rien 
produit. 

Statira, par Trocadéro etJuliaPeel, propre sœur de Narcisse. 

La qualité des étalons correspond à celle des poulinières. Ils 
sont deux pour le moment qui se partagent l'honneur de mêler 
leur sang aux sangs les plus illustres : Upas et King-Lud. 

Ils ne se ressemblent en aucun point et tous deux ont leurs 
mérites, qui sautent aux yeux des connaisseurs. 

Les performances de King Ltid étaient faites pour attirer l'at- 
tention d'un propriétaire français. A trois ans il avait été qua- 
trième dans les Deux Mille Guinées derrière Prince Charlie, Cre- 
morne et Queen's Messenger, troisième dans le Saint-Léger, der- 
rière Cremorne et Laburnum. A quatre ans, il avait gagné de 
deux longueurs le Césaréwitch sur 84 partants. Il avait battu 
facilement de trois longueurs Kingcraft dans un match sur 
1600 mètres. Il avait gagné le même jour à Shrewsbury le New- 
port Cup et le Shrewsbury Cup. 

A cinq ans, et ce fut la 'course qui le désigna surtout au choix 
de M. de Berteux, dans l'Alexandra Park il avait gagné d'une 
encolure, battant Boïard et Flageolet. Il avait rendu une livre 
anglaise à Boïard. 

M. de Berteux, qui va souvent en Angleterre et se tient très 
au courant de ce qu'il est possible d'acheter pour augmenter uti- 
lement sa collection, se mit en rapport avec le propriétaire de 



lOG LES COURSES DE CHEVAUX. 

King-Lud et le lui loua 700 g-uinées 4)our la première année. 
Deux ans après, il l'acheta. On objectera qu'il eût pu l'acheter 
tout de suite et qu'il eût ainsi réalisé une économie. C'est une 
opinion qui n'est pas la mienne. Je trouve que s'il y a un « essai 
loyal » utile à faire, c'est encore mieux celui d'un étalon que 
celui d'un gouvernement. 

On ne manque pas d'exemples d'étalons anglais importés qui 
ont empoisonné l'élevage. Le propriétaire qui les possédait les 
utilisait quand même et persévérait dans le mal ; s'il avait eu le 
cheval en location, il s'en serait débarrassé dès la première 
année. 

Tout en possédant deux étalons de cette valeur, M. de Berteux, 
qui vraiment ne s'endort pas dans le calme de la routine, envoie 
chaque saison quelques-unes de ses bonnes juments à des étalons 
anglais. 

Il aime assez Hampton, par Lord Clifden et Lady Langden. 
C'est, en effet, un étalon avantageux d'une saillie de 100 livres, 
avec des performances très respectables, bien qu'il ait couru à 
vendre à deux ans, dans un Two Years old Selling Stakes à 
Brighton, où son propriétaire le racheta pour i5o guinées. Il a 
gagné. à trois ans le Great Welcome's Handicap à Croydon, les 
Great Metropolitan Stakes à Epsom. A quatre ans, il a gagné 
les Goodwood Stakes. A cinq ans, ce fut la belle période de sa 
carrière : il a gagné 8 courses sur 10 : le Northumberland Plate 
à Newcastle; le Goodwood Cup, où il battait Petrarch; le Don- 
caster Cup, le Kelso Gold Cup, deux Her Majesty's Plate ; le Ca- 
ledonian Centenary Cup à Edimbourg, et un Her Majesty's Plate 
à Windsor. A cinq ans, il gagne encore le Her Majesty's Plate 
à Northampton ; l'Epsom Gold Cup, battant Vermeil; It Her 
Majesty's Plate à York; le Her Majesty's Plate à Newmarket. 

Voilà des états de service qui ne sont pas à dédaigner et qui 
n'ont pas échappé à la clairvoyance du propriétaire d'Upas. Il a 
envoyé deux juments à Hampton; toutes les deux sont revenues 
pleines ei ont été admirablement soignées, ce qui est encore 
à considérer. 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. Io3 

Le comte de Berteuxaime bien que tout marche; en cela je 
Tapprouve. Il surveille de près son affaire et ne s'entortille pas, 
comme on dit, dans les feux de file. On Ta vu par exemple, en 
i885, prendre une détermination énergique et faire dans son 
écurie une liquidation des plus fructueuses. D'un lot qui n'avait 
plus rien de sérieux à récolter, il tira une somme importante et ne 
garda que les deux chevaux dont personne ne voulut et qui 
furent précisément les meilleurs : Télétnaque et Tourterelle. 
C'est si délicat à mener une écurie de course ! Le comte de Ber- 
teux possède avant tout le secret de se faire admirablement 
servir, sans s'aliéner pour cela l'affection de ses serviteurs. Il 
les a tous « dans la main », très dévoués et pour la plupart 
vieillis sous le harnais. 

Son stud-groom, Watkins, compte parmi les plus anciens et 
les plus zélés ; c'est lui qui mène le haras. Quand je dis « qui 
mène », c'est une façon de parler; car, en réalité, il n'est qu'un fil 
dans la main de son chef. 

J'ai emporté de Cheffreville l'impression qu'on emporte de 
l'examen d'une œuvre longtemps étudiée, patiemment conduite 
et qui justifie le vieil axiome : Fints coronat opus. 



VI 



LE HARAS DE CRAMANT 

Qui n'a vu ni Chamant ni Meautry ne peut se faire une idée du 
luxe d'un haras. Des établissements de ce genre sont comme les 
chasses princières, où chaque faisan coûte cinq louis à son pro- 
priétaire. On peut bien estimer que chaque brin d'herbe qui 
pousse à Meautry et à Chamant revient à cinq francs. Mais tout 
cela n'est rien quand il naît des Hayon dVr, ou des Chamant, ou 
des Tristan. 

Je vais souvent à Chamant par Chantilly ; la route n'est pas 
très jolie, mais à l'automne on est souvent distrait par la fusillade 
des chasseurs d'Apremont. 



104 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Avec un bon cheval, — tous les chevaux des loueurs de Chan- 
tilly, stimulés sans doute par l'exemple de leurs illustres confrères, 
marchent assez rondement, — on a vite traversé Vineuil, Saint- 
Firmin et Courteuil, et l'on aperçoit, bien découpé dans le bleu 
du ciel, le profil grisâtre du clocher de Senlis, qui fait vis-à-vis 
aux tourelles du château de Chamant. Quand on est à Senlis, on 
est à Chamant. Il n'y a guère plus d'un kilomètre à franchir de 
la station au haras. 

M. Lefèvre, le maître de céans, se -tient d'ordinaire dans la 
pièce du rez-de-chaussée, qui lui sert de cabinet de travail et qui 
est, en même temps, une sorte de tribune vitrée, d'où il peut 
suivre les galops de ses chevaux, sur la belle piste dessinée 
autour de son parc et qui est tracée pour ainsi dire sous ses 
fenêtres. 

Il y a des souverains qui se font jouer la comédie pour eux 
seuls, qui choisissent les pièces, les acteurs, tout, jusqu'à l'heure 
même de la représentation. M. Lefèvre peut se payer une fan- 
taisie non moins royale en se faisant exécuter des courses à 
volonté pour son unique agrément. 

Je l'ai trouvé un jour en train d'écrire une lettre. 

« Savez-vous ce qu'il y a là dedans? me dit-il. Un chèque de 
5oooo francs, que j'envoie à T. Jennings pour lui payer sa part 
d'Archiduc qui est arrivé il y a quinze jours, et que je vais vous 
montrer. » 

En même temps qu'il prenait la lettre contenant le chèque, un 
valet de pied remettait une dépêche. 

« Ça, me dit M. Lefèvre, c'est une bonne nouvelle : le petit 
Tom m'annonce que Fifine a gagné son essai. » 

C'est vraiment très complet comme sport de posséder une 
piste pour faire des essais sous ses fenêtres et en même temps 
un fil télégraphique spécial pour apprendre les essais de New- 
market. 

Après le déjeuner commence la visite du haras. Nous débutons 
par les étalons. Salul à Archiduc^ le crack des cracks, le cheval 
au jarret mystérieux qui, avec l'aide du hasard et des vétérinaires. 



^1 



'-t. 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. IO7 

échappa à la maison Rothschild. Il est superbe cet animal, qui 
rappelle si bien son grand-père Monarque, 

Quand on l'a lâché dans le paddock suivi d'un petit chien blanc, 
lape à l'œil, nommé Spot, qui est charg-é de le distraire dans son 
box et de lui aboyer aux jambes en plein air, il s'est mis à galo- 
per avec une liberté d'action tout à fait remarquable. Archiduc et 
son chien complètent un ravissant Alfred de Dreux. Et on ne 
peut s'empêcher de penser : Quelles actions ! il est de caoutchouc 
cet animal-là. 

« C'est le meilleur cheval que j'aie entraîné de ma vie, dit 
M. Lefèvre. 

— Alors, vous le considérez comme meilleur que Tristan} 

— Sans hésiter. Et vous-même, n'avez-vous pas remarqué 
avec quelle facilité, quand il était bien, il semait son champ! » 

Le voisin de box d'Archiduc forme un contraste singulier 
avec son collègue. Autant le premier est élancé et distingué de 
forme, autant il y a en lui du gentilhomme, autant le second est 
pataud et paysan. C'est un gros animal alezan clair, qui rappelle 
les chevaux communs attelés par les notaires de campagne à 
leur antique cabriolet. 

Eusèbe a presque du percheron dans les manières. Il galopait 
cependant surtout pour la distance. Il faisait bien 4000 mètres. 
M. Lefèvre l'avait offert un moment pour 5 000 francs ; il ne s'est 
pas présenté d'amateur. Maintenant il le garde sans regret. 
Eusèbe donnera... des consultations gratuites à toutes les ju- 
ments qui réclameront son ministère. Il saillira à raison de 
20 francs pour l'écurie. Et Eusèbe n'est pas tant à dédaigner. 

La porte à côté à'Eusèbe loge Insulaire^ ce cheval noir, noir, 
noir, qui n'a pas encore fait parler de lui comme étalon. 

Je fais visite à Beauminet, qui a le type du bourgeois enrichi : 
c'est l'étalon de la rue du Sentier; un peu défectueux sur son 
devant, il ne lui manque que des lunettes bleues. 

Tout au bout du couloir des étalons, arrêtons-nous et saluons. 
Si M. Lefèvre a son respect pour Archiduc^ ce n'est pas une 
raison — toutes les opinions sont libres — pour que je ne m'in- 



Io8 LES COURSES DE CHEVAUX. 

cline pas jusqu'à terre devant un des chevaux qui m'ont le plus 
séduit dans ma carrière de sportsman : j'ai nommé Tristan. Il y 
a des gens qui se font ou essayent de se faire oooo livres de 
rente à élever des lapins. En chevaux, c'est à peu près le même 
principe : n'élevez qu'un lapin, que ce lapin soit Tristan^ et vous 
vous en ferez 5oooo livres de rente. 

Mais, si vous voulez, laissons de côté la vulgaire question 
d'argent. Mettons que Tristan est un inconnu et que nous 
entrons dans son box. Est-il possible de n'être pas frappé de la 
majesté et de la puissance de ses formes, de ne pas admirer sa 
robe mouchetée comme celle d'un jaguar! Ses membres sont 
vigoureux, sa tête expressive. A la netteté de ses jambes, qu'il a 
conservées aussi saines qu'il les avait quand il était poulain, il 
joint la liberté des mouvements, qui sont ceux d'un jeune faon. 
Il vous accueille par des bondissements juvéniles. La qualité 
de son tempérament, se manifeste dans toutes ses allures. Il 
sort monté trois heures par jour et rapporte de sa promenade 
un appétit qui coûte à son propriétaire une ration quotidienne 
de quatorze litres d'avoine! 

Nous remontons en voiture pour quitter le quartier des étalons 
et je me fais conter par M. Lefèvre toutes les difficultés qu'il 
lui a fallu vaincre pour devenir propriétaire d'une terre de près de 
400 hectares. Il n'avait recueilli de la succession de son père 
qu'une faible partie de ce domaine; il a fallu s'agrandir, et per- 
sonne n'ignore les ennuis qu'on rencontre en pareil cas, surtout 
quand on est agrémenté d'une réputation de millionnaire. 

Ce qu'on a fait à Chamant est aussi complet que possible. La 
piste, qui rappelle celle de Bade, est plus belle et mieux entre- 
tenue que la plupart de celles qu'on admire sur les hippodromes 
en vogue. Les allées d'entraînement ne sont pas moins soignées; 
il y en a qui sont tapissées de feuilles, d'autres qui sont garnies 
d'une épaisse couche de tan, sur une étendue de 3 000 mètres. 
Le haras de Chamant fait l'admiration de tous ceux qui le 
visitent. 

Je ne parle pas des bâtiments, tous d'une architecture élégante, 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. III 

depuis le château et la maison d'entraînement jusqu'aux écuries 
réservées aux étalons et aux poulinières. Tout est peigné sur 
notre passage, les pelouses sont bien entretenues, les massifs 
sentent le dessin de paysagistes habiles. Partout l'œil est dis- 
trait par la présence des hôtes variés de ce haras de cocagne, qui 
est aussi un jardin d'acclimatation. Sur les pistes, les moutons 
blancs aux pattes noires, de bonne famille anglaise, paissent 
heureux, sous leur laine épaisse, les faisans bordent les bosquets 
ou vont en éclaireurs par la plaine, les lièvres font des parties 
dans l'herbe. Tous ces heureux animaux ont plume et poil lui- 
sants. 

Nous arrivons à un autre quartier, celui des jeunes poulains 
qui logent deux par deux. L'ensemble est joli et le propriétaire 
compte sur des chevaux forts et bien portants comme au temps 
de Rayon d'Or. 

Le père Ceremony, un vieux vétérinaire qui a Toeil du con- 
naisseur, dit à M. Lefèvre : 

« Ça va faire des chevaux superbes ! » 

Drummer, après nous avoir présenté dans leurs boxes tous 
ces poulains velus comme des ours et séduisants malgré cela, 
nous en fait sortir vingt dans le paddock, et la course commence. 
Les voilà partis comme une troupe de grands chevreuils, ils font 
un tout petit galop et s'arrêtent paresseux comme des écoliers. 
Il faut pour les remettre en mouvement l'intervention d'un magni- 
fique retriever, nommé Mus, et de deux ou trois garçons qui agi- 
tent leurs mouchoirs. Après quelques galops, les poulains éprou- 
vent le besoin de se désaltérer et s'arrêtent tous devant une auge 
assez longue, alimentée par un robinet dont l'eau coule lentement. 
S'ils sont paresseux, ils sont malins, ces futurs coursiers ; ils se 
livrent à une lutte amusante. C'est à qui boira sous le robinet, où 
l'eau est plus fraîche. On les fait rentrer et nous nous dirigeons 
du côté des mères. 

Toutes ces dames sont à la fenêtre, attendant le visiteur; il y 
a une rangée de têtes sortant de l'écurie, qui donnerait un cro- 
quis amusant. 



112 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Voici Augusta, fille de Mortemer et Nita; Arbalète, fille de 
Mortemer et Araucaria ; Abbeville, fille de Chevron et Lady And- 
ley, Béte à chagrins, fille de Vertugadin et La Baleine, Belle 
Henriette, fille de Rosicrucian et Bell Heater; Caroline, fille de 
Viilcan et Verdure; Confiance, fille de Monarque et Cremorne; 
Conquête, fille de Blenheim et Contract, gagnante des Brokelesby 
Stakes, à Lincoln; Finette, fille de Dutch Skater et Finesse-, 
Filoseîle, fille de Vennout et Fidélité; Fille du Ciel, fille de 
Monarque et Fî7/e ûfe /M/r; Formalité, fille de Hermit et For- 
;wOcfa, mère de Tristan; Hortense, fille de Mortemer et Honora; 
Hauteur, fille de Rosicrucian et Honthorndale, gagnante des' 
Mille Ciuinées, des Champagne Stakes : celle-là, M. Lefèvre dit 
qu'il ne la vendra jamais ; Isaure, fille de Mortemer et Isoline ; 
Iris, fille de Mortemer et Isoline, sœur de Saint-Christophe; 
Inquiétude, fille de King-Tom et Torment; Lina, fille de 3/or- 
/e;ner et Régalia, sœur de Verneuil; Lady Henriette, fille de 
West-Australian et Lai/ Joan ; La Coureuse, fille de Stockwell 
et Weatherbound; Mignonnette, fille de Vertugadin ti Margue- 
rite; Océanie, fille de Few d'Amour et Orphise; Placida, ga- 
gnante des Oaks, qui a coûté 55 ooo francs à M. Lefèvre et a 
gagné dans sa carrière plus de 3ooooo francs; Ramette, ex- 
Raquette, fille de Mortemer et Reine; Reine, fille de Monarque 
et Fî7/e ie /\4/r; Regardez, fille de Mortemer et Régalia; Ré- 
gine, fille de Mortemer et Régalade ; Rallye Chamant, par Mor- 
/emer et Régalia; Tombola, fille de Kisber et Tomato; Thrift, 
fille de Stockwell et firajcej; Vivacité, fille de Cambuscan et 
^/er/e; Versigny, fille de Flageolet et Verdure, gagnante du 
prix de Diane; Witchcraft, fille de Kingcraft et Lai/ Lucas; 
Wild Thyme, fille de Lawlander et Flagrance; La Noce, mère 
du fameux poulain Le A^ori. 

Et voilà!... 

« Et l'on s'étonne, me dit M. Lefèvre, que j'aie vendu quelques 
poulinières. Je voulais n'en garder que vingt, il m'en reste en- 
core trente-cinq ! » 

Il est évident que si les résultats répondaient toujours aux 



PRINCIPAUX ÉTADLISSEHENTS D'ÉLEVAGE. ! |3 

sacrifices de l'éleveur, le découragrement ne pourrait jamais se 
produire; mais il n'en est pas ainsi. Avec un lot de poulinières 
comme celui que je viens de passer en revue, on devrait au moins 
avoir tous les ans un Rayon d'Or ou un Chamanl. Les hasards de 
l'élevage en décident autrement. Pendant qu'à Meautry et chez 



La Noce. 
(D'après une photographie de M. Dellon.) 

M. Lefèvre on sème l'or â poignées, la récolte est souvent très 
maigre, et â côté, â peu de frais, naît Plaisanterie. 

Vous voyez que Chamant est assez complet. Que manque-t-il 
en effet â ce magnifique établissement d'élevage? Rien, absolu- 
ment rien, si ce n'est la veine, qui seule décide du succès et 
qui, en élevage plus qu'en toute autre chose, se montre si sou- 
vent capricieuse. 



114 LES COURSES DE CHEVAUX. 



VII 



LE HARAS DE BOIS-ROUSSEL 



Situés dans la commune de Bursard, à plusieurs lieues d'Alen- 
çon, le château de Bois-Roussel et son haras se distinguent par 
une simplicité rustique et champêtre. Le luxe en est banni : les 
dépenses improductives y sont demeurées inconnues, et Ton ne 
saurait songer sans injustice à en faire reproche à son proprié- 
taire, qui a consacré son existence à Télevage et dont tous les 
efforts tendent à améliorer chaque jour, par des soins incessants, 
la race pure. Le comte Rœderer compte parmi les meilleurs éle- 
veurs de France. . 

Le château de Bois-Roussel appartient, depuis le commence- 
ment du siècle, à sa famille. Son grand-père, sénateur de l'Em- 
pire, l'avait acquis vers i8i5 et, quelque trente années plus tard, 
son propriétaire actuel, le comte Rœderer, est venu en prendre 
possession. De i85o à 1860, on ne faisait que de l'élevage à Bois- 
Roussel; la plupart des produits étaient vendus; quelques-uns 
cependant, en petit nombre, étaient envoyés à l'entraînement et 
couraient sous les couleurs, de leur propriétaire. Depuis 1860, 
cette situation est changée. Par suite d'une entente intervenue 
avec la Société à la tète de laquelle se trouve M. Henri Delamarre 
et dont l'écurie de courses porte les couleurs, Bois-Roussel prend 
en^ension tous les étalons et poulinières de la Société, ainsi que 
les produits auxquels ils donnent le jour. Le comte Rœderer en 
demeure le propriétaire et le fermier; l'écurie Delamarre en est 
indépendante et possède son petit haras privé à Gouvieux, où 
se trouvent quelques poulinières. 

Le château fait face au haras, dont les herbages, qui ont plus 
de 200 hectares d'étendue, sont connus et renommés dans la 
contrée pour leur remarquable fertilité. Les massifs du parc les 
garantissent des vents du nord. 



■ii 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE. II 7 

Sur la g-auche, une vaste serre sépare le château des écuries, 
devant lesquelles s'élève la maison du régisseur. 

En visitant le haras de Bois-Roussel, il est impossible de ne 
pas évoquer le souvenir de Vermout, né la première année de la 
création de l'écurie Delamarre, où il a fondé sa brillante dynastie. 

Vermout est mort après s'être encore acquitté de ses devoirs 
d'étalon au printemps de 1886. 

Il s'est éteint doucement, laissant à l'un de ses produits, Vigi- 
lant^ le soin de lui succéder à Bois-Roussel. Sans avoir eu, à 
beaucoup près, le succès de son père, Vigilant a fait preuve de 
qualité en enlevant la Grande Poule des Produits. Son accident' 
en courant le prix du Jockey-Club empêche de se prononcer 
exactement sur son compte; mais il ne serait pas impossible 
qu'il suivît dignement les traces de son père. 

Idus est le deuxième étalon du haras, ou, pour mieux dire, il 
y sert principalement de boute-en-train et n'a jamais eu que deux 
ou trois juments. Eu égard à ce petit nombre, il a relativement 
bien produit. Le Nôtre^ Sévigné, Anglomane et, en dernier lieu, 
Vasistas étaient de jolis poulains, doués de qualités incontes- 
tables. 

Sans vouloir comparer Vasistas à Gladiateur, je ne crois pas 
sans intérêt de rappeler que, comme le héros d'Epsom, il est dû à 
un de ces hasards de croisement qui donnent parfois de grands 
vainqueurs. On se souvient que Véranda avait été envoyée à 
Bois-Roussel à la suite d'un accident de course très grave. Elle 
s'était allongé les pâturons et ne marchait qu'à grand'peine. 
Vers la fin de sa carrière, elle était à ce point estropiée, que l'on 
jugea suffisant de la donner à Idtis. C'est comme ça qu'est né le 
vainqueur du Grand Prix de 1889, vendu ensuite iSoooo francs 
en Angleterre. 

Véranda mourait peu de temps après la naissance de Vasistas, 
justifiant par un heureux hasard la règle à peu près suivie à 
Bois-Roussel, de ne pas se défaire des vieilles juments qui, avant 
de passer de vie à trépas, peuvent se signaler par une naissance 
d'éclat. 



Il8 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Les poulinières et les produits de l'année sont enfermés dans 
difîérentes écuries, voisines des différents herbages où ils sont 
lâchés tout le long- de la journée. Chaque prairie porte un nom 
distinct : le Pré Vermout, le plus riche, où le grand étalon a 
fait ses premiers galops ; les Grands Jarriers, le Pré d'Essey, 
le Pré Mare, etc. 

Mais ce que j'indiquerai particulièrement comme une des instal- 
lations ingénieuses et très pratiques de Bois-Roussel, ce sont 

des bâtiments en forme de 
champignon, couverts d'un 
toit de chaume très des- 
cendu. Au centre du bâti- 
ment, bien placé dans chaque 
prairie, sont enfermés les 
ustensiles de pansage; le 
pourtour est divisé en plu- 
sieurs compartiments dont 
les portes sont faciles à ou- 
vrir ou à fermer : ce qui 
simplifie le service pour la 
sortie et la rentrée des poulains et permet de réduire le per- 
sonnel sans que pour cela les soins soient le moins du monde 
négligés. 

Les poulains prennent si bien l'habitude de rentrer chacun 
dans leur case, que l'intervention du stud-groom devient une 
simple surveillance. 

Parmi les poulinières de Bois-Roussel, les disparues ont un 
passé glorieux. Qu'on en juge. Lady Clocklo, qui a produit Clo- 
tho, Clos- Vougeot, Clotaire ; Agar, qui a produit Papillote et Bois- 
Roussel ; Reine Blanche, qui a produit Florentin ; Vermeille^ qui a 
produit Vermouth Vertugadin, Verdure, Vérité, Vérone; Papil- 
lote, qui a produit Patricien, Palmyre; Vera-Cruz, qui a produit 
Véranda, Versailles-, La Bossue, qui a produit Boïard, Boréal; 
Anecdote, qui a produit Apollon, Anglomane; Cantonade, qui a 
produit Campêche, Cadence; Fidélité, qui a produit Friandise, 




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V. 



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PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 121 

Firmin; Virgule, qui a produit Vinaigrette, Vizir, Vigilant; 
Véranda, qui a produit Vasistas. 

Voici le recensement des juments présentes au haras le r' jan- 
vier 1890 : Clotho, qui a produit Clélie, Clio, Clodoald, Cléodore; 
Vipère, qui a produit Viveur, Vistule, Le Loup Blanc ; Palmrre, 
qui a produit Palamède; Versailles, qui a produit Le Nôtre, 
Sévigné; Extra, qui a produit Exploit; Chloris, qui a produit 
Chlamyde; Vinaigrette, Vistule, Clélie, Friandise, et une dou- 
zaine d'autres mères. 

Un détail à noter. L'effectif de la jumenterie de . Bois- 
Roussel n'a jamais varié : il a toujours été de vingt-cinq pouli- 
nières. 

D'ailleurs l'écurie Delamarre, constituée en 1860 et qui a com- 
plété ses trente ans d'existence à la fin de 1889, a fonctionné tout le 
temps dans les mêmes conditions : même effectif, même élevage, 
même entraîneur. 

Pendant cette période de trente années, Técurie a ga- 
gné en courses 4 53oooofr. 

Et vendu des chevaux pour i 872 000 fr. 

Soit par an en moyenne en prix iSiooofr. 

En ventes de chevaux 62 400 fr. 

Elle a fait courir 295 chevaux différents 

Qui, ayant gagné ensemble 4530 000 fr., ont gagné par tête. i3 36o fr. 

Mais comme, sur les 295 chevaux mis en ligne, io3 n'ont 

rien gagné, cela porte la moyenne du gain des autres à. . 28 63o fr. 

Les trois juments dont les descendants ont enlevé les plus gros 
prix, sont : Vermeille, mère de Vermout, morte depuis quatre 
ans, dont les produits ont rapporté 709000 francs; La Bossue, 
mère de Boïard, dont les produits ont gagné 641000 francs; et 
enfin Clotho, née en 1866, qui jusqu'à ce jour, avec sept produits, 
a rapporté 3o8ooo francs. Clélie et Clio surtout ont contribué 
pour une large part à ce chiffre élevé. 

Parmi les poulinières actuelles du haras, Verte Allure a déjà 
produit, avec Volte-Face, Verduron, Ver lion et Verte Bonne, un 
total de 188000 francs. 



122 LES COURSES DE CHEVAUX. 

En dix produits, Victorieuse a donné i25ooo francs; avec trois 
produits, Anecdote a dépassé looooo francs, et les descendants de 
Vipère, sans compter Le Loup-Blanc, atteindront prochaine- 
ment 5oooo francs. 

VIII 

LES HARAS DE VILLEBON ET DE LA CELLE-SAINT-CLOUD 

A quelques minutes de Palaiseau, le haras de Villebon se 
trouve en pleine campagne, sur la hauteur, d'oia la vue s'étend au 
loin et domine une riche vallée. 

Les herbages du haras sont devant le château, en ce moment 
inhabité, et dont la silhouette blanche se dresse, triste et solitaire, 
et contraste avec le ton vert des prairies qui l'entourent de toutes 
parts. • 

Villebon a déjà son histoire. Fondé en i858 par le baron 
Nivière, le haras vit naître plusieurs grands chevaux : Géologie, 
puis Gontran, qui enleva la Poule d'Essai et le Derbj* en i865; 
Surprise ,' mère de Sornette, Finlande. 

Après la victoire de Gontran, le baron Nivière céda Villebon 
et son écurie à M. Laffitte, associé de Khalil-Bey, qui fit courir 
sous le pseudonyme de major Fridolin. Les successeurs du 
baron Nivière furent plus heureux encore que leur devancier, et 
l'année 1870 vit le triomphe de leurs couleurs dans la plupart 
des principales épreuves : Sornette gagna le prix de Diane, la 
Grande Poule des Produits et le Grand Prix de Paris, où elle 
était montée par Charles Pratt, et Bigarreau, complétant l'heu- 
reuse série, enleva le Derby; Ferragus, Gitano, Gourbi sont 
également des élèves du haras. Puis M. Malapert eut quelques 
années Villebon ; il vendait tous ses produits au comte de Meeûs, 
qui en 1879 prit le haras avec le baron de Cartier. 

M. Edmond Blanc l'a loué pour en faire une succursale de la 
Celle-Saint-Cloud . 

Le haras principal de M. Edmond Blanc se trouve à quelques 



w- 



OR 



\ 






\/ 




PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE. 125 

minutes de Paris, entre Vaucresson et Versailles, non loin des 
bords fleuris qu'arrose la Seine. Son altitude, plus élevée que 
celle de la terrasse de Saint-Germain, en fait un point stratég-ique, 
qui fut occupé par des batteries prussiennes pendant la guerre. 

Plusieurs sportsmen connus l'ont possédé depuis quelques 
années : M. le baron de Schickler, puis M. Delâtre, qui en a été 
le principal créateur. 

Associé avec M. Nanquette avant la guerre de 1870, il fit l'acqui- 
sition de plusieurs chevaux de mérite, entre autres Dutch-Skater 
et Cerdagne, Un étalon, sur lequel on fondait des espérances que 
l'avenir a déçues, Marksmàn, y vint ensuite faire la monte. 

De sa vieille réputation il ne reste plus aujourd'hui qu'un loin- 
tain souvenir. 

En se séparant de M. Nanquette, M. Delâtre garda quelques 
années la Celle-Saint-Cloud, qu'il céda à M. Edmond Blanc après 
la victoire de Frontin dans le Grand Prix de Paris. 

Chaque haras a son style et sa physionomie particulière : Bois- 
Roussel est champêtre et rustique; Meautry brille par le luxe; 
Avermes est vaste et confortable; le haras de la Celle-Saint- 
Cloud est petit et coquet. 

Entre un herbage réservé aux poulinières et une prairie où des 
yearlings font leurs premiers galops, on traverse un jardin anglais, 
agrémenté des massifs les plus artistiquement fleuris. 

Le haras de la Celle-Saint-Cloud respire ainsi un air de gaîté 
qui le distingue à son avantage. 

Nubienne est une des gloires de la maison. Elle est grande 
lauréate de Longchamp et de Chantilly avec deux victoires, dans 
le prix de Diane et le Grand Prix de Paris, où Salieador ne put 
lui opposer qu'une faible résistance. 

La victoire de Nubienne fut le signal de réjouissances dont on 
n'a pas oublié le souvenir. Les échos de ki Chapelle-en-Serval 
résonnent encore du bruit des chansons de cette fête, qui aurait 
pu avoir son pendant après le prix du Jockey-Club, gagné par 
CloYcr, 

On trouve à la Celle-Saint-Cloud des poulinières de toutes les 



126 LES COURSES DE CHEVAUX. 

origines et de tous les pays, triées avec un soin qui dénote un 
grand discernement chez le jeune éleveur qui les choisit. 

Il suffit, pour s'en convaincre, de citer les noms des juments 
envoyées par M. Edmond Blanc à la dernière exposition cheva- 
line du Cours-la-Reine. Le lot se composait de : Asta, par Cam- 
btislang txLady Siiperior; Échelle, par Trocadéro et Orpheline i 
Euxine, par liing-Tom et Varna ; FrivoU, par George Frédé- 



Princess Catherine. 
(D'après une pholographie de M. Dellon.) 

rick et Madame Èglanline; Galopade, par Galopin et Lextia; 
Gladia, par Tournametit et Garenne; Hermila, par Hermit et 
Affection; Modesl-Marlha, par Holy-Friar et Mangosteen; 
Nubienne, par Ruy-Blas et Nice; Perçante, par Dollar et 
Parllelt; Porcelaine, par Cymbal et Planète; Rêveuse, par Per- 
plexe et Rêverie, quatrième prix des poulinières; Swift, par 
Kingcraft et Sycée; Tarlatane, par Mars et Tartane; Tilania, 
par Pero Gomez et Charade; Violette, par Ferragus et Feronie. 
On doit à M. Edmond Blanc trois importations d'étalons très 
précieuses pour notre élevage. 



»_£. 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. I2Q 

D'abord Scottish-Chief, un des plus célèbres étalons de son 
époque ; Scottish-Chief^ par Lord of the Mes et Miss-Ann^ eut 
entre autres produits Marie Stuart. Né en 1861, Scottish-Chief 
était âgé de vingt-deux ans quand il arriva à la Celle Saint-Cloud ; 
c'était un sang précieux à introduire dans un haras qui se créait. 
La preuve, c'est que deux des meilleurs chevaux que l'Angleterre 
nous ait montrés ces dernières années, Melton et Donovan, sont 
issus de filles de Scottish-Chief. Il a laissé en France deux 
générations avant de mourir, et parmi ses produits se trouvent 
des poulinières dont on est en droit de bien augurer. A 
Scottish-Chief succéda Energy. 

Né en Angleterre en 1880, ce brillant descendant de Sterling 
a fourni une carrière de courses des plus remarquables; pendant 
jaquelle il affirma sa grande qualité en battant les meilleurs 
sujets de son époque, entre autres Tristan et Bendigo. Après 
une année de monte dans son pays, chez le capitaine Matchell, 
il fut importé en France par M. Edmond Blanc en 1886. 

Il est mort au commencement de 1890. Cette perte est d'au- 
tant plus regrettable pour notre élevage, que ses débuts d'étalon 
semblaient lui assurer un magnifique avenir. Ses premiers pro- 
duits de deux ans avaient gagné l'année dernière près de 
.5oooo francs, et dans les productions suivantes se trouvent des 
poulains d'une grande valeur. Il était chez nous l'unique repré- 
sentant du sang si précieux de Sterling. Energy avait obtenu 
le premier prix des étalons de pur sang à l'Exposition interna- 
tionale de Bruxelles et le second prix, dans la même classe, à la 
grande Exposition du Cours-la-Reine, à Paris, en 1889. 

Pour combler le vide que lui causait la perte de son étalon 
Er^rgx, M. Edmond Blanc a acheté à lord Bradford l'étalon 
Retreat, L'origine de Retreat est des plus remarquables : il est 
fils de Hermit et de Quick March (la mère de Bug le Marché 
Manœiivre, Battlefield, Quick Stream, etc.), par Rataplan et Qui 
Vive (propre sœur de. Vedette), issue de Voltigeur, et Mrs. 
Ridgway par Birdcatcher, 

Il réunit ainsi le sang de Hermit, le plus illustre des étalons. 

9 



l3o LES COURSES DE CHEVAUX. 

de cette dernière période, au sang- de Stockwell, propre frère de 
Rataplan, et à celui de Voltigeur, dont la descendance a fourni 
les grands vainqueurs de Tannée dernière : Donovan, Signorina 
et Semolina. 

Les performances de Retreat n'ont point démenti cette illustre 
origine. Né en 1877, il a gagné, en 1881, les Royal Stakes a 
Epsom. Peu après, il arrivait premier dans les Ascot Stakes 
(3200 mètres), mais il était distancé pour avoir bousculé un 
cheval dans la course. Il gagnait cette même épreuve Tannée 
suivante, portant 64 kil., puis il remportait, sur 1600 mètres, le 
Rous Mémorial à Ascot, et le Doncaster Cup de 4200 mètres, 
sous le poids de 57 kil. Il a été entraîné jusqu'à l'âge de six ans, 
se montrant bon sur toutes les distances et faisant preuve d'une 
grande endurance. L'importation de Retreat est d'autant plus 
intéressante pour notre élevage que, depuis la mort de Saint 
Louis, le sang d'Hermit est représente en France seulement 
par deux étalons, Gamin et Tristan. 



VIII 



LE HARAS DE LONRAY 

La terre de Lonray est située à 5 kilomètres d'Alençon, dans 
le département de l'Orne et dans le voisinage du Merlerault ; elle 
possède ces prairies, les plus riches de France, dont la célébrité 
remonte aux époques reculées de notre histoire. Sa contenance 
est d'environ 900 hectares, dont 3oo sont entourés de hauts murs 
en granit, qui servent à enclore un vaste parc d'aspect anglais, 
au milieu duquel se trouve le haras. 

Le château, de style Louis XIII, est entièrement entouré de 
larges douves à eau courante. Bâti il y a plus de dix siècles 
par les Neuilly, bâtards et écuyers des seigneurs d'Alençon, 
il a successivement appartenu, ainsi que le rapporte M. du Hays, 
à plusieurs familles illustres. Aux Silly ont succédé les princes 
de Goyon-Matignon, Colbert, Seignelay et les Montmorency. 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. i33 

Puis, ainsi le voulut le destin, il passa, il y a plusieurs lustres, 
entre les mains de M. de Seraincourt, qui le restaura et con- 
tribua à en faire une des plus belles et agréables demeures de 
France. Il voulut également y établir une jumenterie, mais la 
mort vint le surprendre avant qu'il eût pu donner suite à ce 
projet. Ce fut l'un de ses amis, M. Armand Donon, qui, devenu 
propriétaire de ce domaine, y fit construire le haras et amé- 
nager les prairies avec un soin tout particulier, ne négligeant 
rien, depuis près de trente ans, pour arriver à perfectionner son 
élevage. 

Les produits de Lonray, à l'origine, en i863, passaient, par 
suite d'un accord, à l'âge de dix-huit mois dans l'écurie de courses 
de M. le duc de Morny et revenaient, à l'âge de cinq ans, à 
M. Donon, qui conservait un intérêt dans les prix gagnés par eux. 

Après la mort du duc de Morny, le même contrat fut fait avec 
M. le comte de Lagrange, qui avait associé M. Donon pour une 
part dans son écurie; puis l'on créa une Société qui exploita 
elle-même les produits et dans laquelle figuraient MM. Armand 
Donon, le vicomte Paul Daru et A. Staub. 

Par la suite, M. Donon redevint seul propriétaire de tous les 
chevaux, avec son fils, M. Pierre Donon, sous les couleurs du- 
quel ils courent actuellement. 

Il faudrait entrer dans de longs détails pour décrire l'intérieur 
du château, ses chambres et ses salons garnis de meubles anciens 
et de tableaux de maîtres ; je veux citer toutefois la bibliothèque, 
occupant une vaste salle de style Louis XV, aux boiseries 
blanches aménagées pour contenir les 7000 volumes qui la 
composent, et la chapelle, située au premier étage, au haut d'un 
large escalier conduisant aux appartements. Le château est relié 
à Paris par le télégraphe, avec un bureau spécial ; il commu- 
nique, à l'aide du téléphone, avec le haras, qui en est distant 
de quelques centaines de mètres. 

Il y a près de trente ans que le stud-groom Forget, qui le dirige 
encore aujourd'hui, arrivait à Lonray avec deux poulinières, 
Blétia et Ne m* oubliez pas. Dans le courant de la même saison, 



l34 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Péronnelle, Fidélité, Aima, Belle Angevine, venaient se joindre 
aux précédentes. 

C'est un produit de Péronnelle, Péripétie, par Sting, qui porta 
pour la première fois en public les couleurs du nouveau haras ; 
et Ton se souvient qu'entre autres succès, elle gagna le prix de 
Diane, en 1869, battant Cerdagne et L'Oise. Aux noms de Péri- 
pétie et de Perplexe, dont Lonray se fait gloire, sont venus 
s'ajouter ceux du Destrier, de Stockholm, d'Alphonsine, d'Esco- 
griffe et de Sttiart, 

Il fut un temps où chaque année M. Pierre Donon envoyait 
trois ou quatre poulinières en Angleterre pour y être saillies par 
les étalons de tète de ce pays d'élevage par excellence ; mais ce 
système avait de grands inconvénients et offrait des risques sé- 
rieux. Aujourd'hui les juments sortent peu du haras, et sont pré- 
sentées au Destrier, à Escogriffe ou à Stuart, qui se montraient si 
bien, côte à côte, à l'Exposition internationale chevaline de 1889. 

Les logis des étalons sont luxueux et des plus confortables. 

Dans les récents travaux exécutés au haras pour le développer 
et l'embellir, on leur a construit des boxes élégants, dont les 
murs sont recouverts de panneaux en bois vernis, ornés d'une 
large bande rayée lilas et noir, aux couleurs de l'écurie ; sur le 
fond, formé de briques rouges, est un fer à cheval portant le 
nom de l'étalon. 

Les autres boxes sont au nombre de soixante, on en a construit 
de nouveaux tout dernièrement pour les produits de dix-huit 
mois, formant un corps de bâtiment séparé. 

Les poulains et les pouliches ont chacun leurs prés, où ils sont 
lâchés du matin au soir : pendant l'hiver, ils habitent des prés 
élevés et secs ; pendant l'été, au contraire, on les transporte dans 
les prairies ombragées et traversées par une petite rivière nom- 
mée La Briante. 

Les poulinières vides ont aussi leur paddock, les juments 
suitées en ont également plusieurs. Les meilleures poulinières à 
citer sont Stockholm, née à Lonray en 1880, par Caie/ et Stockhau- 
sen ; elle a produit Solitude par Le Destrier en 1887, vide en 1888, 



II 



*'. 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. I07 

Sahel par Le Destrier en 1889. Stockhausen, par Slockwell et 
Ernestine (importée), née en 1867, a produit Stockholm par Ca- 
det en 1880, Sapristi par Trocadéro en 1881, Stromboli par Le 
Destrier en i883, iSjro/> par Le Destrier en 1884, Stuart par Le 
Destrier en i885, Soliman par Le Destrier en 1886, Symphonie 
par Pérégrine en 1888. Constance, par Consul et Corinne, a donné 
Constantin par Zm/ en i885, Carmosine par Caterer en 1886, C4- 
/fne par Le Destrier en 1887, C«//>a par Le Destrier en 1888. 
Ferveine, par Braconnier et Vestale, a produit Ffce Fer^a par Le 
Destrier en i885, Foict par Greenback en 1887, Velours par Le 
Destrier en 1889. Céréale, née à Lonray, en 1876, par £^o/e // et 
Céramique, a produit Cassiopée par Caterer en i883, Clarinette 
par Le Destrier en 1884, Cascade par Le Destrier en 1886, Ca/>- 
/ain Cocktail par Le Destrier en 1887, Chansonnette par -E^éo- 
griffe en 1888, Coriolan par Le Destrier en 1889. L^//a (importée), 
née en 1869, P^ ^^/ ^^ Braxey, a donné Escogriffe par Caterer 
en 188 1, Extra par Trocadéro en 1882, Étendard par Le Destrier 
en i883, Étoile par Le Destrier en 1884, Elle- Même par Caterer 
en i885, Eventail par Le Destrier en 1886, Esbrovffe par Péré- 
^rme en 1888. Khabara (importée), née en 1877 par Hennit et 
Sultana, sl donné Korrigane par Le Destrier en 1886, Kivalapar 
Le Destrier en 1887, Kairouan par Le Destrier en 1889. Cette 
poulinière vient de chez M. Chaplin et a été payée 3o 000 francs. 
Couniess of Salisbury (importée), née en 1873 par Knight of 
the Garter et Adeliz, a donné Sultan II par Le Destrier en 1886; 
elle est morte l'année suivante. Léoline (importée), par Fer- 
mott/ et Léonie, vient de chez M. le duc Hamilton; elle a donné 
Léopard par Stracchino en 1882, Lionne par Hermit en 1884, 
Lorédan par Le Destrier en 1886. ye55/e (importée), par /îTfn^ 0/ 
5cof 5 et Nelly-Hill, a produit Joyeuse par Le Destrier en i883, 
Jovial par Le Destrier en 1884, Jactance par Le Destrier en i885, 
Jonciole par Le Destrier en 1886, Juliette par Greenback en 1887, 
La Jeunesse par Brwce en 188S, Junior 'paiv Escogriffe en 1889; 
elle était pleine par Stuart en* 1890. La Flandrie, par Vertugadin 
et Slapdash, a produit F/am^o/an/ par Caterer en 1884, JV. ie /a 



l38 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Flandrie par Le Destrier en i885; elle est morte en 1886. Clé-- 
mentine, par Mortemer et Régalia, a été achetée 40 000 francs à 
l'amiable, après la vente du comte de Lagrange ; elle a produit Z.e 
Connétable par Rayon d'Or en i883, Coppélia par Le Destrier 
en i885, Camélia par Le Destrier en 1887, Carrousel par Esco^ 
griffe en 1888, Mlle de Lonray par Le Destrier en 1889. Clé- 
mentine a obtenu le premier prix des poulinières à l'Exposition 
internationale chevaline à Paris en 1889. Péripétie^ née à Lonray 
en 1866 par Stinget Péronnelle, est la mère de Perplexe par Ver- 
mout; elle a, dans les dernières années, donné Pénélope par Ca 
tereren i883, Prédestinée par Le Destrier en 1884, Porte-Plume 
par Catereren 1 885, La Poupée par Pérégrine en 1888; elle était 
pleine par Stuart en 1890. Alphonsine, née à Lonray en 1878 par 
Flageolet et Aima, a donné Aliboron par Caterer en 1884, ^rc- 
en-Ciel par Archiduc en 1887, Auréole par Brwce en 1889. La 
Dheune, par Black-Eyes et Furie, est la mère du Destrier, par 
Flageolet, Cette jument, âgée de vingt et un ans, a sa légende à 
Lonray. Elle avait été prise pendant la guerre de 1870 par un 
officier prussien, qui se proposait d'en faire sa monture. Dès 
qu'elle le sentit sur son dos, elle le désarçonna. L'officier la reprit 
et remonta en selle. La jument partit alors à fond de train et, 
marquant un violent écart, lança à terre pour la seconde fois son 
cavalier, qui, n'ayant pas lâché la bride, parvint à l'arrêter. Ce fut 
en vain cette fois qu'il essaya de se remettre en selle, la pou- 
liche se débattant à outrance. Dans un accès de colère, le uhlan 
tira son sabre, lui en appliqua deux coups sur les genoux et 
la relâcha dans la campagne. C'est dans cet état, et pouvant à 
peine se traîner, qu'elle revint au haras, où les soins les plus 
empressés lui furent prodigués, comme bien on pense. 

J'ai à citer encore, parmi les jeunes poulinières : Prenez- 
Garde, par Flageolet et Péripétie ; Spinning-wheel, par Julius 
et Happy- Wife ; Sapristi, par Trocadéro et Stockhausen ; Diaprée, 
par Rayon d'Or et Doucereuse ; Pénélope, par Caterer et Péripé- 
tie; Prédestinée, par Le Destrier et Péripétie; Lionne, par Her- 
mit et Léoline, Comme il est impossible d'avoir de bonnes prai- 



PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'ÉLEVAGE, 141 

ries sans bêtes à cornes, on fait à Lonray l'élevage des durhams ; 
on y aperçoit aussi des troupeaux de vaches d'Angus, importées 
d'Ecosse, au poil long:' et noir, sans cornes et d'un aspect abso- 
lument sauvage; tous les animaux remportent chaque année des 
prix dans les différents concours régionaux, mais ce n'est lu 



(D'après une photographie de M. Delton.) 

qu'un accessoire pour cet élevage oii le cheval est roi, ei où l'on 
ne s'intéresse qu'à lui. 

Comme partout ailleurs, les naissances sont le grand événe- 
ment du haras; on pronostique sur les performances futures 
des nouveau-nés, sur leurs exploits et la gloire qui les attend : 
à Lonray comme ailleurs, on n'est point insensible aux charmes 
de cet innocent passe-temps, tout en ne l'employant qu'avec ré- 
serve; mais c'est avec impatience qu'on attendait les premiers 
fils de Stiiarl. 



142 LES COURSES DE CHEVAUX. 



IX 



LE HARAS DE MEAUTRY 

Meautry est de création récente : quinze années à peine se 
sont écoulées depuis sa fondation; mais son propriétaire, le 
baron de Rothschild, par ses achats considérables, par ses 
nombreuses acquisitions de poulinières, importées à g-rands frais 
d'Angleterre, a fait rapidement de ce haras un des principaux 
centres de l'élevage français. 

Meautry est dans une situation délicieuse, en pleine Nor- 
mandie. Il se trouve à quelques pas de Trouville et de Pont- 
l'Évêque, un nom qui bien certainement n'a pas dû être étranger 
au choix de M. de Montgomery. C'est, on le sait, à son intelli- 
gente compétence que la direction du haras a été d'abord con- 
fiée, et si M. de Rothschild en demeure le père, il en reste, lui, 
le parrain. 

L'établissement est d'un luxe et d'une coquetterie sans égale. 
Un vaste bâtiment est recouvert de tuiles rouges, dont le ton 
clair offre un élégant contraste avec les ardoises ou le chaume 
des habitations voisines. De chaque côté, dans les vastes ailes, se 
trouvent des écuries bien agencées, dont chaque extrémité se 
termine par une habitation destinée aux hommes de service. Ces 
derniers ne sont pas plus de cinq, et la façon dont Meautry est 
soigné et peigné fait l'éloge de leur activité. 

Le centre du bâtiment est occupé par Bolchim et son fils, qui 
dirigent le haras. Les écuries, attenantes à l'habitation, abritent 
les mères pleines qui vont bientôt produire et se trouvent ainsi 
sous l'œil du maître. 

L'ensemble est fort réussi, grâce aux plans d'un habile archi- 
tecte, M. Jouy, qui a dû certainement s'inspirer de Bedfort 
Lodge. 

Je n'aurai garde d'oublier le joli chalet normand, tout tapissé 
de lierre, qui sert de pied-à- terre à M. de Rothschild ou à M. de 



'JL 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. I47 

Montgomery quand ils viennent pour quelques jours à Meautry. 
J'en aime aussi l'ameublement intérieur, où dominent les vieilles 
armoires du cru : ce qui dénote beaucoup de goût et de style. 
Des fenêtres de ce cottage on découvre de vastes plaines ver- 
doyantes et à peu de distance les ruines du château de Guillaume 
le Conquérant, dont les terres comprenaient, il y a plusieurs 
siècles, l'emplacement même du haras. 

Dans les prairies voisines se trouvent également des écuries, 
avec une sorte d'antichambre, fournie par un paddock fermé. Si 
j'avais une critique à faire à cette admirable installation, c'est 
que les animaux y jouissent peut-être d'un peu trop de con- 
fort et ne sont pas élevés assez à la dure. Les étalons actuels 
du haras sont Stracchino^ Lavaret et Enchanteur II, — M. de 
Rothschild d'ailleurs a pour système d'envoyer beaucoup ses 
juments au dehors, naturellement aux étalons les plus fashio- 
nables. En revoyant Stracchino, qui incontestablement donne 
une certaine qualité à ses produits, peut-être pas le fond, je me 
rappelais sa lutte contre Saint-Christophe et Jongleur qui le de- 
vançaient dans le Grand Prix de Paris. C'est le roi nègre de 
Meautry et il a pris un volume respectable, tout en conservant 
la pureté de sa robe noire. Barberine est, je crois, son meilleur 
produit à ce jour. Le box de Boîard est resté vide : le fils de 
Vermout a été enlevé pour la Russie, à laquelle son nom sem- 
blait d'ailleurs le prédestiner. Il y a environ une trentaine de 
poulinières à Meautry. Je puis citer les principales : 

Eude, par Gladiateur et Euphorbia, payée 25 ooo francs, en 
Angleterre, à la vente Smith, saillie en 1884 ^^ ^^ par Hampton 
et en i885 par Stracchino] Maythorn, par Spennithorne et May 
Queen, saillie en i885 par The Miner, en 1886 par Stracchino; 
Skotzka, par Blair-Athol et Klarinska, saillie en 1886 par Cha- 
riber; Crinon, par Newminster et Margery Daw, saillie en 1886 
par Robert The Devil; Bella, par Breadalbane et Armada, saillie 
en 1886 par Peter; Victor y II, par Hermit et Salamanca, saillie 
en 1884 et i885 par Boîard et en 1886 par Beauminet; Couleur 
de Rose, par Blair-Athol et Qiieen's-Head, saillie en 1884 par 



J48 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Boïard', Applause, par Knight of the Garter et Triompha saillie 
en 1884 P^r Stracchino, en 1886 par Cliitré; Pénitent, par Cam- 
buscan et Penzance, saillie en i885 par Georges Frederick, en 1886 
par Stracchino; Stella, par The Schottish Chief et Gong, a 
donné en i883 Stèle, par Botard, saillie en i885 par Hilarious, 
en 1886 par Stracchino; M y Wonder, par Blair-Athol et Papose. 
saillie en 1886 par Stracchino; Laversine, par Monarque et 
Volîiptas, saillie en 1882 par Botard, en i883 par Salvator, 
en 1884 par Botard, en i885 par Salvator, en 1886 par Strac- 
chino; Blue-Serge, par Hermit et Blue-Sleeves, saillie en i883 
par Wenlock, en 1884 et i885 par Stracchino, en 1880 par TI^W- 
lingtonia ; Morna, par Beadsman et 3/me Eglantine, saillie en 1884 
par Boïard, en 1886 par Georges Frederick; Marguerite, par 
VFe5/ Australian et Mon Etoile, saillie en 1882 et i883 par 
Enchanteur, en i885 et 1886 par Z«/; la ^e/ne, par Tournament 
et la Touques, saillie en i883 par Petrarch, en 1884 par Boïard, 
en 1886 par Hilarious; Chartreuse, par Vermout et Villefranche, 
saillie en 1884 par Stracchino, en 1886 par Touchet; Serena, par 
Fatt5f et Sérénade, saillie en i883 et 1884 par Botard, en 1886 
par Barcaldine; Shepherd's Bush, par Lord Clifden et Dorha, 
saillie en 1881, 82, 83 et 84 par Botard, en 1886 par Mask; 
Skating, psiv Cremor?ie et Voluptas, saillie en 1886 ^bx Hilarious; 
Brie, par Parmesan et Highland Sister, a produit en 1884 Brio 
par Hermit; Saint-Angela, psiV Kifig Tom et Adeline, a donné 
en 1884 Simonne par Galopin, saillie en 1884 par Boïard; Roma, 
par Lamhton et Christobelle, a donné en 1884 Speranza par 
Stracchino, Adventure par Adventurer, Kate Dayrell, saillie 
en 1886 par Stracchino. 

De tous les établissements d'élevag'e français, le haras des 
Rothschild est avec le haras de Chamant celui qui reçoit le plus 
d evisiteurs étrangers. Un grand nombre de sportsman parisiens 
le connaissent pour y être allés en pèlerinage au moment des 
courses de Deauville. C'est si commode : on s'y rend en un quart 
d'heure en voiture, et la visite sa termine généralement par un 
déjeuner champêtre sous les pommiers d'une auberge de Touques. 



^ 



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»_t. 



PRINCIPAUX ETABLISSEMENTS D ELEVAGE. 



l5l 



D'après le recensement de ses poulinières et de ses étalons, 
l'avenir devrait être à Meautry, dont le propriétaire n'a jamais 
reculé devant aucune dépense, soit comme achats de juments, 
soit comme choix d'étalons. Les meilleurs sangs ont été croisés 
et pas un vrai crack n'est sorti de là. Il faut vraiment souhaiter 
que la veine d'une maison qui fait tant de sacrifices se déclare 
enfin nettement et qu'il y ait une vraie suite aux succès obtenus 
par les produits nés à Chamant et qui courent sous les couleurs 
de Meautry. 



-/'W^ii! 




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CHAPITRE V 



SEVRAGE DES POULAINS ET DRESSAGE DES YEARLINGS 



C'est une opération des plus délicates et des plus 
que ce premier acte d'autorité exercé sur les futurs lauréats du 
turf. Le sevrage est en quelque sorte le premier dressage du 
cheval de course, il est destiné à lui former le caractère. Selon 
qu'il est plus ou moins bien sevré, le poulain devient calme ou 
impressionnable; tout le reste de sa carrière s'en ressent. Le se- 
vrage du poulain nécessite la main d'un homme adroit, doux et 
patient. La première opération consiste à soigneusement tapisser 
de paille !e box dans lequel on fera l'entrer l'enfant et la mère. 
Un poulain ne se laisse pas toujours prendre la tête sans résis- 
tance; il cherche à s'échapper en tournant dans tous les sens 
autour de la jument. Il y a un premier danger à éviter : c'est 
qu'il ne se blesse contre les murs de l'écurie. 

A peine captif, on le fait sortir doucement, et il s'agit d'em- 
pêcher qu'il ne rentre : ce qu'il essaye de faire immédiatement à 
l'aide de tentatives nombreuses et variées. Le rôle des hommes 
qui tiennent la longe devient alors très important, car leur jeune 



l54 LES COURSES DE CHEVAUX. 

prisonnier se livre à des bonds insensés, et il faut que la résis- 
tance qu'on lui oppose soit calculée pour qu'il ne fasse pas de 
chute sur la tête : il y en a qui se tuent ainsi. Les révoltes du 
poulain à ce moment ont beaucoup d'analogie avec celles qu'il 
manifeste à son dressage de yearling. Il bondit, se cabre, et 
boude quelquefois pendant des heures. Il faut subir ses caprices 
et le promener sans brusquerie, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive 
qu'il a perdu son idée fixe de retourner au bercail. 

Il existe à Victot un homme précieux pour ce genre d'exercice : 
c'est un paysan qui ne pèse pas moins de cent cinquante kilo- 
grammes. On l'appelle « Legros », naturellement. Il n'a pas son 
pareil au bout d'une longe, car il faudrait la force de plusieurs 
poulains pour l'entraîner, et, malgré cela, il offre une sorte 
d'élasticité que ne présenterait pas une attache fixe. 

Dès qu'elle se voit séparée de son produit, la mère ne cesse 
pas de hennir. Il est nécessaire de la laisser au moins quatre 
jours à l'écurie, quelquefois six : car la mémoire de la mère est 
moins courte que celle de l'enfant et la séparation lui est plus 
cruelle. Si on la lâchait trop vite et qu'elle fût encore sous 
l'impression du tourment qui l'agite, elle s'enfuirait affolée, sans 
direction, et irait se jeter dans une rivière ou dans un précipice, 
ou bien se briser contre le premier obstacle qu'elle rencontre- 
rait. On a vu souvent des poulinières se tuer, parce qu'on les 
avait remises trop promptement en liberté. Le mieux est donc 
de les tenir enfermées, de les nourrir modérément et de les 
traire, jusqu'à ce que l'homme chargé de les surveiller voie 
renaître le calme dans leur esprit et une sorte d'apaisement suc- 
céder à leurs premières angoisses. 

Ces opérations du sevrage sont donc très importantes et il est 
facile de comprendre qu'un propriétaire soucieux de voir réussir 
son élevage estime que l'œil du maître n'y doit pas rester 
étranger. 

Le dressage des yearlings commence en septembre. C*est un 
travail intéressant et très attachant, même pour les gens qui ne 
s'occupent pas spécialement de courses. Il est rare que plusieurs 



SEVRAGE DES POULAINS ET DRESSAGE DES YEARLINGS. l55 

propriétaires ne viennent pas stationner sous les frênes de Chan- 
tilly pour donner, comme on dit, le coup d'œil de rêleveur 
et prédire l'avenir des jeunes pour lesquels la carrière va 
s'ouvrir. 

Les plus fins connaisseurs s'y trompent naturellement, mais il 
est toujours amusant d'être prophète. Quand on voit ses prévi- 
sions justifiées, on a soin de le rappeler aux personnes auxquelles 
on les avait confiées : « Vous vous souvenez, je l'avais dit, je ne 
m'étais pas trompé. » Dans le cas contraire, on ne parle plus de 
rien, et l'honneur est sauf. 

Autant de personnes appelées à regarder les yearlings, autant 
de magiciens disposés à leur distribuer des qualités pour plus 
tard : celui-ci aura la vitesse, celle-là aura le fond. C'est tout le 
contraire qui se produit le plus souvent, mais ça ne fait de mal 
à personne. 

Nous avons aussi les savants, qui ne négligent pas d'appliquer 
leurs notions hippologiques : de condamner tel boulet, tel genou, 
telle épaule, tel jarret. De critiquer l'encolure ou le passage de 
sangle. Il serait bien curieux de prendre des notes : on verrait à 
quel point la nature, qui ne dit pas ses secrets, se charge d'opérer 
des transformations impossibles à deviner. 

Les poulains envoyés du haras se présentent généralement avec 
leur rusticité campagnarde. Ils ont bien bu, bien mangé, bien 
gambadé dans la prairie, et sont dépourvus de l'élégance que 
doit leur donner le travail. 

Il faut deviner le dégrossissement sous l'enveloppe commune. 
Tel yearling qui n'aura pas payé de mine en arrivant, se trans- 
forme en huit jours, à la suite des premiers exercices auxquels il 
est soumis. Le premier dressage consiste en promenades à la 
plate longe, puis en galops circulaires dans des sortes de ma- 
nèges de sable ménagés à cet effet. 

Aux premières leçons, certains poulains résistent avec énergie, 
se cabrent, lancent des ruades et exécutent des bonds de jaguar. 
On jurerait |qu'ils vont se casser les reins. Le propriétaire novice 
s'en émeut, mais l'homme d'expérience se frotte les mains à l'idée 



l56 LES COURSES DE CHEVAUX. 

de posséder un animal vigoureux, aux membres solides, dont les 
incartades dénotent l'énergie et la force. 

Après avoir galopé le yearling en liberté, on lui applique suc- 
cessivement tout Tattirail de sellerie destiné à surexciter ses 
nerfs. On lui passe le surfaix, la croupière avec beaucoup de 
ménagements. On attache des torchons ou des branches de feuil- 
lage, destinés à lui chatouiller les flancs et à mettre sa patience 
à répreuve. 

Il y en a qui acceptent avec résignation les instruments de tor- 
ture qu'on leur inflige. Il y en a d'autres qui se regimbent ou 
manifestent leur mauvaise humeur en se couchant et en faisant le 
mort, comme je le disais plus haut, sans qu'il soit possible de les 
décider à se relever avant que ça leur plaise. 

Ce n'est quelquefois qu'au bout d'une heure qu'ils se remettent 
sur leurs jambes et au travail. Bientôt on arrive à leur poser la 
selle sur le dos et à les monter. C'est peut-être l'opération la 
moins difficile ; on les promène alors en troupeau deux par deux 
ou trois par trois, au milieu des rues, pour les habituer à tous les 
bruits qui pourraient les eff'rayer. C'est ainsi qu'on les mène le 
long du chemin de fer pendant le passage des trains. Il faut qu'ils 
se familiarisent avec les sifflements des locomotives, eux qui sont 
destinés à tant voyager. 

Un vieil entraîneur me disait, à propos du dressage, que les 
choses avaient bien changé en France depuis ces dernières 
années. Avec des courses à peu près quotidiennes, tout se 
fait à la vapeur. C'est à peine si l'on a le temps de s'y recon- 
naître. Quand, par exemple, en septembre, un entraîneur veut 
surveiller le travail de ses vieux chevaux, le travail de ses deux 
ans et le dressage de ses yearlings, il n'a guère à flâner avant 
l'heure du traîn pour les courses. 

Le dressage marche surtout avec une rapidité qui ne donne 
pas toujours les meilleurs résultats. L'entraîneur a beau se 
multiplier, il ne peut donner qu'un coup d'œil par-ci, un coup 
d'oeil par-là. Les garçons, qui ne se sentent qu'à demi surveillés, 
ne se font pas faute de maltraiter les yearlings, et tel poulain qui 



SEVRAGE DES POULAINS ET DRESSAGE DES YEARLINGS. îSg 

aurait pu être la douceur même, sort de là irascible comme un 
taureau de la plaza. 

Un yearling n'a pas plus tôt la selle sur le dos, que déjà son 
propriétaire parle de le galoper. Joli renseignement qu'on aura! 
Mais récurie est pleine, on veut de l'épuration, et cette épuration 
consiste à réformer avant même d'avoir formé. 

On met souvent ainsi au Tattersall des animaux qu'on aurait 
faits aussi bons que ceux que l'on déclare aptes à l'entraînement. 
On ne sait plus où ils vont; l'essentiel est qu'ils disparaissent 
et que l'on n'en entende plus parler. 

On reprochait autrefois au comte de Lagrange de ne pas assez 
réformer. On disait même qu'il s'encombrait et que les frais s'en 
ressentaient à la fin de l'année. Il est certain que pas mal de pro- 
priétaires sont tombés dans l'excès contraire et que les essais 
prématurés sont une tendance fâcheuse. Il y a une grande diffé- 
rence souvent entre les résultats constatés à l'entraînement et 
les résultats constatés sur l'hippodrome. Un cheval de course, la 
plupart du temps, ne se révèle réellement qu'après avoir paru en 
public. Le travail à l'entraînement c'est le conservatoire; la 
course c'est le feu de la rampe, qu'on n'obtient qu'au théâtre. 

Les chevaux sont un peu des comédiens ; il y en a que la foule 
êlectrise, il y en a d'autres qu'elle aplatit. 

Vous trouvez des animaux d^un caractère étonnant, comme 
Achille, toujours gais, toujours contents et toujours aussi cou- 
rageux après douze épreuves où les plus ardents lutteurs laisse- 
raient leur moral. 

D'autres animaux, comme Sans Peur, se présentent sur le 
champ de' course dans des conditions différentes, impossibles à 
prévoir. Tantôt ils vont au poteau de départ parfaitement 
calmes et disposés à s'employer; tantôt ils paraissent sur la 
piste en proie à un énervement inexplicable. La sueur les inonde 
au bout d'un simple canter, et alors autant vaudrait les faire 
rentrer, sans même les conduire sous les ordres du starter. 

De cette manière, il ne faut pas s'étonner d'assister à de 
continuelles interversions de forme. L'entraîneur le plus soi- 



i6o 



LES COURSES DE CHEVAUX. 



gneux n'a plus le temps d'étudier suffisamment le caractère des 
chevaux qu'il prépare, et, comme il est obligé à tout moment 
de les envoyer courir à droite et à gauche, de les trimbaler 
sans cesse en chemin de fer, il est souvent aussi inconscient de 
leur chance que le moins expérimenté des turfistes. 




CHAPITRE VI 

L'ÉCURIE D'ENTRAINEMENT ET SON PERSONNEL 

Il m'est arrivé souvent, je pourrais presque dire toujours, en 
visitant les écuries de courses, à l'heure où l'on refait la litière 
des boxes, d'être saisi à la gorge par des bouffées de gaz as- 
phyxiant. J'ai fait alors remarquer aux entraîneurs qu'il devait y 
avoir là des défauts d'aération très préjudiciables à l'état sanitaire 
des animaux. 

Une intéressante brochure du lieutenant- colonel Hennebert 
confirme mes impressions personnelles. Voici les observations 
qu'il présente à ce sujet : 

» Il est nécessaire qu'une écurie ait assez d'élévation pour que 
le cheval tienne sa tète absolument libre et haute. Il est indis- 
pensable que le râtelier soit placé, non pas au-dessus de la tète, 
mais devant lui, bien à sa portée. Le cheval a besoin d'air res- 
pirable, et cet air doit être pur; de là la nécessité de ménager, à 
hauteur du plafond, des ouvertures d'étendue suffisante, prati- 
quées autant que possible à l'est ou au sud, mais, en tous cas, 
disposées de manière à ne pas faire appel à des courants. 



102 LES COURSES DE CHEVAUX. 

« On observe que la plupart des chevaux manifestent pour le 
séjour à l'écurie un sentiment de répulsion prononcé. Cette ré- 
pulsion, d'où peut-elle venir, sinon de ce que le logement est 
généralement établi dans des conditions peu satisfaisantes? Très 
souvent, en effet, l'écurie est basse et le cheval s'y trouve gêné 
dans la position debout ordinaire. 

« Il est beaucoup d'écuries qui sont loin de cuber assez d'air 
respirable. En y entrant, on se sent pris à la gorge par de vio- 
lentes émanations ammoniacales, qui du même coup attaquent les 
yeux. Quant à l'origine de ces miasmes fétides, on ne saurait s'y 
méprendre; ils proviennent des liquides excrémentiels dont le 
sol est imbibé jusqu'à saturation, et de ceux que retient la litière. 
L'évaporation lente de ces urines charge l'atmosphère ambiante 
de produits gazeux méphitiques. > 

Les conséquences de ces vices hygiéniques sont déplorables : 

« De cette litière visqueuse, de ce sol imprégné d'urine, de ces 
flaques qui persistent entre les joints du pavé s'échappent, à 
courant continu, des gaz ammoniacaux et sulfurés. Ces gaz 
irritent les muqueuses de l'œil à ce point que des chevaux en 
sont devenus aveugles. Ils attaquent, de plus, les muqueuses des 
voies respiratoires ; ils y portent les germes de nombre de mala- 
dies infectieuses, notamment la péripneumonie et la fièvre ty- 
phoïde. Il est aujourd'hui surabondamment démontré que le 
typhus d'écurie provient uniquement de l'infection du sol et des 
litières. 

« Parallèlement à ces multiples et tristes résultats morbides, 
il y a matière à constatation d'effets moraux dont l'éleveur ne peut 
pas se dispenser de tenir compte. Les mauvaises conditions 
d'établissement de l'écurie influent singulièrement sur le caractère 
de l'élève; l'air vicié qu'il respire, la fatigue permanente qu'il 
subit en guise de repos, lui sont une cause de surexcitation ner- 
veuse. Il s'agite, piétine sans cesse, frappe du pied, ne se couche 
guère. Du fait de la stabulation qui lui est infligée, son énergie 
native s'affaisse vite, sa physionomie s'empreint d'un cachet de 
tristesse, sa constitution s'étiole. 



l'écurie d'entraînement et son PERSONNEL- l63 

c II est certain que, dans les conditions qui lui sont faites, le 
cheval est moins vigoureux, moins énergique, moins résistant, 
qu'il ne donne pas, en fait de travail, la moitié de ce qu'il pour- 
rait fournir. > 

J'ai constaté, dans des établissements d'élevage pour lesquels 
on a dépensé des millions, l'Insalubrité des écuries. 

j'ai entendu dire bien souvent, en parlant de plusieurs de nos 
haras les plus considérables : Il n'est pas compréhensible que 
des établissements de cette importance ne donnent pas de meil- 
leurs résultats ! Il doit y avoir un vice. 

On a parlé de la qualité des herbages trop gras ou trop mai- 
gres. De l'air plus ou moins vif du pays. Du trop grand nombre 
de poulinières ou de poulains réunis dans un herbage. A-t-on 
suffisamment étudié la question de la salubrité des boxes? 

Il y a peut-être dans les établissements d'élevage, comme dans 
les établissements d'entraînement, plus de boxes d'Augias qu'on 
ne le suppose. On y remédierait par des drainages intelligents. 

A proximité des boxes des chevaux se trouve généralement le 
pavillon de l'entraîneur. 

Le pavillon de l'entraîneur est toujours Iris confortable et 
très bien meublé. Les entraîneurs gagnent beaucoup d'argent, 
souvent beaucoup plus que ceux qui les 
emploient; ils minent une existence de 
cocagne. Il y en a qui sont million- 
naires; très peu sont pauvres. Je ne 
veux pas dire pour cela qu'ils fassent 
danser l'anse du picotin : ils n'en ont 
pas besoin. Comme ils entrent dans les 
bénéfices (lo pour loo sur les prix 
gagnés) sans participer aux pertes, ils 
sont dans une situation excellente pour 
supporter la mauvaise fortune et voir 
passer les années stériles. Le plus grand 

souci de l'entraineur est de se lever de grand matin, de 
gouverner et de nourrir un bataillon d'une vingtaine de gamins 



164 LES COURSES DE CHEVAUX. 

souvent indisciplinés, de leur tuer un petit cochon au moment 
de Noël et de leur distribuer des coups de fouet quand ils font 
l'école buissonnière. A part cela, la vie de l'entraîneur est très 
enviable; elle ressemble à celle du gentleman far mer. De plus, 
l'entraîneur tient dans ses mains toutes les cartes à jouer de 
son maître et il lui est facile de se dérober à des enthousiasmes 
irréfléchis, de savoir quand ses chevaux, dans lesquels il s'ab- 
sorbe, sont en parfaite santé, en un mot de ne risquer son 
argent qu'à très bon escient. Il y a entraîneurs et entraîneurs. 
J'en connais qui, comme certains chiens de meute, chassent 
pour leurs maîtres; j'en connais d'autres qui chassent pour eux. 
On dit de ces derniers : Ils n'invitent personne. 

Nous disons qu'il est quatre heures du matin : mettons quatre 
heures moins dix. La cour est silencieuse et livrée aux pigeons 

du colombier qui glanent l'avoine égarée. Le 
head lad ne tarde pas à apparaître. Le head lad, 
c'est comme qui dirait le censeur; c'est celui qui 
a mission de réveiller les garçons d'écurie et de 
faire exécuter les ordres du master. Le head lad 
est généralement très rangé, très attaché à la 
maison, qu'il quitte rarement, même les jours de 
courses ; il a les clefs des boxes et la distribution 
des fourrages; une responsabilité considérable 
pèse sur sa tête : c'est un ministre responsable ; 
c'est plus qu'un ministre responsable : un sous- 
secrétaire d'État; on le sent bien à son air grave au moment de 
réveiller son personnel. Pénétrons avec lui dans le dortoir des lads. 
Ce dortoir des lads est à peu près comme tous les dortoirs, à 
cette différence près que les gamins y sont couchés deux par 
deux. C'est une sorte de corps de garde où règne plus de 
propreté que dans les corps de garde militaires. Les murs sont 
ornés d'images sans importance, images arrachées aux journaux 
illustrés de Londres, et représentant, pour la plupart, des sujets 
de sport, des chasses à courre, des scènes de chenil et des 
courses de lévriers. 




l'écurie d'entraînement et son personnel, i65 
Chaque lit est modeste et garni d'un simple sommier et d'une 
paillasse. A la tète du lit sont placées les malles vides des ga- 
mins, et le contenu de ces malles, composé de vêtements très 
usés et très en loques, est accroché au mur. Sur des planches 
voisines, un amas de bouteilles vides, de cartes à jouer anglaises 



Le dorloir des lads. 

et de vieux chandeliers indique que de temps i autre on passe la 
nuit â s'amuser.... Dans un grenier qu'on est bien à quinze ans !,„ 
J'allais oublier le cabinet de toilette de ces messieurs; c'est tout 
simplement un baquet en bois, ovale, de la dimension desba- 
qjiets que les bouchers emploient pour faire baigner leurs tètes de 
veau. C'est là dedans que les lads se passent à une eau de savon 
consciencieuse. 

Les Anglais sont très soigneus de leur hygiène et se livrent 
à des lavages qu'on ne soupçonnerait pas sous l'apparence né- 
gligée de leur mise. 

L'usage des baquets est moderne; on a inventé les baquets 
ovales pour éviter que les gamins se servent de leurs seaux 
d'écurie. Ils s'y lavaient autrefois, et les chevaux, très justement 
dégoûtés, refusaient de boire leur eau. Les gamins une fois réveil- 
lés, le head lad redescend et met les clefs sur les portes. 

Je le répète pour la troisième fois, il est quatre heures,' et les 



n 



166 LES COURSES DE CHEVAUX. 

chevaux, Iiabitués à une exactitude ponctuelle, attendent l'arrivée 
de leur valet de chambre. Quand je dis valet de chambre en par- 
lant du lad, je sais le terme quej'emploie. Je parlerais volontiers, 
en effet, qu'il y a peu de jeunes gens du high li/e aussi bien traités 
par le domestique auquel ils donnent les appointements d'un 
sous-préfet, que le plus modeste pur sang: n'est servi par son lad. 
Je le prouve. 

Le head lad a mis la clef sur chacjue porte. Le premier soin du 
lad est de faire la litière de son cheval, qui a été détaché pendant 
la nuit pour avoir la faculté de se coucher à l'aise. La litière 
faite, le gamin donne un bon coup de brosse à son élève, lui met 
la selle et la bride et le sort. Tous ces préparatifs durent une 
quarantaine de minutes. Les chevaux partent ensuite en file, 
comme des écoliers, et marchent au pas pendant une demi-heure. 
Au pas succède le trot pour dégourdir les jambes. Les che- 
vaux qui sont en plein travail 
marchent au pas pendant trois 
quarts d'heure, prennent un petit 
trot et ensuite leur bon galop. 
Cette première promenade varie de 
une heure et demie à deux heures. 
On rentre à l'écurie; le lad ôte la 
bride, donne une poignée de foin et 
commence la toilette de sa bête par 
J la tête et l'encolure. Dès que le 

cheval est sec, on lui offre à boire, on lui lave les pieds et les 
jambes, puis on passe au pansage du corps. 

Il n'est pas loin de huit heures quand ces premières opérations 
sont terminées. On refait la paille du cheval; le head lad lui 
apporte son avoine, qu'il lui offre, avec la correction d'un garçon 
de chez Bignon ou du café Anglais qui servirait un client riche. 
On ferme la porte à clef pour permettre à monsieur cheval de 
goûter en paix les douceurs du cabinet particulier, et on le laisse 
en repos jusqu'à midi. A midi, chaque garçon revient près de son 
quadrupède, lui attache la tête, le bouchonne agréablement 



a s 



H 



l'écurie d'entraînement et son personnel. 169 
comme un employé du Hammam, lui refait la tête comme ud bar 
bier de qualité, lui sert foin et avoine et l'enferme de nouveau 
jusqu'à cinq heures. De cinq à huit heures, le cheval est attaché. 
A huit heures on refait son lit, on le détache, et le voilà libre de 
dormir grassement jusqu'au lendemain. 

Les poulains de deux ans font le même manège; seulement 
ils ne sortent qu'à huit heures et demie ou neuf heures. 

Telle est en peu de mots l'existence du cheval de courses; je 
vais examiner maintenant le reste de l'écurie. 

A côté du dortoir des lads sont les chambres des jockeys; 
l'ameublement n'est guère plus somptueux, mais il est plus soi- 
gné et relevé par de petits accessoires, tels que cravaches, bottes 



Chambre de jockey. 

à revers et petits objets offerts par des parieurs heureux. Il y a 
aux murs des photographies et des photogravures de chevaux 
célèbres, des portraits de jockeys en renom, en un mot tout ce 
qui concerne la profession. 

Le système de lavabo des jockeys est le même que celui des 
lads, toujours le baquet ovale propice au savonnage du corps, ua 
tttb excellent. 

A côté des chambres de jockeys se trouve la salle de pesage 
pour les essais. 



170 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Les essais, voilà une opération qui joue un râle dans une mai- 
son d'entraînement ! La petite pièce où on les prépare ressemble 
à une sellerie; c'est en effet une sellerie avec une balance au mi- 
lieu et un appareil d'éclairage, car tout se passe là avant le lever 
du jour. Chaque entraîneur connaît naturellement le poids de ses 
hommes; pour le compléter et le rendre conforme au poids qu'il 
veut mettre sur chacun des chevaux qu'il va mesurer, il a à sa 
disposition des selles, des carrés et des ceintures, dont seul il 
connaît la pesanteur. 

A l'insu des hommes qui doivent prendre part au g^lop, il selle 
ou fait seller les chevaux lui-même selon les tapis ou carrés de 



a 




selle qu'il emploie. Chaque carré est rempli de plomb et fermé 
au cadenas ; personne en dehors de l'entraîneur ne peut le peser. 
Les hommes qui montent dans un galop savent si bien à quelle 
discrétion ils sont tenus, qu'il ne leur viendrait même pas à la 
pensée d'enlever la selle du cheval qu'ils ont monté ; ils appellent 
l'entraîneur pour ce soin délicat. 

En général, c'est l'entraîneur qui s'occupe de toutes ces ques- 
tions de pesage ; mais de même qu'il y a des maîtresses de maison 
défiantes qui pèsent leur viande de'boucherie, il y a des proprié- 
taires méticuleux qui pèsent leurs selles et leurs carrés de selle, 
pour être certains de faire des essais réguliers. La veille des essais, 
le propriétaire vient généralement coucher à son éublissement. 



J' 



L ECURIE D ENTRAINEMENT ET SON PERSONNEL. I71 

Le personnel des écuries de courses se recrute d'ordinaire 
parmi les Anglais d*une race spéciale. On prend également des 
petits Français, et l'on n'a pas trop à s'en plaindre. Dès qu'un 
entraîneur sait qu'un enfant, appartenant à des parents pauvres, 
montre quelque goût pour le cheval, il l'accepte volontiers comme 
apprenti, promettant de lui donner bon lit, bonne table et de 
modestes appointements, qui lui permettent, s'il est économe, de 
se payer de temps en temps un vêtement complet. 

L'apprenti qui débute dans la carrière commence par être le 
saute-ruisseau de l'écurie. On lui fait faire les courses, les chaus- 
sures, nettoyer la vaisselle à la cuisine, enfin on lui permet de 
monter le poney pour s'essayer comme cavalier. Après cela on 
lui confie un vieux cheval facile et un peu routinier. S'il a les qua- 
lités d'un jockey, il ne tarde pas à percer; on le fait monter en 
course dans des épreuves spécialement réservées aux conscrits. 
Tout lad a, comme on dit, sa cravache de maréchal dans sa 
giberne. 

Le lad est d'ordinaire peu discipliné et demande à être mené 
au rvhip. Il est difficile pour la nourriture. On a vu dans cer- 
taines écuries toute la bande des lads se révolter parce qu'on 
abusait des haricots. 

On a raconté l'histoire de deux petits gourmands qui, tous les 
jours, allaient commander un vol-au-vent pour leur patronne. Un 
jour le pâtissier vint remettre sa note; on eut flair de quelque 
tour, et l'on surprit les deux gamins en train de déguster, 
derrière les tribunes, le godiveau quotidien qu'ils commandaient 
religieusement au nom de madame l'entraîneur. 

Mais, s'il ne s'agissait que de gamineries de ce genre, les 
entraîneurs en prendraient facilement leur parti. 

Contrairement à une opinion très répandue, il n'y a pas quel- 
quefois d'animaux plus mal soignés, je dirai même plus maltraités, 
que certains chevaux de courses. 

Dans des écuries connues, ils sont négligés au pansage et 
régulièrement brutalisés d'une façon révoltante. Pas un entraî- 
neur ne me contredira là-dessus, et quel que soit celui que j'in- 



172 LES COURSES DE CHEVAUX. 

terrog-e, il me répondra : « C'est désolant, mais nous perdons 
de jour en jour toute autorité sur nos garçons. » 

L'apprenti dont je viens de parler est un gamin qui entre tout 
neuf dans une écurie pour apprendre son état depuis A jusqu'à Z 
et qui signe un engagement de cinq ans avec l'entraîneur. 

L'apprentissage donne beaucoup de peine à l'entraîneur, et il 
ne faut guère moins de deux ans pour qu'un garçon soit en état 
de rendre des services à celui qui l'emploie. Il est rare que, son 
temps terminé, l'apprenti ne quitte pas sa place, poussé à aban- 
donner son instructeur par les mauvais conseils des autres gar- 
çons, qui développent en lui des sentiments d'indépendance et 
même de révolte. 

L'apprenti voit que, pour un oui ou pour un non, les grands, 
ceux qui peuvent donner instantanément leurs huit jours, chan- 
gent de place et n'ont aucune difficulté à trouver un nouveau 
maître ; ça l'encourage à faire de même et à s'affranchir au plus 
vite de toute espèce d'autorité gênante. 

Si un garçon qui se conduit mal dans une écurie était renvoyé 
non seulement de sa maison, mais encore de France, où il ne peut 
plus être qu'un individu nuisible, il y regarderait de plus près et 
la discipline reviendrait. iMais ce n'est pas ainsi que cela se passe. 
Je vais citer des faits. 

Il n'y a pas bien longtemps, un des garçons de l'écurie de 
M. Lupin brutalisait un poulain de deux ans et lui enlevait Vœil 
d'un coup de fourche. Il était naturellement renvoyé ; mais il se 
replaçait aussitôt chez un autre entraîneur, qui ne lui demandait 
même pas de certificat. 

Cette histoire de certificat devient une amère plaisanterie. 
Carter, de Royal-Lieu, avait renvoyé sans certificat un garçon qui 
avait cruellement maltraité un cheval ; celui-ci s'adressa au syn- 
dicat de Chantilly, composé d'hommes assurément estimables, 
mais doués d'une indulgence qui frise la faiblesse; le syndicat 
obligea l'entraîneur à donner un certificat. 

Cependant le même Carter n'était pas payé pour être satisfait 
des mauvais traitements infligés aux chevaux; il venait, par la 



l'écurie d'entraînement et son personnel. 173 
faute d'un garçon désobéissant, de perdre son meilleur poulaia 
de deux ans. Le gamin, pour s'épargner du travail au pansage, 
avait l'habitude de dessangler son cheval aussitôt les galops ter- 
minés. Malgré la défense qu'on lui en avait faite, il continua sur 
le poulain en question; la selle tourna 
et battit les flancs de l'animal, qui s'en '-^ ' ' 

alla, affolé, se tuer contre un mur. 
C'était une perte sérieuse. Le gamin 
renvoyé trouva immédiatement à se 
replacer. 

Tout récemment, huit garçons ont 
quitté en même temps leur écurie et 
ont essayé de faire un mauvais parti «• 
au bead lad. 

Si cela continue ainsi, si l'on n'y met 
pas bon ordre, ce ne seront plus les 

chevaux qui manqueront, ce seront les hommes. Et, comme les 
apprentis eux-mêmes méconnaîtront l'autorité du maître, il ne 
sortira plus un jockey de leurs rangs, 

Nous ne sommes pas si riches en jockeys. Leur nombre dirai- 
nue tous les jours et, comme le vieux Jennings n'en fait plus, je 
me demande où l'on ira en pêcher. 

Vingt fois il a voulu se retirer du turf, et toujours pour ce 
même motif, le vieux Jennings. 

Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, la qualité de ses che- 
vaux qui le déterminait â abandonner la partie, ce n'est pas un 
début de campagne plus ou moinsheureuxqui l'aurait découragé. 
Il voulait abdiquer, à la façon des souverains, par suite des diffi- 
cultés qu'il éprouvait à gouverner, il en avait assez de mener ou 
plutôt d'être mené par un personnel insupportable contre lequel 
il était obligé de crier et de se gendarmer du matin au soir. 

Jennings a eu le dégoût de ses garçons d'écurie. C'était à 
qui se révolterait, serait paresseux, se plaindrait de la nourriture, 
maltraiterait les chevaux confiés à ses soins, et si l'entraîneur 
impatienté infligeait une légère correction â l'insupportable gamin 








174 LES COURSES DE CHEVAUX. 

qui venait de brutaliser un poulain de valeur et de Testropier au 
besoin, vite celui-ci courait à la g-endarmerie : 
« On m'a fait mal ! le maître m'a frappé ! » 
Et les g-endarmes qui arrivaient entamaient un procès. 
Henry Jennings, malgré sa passion pour les chevaux de courses, 

malgré ses grands succès sur le turf, 
ne se sentait plus d'humeur à mener 
ses garçons. 

Il est, tout le monde le reconnaît, 
le seul entraîneur qui ait formé des 
jockeys. IVlais à quel prix ! A force 
de crier il est devenu sourd. 

Dans les dernières années de sa 
carrière, il avait une bande de 
mutins qu'il était obligé de réexpé- 
dier en Angleterre ; ils étaient venus 
de leur pays sans jamais s'être mis une bouchée de bœuf sous 
la dent. Ils se régalaient de pommes de terre. Mais, une fois 
en France, le bien-être les gâta, et comme un jour de grande 
chaleur on était obligé de diminuer leur portion de rosbeef, 
la viande s'étant gâtée, ils se mirent à jeter des pierres dans les 
carreaux du patron. 

L'entraîneur a d'autres cauchemars encore que ses garçons. Il a 
de vrais espions qui surveillent jusqu'à ses moindres gestes. On 
les appelle des touts. Ils ne viennent pas, eux, pour tirer des dé- 
ductions d'un petit galop, mais, ce qui est plus précieux, pour 
tirer les vers du nez des jockeys ou des hommes d'écurie. Ces 
touts sont pour la plupart au service des bookmakers ; ils n'ont 
pas une mission bien pénible ici-bas. 

Un bon tout — nous verrons tout à l'heure quelques échantillons 
de l'espèce — doit posséder d'abord, comme qualités indispen- 
sables à son métier, la faculté de bien boire et de bien manger 
à chaque heure du jour et de la nuit. Car c'est dans le Champagne 
et le cognac que se dissolvent les desseins mystérieux que les 
propriétaires de chevaux de courses mettent tant de soin à cacher 



l'écurie d'entraînement et son personnel. 175 

à leurs amis, mais que les bookmakers possèdent à l'heure 
voulue, c'est-à-dire au moment d'opérer. 

On a fabriqué cent légendes sur les gens qui se cachent dans 
les arbres de la forêt de Chantilly ou de la forêt de Compiègne 
pour surprendre des galops, des essais. A quoi bon maintenant 
se fatiguer? Les procédés ont changé. Un tout rougirait (et Dieu 
sait si cela lui serait difficile, étant donnée la coloration habituelle 
de son visage !) à la seule idée d'être rencontré dans une route 
d'entraînement à l'heure où les chevaux sortent. Le rossignol peut 
^chanter à l'aise, ce n'est pas lui qui l'interrompra. Il verrait pas- 
ser des chevaux sans savoir exactement où le galop finit, il igno- 
rerait les poids auxquels les jockeys ont monté? Allons donc!... 
Qu'il digère tranquillement les petits verres de la veille, les grogs 
de l'après-midi lui apprendront tout ce qu'il voudra connaître. 

Un jour, le comte de Lagrange, qui n'était pas l'expansion même, 
surtout avec ses amis, s'étonnait devant un de ses entraîneurs 
que certains secrets de sa maison devinssent ceux de Polichinelle. 

« Ah! c'est bien simple, monsieur le comte, lui dit l'en- 
traîneur : vos hommes sont payés vingt-cinq francs par mois, et 
ils en gagnent autant en deux minutes pour raconter un de vos 
essais. » 

Il est évident qu'aujourd'hui certains bookmakers, faisant jus- 
qu'à quatre-vingt mille francs d'affaires sur une seule course, ont 
intérêt à connaître la valeur des chevaux qu'ils cotent, et ils ne 
négligent pas cette petite précaution. 

Le tout dispose d'un budget d'un millier de francs par mois ; il 
est vêtu à la dernière mode, se paye les meilleures consomma- 
tions, et de temps en temps s'attire les bonnes grâces d'une hori- 
zontale, en lui indiquant un tuyau, qu'elle va prendre chez un 
bookmaker, souvent même le patron du tout. Les bookmakers 
savent bien qu'ils sont exposés à cette petite contribution indi- 
recte; ils s'y soumettent comme à bien d'autres, en trè? habiles 
spéculateurs qu'ils sont. 

Le tout a plusieurs moments favorables pour faire sa chasse 
aux nouvelles. Au retour des courses d'abord, dans les cafés 



176 LES COURSES DE CHEVAUX. 

voisins des g-ares, il y a une bonne heure d'attente avant de 
reprendre le train de Chantilly, pendant laquelle on peut s'en- 
tretenir à Taise avec les jockeys. Ce qui n'est pas mauvais encore, 
et ce que les toiits appellent une journée bien employée, c'est de 
rester à Chantilly, un après-midi, pendant qu'il y a courses â 
Paris ou aux environs. Les garçons d'écurie qu'on n'a pas em- 
menés, et qui jouent les Cendrillon à la maison, sont tout dispo- 
sés à être bavards et â raconter tout ce qui se passe, en face 
d'une bouteille poussiéreuse et d'une boite de gros cigares du 
Grand-Hôtel. 




CHAPITRE VII 



L'ENTRAINEUR ET LE JOCKEY 



Je n'oublierai jamais Geoffroy dans le Homard^ ce bijou du 
répertoire comique. 

Montacabère (c'était Geoffroy) était allé au Gymnase et s'était 
installé dans un fauteuil d'orchestre offert par un ami. A la fin 
du second acte, au moment le plus pathétique, on lui frappe sur 
l'épaule. 11 se retourne, un monsieur très poli lui fait sig-ne de le 
suivre. On le conduit au foyer et, là, il voit étendue sur un canapé 
une jeune femme entourée d'une douzaine d'ouvreuses éperdues. 
Le g-uide les écarte et, faisant passer Montacabère, s'écrie : « Le 
médecin de service! > 

Montacabère avait eu la stalle du médecin de service. « Elle 
étouffe! Docteur, dégrafez la robe, dégrafez tout! » 

Il fallait alors entendre Montacabère : « Je me mets à dégrafer, 
je dégrafe, et alors.... — Je ne pardonnerai jamais à mon père de 
ne pas m'avoir fait médecin. Quel métier!... Quel joli métier!... » 

Ceci pour vous dire que je considère que dans le sport il y a 



12 



178 LES COURSES DE CHEVAUX. 

aussi un joli métier et que je pardonnerai difficilement à ma 
famille de ne pas m'avoir fait entraîneur. 

Ah! je sais bien ce qu'ils vont répondre, les entraîneurs. Ils 
vont répondre : « Si vous étiez aux prises avec les difficultés de 
mener un personnel comme le nôtre, vous chang-eriez peut-être 
d'opinion. » 

Allons donc! Est-ce qu'il y a dans la vie un personnel agréable 
à mener? Qui dit personnel, employés, domestiques ou garçons 
d'écurie, dit occasions permanentes de bouillir et de se gen- 
darmer. 

Mais pour une épine que de roses! L'entraîneur, mais c'est 
l'homme le plus heureux du monde.... hippique. Il en a toutes 
les jouissances, sans en avoir les charges et les désagréments. 

Les chevaux qui composent son écurie sont plus à lui qu'à 
son maître. Il n'a pas les tracas de s'en inquiéter à l'âge où ils 
sont improductifs, c'est-à-dire pendant leurs dix-huit premiers 
mois. 

Quand on les lui amène au dressage, ils sont déjà faits et on 
ne lui confie pour ainsi dire que le dessus du panier. Il n'a plus 
qu'à les suivre et à s'en occuper suivant qu'ils lui inspirent plus 
ou moins de confiance. 

L'entraîneur est toujours admirablement logé dans un joli 
cottage. Il a un jardin, une basse-cour, des vaches et des cochons 
à tuer au temps de Christmas. Sa cuisine est bonne et sa cave 
bien meublée. 

Comme hygiène, rien de mieux que la sienne. Il se lève dès 
l'aube, après avoir fait éveiller ses hommes par son premier gar- 
çon, qui fait, comme je le disais, fonctions de chef de cabinet. 
Quand il descend de sa chambre, il trouve son poney sellé et ses 
hommes à cheval. Il n'a plus qu'à s'en aller en forêt, à la tête de 
son escadron, et à s'emplir les poumons de l'air le plus exquis et 
le plus pur que puisse ordonner la Faculté. Il rentre une heure 
après, déjeune copieusement, puis sort avec son second lot. On 
appelle ça la seconde promenade, non moins bienfaisante que 
l'autre. La première était apéritive, celle-ci est digestive. 



L ENTRAINEUR ET LE JOCKEY. l^Ç 

A l'heure où la température devient plus lourde, l'entraîneur 
est rentré, a donné un coup d'osil à ses élèves et mis tout 
en ordre. Il peut lire les journaux, s'endormir, faire la 
sieste. 

Sa sieste terminée, il va aux courses s'il en a le désir, ou à la 
chasse, ou au cercle. L'important est que, selon l'habitude, il soit 
revenu à l'écurie pour cinq heures; car il a encore la visite de 
ses chevaux. 

L'entraîneur est dans les meilleurs termes avec son maître, 
qui ne fait rien sans le consulter. 
C'est sur son avis que se décident 
les engagements des chevaux. Il sait 
où ils doivent courir, dans quelles 
conditions ils doivent courir, et peut 
parier à son aise si bon lui semble 
et prendre la fleur de la cote. Il 
peut inviter ses amis à risquer leur 
ar^nt dans d'excellentes conditions, 
alors que le maître se tient encore 
sur la plus grande réserve vis-à-vis ,,;.; ''■ ^ 
de ses intimes. 

L'entraîneur a ainsi, précédant son char, toute une troupe de 
joueurs de flùle qui l'encensent. On ne cesse de lui répéter qu'il 
est joli garçon, qu'il est le premier dans son art, que ses bébés 
sont des chérubins. 

On lui envoie des tableaux, des bronzes, des havanes fins, des 
paniers de Champagne â toute occasion. On l'invite à la chasse, à 
la pèche, au théâtre. On cherche à lui faire passer des matinées 
charmantes, des soirées délicieuses, et tout cela en récompense 
souvent d'une simple raie marquée d'un coup d'ongle sur un 
programme. 

En voyage, on lui cède le bon coin du wagon ; on descend au 
buffet lui chercher des sandwichs et des fruits. 

11 a lo pour 100 sur les prix gagnés et ne risque jamais rien. 11 
peut perdre impunément le meilleur cheval de l'écurie. 



l8o LES COURSES DE CHEVAUX. 

11 y a des propriétaires très généreux, comme M. Aumont, qui 
donnent les lo pour loo même sur les objets d'art. 

Et remarquez que je dis tout cela sans incriminer en rien la 
conduite d'une corporation dont je voudrais faire partie. 

L'entraîneur le plus discret et le plus fidèle à son maître se 
trouve forcément dans le même cas que celui qui révélerait indis- 
crètement tout ce qui se passe chez lui. 
L'entraîneur ne peut pas être un ours 
mal léché et garder un mutisme sau- 
- vage envers les gens qui le connais- 
sent et qui le questionnent.... Eh bien, 
' remarquez que tout tourne en sa fa- 
veur. 
Admettons qu'on lui ait demandé en 
, ami L ■ Croyez-vous à Trois-Étoiles dans 

^'i la course? » et qu'il ait répondu : 

.. '■ "_■ "-^ • Peuh! Il a sa petite chance. • 

Ce • peuh! 11 a sa petite chance > 
ne semble pas bien compromettant et ne l'est guère. 
Le cheval gagne, l'ami arrive. 

■ Je vous remercie, — la façon dont vous m'avez dit : • Il a sa 
petite chance • ne m'a pas échappé. Ça voulait dire qu'il en 
avait une grande; je Tai joué! > 
Deux jours après l'entraîneur reçoit une superbe terre cuite. 
Le cheval perd ; l'ami passe au milieu d'un cercle de camarades 
qui lui disent : 
« Tu as joué Trois-Èloilesr 

— Oui, répond celui-ci, mais très peu. — L'entraîneur m'avait 
prévenu qu'il n'avait qu'une très petite chance. • 

L'eniraineur a-t-il un cheval battu quand il le croyait certain 
de gagner, il a une excuse toute prête et dont son maître se con- 
tente sans douleur : ■ Le jockey n'a pas monté aux ordres i, ou : 
« Le cheval a eu peur d'une hirondelle qui volait à ses pieds ». 
Le maître est satisfait et se dit : • C'est partie remise. » Il aime 
presque mieux ça. 



L ENTRAINEUR ET LE JOCKEY. 



l8l 




Et quand ça marche, quand il y a succès, le maître, s'il ren- 
contre un journaliste, ne manquera jamais de lui dire : 

« Pour moi, je ne vous demande rien; mais mettez donc un 
petit mot aimable pour mon entraîneur. Il le mérite, je vous 
assure qu'il a eu beaucoup de mal ! » 

Avais-je tort de dire, en parlant de l'entraîneur: « Quel métier! 
quel joli métier! » 

Le principal auxiliaire du propriétaire ou de l'entraîneur est 
le jockey. On a beau avoir fait naître un 
bon poulain, l'avoir élevé avec tous les 
soins possibles, l'avoir entraîné avec toutes 
les précautions imaginables. Peines perdues 
si l'on n'a pas un jockey habile pour le 
piloter le jour où il paraît sur le turf. 

Il y a en Angleterre des jockeys, comme 
Webb, Cannon et Barrett, qui réalisent des 
fortunes considérables. On leur donne des 
appointements de premier ténor. 

Frederick Archer, qui s'est suicidé il y a deux ans, était un 
des millionnaires de Londres. 

C'est effrayant ce qu'on lui a reproché de choses à ce jockey, 
dont la popularité avait été consacrée, comme on dit pour les 
pâtes pectorales, par quinze années de succès. 

On lui a reproché sa maigreur, on lui a reproché son ignorance 
et son élégance, on lui a reproché l'amitié des grands et des 
petits. On l'a comparé à M. Gladstone, peut-être à Shakespeare. 

Il n'a mérité ni cette indignité, ni cet excès d'honneur. 

Fréd. Archer était un grand jockey, comme Vatel fut un grand 
cuisinier. Ils se sont suicidés tous deux. L'un excellait à tenir la 
broche, l'autre à manier la cravache. 

Pourquoi se montrer exclusif? Tel qui brille en son art, quel 
qu'il soit, n'est pas le premier venu et vaut bien vingt lignes 
nécrologiques. 

Ce que je sais d'Archer, c'est qu'il était fin jockey et que 
les hommes ^de sport peuvent seuls apprécier ses mérites- 



l82 LES COURSES DE CHEVAUX. 

C'est aux hommes de sport qu'il appartenait. C'est à eux de le 
juger. 

En Angleterre, où l'on joue des millions sur une course, on 
prisait fort Archer, qui tirait d'un cheval le plus merveilleux 
parti qu'il pût. Quand on fait courir ou qu'on voit courir, on con- 
naît les difficultés du métier et l'on sait quel appoint vous fournit 
au moment décisif le chauffeur habile de ces locomotives vivantes 
qu'on appelle des coursiers. 

Que de prix Archer a gagnés d'une tête ! Quand on songe que 
cette tête rapportait des millions de livres sterling, on s'occupe 
bien plus de la tête du cheval que de celle du jockey au teint plus 
ou moins pâle ou au nez plus ou moins busqué. 

On a dit qu'Archer était commun de langage. Je ne sache pas 
qu'on l'ait jamais invité à dire des vers en public ; tout ce qu'on 
espérait de lui, c'était qu'il montrât sur sa monture du tact pen- 
dant le parcours et de l'énergie à l'arrivée. Ces deux qualités il 
les a eues. 

Nous avons possédé en France des célébrités d'un genre spé- 
cial : Jules Gérard qui tuait des lions et Bombonnel qui exter- 
minait des panthères. On n'a jamais songé à nous marchandera 
léger enthousiasme qu'ils nous ont inspiré. 

Quand je me suis trouvé dans une tribune et que j'ai vu Archer 
piloter un cheval comme Fra-Diavolo, quand je l'ai vu triompher 
du caractère inquiet de l'animal et lui laisser la tête libre au point 
de lui donner l'illusion du cheval lâché en liberté; quand je l'ai 
vu sur Le Bulletin^ cheval dérobeur et difficile entre tous, qui 
n'a jamais gagné que le jour où Archer l'a monté, en lui lâchant 
complètement les rênes pour finir, j'avoue que je n'ai pas hésité 
à applaudir. 

Je ne dis pas qu'Archer ait été un dieu, un poète, un héros, 
mais c'était un cavalier extraordinaire, et comme je ne vais pas 
aux courses avec l'espérance d'entendre Coquelin dans VEtourdi 
ou Mounet-Sully dans Hamlet, je me contente de voir monter 
Archef portant ma fortune et celle de son maître avec une habi- 
leté sans pareille, et cela me suffit. 



l'entraîneur et le jockey. i83 

Le soir où je vois danser Cornalba, je ne pense pas à Lamar- 
tine, et le jour où je vois tirer Mérignac, je ne songe pas à 
Murillo. 

Si j'avais été pair d'Angleterre, je n'aurais pas prié Fréd. 
Archer de s'asseoir à ma table le soir du Derby d'Epsom, en le 
priant d'ouvrir le bal avec milady; mais je n'aurais pas cru 
déroger en lui offrant un joli cadeau pour m'avoir monté un 
vainqueur, en faisant triompher les couleurs de ma casaque, qui 
n'eussent pas brillé sans lui. 

Nos jockeys de France ont des situations plus modestes. Les 
Rolfe, les Dodge, les Hartley, les Lane, les Bildgeland, les 
Horan, les Keamey et les French n'ont pas encore leurs cinquante 
mille livres de rente au soleil. Cependant il y a des propriétaires 
dont les libéralités ont fait sensation, et qui ont payé loo louis 
une place de second à Longchamp. 

Un article publié par moi dans le Figaro donnera bien une 
idée des mœurs intimes de nos jockeys de plat ou d'obstacles. 

« L'enterrement du jockey Martin, qui a eu lieu à Chantilly, 
n'est pas la première cérémonie de ce genre à laquelle j'assiste, 
mais j'avoue qu'il m'a encore impressionné par sa simplicité 
touchante. 

« Réduisons, si vous voulez, la mesure de notre attendrisse- 
ment, mais convenons que celui qui meurt dans un théâtre ou 
dans un cirque, en présence du public qu'il divertissait, mérite 
bien un bout de souvenir. 

« C'est une race à part que la race des jockeys, mais c'est une 
race sympathique. Un jockey est forcément un petit homme, qui 
épouse une petite femme pour perpétuer sa petite espèce. D'ail- 
leurs la profession est avouable; on ne s'y salit pas les mains, 
et dès qu'il est à pied, le jockey s'habille, a même du chic et se 
donne le plus possible la tournure d'un petit gentilhomme. 

« On devient jockey comme on devient officier, en passant par 
bien des grades. Voici, par exemple, le jeune Martin qui est 
arrivé d'Angleterre avec un engagement. Il n'y à pas un homme 
d'écurie à Chantilly qui ne soit engagé avec son entraîneur. 




184 LES COURSES DE CHEVAUX, 

€ Comme ce sont généralement des gamins, l'entraîneur signe 
avec les parents. Il promet de leur apprendre leur métier et 
de les traiter avec douceur. Le gamin, 
qui sait qu'il ne peut pas s'en aller, 
cherche naturellement à se bien con- 
duire. Il réfléchit que s'il commettait 
une faute g^rave, on aurait le droit de 
le renvoyer sanscertificat,et un homme 
d'écurie renvoyé sans certificat ne peut 
se placer dans aucun autre établis- 
sement de courses en France ou en 
Angleterre. 

« Voilà un système qu'on devrait bien appliquer aux domes- 
tiques; on renoncerait ainsi à la coutume passablement ridicule 
qui consiste â croire à la sincérité du maître vantant les qualités 
du valet renvoyé. 

« Mais ce n'est pas lé sujet. D'ailleurs les jockeys n'ont rien de 
commun avec des domestiques. Ce sont des employés indispen- 
sables, dont on a sans cesse â mettre â l'épreuve le courage et la 
^délité. 

■ En Angleterre, les jockeys sont traités amicalement par les 

gens de la plus haute aristocratie, auxquels on reproche même 

en ce cas d'exagérer la familiarité. Chez nous 

les jockeys occupent la place qu'ils doivent 

occuper dans le monde des courses; rien de 

W trop, c'est très bien. 

p^ « Je ne dis pas que, parmi ceux qui gagnent, 

xV\ il n'y en ait pas qui ne soient gâtés par une 

^ certaine classe de parieurs. J'en connais même 

fiV qui sont comblés de prévenances, qui reçoi- 

MV ^'Siit des ovations et des cadeaux, voire même 

^ des déclarations d'amour — n'oublions pas 

' que les femmes parient; — mais c'est la très 

rare exception, 'car, en général, le jockey est un homme d'ordre, 

aimant la famille, la tranquillité, et menant la vie régulière, hors 



L ENTRAINEUR ET LE JOCKEY. 105 

de laquelle il lui est impossible d'exercer utilement sa pro- 
fession. 

« Le jockey favori des foules se prépare bien des déceptions et 
des amertumes ; car ceux-là même qui l'auront porté en triomphe 
n'hésiteront pas à luî prodiguer les épithètes les plus désa- 
gréables le jour où il ne montera plus de vainqueurs. 

« Donc je suis de l'avis d'un fameux jockey anglais qui disait 
que les acclamations ou les mécontentements des turfistes ne 
l'atteignaient pas plus haut que ses bottes. 

« Les débuts du petit Martin nous donneront l'histoire de tous 
les jockeys. 

« Il a fait son apprentissage chez H. Jennings, à la Croix Saint- 
Ouen. On ne m'accusera pas d'une sympathie exagérée pour cet 
entraîneur, mais je dois reconnaître, en comptant très large la 
part de ses côtés agaçants, qu'il est un des seuls qui aient formé 
des jockeys en France. 

« H. Jennings crie comme un sourd; il l'est d'ailleurs comme 
plusieurs pioches; il les accable de choses désagréables; au 
fond, il leur apprend leur métier et en fait presque toujours des 
jockeys qui, se hâtant de se soustraire à sa mauvaise humeur 
dès qu'ils sont en mesure de le quitter, vont rendre de très 
grands services dans d'autres écuries. 

« Le jeune iMartin, une fois son temps terminé chez Jennings, 
s'était signalé comme un bon petit jockey et il avait choisi la 
carrière des steeple-chases, plus dangereuse peut-être que celle 
des courses plates, mais sûrement plus lucrative. 

« Il était gentil physiquement. A vingt-deux ans, il semblait sur 
la piste de la fortune, quand il a rencontré Tobstacle, ce mur sur 
lequel il s'est tuQ. 

« Imitant ses confrères qui se rangent de bonne heure, il allait 
déjà se marier à une fille d'entraîneur, une fiancée de dix-sept 
ans. Il eût installé son petit ménage à Chantilly, un petit ménage 
simple, mais bien propret et en somme très confortable. 

« Il est naturel que ceux qui jouent leur vie tous les jours ne 
s'en refusent pas les agréments* 



lOÔ LES CODRSES DE CHEVAUX. 

• Il eût possédé sa petite charrette angrlaîse vernie et brillante, 
attelée d'un poney vif comme la poudre et rondelet comme une 
pomme. Dans cet équipage, il eût fait lui-même son marché, 
chargeant sa voiture des meilleurs fruits et des meilleurs légrumes, 
et prenant force exercice, respirant l'air Inatinal des bois; il eût 
eu des enfants couleur confiture, comme en ont les Anglais. 

■ C'est là le bonheur qu'il rêvait en sifflotant à cheval dans les 
allées de la forêt. En attendant, il envoyait consciencieusement 
et avec joie tout l'argent qu'il g'agnait à sa mère en Angleterre. 
« Je vous ai peint la vie heureuse du jockey. En dehors du cas 
du petit Martin elle ne laisse pas que d'être accidentée, mais 
il est curieux de voir avec quelle philosophie courageuse ces 
gens-là supportent les mauvaises chutes. 

t Tenez! en voici un qui culbute sur un hippodrome, le cheval 
roule sur lui, on le croit mort. Vite une civière! La civière, portée 
par quatre hommes au pas de course, est sur le point d'arriver 
à lui, mais il s'est déjà remis debout. De loin, on voit sa 
casaque; il rentre à pied à l'ambulance. On remarque tout de 
même qu'il marche péniblement. Sa pâleur est livide ; le médecin 
de service le couche sur un lit de camp, l'examine et dit : « On 
l'en tirera, mais il en a pour deux mois! > 

« Le soir même, sans tenir compte des recommandations qu'on 
lui a faites, il a voulu rentrer à Chantilly; il sera mieux soigné 
chez lui. Ses camarades l'ont porté en 
wagon avec les précautions habites d'am- 
bulanciers qui ont passé par là et qui 
savent la douleur des secousses. Le len- 
demain, ne vous étonnez pas de rencontrer 
sur la pelouse de ces blessés se prome- 
nant le bras eu écharpe, la tète enveloppée 
de bandes de toile. Dites-leur : 
T~ « Eh bien, un tel, vous êtes déjà de- 
bout? 
~ Oh oui! répondront-ils en anglo-français, c'est seulement 
la tête un peu mal et un clavicule. > 



L*ENTRAINEUR ET LE JOCKEY. 187 

a On Ta dit et c'est vrai. Ils sont en caoutchouc. Ça n'empêche 
pas qu'ils se tuent. 

« Ce pauvre petit Martin est tombé le plus malheureusement 
possible. Il avait le mur à sauter. Voilà que juste le soleil donne 
dessus et produit une ombre qui fait croire au cheval que l'obs- 
tacle est à un mètre plus près. Il culbute naturellement. Martin 
tombe sur la tête, et un spectateur qui était à deux pas lui voit 
faire le simple mouvement convulsif de l'animal qui se casse 
le cou. Une seule contraction des bras et des jambes, il était 
mort! 

c On le rapporte. Les médecins font tout ce qui est humaine- 
ment possible pour le ramener à la vie; mais, comme il est déjà 
mort, c'est assez difficile. Sa respiration s'éteint, et en quelques 
minutes c'est fini. 

« Il faut voir alors la consternation des autres jockeys, leur 
douleur réelle ! Non pas parce qu'ils pensent que ça peut leur 
arriver demain, ils sont bien plus crânes que cela, mais parce 
que le train du retour à Chantilly ramènera un camarade de moins. 
Quand on s'appellera comme font les perdrix, le soir, après la 
chasse, Martin ne répondra plus. La consternation passe du 
Pesage à la gare du Nord. On voit un cocher de fiacre qui san- 
glote : c'est le cocher du petit Martin. Il y a une cinquantaine 
de cochers travaillant aux abords de la gare qui ont chacun 
leur jockey d'adoption. Tel cocher aime Hopkins, cet autre Rolfe, 
cet autre Hartley. Ah! si un bourgeois se présentait pour monter 
dans la voiture au moment de l'arrivée du train des jockeys, 
comme il serait reconduit! J'ajouterai que les jockeys aiment à 
être bien menés; les bourgeois aussi, mais ils sont moins géné- 
reux. Donc, Martin mort, son cocher est revenu à vide et la 
nouvelle s'est répandue ! Pauvre petit Martin ! 

« A son enterrement à Chantilly, qui avait lieu aux frais du 
propriétaire du cheval sur lequel il s'est tué, la foule était grande. 
Il paraît que le propriétaire a très généreusement agi. 

« Tous les entraîneurs, tous les jockeys formaient un cortège 
funèbre et traversaient silencieusement la pelouse derrière le 



l88 LES COURSES DE CHEVAUX. 

cercueil de leur camarade. Ils avaient tous monté à cheval le 
matin, puis, en revenant de la promenade, on s'était pressé de 
s'habiller en noir et de courir au temple. Les patrons de Martin 
étaient là, ainsi que sa mère, et dans un coin, à Técart, sa 
fiancée, qu'il avait quittée bien gaîment l'autre matin, sans se 
douter qu'il allait mourir d'un rayon de soleil. » 

Les jockeys honnêtes forment la majorité. Je ne viens pas 
dire que quelques-uns ne soient pas sujets à caution. Mais 
il y a souvent de la faute de l'écurie à laquelle ils appar- 
tiennent. 

A propos des licences dont on les prive pour les punir d'un 
ensemble de fautes commises, on posait dernièrement la question 
suivante : 

« Pour être correct, quels ordres un propriétaire peut-il 
donner à son jockey? » 

J'avoue qu'elle ne manque pas d'intérêt, cette question, et 
mérite bien qu'on l'examine. 

Il s'agit, on le sait, d'interpréter le paragraphe 3 de l'article 47 
du code des courses, ainsi conçu : 

« Tout propriétaire convaincu d'avoir donné à son jockey 
l'ordre de ne pas gagner peut être déclaré incapable d'engager 
oikde faire courir aucun cheval. » 

On se souvient des ordres que donnait le feu prince d'Orange; 
en voilà un qui observait le règlement. Il disait à son jockey : 
€. Vous prendrez la tête dès le départ et vous la conserverez 
jusqu'à l'arrivée ! » 

Avec cela pas d'équivoque. 11 y avait, en général, impossibilité 
pour le jockey de se conformer à des instructions aussi précises, 
car, hélas ! il avait fait à peine un demi-tour, qu'on le voyait plus 
près de la queue que de la tête. 

11 va sans dire que le règlement n'oblige pas un propriétaire à 
ordonner à son jockey de monter sévèrement son cheval d'un 
bout à l'autre, puisque la plupart du temps cette tactique déno- 
terait plutôt l'intention de perdre que celle de gagner. 

Un propriétaire est donc parfaitement libre de dire à son 



l'entraîneur et le jockey. 189 

jockey de retenir son cheval jusqu'à un point déterminé de la 
course, pour venir prendre la tète au moment décisif. 

La tête, on la prend toujours trop tôt, et le défaut d'un jockey 
est rarement un excès de patience. 

Mais nous allons aborder des questions plus délicates. 

Un propriétaire peut-il dire à son jockey : « Quand vous verrez 
votre cheval battu, vous ne persévérerez plus ? » 

Ceci doit s'admettre en quelque sorte, bien qu'en prenant le 
règlement au pied de la lettre on puisse répondre qu'il y a des 
chevaux froids qui paraissent battus et qui ne le sont pas, et 
qu'en steeple-chase, par exemple, un jockey n'est jamais sûr que 
son cheval sera battu, puisque jusqu'à la fin tous ceux qui sont 
devant lui peuvent tomber. 

Quoi qu'il en soit, il semble parfaitement admis qu'on puisse 
dire à un jockey : « Quand vous sentirez votre cheval battu, ne 
*lui demandez pas un trop grand effort. » 

Je vais aborder maintenant ce que j'appellerai les ordres subtils, 
les ordres à double entente, ceux qui éludent les règlements. 

Tout turfiste un peu expérimenté sait bien qu'il se trouvera 
difficilement à n,otre époque un propriétaire assez naïf pour aller 
dire carrément à un jockey : < Mon ami, je fais courir mon cheval 
avec l'intention bien formelle qu'il ne soit pas le premier; par 
conséquent je compte sur la puissance de vos biceps pour arriver 
à ce résultat. Vous tirerez dessus et, si la bride ne casse pas, 
tout ira bien. » 

Le point délicat de la question est celui-ci : Peut-on donner 
des ordres dans ces formules : 

I* Vous monterez votre cheval sagement, et quand vous senti- 
rez qu'il ne tire plus, vous l'arrêterez; je ne tiens pas à être 
placé à l'arrivée. 

2" Vous vous tiendrez à vingt longueurs derrière les premiers 
chevaux jusqu'à cent mètres du but ; à ce moment vous viendrez 
faire votre effort. 

3" Vous attendrez derrière jusqu'au dernier tournant. A ce 
moment, vous viendrez, mais tout à fait en dehors, pas le long 



IQO LES COURSES DE CHEVAUX. 

de la corde : je ne tiens pas à ce que vous soyez enfermé dans le 
peloton. 

Il y a encore bien d'autres formules. 

Je me souviens d'un fait qui se passait à Deauville, il y a une 
dizaine d'années. 

Un des jockeys les plus célèbres de cette époque montait dans 
un handicap pour un entraîneur très connu. Celui-ci lui avait 
donné les ordres suivants : < Vous vous tiendrez derrière tout le 
temps jusqu'à la fin. » 

Le jockey se tint derrière tout le temps, et cette tactique eut 
pour effet de lui permettre de venir gagner au petit g^alop dans 
les dernières foulées!... 

Quand il descendit de cheval, il fut reçu comme un chien dans 
un jeu de quilles ! 

« Vous n'avez pas monté à mes ordres. 

— Comment cela? 

— Je vous avais dit de rester derrière tout le temps ! 

— Eh bien? 

— Eh bien ! vous êtes venu en tête à la fin ! 

— Ahl je comprends! dit le jockey, qui depuis est devenu 
entraîneur et ne monte plus en courses. Voici votre casaque, vous 
pouvez la reprendre, jamais je ne l'endosserai plus pour vous ! » 

Vraiment, cette question des ordres serait très intéressante à 
préciser, et si l'on arrivait à punir les propriétaires qui donnent 
des ordres équivoques, on supprimerait peut-être bien des 
fraudes. 

Comme les lads, les jockeys se rendent coupables de temps en 
temps d'une bonne gaminerie. Je n'en veux pour preuve que ce 
conte de Noël : 



HISTOIRE d'un TERRE-NEUVE, D'uN DINDON ET d'UN JOCKEY 

Ils se présentaient tous les trois le 24 Décembre à la gare du 
Nord, à l'heure où l'un des trains du soir était sur le point de 



L ENTRAINEUR ET LE JOCKEY. I9I 

prendre la direction de Chantilly. Savoir lequel des trois condui- 
sait les deux autres était assez difficile. On inclinait à penser que 
c'était le terre-neuve. Quel était le chef de l'expédition ? Là-dessus 
point de doute possible. C'était le jockey, vieux routier des 
steeple-chases auquel une réunion d'amis reconnaissants venaient 
de faire cadeau du terre-neuve et du dindon. Le dindon, bien 
noir et bien dodu, tout rengorgé sous son jabot de crépon rose, 
n'avait plus longtemps à vivre ; il était destiné à fournir dès le 
lendemain la pièce de résistance du repas de Christmas. Quant 
au terre-neuve, son rôle était différent : il devait être le gardien de 
la maison, la terreur des mendiants et la joie des enfants. 

Le jockey ramenait donc au logis ces deux victimes déposées 
sur son autel par des parieurs, heureux de consacrer par des 
sacrifices l'argent conquis en de fructueux tuyaux. 

Mais, comme les présents de ce genre n'ont jamais lieu sans 
les libations d'usage, le dieu de la cravache n'était pas absolu- 
ment sain d'esprit, et vu l'heure avancée, le départ du train étant 
imminent, la locomotive sifflant pour l'emporter à toute vapeur, 
les employés n'eurent que le temps de fourrer dans un comparti- 
ment les trois voyageurs pour Chantilly : le jockey, le terre- 
neuve et le dindon. Dans ce compartiment qui était de seconde 
classe, une grosse dame était installée; elle poussa un cri de ter- 
teur. A ce cri de terreur répondit un cri d'indignation ; il était 
poussé par le jockey, qui, s'étant aperçu à travers les brouillards 
du brandy qu'on l'avait mis en deuxième classe, descendait du 
compartiment, laissant filer le train déjà en marche et abandon- 
nant aux hasards du voyage son dindon et son terre-neuve, dont 
la présence n'était pas faite pour que la grosse dame pût jouir 
paisiblement des charmes du trajet. 

Pendant que la grosse dame, le terre-neuve et le dindon 
filaient comme des passagers sur un navire sans boussole, le jockey, 
qui avait tant soit peu laissé la sienne sur le bar de la taverne, 
s'expliquait violemment avec les employés de la Compagnie. 

Un simple contrôleur était traité par lui comme le cheval d'un 
cocher de fiacre qui n'a pas reçu de pourboire. Un employé plus 



192 LES COURSES DE CHEVAUX. 

supérieur, un des sous-chefs de la gare, était bousculé de la 
même façon. 

Si bien que le jockey vit ce soir-là le winning-post, objet de 
ses ambitions journalières, transformé en simple post-police où 
il fit réveillon, pendant qu'à Chantilly on recevait en gare le 
télégramme suivant : 

c Trouverez dans compartiment de 2* classe un dindon, un 
terre-neuve et une grosse dame. Ne dites rien à la grosse dame, 
mais faites descendre le dindon et le terre-neuve et mettez-les en 
consigne. » 

Les employés de Chantilly furent très perplexes au reçu de 
cette dépêche. 

Leur serait-il possible d'ailleurs d'exécuter l'ordre de la Com- 
pagnie > Car il pourrait bien se faire que le terre-neuve eût 
dévoré le dindon. La situation de la grosse dame elle-même 
n'était pas sans inspirer des inquiétudes. Qui sait si, dans l'affo- 
lement de la peur, elle n'aurait pas ouvert la portière pour don- 
ner la liberté à ses hôtes incommodes > Que le lecteur se rassure. 
Tout s'était bien passé, du moins dans cette direction. La grosse 
dame, amie des bêtes, n'avait pas tardé à se convaincre que le 
terre-neuve était un aimable compagnon de route, et elle s'en était 
servie comme d'une chancelière en le laissant coucher à ses pieds 
après l'avoir gratifié d'un morceau de sucre. Quant au dindon, 
dont les pattes étaient ficelées, il s'était contenté de pousser 
quelques gloussements plaintifs, les gloussements d'un dindon 
qui sent sa fin prochaine. 

L'affaire du terre-neuve et du dindon n'a pas eu de suites trop 
fâcheuses pour le délinquant. 

En tout cas, les circonstances atténuantes étaient toutes trou- 
vées : c'était la veille de Christmas ! > 

Il a été bien souvent question de venir en aide aux jockeys 
malheureux. Et il y a deux ans encore on me donnait même une 
idée à ce sujet. 

Une idée qui vient des autres s'accepte d'autant plus volon- 



l'entraîneur et le jockey. 193 

tiers qu'on Ta eue soi-même. C'était mon cas. Il s'agissait de la 
fondation d'une caisse de secours pour les jockeys. 

Je sais bien qu'il y a des difficultés d'exécution; je le sais 
d'autant mieux que j'en ai rencontré toutes les fois que j'ai 
voulu m'en mêler. 

Quand on m'a parlé de prendre l'initiative de la fondation, j'ai 
répondu qu'avant tout je ne me sentais pas disposé à prendre 
des initiatives. En dire un mot, un dernier mot ou un avant- 
dernier mot, je le veux bien encore, mais je ne réponds pas du 
succès. 

Les personnes qui m'ont poussé à revenir sur un projet plu- 
sieurs fois abandonné n'ont pas manqué d'arguments dont j'avais 
déjà la formule. 

« On n'a qu'à faire la statistique des accidents, on verra que 
les jockeys ont tout intérêt à s'associer pour s'assurer mutuelle- 
ment contre la casse. Le nombre des courses augmente tous les 
ans et, avec le nombre des courses, les dangers et les chutes, 
etc., etc.... » 

Je sais bien tout cela. Mais on oublie trop que notre rôle de 
lanceur d'idées est parfois fort ingrat. Ne suffit-il pas souvent 
qu'elles viennent de nous pour que les grandes Sociétés s'obsti- 
nent à ne pas les adopter? 

« Ils nous ennuient, ces messieurs, doivent dire souvent les 
comités, en parlant de nous ; s'ils croient avoir le monopole des 
bonnes idées, ils se trompent : nous en remuons autant qu'eux, 
et si nous les laissons en plan, c'est que nous ne les jugeons pas 
opportunes.... » 

Le conseilleur est donc souvent un importun, un gênant, un 
forceur de danser en rond. Et, quand on n'a pas envie de danser, 
on l'envoie au diable. A moins, cependant, que le cas ne soit 
urgent et que, changeant de toiï à son égard, on ne vienne avec 
politesse, une extrême politesse de passage, solliciter sa bonne 
publicité pour une souscription ouverte dans ses colonnes. 

« Vous ne sauriez croire, monsieur, combien l'œuvre à laquelle 
nous vous demandons de vous associer est intéressante. Il s'agit 

i3 



ig4 LES COURSES DE CHEVAUX. 

d'une grande infortune à soulager immédiatement, et il n'y a que 
vous.... ■ 

Le journaliste est bon enfant, il cède toujours, et il faut coo- 
venir que ses lecteurs lui donnent généreusement la réplique. 

Le système qu'on m'a proposé en dernier Heu avait pour but 
d'éviter le tracas des souscriptions et de dispenser les proprié- 
taires de subvenir aux premières dépenses occasionnées par leK 
accidents. 

Il y aurait — notez que la fondation dont je parle ne concerne- 
rait que les steeple-chases, — une simple retenue à ("aire sur le 
pri.t des montes. Pour une monte ordinaire, on retiendrait 
3 francs; 5 francs pour une monte gag^iante. 

On a calculé que sur deux cents réunionsqui ont lieu à Auteuil. 
Vincennes, Saint-Ouen, Colombes, la IVlarche, Achères, Enghien 
et le Vésinel, on se ferait un revenu de plus de 20 000 francs. 

A ces recettes les Sociétés ajouteraient le produit des amendes, 
et la caisse ne tarderait pas à disposer d'un capital important 
pour créer par la suite des pensions de retraite. On me dit 
d'ailleurs qu'une caisse de ce genre existe déjà en Autriche. 

Si l'idée trouve un jour des adhérents, je ne demande pas 
mieux que de l'aider à faire son chemin, mais je renonce à me 
représenter comme leader devant des obstacles qu'il m'a déjà été 
impossible de franchir. 



CHAPITRE Vil! 

LANGÉ ET L'ENTRAINEMENT DES STEEPLE-CHAS ERS 

Langé passera sans doute à la postérité, et c'est au baron 
Finot qu'il le devra. 

Lange est un centre d'entraînement, isolé dans la campagne. 
et son aspect le distingue des autres établissements de même 
nature. 

De chaque côté du château, de vastes remises étendent leurs 
ailes pour abriter les chevaux. 

Derrière le cbateau se trouve une longue allée d'entraînement 
dont la pente rapide est brusquement coupée à mi-côte par un 
contre-haut, à peu près semblable à celui du parcours des Bre- 
tons à la Marche. Les chevaui sont obligés de le sauter, et 
c'est le premier obstacle qu'ils rencontrent. 

Chacune des nombreuses prairies où se dressent de longs 
peupliers est entourée d'eau de tous côtés : dans l'une d'elles, 
on remarque une haie; dans l'autre, une barrière fixe, un talus 
que les chevaux franchissent naturellement, s'habituant ainsi 
d'avance à leur nouveau métier. 



ig6 LES COURSES DE CHEVAUX. 

On éprouve, en visitant Langé, une sorte de désillusion. Il sem- 
blerait que, pour tant de victoires remportées, on y possède le 
secret d'un entraînement spécial. 

Il n'en est rien. On entraîne à Langé comme à Chantilly, comme 
partout. Les moyens employés sont pareils, il n'y a que l'entraî- 
neur et ses élèves qui diffèrent. Les chevaux font eux-mêmes leur 
premier dressage : ils sautent en liberté les obstacles naturels 
qu'ils rencontrent, et ce n'est qu'au bout de quelques mois qu'on 
les monte pour compléter leur éducation ; les champs de courses 
et les épreuves publiques la terminent. La seule différence peut- 
être qui distingue l'entraînement de Langé, c'est qu'on y a pour 
principe de ne pas envoyer les chevaux sur un hippodrome avant 
qu'ils aient reçu une préparation complète; on évite ainsi des 
chutes également dangereuses pour le physique du cavalier et 
pour le moral du cheval, disposé à prendre en dégoût son nou- 
veau métier. 

Les obstacles de l'entraînement ne sont pas, comme on pour- 
rait le croire, aussi sérieux et aussi difficiles que ceux d'Auteuil 
et de Vincennes. 

Il n'y a qu'à Eyrefîelds Pride qu'on dresse les « Too Good » 
sur un parcours copié sur celui d'Auteuil. 

L'entraînement des chevaux du baron Finot commence sous sa 
direction à Langé; c'est à Maisons-Laffitte qu'il se complète, 
sous la main vigilante de Harper. 

Les écuries de Harper, transportées de toutes pièces d'Angle- 
terre, sont bâties sur un modèle unique en France, et à ce titre 
elles méritent une description. 

Elles sont construites en sapin résiné, recouvert d'une lame de 
zinc, qui les cuirasse de haut en bas. La maison ressemble au 
toit de certains châteaux. Au premier, les chambres des lads 
-et les greniers à fourrages; en face, un vaste réservoir rempli 
d'eau claire, dont l'inondation est une sauvegarde en cas d'in- 
cendie. 

Les chevaux du baron Finot sont entraînés dans lés allées du 
parc de Maisons-Laffîtte et sur les obstacles d'Achères. Mais 



LANGÉ ET l'entraînement DES' 8TEEPLE-CHASERS. I97 

l'entraînement ne supplée pas à tout : les meilleurs artistes ne 
peuvent rien produire avec de mauvais instruments. 

Pour réussir en steeple-chase, pour monter une écurie redou- 
table, un habile entraîneur ne suffit pas. 

Il faut surtout, et ce n'est pas le moins difficile, savoir, lorsqu'on 
ne fait pas d'élevage, acheter de bons chevaux et à bon compte. 
L'habileté de Jennings en plat s'est affirmée au même titre que 
la réputation du baron. Parmi ses meilleurs steeple-chasers, il en 
est quelques-uns dont la réclamation n'a pas coûté beaucoup plus 
cher que l'acquisition de Plaisanterie. 

Si l'on voulait définir dans une formule concise le moyen 
d'avoir de bons chevaux d'obstacles, on pourrait dire sans trop 
de paradoxe : Réclamez des chevaux qui ont peu couru et peu 
g-agné. Prenez un cheval ayant des jambes saines et solides, et 
vous en ferez un steeple-chaser de qualité. 

Il est rare, en effet, de voir réussir sur les obstacles des che- 
vaux qui ont fourni en plat une brillante carrière. Quelle que soit 
la qualité dont ils aient fait preuve et qu'ils possèdent encore, 
ils n'ont plus la force nécessaire pour résister à un nouvel entraî- 
nement. Soukaras en est un exemple. 

Il semblerait au premier abord qu'on doive demander aux 
futurs steeple-chasers plus de fond que de vitesse; mais si l'en- 
traînement donne aux chevaux vîtes le fond qui leur fait défaut, 
il parvient rarement à produire l'effet contraire. 

Baudres et Basque n'ont pas trop brillé à Longchamp ; Baudres, 
il est vrai, n'a couru qu'une seule fois 

Sur le livre d'or de Langé sont écrits les noms de Basque, 
Baryton, Bride Abattue, North Pôle y Baudres^ Verdier, 
Sorgho, La Finance^ Vaugirard, Rataplan, Mentor et Martin- 
Pêcheur. 

Dans les nombreux ruisseaux de Langé coule sans doute une 
eau de Jouvence, qui refait chaque hiver une nouvelle jeunesse 
aux chevaux. Plusieurs d'entre eux, en effet, ont montré dans leur 
carrière une qualité jointe à une endurance exceptionnelle. Bré- 
viande a couru plus de neuf années, et elle s'est mieux encore 



198 LES COURSES DE CHEVAUX. 

comportée comme poulinière. En trois printemps consécutifs elle 
a donné Baudres, Baryton et Roi Fou. 

Astrolabe, née en 1860, remportait à huit ans huit victoires ; 
Tannée suivante, elle enlevait le Grand Prix de Nice ; à dix ans, le 
Grand Prix de Monaco ; à onze ans et à douze ans, le Grand 
Steeple-Chase de Deauville. 

Valentino, et sa mère Théodora, qui s'est fait connaître sur le 
turf avant de paraître sur une autre scène, a rempli une long^ue 
carrière. En huit années il a gagné près de 200000 francs. 

Lusignan, Beaurepaire, La Veine et surtout Basque méritent 
d'être placés à côté de leurs devanciers. Pendant plusieurs années 
nous les avons vus faire triompher à Auteuil les couleurs de 
leur propriétaire, et il fallait voir avec quel enthousiasme le pu- 
blic accueillait toujours la victoire de ses favoris. 

N'en déplaise aux fanatiques du vieux temps, du bon vieux 
temps, les progrès ont été aussi sensibles dans ce sport que dans 
toutes les autres branches. 

Les hommes sont plus heureux et les chevaux sont meilleurs. 

Quand Harper allait monter Valentino à Vincennes, il partait à 
cheval le matin avec son sac sur le dos : cravache, casaque, jam- 
bières du cheval, plombs de la selle, il fallait tout porter; à la 
fois entraîneur et jockey, il lui fallait encore, une fois rentré, 
soigner les chevaux, les nettoyer et faire la besogne des lads, 
inconnus à cette époque. 

Les temps sont bien changés. 

On parle beaucoup des anciens chevaux, des steeple-chasers 
d'autrefois. Les obstacles sont plus difficiles et on trouve plus de 
chevaux pour les sauter. 

Harper n'a jamais entraîné, et Hatchet n'a jamais monté un 
meilleur cheval que Basque. C'est la conclusion et la moralité de 
cette étude, où j'aurais voulu faire une plus large place à la 
personnalité si sympathique du baron Finot. 

Grâce à son activité et à son dévouement pour le sport, le 
steeple-chasing a fait en France, dans ces dernières années, des 
progrès sensibles. 



LA.NGE ET L ENTRAINEMENT DES 8TËEPLE-CHA8ER9. igg 

Sa qualité domiDante est d"Ètre le maître chez lui, de savoir se 
faire obéir de son personnel, qu'il domine non seulement par sa 
volonté, mais encore par sa supériorité d'homme de courses. Ce 
qui lui vaut surtout le succès, c'est qu'il tient seul la queue de la 
poêle, et l'on connaît le proverbe ; 

c Quand les cuisiniers sont nombreux, le bouillon est raté. ■ 




CHAPITRE IX 



LES STEEPLE-CHASES 



Les steeple-chases n'ont pas toujours eu en France la place 
qu'ils occupent aujourd'hui. Longtemps ils ont été le complément 
des programmes de province. Indépendamment des réunions 
spéciales qui se donnaient à la Marche, nous avions, il y a vingt- 
cinq ans, quelques beaux prix, comme le grand steeple-chase de 
loooo francs à Marseille, le grand steeple-chase de loooo francs 
au Pin, le grand steeple-chase de loooo francs à Nantes, le 
grand steeple-chase de 7000 francs à Dieppe, le grand steeple- 
chase de 6000 francs à Valenciennes. A* la Marche se courait un 
Military de 5ooo francs, puis il y avait les steeple-chases de 
Saumur, Abbeville, Craon, Bruxelles et Baden-Baden. 

C'est en i863 que se fonda la première Société des Steeple- 
Chases de France, qui donna sa journée d'inauguration à Vin- 
cennes. On se souvient du retentissement de cette fête hippique, 
le cortège des brillants équipages au milieu d'un quartier popu- 
leux qui n'avait guère l'habitude de voir passer autant de mon- 
dains et de demi-mondaines. Les courses ne commencèrent qu'à 
quatre heures. Le grand Steeple-Chase fut superbe ; la jument 



202 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Avalanche battit le fameux Colonel, à M. de la Motte. Les fonc- 
tions dé jug^e à Tarrivée étaient remplies par le comte Stanislas 
de la Rochefoucauld, celles de juge au pesage par le comte 
René de Montécot, celles de starter par le prince Murât. 

Je relève sur le premier calendrier, publié les noms des 
membres composant le comité de la première Société. C'étaient 
S. A. le prince Joachim Murât, président, le comte Gustave 
de Juigné, vice-président, et membres fondateurs : MM. le comte 
de Brion, le comte Amédée des Cars, le baron E. de Caters, 
Henri Cartier, le baron Jules Finot, le marquis de Galliffet, le 
comte Gustave de Juigné, Arthur de Lignières, le prince Marc 
de Beauvau, le vicomte Robert du Manoir, le vicomte de Namur, 
le général de Howe, Paul Rattier, Léonce de Saint- Germain, le 
vicomte Artus Talon. Les commissaires des courses, MM. le 
comte Amédée des Cars, Arthur de Lignières et Henri Cartier. 
L'institution des Steeple-Chases prospéra sans doute, mais son 
véritable essor ne date que de 1873, époque à laquelle la nouvelle 
Société fut formée pour l'exploitation du champ de courses d'Au- 
teuil. Le nouveau Comité, présidé par le prince de Sagan, le pré- 
sident actuel, fut composé de MM. le vicomte O. Aguado, le vi- 
comte Beugnot, le colonel de Biré, Boscard de Romaine, Aston 
Blount, Cunin-Gridaine, F^aul Firino, Edouard Fould, comte 
Charles de Grollier, Robert Hennessy, de la Haye-Jousselin, 
comte L. Le Hon, Alfred Magne, A. de Montgomery, Arthur 
O'Connor, le baron A. de Rothschild, le comte de Saint-Sauveur, 
le vicomte de Trédern, le comte Louis de Turenne. Commissaires : 
MM. de la Haye-Jousselin, A. de Montgomery, le comte Louis 
de Turenne. 

L'inauguration de Thippodrome d'Auteuil fît pressentir son 
succès. On pouvait regretter Vincennes comme beau terrain 
d'obstacles, mais il y avait une question de trajet qui ne suppor- 
tait pas la comparaison. Entre les Champs-Elysées et le Bois ou 
les faubourgs populeux, le public élégant qui suit les courses ne 
tarda guère à manifester ses préférences. 

La Société des Steeple-Chases avait donné ses dernières réu- 




1 



LES STEEPLE-CHA8E8. 305 

nions à Vincennes, le 6juin 1870, quelque temps avant la décla- 
ration de guerre qui devait interrompre les courses en France 
pendant plus d'un an. Quand il fut possible de songer à la réor- 
ganisation des steeple-chases, l'hippodrome de Vincennes, mis 
à la disposition de la Société par la Ville de Paris, était redevenu 
champ de manœuvres. 
Faute d'un terrain qui pût lui convenir, la Société était restée 



Auteuil. — Le pesage. 
(D'après une photographie de M. Dellon.) 

dans l'inaction, privant à regret de son puissant patronage 
l'institution des steeple-chases, qui, réduite à la province et aux 
meetings des environs de Paris, tels que la Marche, Porche- 
fontaine, le Vésinet, menaçait de reperdre la situation conquise. 
Le nombre des chevaux n'avait pas d'abord sensiblement 
diminue, mais la qualité des sujets destinés à la spécialité avait 
baissé de plusieurs crans. Les propriéuires, calculant avec raison 



206 LES COURSES DE CHEVAUX. 

que le budget qui leur était offert avait sensiblement diminué, 
trouvaient imprudent de mettre leurs chevaux au jeu pour se le 
partager. On chercha dans la classe des sellings-platers pour en 
faire des sauteurs et répondre à des programmes où les prix 
n'excédaient pas 3ooo francs. 

Le Cercle de la rue Royale vit le dépérissement du Steeple- 
Chasing, et le prince de Sagan, président du Club, prit l'affaire 
en mains, secondé par les membres du Comité dont j'ai cité les 
noms. Il demanda au Conseil municipal un terrain situé dans le 
bois de Boulogne. M. Ranc fut nommé rapporteur et mit une 
extrême bonne grâce à seconder les projets de la nouvelle 
Société. L'emplacement de l'hippodrome fut tracé entre les 
portes de Passy et d'Auteuil. Il côtoyait le lac supérieur, touchait la 
butte Mortemart et descendait le long de la Pépinière, jusqu'à la 
route de Boulogne. La clôture naturelle était formée, du côté 
de Paris, par les fortifications. Les tribunes avaient été élevées 
sur la butte Mortemart, sous la direction de M. Destailleux. 
Cet architecte en apporta le plan, et l'on en a toujours apprécié 
la bonne distribution. La disposition des obstacles fut confiée à 
MM. de Turenne, Blount et de la Haye-Jousselin. On en créa 
quatorze : deux rivières, un mur en terre, un mur en maçonnerie, 
une banquette irlandaise, un bull-finch et des haies. 

La première journée, donnée le i" novembre 1873, fut abomina- 
blement contrariée par le mauvais temps : la pluie tomba sans 
interruption du commencement à la fin; mais le second jour, 
9 novembre, le soleil se montra et éclaira de ses rayons les plus 
lumineux la création brillante dont le sport était redevable à la 
collaboration de quelques éminents sportsmen. 

On a appelé la Société d'Auteuil la sœur cadette de la Société 



GROUPE d'officiers MONTANT EN COURSES. 

I. M. Caillaux. — 2. M. Féline. — 3. M. de Porcaro. — 4. M. de Vésian. 
— 5. M. Chabaud. — 6. M. de Contades. — 7. M. Martinie. — 
8. M. Blaque-Belair. — 9. M. Dilschneider. — 10. M. de la Serve. 




Groupe d'officiers montant en courses. 



Groupe d'officiers 



^. J) b S) 



1 



LES STEEPLE-CHASES. 2DQ 

d'Encouragement. Elle a joliment grandi et joliment pros- 
péré depuis sa naissance, la sœur cadette. Son budget atteint 
aujourd'hui 1 102 900 francs, répartis entre quarante-deux jour- 
nées, dont dix-huit au printemps, huit en été et seize en 
automne. 

L'initiative prise en 1889, par le Comité des Steeple-Chases, de 
porter le Grand Steeple-Chase de Paris à 120000 francs et la 
grande course de haies à Soooo francs, a été l'événement hippique 
de l'année 1889. 

Il eût été facile à une société riche et puissante comme la 
Société des Steeple-Chases de rester stationnaire et d'augmenter 
ses réserves. Elle a compris que sa mission était tout autre et 
qu'il fallait, en dépit de la prospérité apparente du turf, déve- 
lopper les encouragements et favoriser l'écoulement des chevaux 
à des prix de plus en plus rémunérateurs. 

On a vu de quelle façon s'était terminée la campagne d'ob- 
stacles de 1888. Plus d'un homme de guerre lui avait attribué 
une très grande part dans la perfection qu'ont montrée récem- 
ment nos officiers. 

L'équitation militaire ne ressemble plus à ce qu'elle était il y a 
vingt ans et, dernièrement encore, un général très écouté dans 
les conseils de cavalerie me disait : 

« C'est curieux de voir nos officiers sur les obstacles. Ils 
peuvent rivaliser avec les premiers cavaliers du monde, Autri- 
chiens ou Anglais. » 

Un autre général écrivait au prince de Sagan : 

« La Société des Steeple-Chases a rendu tant de services à la 
cavalerie, que je ne saurais trop vous dire les progrès que je con- 
state. Vous avez vu à Auteuil la crème de nos cavaliers; mais je 
vous assure que moi, qui les vois dans de petites réunions où ils 
sont peu nombreux, je suis émerveillé! » 

Il est certain que les Contades, les Vésian, les La Boutetière ne 
sont plus une exception : ils forment une légion sur laquelle nous 
pourrions compter, le cas échéant, et j'avoue que ce n'est pas 
sans un véritable orgueil où se mêle une pointe d'émotion patrio- 

14 



210 LES COURSES DE CHEVAUX. 

tique, que j'entends la foule les acclamer .toutes les fois qu'ils 
paraissent devant elle. 

Parlons du nouveau Comité d'Auteuil. 

A tout Sagan tout honneur! Le prince régnant de la Société 
des Steeple-Chases est le conservateur de la grande existence. 
Il marche droit devant lui sans s'inquiéter du ministère qui passe, 
sans souci des crises politiques et financières. Il fait du luxe par 
patriotisme, pour que les étrangers trouvent toujours la France 
en belle humeur. 

Le prince a son quartier général au petit Club. Il occupe, dans 
le Cercle même, un splendide appartement, dont les fenêtres 
donnent sur la place de la Concorde. Il a vue sur le Palais 
Législatif. 

Il semble que du Palais Bourbon le prince de Sagan a reçu du 
gouvernement, fort malin en cette circonstance, la mission se- 
crète de former une espèce de cour, très utile à un pays qui ne 
saurait vivre sans conserver ses traditions de bonne humeur et 
d'élégance. La politique le laisse froid, mais le sport le pas- 
sionne. C'est lui qui a créé Auteuil, c'est lui qui a ressuscité la 
Croix de Berny, c'est lui qui a inventé les fêtes de Marly. Il fera 
ce qu'il voudra, où il le voudra, comme il le voudra; le monde, 
le vrai monde, ne demande qu'à suivre son panache. 

C'est lui qui a fait Auteuil, soigné, peigné, entretenu comme 
un parc anglais. L'entretien seul de la piste ne coûte pas moins 



GROUPE DES MEMBRES DU COMITE DE LA SOCIETE DES STEEPLE-CHASES. 

I. Prince de Sagan. — 2. Comte de Montgomery. — 3. Baron J. Finot. 
— 4. Arthur O' Connor. — 5. J.-L. de Francisco Martin. — 6. Duc 
de la Trémoille. — 7. E. de La Haye-Jousselin. — 8. Général de 
Biré. — 9. Marquis H. de Breteuil. — 10. Vicomte Beugnot. — 
II. Fernand O' Connor. — 12. Vicomte de Trédern. — i3. Vicomte 
O. Aguado. — 14. A. du Bos. — i5. Baron de Neuflize. — 16. Ro- 
bert Hennessy. — 17. Georges Brinquant. — 18. Prince J. Murât. — 
19. Marquis du Hallay-GoCtquen. — 20. H. Ridgway. 



#^ 









Groupe des membres du Comitii de la Soeiétii des Stceple-Chaacs. 
(D'nprès des photographies de M. Eup;. Pirou.) 




1 



LES STEEPLE-CHÂSE8. 21 J 

de 40000 francs par an. En semaine, cet hippodrome modèle sert 
de pacage aux vaches de la Laiterie normande, qui alimente tous 
les amateurs de lait pur. 

La présence de ces vaches donne, en semaine, à ce coin du Bois 
un petit côté vallée d'Auge qui eût certainement tenté le pinceau 
de Van Marcke. 

Dans la semaine du Grand Prix, c'est Auteuil qui ouvre le bal, 
huit jours après le prix du Jockey-Club. 

Une des particularités de Tenceinte du pesage à Auteuil, c'est 
son élégance aristocratique. Les tribunes et leurs dépendances 
sont plus soignées que partout ailleurs. Le salon des Dames et 
celui du Comité sont meublés avec beaucoup d'art et de goût. 

La livrée des valets du cercle a aussi très bon air. 

Dans le salon du Comité, un lunch servi sur une grande table, 
surchargée de corbeilles de fleurs, permet de recevoir dignement 
les étrangers de distinction, très nombreux surtout le jour du 
Grand Steeple-Chase de Paris. 

Elle est magnifique cette réunion de juin, avec ses deux jour- 
nées, consacrées, l'une au Grand Steeple-Chase, qui dépasse 
comme importance le Grand National de Liverpool, l'autre à la 
Grande Course des Haies, qui est aussi une attraction hors 
ligne. 

Il est certain que la Société des Steeple-Chases, en fondant son 
meeting international d'été, s'est inspirée de l'idée du Grand 
Prix de Paris. Mais il est juste aussi de reconnaître qu'elle 
obtient un effet d'un tout autre genre et que son succès est 
incontestable. 

Au point de vue purement sentimental et passionnant, le Grand 
Prix de Paris reste l'œuvre mère de l'élevage français ; mais au 
point de vue du spectacle, les grandes courses d'obstacles pro- 
duisent un effet indiscutable sur le public. 

De même que Longchamp, Auteuil dispose d'un trio de com- 
missaires qu'on peut déclarer parfait, sous le rapport de la com- 
pétence, de l'honorabilité et du chic. MM. de la Haye-Jousselin, 
de Montgomery et Beugnot sont trois hommes de sport de pur 



314 ^^^ COURSES DE CHEVAUX. 

sang', et une société de courses est heureuse de les avoir à sa 
tête. 

M. de la Haye-Jousselin est doué du génie de l'organisation 
et aime à traiter dignement les invites ; aimable avec tout le 
monde en général, d'une galanterie sans égale, il est pénétré de 
cette vérité, qu'on ne rénssit qu'à la condition d'avoir les femmes 
pour soi. 

M. de Montgomery, flegmatique en apparence, passionné pour 
Hon art, est fin connaisseur du cheval depuis sa naissance. Un 
moment il a possédé des chevaux de grande classe. 

Il a eu la Touques et Fervacques. Quel dommage qu'on ne voie 
plus sa casaque écossaise ! 

M. le vicomte Beugnot est un chercheur, un fouilleur, homme 
de science hippique par excellence. 



1h 



"1 



-À 




CHAPITRE X 

PROFILS DE SPORTSMEN 



LE COMTE D'HÉDOUVILLE 



En ces derniËres années Chantilly le saluait chaque jour comme 
un cavalier de légende. 

Sur sa grande jument blanche efflanquée, il rendait la sil- 
houette exacte de l'homme de Cervantes. On reconnaissait en 
lui le chevalier maigre de figure, long de taille, d'un tempéra- 
ment robuste, quoique d'une complexion sèche et décharnée, 
donnant peu, se couvrant mal et chassant à mort. 

Il est mort à Chantilly le 28 février 1890, dans sa quatre-vingt- 
unième année. Ancien pair de France, chevalier de là Légion 
d'honneur, chevalier de l'ordre du Lys, ancien officier aux hus- 
sards de Chartres, le comte d'Hédouville était un des plus spiri- 
tuels causeurs que j'aie connus. Il aimait à parler de sa jeunesse. 

€ Ah! les belles fêtes d'autrefois! me disait-ii; je me souviens 
qu'à un bal masqué donné par le duc d'Orléans j'eus un succès 



2l8 LES COURSES DE CHEVAUX. 

fou, déguisé en Don Quichotte! » Le docteur Véron, directeur de 
rOpéra, lui avait prêté le costume, extrait des magasins du théâtre. 

Ce fut un crâne gentilhomme que le comte d'Hédouville. 
Sorti de Saint-Cyr en 1829, il faisait partie de cette génération 
solide et bien trempée qui produisit MM. de Mac-Mahon, Lad- 
mirault, Canrobert, Vaublanc, Daru, Martimprey et tant d'autres 
jeunes gens de race, à la carrière noblement remplie. 

En quittant l'École, il rejoignit son régiment à Neuf-Brisach, 
et la révolution de i83o le surprit à Joigny, au i" hussards de 
Chartres, ainsi désigné parce qu'il était commandé par le duc 
d'Orléans. De ce régiment faisaient partie Henri de Noailles, le 
duc de Mouchy, père du duc actuel, Paul de Ségur, qui épousa 
la sœur "de M. de Greffulhe, Jules de l'Aigle et Roger Massa, 
dont le fils possède maintenant une écurie de courses, en société 
avec le baron de Varenne. 

Louis-Philippe, qui était lieutenant général du royaume, pensa 
immédiatement à faire venir le régiment de Chartres, sur lequel 
il était bien naturel qu'il comptât, puisqu'il était commandé par 
son fils. Il l'appela au quai d'Orsay. 

Quand il reçut l'ordre de partir, le duc d'Orléans s'adressa à 
ses hommes. 

« Je ne veux forcer personne, leur dit-il; ceux qui monteront à 
cheval demain matin seront les bienvenus. » 

D'Hédouville se trouva dans un grand embarras. M. de Sur- 
main, qui l'avait fait entrer au régiment, déclarait qu'il ne par- 
tirait pas. Réflexion faite, son affection pour son chef l'emporta, 
et il lui arriva cette singulière aventure d'entrer à Paris par une 
porte au. moment où son oncle de Courbon, major général des 
gardes du corps, sortait par une autre, accompagnant le roi à 
Rambouillet. 

Voilà le comte d'Hédou ville à Paris, dans une situation excep- 
tionnelle : vingt ans, officier dans le plus beau régiment de 
l'armée, doué d'une santé étonnante, pourvu d'assez d'argent 
pour mener largement la vie de garçon, et pair de France par- 
dessus le marché.... 



PROFILS DE SPORTSMEN. 219 

Le comte était nécessairement parmi ceux qui accompagnaient 
les princes dans leurs chasses, à Compiègne, à Chantilly et à 
Fontainebleau. En terme de vénerie, il avait le bouton. 

Quel cavalier! quel sportsman que ce d'Hédouville. Il eût 
volontiers vécu à cheval. Malheureusement, le roi ne partageait 
pas le goût de sa famille pour le sport. Et le sport n'étant pas le 
plaisir du roi, devenait en quelque sorte un genre prohibé. On 
le cultivait en cachette. 

Pour tout potage, on avait des steeple-chases dans le parc du 
Raincy. Le duc d'Orléans avait choisi cet endroit parce qu'il était 
clos et que le public n'y avait pas accès. On avait tracé là un 
parcours assez difficile. Un grand prix fut gagné par T07, 
monté par M. Lecouteux. Le comte d'Hédouville arriva second 
sur un cheval nommé Alexander. Un accident grave signala cette 
journée. M. Walewski montait une jument, Terragone, apparte- 
nant à M. de Morny. La jument, très chaude et tenant la tête 
en l'air, culbuta à la douve sèche, qui était très large. M. Wa- 
lewski resta sans connaissance pendant cinq ou six heures et 
fut ramené chez lui assez grièvement blessé. L'accident fit un 
bruit du diable à Paris. Walewski s'en tira, mais ce fut la mort 
du Raincy. 

La Croix de Bemy vint plus tard, et voici comment : A deux 
pas de là, à Verrières, M. Charles Laffitte avait monté un petit 
équipage pour chasser le daim dans la vallée de la Bièvre. On se 
réunissait dans un ravissant cottage. Le père de Johnson, l'au- 
bergiste de Chantilly, dont l'embonpoint eût exigé qu'il montât 
sur deux chevaux, était piqueur. MM. Demidoff, Vaublanc, 
de Normandie, Pembroke, Edgard Ney, Lecouteux étaient très 
assidus à ces rendez-vous, où venaient régulièrement les princes. 
Rien de plus à la mode que ces laisser-courre. La Croix de 
Berny leur doit sa fondation. C'est encore le comte d'Hédouville 
qui, avec Charles Laffitte, aida le plus sérieusement à la fon- 
dation des champs de courses de Chantilly et de Paris. 

Le comte d'Hédouville a beaucoup fait courir, uniquement par 
amour du cheval de sang, jamais par amour-propre. 



^ 



220 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Au début, quand il monta son écurie, le duc d'Orléans lui avait 
fait cadeau de deux poulinières : Rhinoplastie, mère de Javelot, 
et Touadilla, Il fit d'abord entraîner à la Rochette, près de Fon- 
tainebleau ; le baron de la Rochette eut quelques chevaux avec 
lui. Le comte entraînait ses chevaux lui-même,^ c'était son plaisir. 

L'aide d'un head lad intelligent lui suffisait. C'est ainsi qu'il 
a joué un rôle sur le turf jusqu'à la guerre. Bellegarde et Cam- 
bronne ont été les derniers à porter la fortune de sa casaque 
blanche. 

Quand il ne se sentit plus le nerf d'entraîner, il renonça aux 
chevaux de courses. 

Il habitait à Chantilly une maison qu'il avait fait construire en 
1848, après la dissolution de la Chambre des Pairs, partageant 
sa vie entre la chasse et l'agriculture et, jusqu'à la fin de sa 
vie, il chassait à courre régulièrement trois fois par semaine, 
quelque temps qu'il fit. 

Il assista à trois cents hallali. Fidèle aux princes, il vécut pres- 
que dans leur intimité, et la forêt de Chantilly n'a pas un buisson 
qu'il n'ait fouillé derrière les chiens de la vénerie. 

Bon entre mille, aimable entre tous, il ne s'impatientait que 
d'une question, c'est quand on lui demandait : 

« Montez-vous encore à cheval? 

— Je crois bien-, répondait-il : tous mes amis qui ont cessé 
d'y monter sont morts. » 

II 

AUGUSTE LUPIN 

Quand il s'agit de courses, on le cite comme un des purs de 
France et, du haut en bas de l'enceinte du pesage, on salue son 
honorabilité. 

En effaçant de sa carrière une courte période de déveine, on 
trouve presque toujours les couleurs d'Auguste Lupin aux pre- 
miers rangs. 



"A 



PROFILS DE SPORTSMEN. 223 

Il a gragTié deux fois la coupe de Goodwood avec Jouvence et 
Dollar en Angleterre. 11 a gagné six fois le Derby. Les paris 
Font-ils particulièrement favorisé? Il convient d'en douter. Il y a 
une quinzaine d'années, on ne pariait pour ainsi dire que sur le 
prix du Jockey-Club. Dès le lendemain des engagements, les 
livres s'ouvraient et on pariait assez cher. Vers la fin de 1847, se 
croyant une grande chance^ il avait pris son écurie pour de 
fortes sommes. Mais, en 1848, voilà la Révolution qui éclate : 
impossible de continuer les livres : on annule tout. D'abord 
était-il certain qu'on courrait le Derby? Il ne fallait pas songer à 
Chantilly..., la propriété des d'Orléans. Il ne fallait pas songer 
davantage au Champ de Mars, envahi par les ateliers nationaux. , 
Il fallait peut-être ne songer à rien. 

La veille de la course, on n'était pas ^yit : c'est assez tard 
dans la soirée qu'une délégation du Jockey-Club alla trouver 
Ledru-Rollin pour le consulter sur cette grave affaire. 

Le chef de la gauche républicaine fit répondre par son secré- 
taire qu'il tenait à ce que le Derby eût lieu le lendemain; et le 
Derby eut lieu en effet à Versailles. Qu'on y voie le présage 
qu'on voudra, ce Derby de 1848, protégé par Ledru-Rollin, fut 
gagné par M. Lupin avec son poulain nommé Gambetti. Tous 
les paris ayant été annulés, son bénéfice ne fut pas bien consi- 
dérable. 

En i85o, il gagna le prix du Jockey-Club avec Saint-Germain, 
en 1 85 1 avec Amalfi ; mais il profita peu de ces deux victoires : 
les paris n'avaient pas été repris. 

Quand ce fut le tour de Potocki d'enlever le Derby, c'est sur 
Florin qu'était tout l'argent : Florin tomba dans la course. 
M. Lupin tira meilleur profit du succès de Glaneur et de Sal- 
vator ; mais ce ne furent pas encore là ce qu'ofi app'elle des gains 
importants. 

Auguste Lupin est convaincu cependant que le propriétaire a 
un avantage sur le commun des parieurs : il connaît bien la 
mesure de ses chevaux et, avec un peu de sagesse, devrait opérer 
moins à tâtons.... 



224 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Mais voilà : on se passionne, on croit aux essais, qui sont la 
chose la plus trompeuse du monde, et le fatal samedi du Betting* 
apparaît avec une note salée ! 

Au Jockey, on a quelquefois reproché à M. Lupin de se mon- 
trer peu communicatif sur les chances de ses chevaux. C'est assu- 
rément moins le désir de cacher ses secrets qui le guide que la 
crainte d'égarer ses amis. 

Un jour que l'un d'eux l'avait plus particulièrement taquiné à 
ce propos, il lui répondit avec la franchise qu'on lui connaît : 

« Écoutez, mon cher, puisque vous prétendez que je ne veux 
jamais rien vous dire, je vais vous confier une bonne affaire : je 
vous garantis que tel de mes chevaux sera battu demain ! » 

Et pendant la course, M. Lupin, voyant son cheval lâcher 
pied vers le milieu du parcours, disait à son ami, sur la tribune : 

« Hein!... vous ai-je trompé? est-il assez mauvais, mon che- 
val!... est-il assez battu?... » 

Mais, pendant qu'il parlait, le jockey, un jockey détestable 
(tout autre eût renoncé à la lutte), se mit à se démener de telle 
façon sur sa monture, qu'il la réveilla et, à force de coups, parvint 
à la faire gagner de deux longueurs ! 

Soyez donc prophète sur le turf! 



MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT. 

I. Duc de Fezensac. — 2. Baron Joseph d'Hélie. — 3. Comte Costa 
de Beauregard. — 4. Duc de Castries. — 5. Comte de Lastours. 

— 6. Marquis de Lauriston. — 7. Comte Roederer. — 8. Baron de 
Schickler. — 9. Baron Gustave de Rothschild. — 10. Prince Joachim 
Murât. — II. Comte d'Hédouviiie. — 12. Baron de la Rochette. — 
i3. Duc de Fitz-Jamcs. — 14. Auguste Lupin. — i5. A. de Lignières. 

— 16. Comte L. cfe Turenne d'Aynac. — 17. De Carayon La Tour. 
18. Henri Delamarre. — 19. Comte de Noailles. — 20. Comte 
Hocquart de Turtot. — 21. Comte Antoine de Gontaut. — 22. Duc 
de la Force. — 28. Comte des Cars. — 24. Comte de Berteux. — 
25. Mackenzie-Grieves. — 26. Comte Florian de Kergorlay. — 
27. Prince Auguste d'Arenberg. — 28. Paul de Salverte. — 29. Comte 
G. de Juigné. — 3o. De Vanteaux. 




A''^-\ 



Membres de la Sociùté d'Encouragement. 



COMITÉ DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT 



PROFILS DE SPORTSMEN. 225 

Je ne sais pas au juste si Auguste Lupin s'est enrichi depuis 
cinquante ans qu'il fait courir; je ne crois pas non plus qu'il ait 
diminué sa fortune. 

En tout cas, s'il avait laissé quelques mille louis aux mains 
des bookmakers, il trouverait une compensation bien douce à 
l'argent disparu : c'est ce qu'on dit de son écurie. 

Je n'ai jamais entendu toucher à l'immoralité des courses sans 
surprendre cette réponse : « En tout cas,. il y a des écuries 
irréprochables : celle de Lupin! » 

L'histoire de l'écurie Lupin peut se diviser en deux époques : 
l'époque d'avant la guerre, qui fut infructueuse ; l'époque d'après 
la guerre, qui marque une période de prospérité constante. Il en 
résulte qu'après avoir fait courir pendant près d'un demi-siècle, 
puisqu'il a commencé à faire paraître des pur sang sur le turf en 
1839, M. Lupin se trouve à peu près n'avoir ni perdu ni gagné. 
Entendons -nous. Il faudrait, pour obtenir ce résultat, que 
M. Lupin vendît son écurie et réalisât ainsi un capital assez 
important, étant donné l'engouement justifié qui s'attache 
actuellement à ses chevaux, qu'il vend ce qu'il veut et comme 
il veut. 

Il y a des propriétaires qui ont une façon spéciale de tenir 
leurs comptes. Ils font à la fin de l'année un inventaire estimatif 
de leur écurie, en attribuant à chacun dés chevaux à l'entraî- 
nement, étalons ou poulinières, une valeur approximative. Le 
résultat de cet inventaire est comparé à celui de l'année pré- 
cédente, et la plus-value ou la moins-value vient. en augmenta- 
tion ou en diminution du capital. M. Lupin, qui a toujours 
tenu exactement ses comptes depuis qu'il fait courir, procède 
d'une façon toute simple : il calcule ce qu'il a. touché dans l'année 
et ce qu'il a dépansé, et d'après la balance il établit son bénéfice 
ou sa perte. 

Avant la guerre, M. Lupin, -tout. en gagnant des Grands Prix, 
était en sérieux déficit .et constatait avec. surprise que ses con- 
currents, qui, eux, ne gagnaient. pas de Grands Prix,, ne, se plai- 
gnaient pas pour cela. Que fautai 1 conclure de là, si ce n'est que 

i5 



220 LES COURSES DE CHEVAUX. 

ceux <^ui ne criaient pas n'en étaient pas moins écorchés, et que 
Télevag-e du pur sang, pour arriver à ce qu'il est aujourd'hui, a 
dû engloutir des sommes considérables, extraites des poches de 
tous ceux qui ont voulu contribuer à l'amélioration de la race 
chevaline > 

Il y a cependant des écuries qui, comme celles de M. Lupin, 
habilement administrées, n'ont pas tourné à l'opération désas- 
treuse. On pourrait, par exemple, citer l'écurie de M. H. Dela- 
marre, qui à un moment, avant la guerre, avait donné des béné- 
fices considérables. Les vieux sportsmen se rappellent qu'à 
l'époque où M. Laffitte monta une écurie importante sous le nom 
du major Fridolin, il avait une part dans la Société Delamarre. Il 
lui parut convenable de liquider : il eût été anormal de conserver 
un intérêt dans une écurie quand on en créait une autre pour lui 
faire concurrence. 

On pria donc des amis communs d'évaluer la part de M. Laf- 
fitte, et il me semble bien me souvenir qu'on lui rendit un peu 
plus du double de son capital. 

M. Lupin n'a pas de préjugés en fait d'élevage. Il estime qu'on 
peut élever partout. Il y a, selon lui, énormément d'endroits 
favorables, quelques mauvais. Ce n'est pas un fanatique de la 
Normandie ; il le prouve en ayant son haras aux environs de 
Paris. Il ne conteôte^pas que la Normandie ait du bon : énormé- 
ment de bon pour M".- Aumont, un peu moins de bon pour M. de 
Rothschild. 

Faut-il s'attacher \ des croisements spéciaux? On reçoit, 
d'après lui, bien des démentis à ce compte. Faut-il donner de 
vieilles juments à de vieux étalons? Comme on ne le fait pas 
généralement, il est difficile de conclure à la réussite de ce 
système. 

M. Lupin ne paraît pas enthousiaste des jeunes étalons. Il 
aime mieux, de beaucoup, les étalons mûrs, de vingt ans, si l'on 
veut, pourvu qu'ils soient bien conservés ! 

Et pour bien conserver l'étalon? * - 

Il est simplement d'avis de le ramènera son état primitif, c'est- 



PROFILS DE SPORTSMEN. 227 

à-diré lâché, en liberté, dans une cour ou dans un paddock assez 
vaste. Il croit que le faire monter n'est ni bien ni mal : il ne le fait 
pas, et cependant il dit : « Je constate que, chez moi, on ne les 
promène pas autant qu'on devrait. » 

Voilà en deux traits M. Lupin éleveur. M. Lupin propriétaire 
n'est guère moins précis dans ses aperçus. 

Ses écuries de la Croix Saint-Ouen sont vastes et bien aérées, 
dans une situation d'un accès facile, à l'entrée du village. La 
cour est spacieuse. Il y a trente boxes, dont une partie à couloir 
comme chez M. Delamarre, chez M. Aumont, chez M. Schickler. 
Une partie des boxes est fermée. Les deux systèmes sont bons, 
dit M. Lupin. Les boxes à couloir facilitent évidemment la sur- 
veillance de l'entraîneur. Les boxes fermés sont utiles pour 
isoler les chevaux qui en ont besoin. 

Il a acheté son établissement de la Croix à la mort de M. Mos- 
selman, qui l'avait loué autrefois au duc de Morny. M. Lupin 
avait succédé au duc comme locataire. Ces écuries sont mainte- 
nant en assez bon état et seront tout à fait remises à neuf après 
qu'on aura réparé un dernier bâtiment. 

Mais que de travaux de rafistolage il a fallu faire ! M. Mossel- 
man ne louait pas cher, mais il refusait impitoyablement les 
réparations. M. Lupin dit qu'il a eu de très bons chevaux, mais 
souvent de mauvais entraîneurs. Nous ne parlons pas, bien 
entendu, de celui qui le sert actuellement. 

« Ah! voyez-vous, dit le doyen des éleveurs, je ne connais 
plus mes chevaux, et ce qui fait que je les connais si mal, c'est 
qu'il m'est difficile d'aller souvent les voir. » 

M. Lupin croit qu'un propriétaire doit voir souvent ses che- 
vaux. Sans cela, il n'y a pas d'essais possibles; on se trompe 
tout le temps. Pour essayer ses poulains au point de vue des 
engagements, il faut déjà se rendre compte de leur valeur res- 
pective par la façon dont ils galopent ensemble habituellement. 
Si alors l'essai qu'on fait est conforme à l'opinion qu'on avait 
déjà, il y a tout lieu de croire quîil esit vrai. Dans le cas con- 
traire/ il est à .vérifier. 



228 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Il faut aussi, pour obtenir un essai juste, sacrifier un cheval vite 
avec un petit poids pour faire le train, et après que ces chevaux 
qu'on veut essayer ont eu le temps de se mettre sur leurs jambes, 
c'est-àrdire après 3oo mètres environ, il faut les faire aller d'un 
bout à l'autre. Maintenant, il va sans dire qu'il faut être sur un 
terrain uni et ne pas essayer dans une route où quelques parties 
plus molles constituent un désavantage pour les poulains qui sont 
forcés d'y passer. 

Comme tout cela est compliqué et demande l'œil du < manager » î 
Aussi M. Lupin avait-il eu un moment le projet de vendre toutes 
ses poulinières et de ne conserver que ses poulains à l'entraîne- 
ment, voulant ainsi en quelque sorte limiter, sa carrière. Mais il 
a eu le bon vent dans ses voiles, et il a encore si bon pied et si 
bon œil, qu'il a renoncé à prendre sa retraite. Tant mieux pour 
tout le monde ! 



III 



LE COMTE FREDERIC DE LAGRANGE 

Il est impossible de ne pas faire figurer dans une galerie de 
sportsmen célèbres la curieuse physionomie du comte de Lagrange, 
qui occupe une si grande place dans l'histoire des courses fran- 
çaises. Bien que la mort l'ait fait disparaître depuis six ans, son 
souvenir est encore aussi vivant qu'au temps où ses couleurs 
brillaient sur nos hippodromes. 

Jamais activité plus grande n'a donné un démenti plus écla- 
tant à ce vieux préjugé qui classe les sportsmen dans la caté- 
gorie des oisifs et des inutiles. La. politique et les grandes 
affaires ne l'ont pas moins attiré que. le. turf. C'était un organi- 
sateur et un administrateur. Les innovations ne l'effrayaient pas, 
et .sa vie tout entière fournirait une étude pleine, d'intérêt. Mais 
je ne veux m'occuper ici que du rôle qu'il . a joué .sur le . turf 
pendant vingt-six ans : sur ce terrain nul :ne peut, en Ifrance^rlu 



PROFILS DE SPORTSMEN. 22g 

disputer le premier rang-; il l'a conquis dès qu'il lui a plu d'y 
paraître, et son nom n'est guère moins connu en Angleterre que 
dans son propre pays. 

Ce nom évoque immédiatement celui de Gladiateur^ dont les 
éclatants succès ont tant contribué à rendre populaire la casaque 
bleu et rouge. Il en est un autre cependant qui se trouve lié, 
sinon plus directement, au moins d'une façon plus constante, au 
souvenir de M. le comte de Lagrange : je veux parler de Monar- 
que. C'est à lui que la célèbre casaque doit ses premières vic- 
toires, et c'est avec ses descendants, dont Gladiateur fut le plus 
illustre, qu'elle a remporté la plupart de ses triomphes; c'est 
avec Farfadet^ petit-fils de Monarque, qu'elle a obtenu ses plus 
récents succès et qu'elle a failli gagner le prix du Jockey-Club 
pour la dernière fois. 

La haute compétence de M. le comte de Lagrange en matière 
hippique n'a jamais été discutée et s'est révélée dès le premier 
jour par l'acquisition de ce cheval célèbre. Il avait en outre lé 
don du commandement et les qualités nécessaires pour l'exercer. 
Il a su choisir les hommes qu'il employait et leur imposer son 
autorité. C'est une condition essentielle, on ne saurait le dire 
trop haut, pour bien conduire une grande écurie de courses ; il y 
a sans contredit des chances heureuses, mais les succès ob- 
tenus pendant une longue période ne peuvent être le résultat du 
hasard. 

L'histoire de la Grande Ecurie, dont le comte de Lagrange a 
été l'organisateur et le chef, comprend au moins sept périodes 
distinctes. Plusieurs associations ont été formées par lui et se 
sont ensuite dissoutes ; mais les deux phases les plus brillantes 
de cette longue série de luttes toujours glorieuses ont été de 
1864 à 1866 et de 1876 à 1879. Gladiateur et Fille de l'Air sont 
de la première époque; Chamant, Verneuil, Camélia, Saint- 
Christophe, Clémentine, bisulaire et Rayon d'Or appartiennent 
à la seconde. 

On sait quels furent les débuts de cette écurie célèbre. En i856, 
on apprit un jour que M. Aumont allait vendre ses chevaux. 



23o LES COURSES DE CHEVAUX. 

L'adjudication devait être publique et promettait d'être émou- 
vante; mais elle n'eut pas lieu, car le comte de Lagrange, attiré 
vers le turf par les difficultés mêmes qu'on lui faisait pressentir, 
acheta directement Monarque, Peu d'Espoir, Mlle de Chantilly, 
plusieurs autres chevaux à l'entraînement et treize yearlings avec 
cinq poulains et pouliches de l'année. 

Ce fut une déconvenue pour quelques-uns; mais c'était une 
véritable fortune pour l'élevage. A partir de ce moment, les ten- 
tatives un peu timides qui avaient été faites jusqu'alors pour 
entamer la lutte avec les chevaux anglais sur leur propre terrain 
furent renouvelées avec plus d'audace et de persévérance. Dès 
l'année suivante, c'est-à-dire en i857. Monarque remportait, dans 
la coupe de Goodwood, une victoire assez inattendue, puisqu'il 
partit à 16/1. 

En i858, il enleva le Newmarket Handicap, tandis que Mlle de 
Chaîitilly, à la surprise générale, gagnait le City et Suburban. 
Puis il fallut attendre jusqu'en 1861 pour remporter de nouveaux 
succès de quelque importance sur le turf anglais ; mais la lutte 
continuait, et cette ténacité trouva sa récompense avec Palestro 
dans le Cambridgeshire, avec Hospodar dans le Criterion et 
le Clearwell Stakes, avec Stradella dans deux épreuves où elle 
battait les meilleurs chevaux de son âge, enfin avec Fille de l'Air 
et Gladiateur, 

En France, le prix de Diane fut gagné, en 1857 et i858, par 
Mlle de Chantilly et Étoile du Nord; le prix du Jockey-Club, en 
i858 et 1859, par Ventre-Saint-Gris et Black-Prince; Monarque 
remporta le Grand Prix impérial (aujourd'hui prix Gladiateur) 
en 1867; Zouave et Nuncio enlevèrent successivement l'Omnium 
en i858 et 1859. 

Une seule écurie tenait tête à celle du comte de Lagrange. 
M. le baron de Nivière, à l'exemple de ce dernier, avait acheté, 
en 1857, tous les chevaux du prince de Beauvau et gardé son 
entraîneur H. Jennings, comme M. de Lagrange avait conservé 
T. Jennings, l'entraîneur de Monarque. 

Bientôt les deux écuries rivales s'associèrent; il y eut seule- 



PROFILS DE 8PORTSMEN. 23 1 

ment deux centres d'entraînement, Tun à Newmarket, sous la 
direction de T. Jennings, l'autre en France, où Henry Jennings 
était Tentraîneur. Cette fusion, dont le résultat immédiat était de 
diminuer considérablement l'intérêt des courses en France, n'était 
pas du goût du public, et l'association elle-même ne fut pas de 
long-ue durée. Les succès de la Grande Écurie atteignirent leur 
apog-ée en 1861, où elle mit en ligne Prétendant, Compiègne, 
Finlande, Marignan, Gabrielle d'Estrées, qui fut victorieuse 
dans le prix du Jockey-Club, Surprise, qui enleva l'Epsom Cup, 
et Palestro, vainqueur du Cambridgeshire. Cette année-là, cent 
dix-huit prix, montant à 497 000 francs, furent gagnés en 
France, et la Grande Écurie occupait, avec 186000 francs, 
le cinquième rang sur la liste des propriétaires gagnants en 
Angleterre. 

L'association fut dissoute en 1862 : tous les chevaux furent 
mis en vente à la fin d'octobre ; le comte de Lagrange n'hésita 
pas à dépenser des sommes importantes pour conserver ses 
favoris. Il paya Hospodar 1 25 000 francs, Stradella 38760 francs, 
Jarnicoton 46 000, Fille de VAir 85 000 francs, etc. 

On n'a pas oublié les victoires et les défaites à sensation de 
Fille de VAir en 1864, son éclatant succès dans les Oaks, qu'au- 
cune pouliche française n'avait jamais gagnés, et les résultats 
divers de ses luttes contre Vermout. On connaît mieux encore 
la carrière de Gladiateur, qui enleva les Clearwell Stakes deux 
ans après Hospodar, et surtout sa magnifique campagne de i865, 
où il gagna successivement les Deux Mille Guinées, le Derby, le 
Saint-Léger et le Grand Prix de Paris. 

Ce n'était pas la première fois que le comte de Lagrange 
essayait de gagner le Derby : déjà il y avait fait courir plusieurs 
chevaux, et non sans honneur. Dangu est le premier poulain 
français qui soit entré en lice dans cette grande épreuve; l'audace 
parut si grande, qu'il partit à 200/1 dans le Derby de 1860, gagné 
par Thormanby, cependant il arriva quatrième. L'année suivante, 
Royal-Lieu était sixième dans le Derby de Kettledrum ; ces deux 
noms, Dangu et Royal-Lieu, convenaient bien aux deux poulains 



232 LES COURSES DE CHEVAUX. 

qui portèrent les premiers dans le Derby les couleurs de la 
France et du comte de Lagrange. 

On n'a pas oublié l'ovation qui lui fut faite en pleine Chambre 
des Députés après la victoire de Gladiateur. En 1866, celui-ci 
remporta la coupe d'Ascot, qu'aucun cheval français n'avait 
encore gagnée, donnant ainsi un exemple qui, depuis cette 
époque, a été plusieurs fois suivi. 

Il faut citer ensuite les noms de Trocadéro, de Mortemer^ de 
Rabican, aujourd'hui presque oublié, mais qui donnait à deux 
ans de magnifiques espérances ; enfin, de Sarrazin et de Consul. 
C'est avec ce dernier que le comte de Lagrange a remporté pour 
la quatrième fois le prix du Jockey-Club en 1869. Les chevaux 
y avaient été placés plusieurs fois, mais aucun d'eux n'avait pu 
gagner cette épreuve depuis 1861. 

Lorsque la guerre éclata, tous les chevaux à l'entraînement 
furent vendus : Gladiateur^ dont le comte de Lagrange avait 
refusé, dit-on, 400000 francs, s'en alla chez M. Blenkiron au prix 
de 145000 francs; Général^ sur lequel on comptait beaucoup, 
fut payé 95 000 par le duc de Hamilton, et la meilleure acquisi- 
tion fut assurément celle de Trocadéro, qui passa, moyennant 
35 000 francs, entre les mains de M. Aumont. 

Le comte de Lagrange, qui avait conservé ses poulinières, ses 
produits de l'année et ses yearlings, les laissa sans inconvénient 
à Dangu pendant toute la durée de l'invasion. Il fit mine tout 
d'abord de se consacrer exclusivement à l'élevage et fit même, 
en ce sens, un traité avec M. Lefèvre. Mais quand on a goûté du 
turf, de ses déceptions et de ses joies, de ses luttes et de ses 
fièvres, il est bien difficile, surtout avec une nature aussi active 
et aussi militante que celle de M. le comte de Lagrange, de se 
condamner longtemps à cette espèce de retraite. 

Dès qu'il eut repris sa liberté, c'est-à-dire à l'automne de 1874, 
la casaque bleu et rouge reparut, portée par Carver, qui montait 
Frondeur : lorsqu'on la revit, il y eut dans l'enceinte du pesage 
une réelle émotion. Carver et Frondeur rentrèrent victorieux. 
C'était d'un heureux présage. 



PROFILS DE SPORTSMEN. 233 

La période qui commence alors est marquée par l'alliance de 
M. Lefèvre avec le comte de Lag*range. Les résultats furent des 
plus brillants : il suffit de rappeler la victoire de Camélia dans 
les Mille Guinées en 1876, son dead heat a\ec Enguerrande dans 
les Oaks, les succès de Chaînant dans le Middle Park et le 
Dewhurst Plate, et sa victoire dans les Deux Mille Guinées Tannée 
suivante. Il allait remporter le Derby, tout y présageait sa vic- 
toire, lorsqu'il fut victime d'un malheureux accident et ne prit 
part à la course que pour montrer qu'il était devenu incapable de 
la gagner. 

Comme pour consoler ses propriétaires de cette perte irrépa- 
rable, Saint-Christophe remporta, peu de temps après, un succès 
tout à fait inattendu dans le Grand Prix de Paris : c'est la seule 
grande course française que le comte de Lagrange n'ait gagnée 
que deux fois. 

Insulaire y portait ses couleurs en 1878, lorsqu'il dut céder la 
première place à Thurio ; ce cheval malheureux était déjà arrivé 
second dans le Derby et les Deux Mille Guinées. Il parvint seu- 
lement à gagner le prix du Jockey-Club, que son écurie remporta 
encore en 1879 avec Zut, et en 188 1 avec Albion. En 1882 Dan- 
din partagea le prix avec Saint-James, et peu s'en fallut en i883 
que Farfadet ne triomphât de l'invincible Frontin. Pendant les 
six dernières années, les couleurs du comte de Lagrange ont 
donc été représentées dfe la manière la plus brillante dans le 
Derby français. 

Les derniers grands succès qu'elles aient remportés en Angle- 
terre sont ceux de Poulet dans le Lincolnshire Handicap en 1882 
et à' Archiduc dans le Criterion Stakes. Mais dans cette longue 
énumération de chevaux illustres, élevés et conduits à la victoire 
par M. le comte Lagrange, il ne faut pas oublier Rayon d'Or, 
qui fut sans contredit, avec Gladiateur, celui dont la carrière fut 
la plus fructueuse et la plus brillante. En trois ans il a gagné 
600000 francs de prix, dont 400000 francs à l'âge de trois ans. Le 
malheur a voulu qu'il ne fût pas prêt au moment du Derby, qui 
fut d'ailleurs couru par un temps épouvantable et sur un terrain 



204 LES COURSES DE CHEVAUX. 

complètement détrempé : mais il a du moins remporté le Saint- 
Lég-er de Doncaster, les Great Foal et Champion Stakes, etc. 

On sait quel parti M. de Lag-range savait tirer de tous ses 
chevaux et comment il a su, par exemple, utiliser Castillon, qui 
n'avait pas de beaux engagements. 

Le hasard a voulu qu'avant la mort même du célèbre proprié- 
taire, les plus illustres de ses élèves eussent disparu ou quitté I4 
France : Gladiateur, Monarque, Fille de VAir et Trocadéro 
sont morts ; Rayon d'Or est allé rejoindre Mortemer en Amé- 
rique, Chamant est en Allemagne et Verneuil en Autriche. 
Quelle que soit la gravité de ces pertes pour notre pays, Técurie 
de M. le comte de Lagrange était si considérable, qu'elle ne peut 
manquer de laisser en France des traces durables, et, parmi les 
vainqueurs de l'avenir, beaucoup naîtront de ces étalons ou de 
ces poulinières qui ont naguère illustré ses • couleurs sur tant 
d'hippodromes de France et d'Angleterre. 



IV 



HENRI DELAMARRE 

C'est en 1854 Que M. Delamarre, qui possédait quelques che- 
vaux de steeple-chase, comme Flying Buck et Lady Arthur, prit 
comme entraîneur Th. Carter, qui, par ses capacités et son hono- 
rabilité, poursuit une carrière de trente-cinq années sans que le 
plus léger reproche ait jamais pu lui être adressé sur le turf. Un 
des premiers chevaux de course plate qui fit triompher la casaque 
marron fut Aviceps, qui venait de la vente Piscatore. En même 
temps qu' Aviceps, Th. Carter entraînait Flying Buck, qui, deux 
années de suite, gagna le grand Steeple-Chase de la Marche. Le 
second cheval qui mérite d'être cité pour la première société 
Delamarre, dans laquelle figuraient iMM. de Lauriston et Albéric 
de Saint-Roman, fut Trovatore. Trovatore et Ca^/io^/ro venaient 
de la vente de M. Jules Very. Trovatore gagna un prix comme 



PROFILS DE SPORTSMEN. 235 

il n'en existe plus aujourd'hui : un handicap pour chevaux de 
deux ans et au-dessus. Ce poulain, qui avait claqué huit jours 
avant la Grande Poule d'Essai, fut battu par Ventre-Saint-Gris 
dans le prix du Jockey-Club. 

L'association prit une plus grande importance l'année qui 
suivit la victoire de Brocoli dans la Poule d'Essai. Elle se com- 
posa de MxM. Charles Laffitte, Edouard Fould, le comte Rœderer, 
auquel appartenait Brocoli^ L. de Saint-Roman, Edouard André 
et Archdeacon. 

Vers i863, après une période contraire, il fut question de 
liquider, et sans les victoires de Conquête^ qui gagna successi- 
vement à Caen, au camp de Châlons, à Bade, où elle battit 
Dollar, et à Paris, à l'automne, on vendait Vermout et Bois- 
Roussel, le vainqueur du prix du Jockey-Club et le vainqueur du 
Grand Prix de Paris. 

Vendre son écurie à la veille de posséder Vermout et Bois- 
Roussel eût été le comble de la déveine. En 1866, M. Delamarre 
gagnait le prix du Jockey-Club avec Florentin ; l'année suivante. 
Patricien, vainqueur du prix du Jockey-Club, perdait le Grand 
Prix de Paris d'une tète, après un dead heat avec Fervacques. 

La guerre obligea M. Delamarre à émigrer en Angleterre avec 
un lot excellent dont il ne put tirer qu'un parti ordinaire, compa- 
rativement à ce qu'il eût pu espérer en France. Il mettait en 
ligne deux pouliches de premier ordre. Verdure et Véranda', 
comme poulains, Clotaire et Bivouac. Clotaire, qui avait rem- 
porté les Blankney Stakes à Lincoln, avait le germe du typhus 
quand il courut les Deux Mille Guinées. Il vendit Verdure 
100000 francs à M. Lefèvre, après une belle performance à 
Ascot ; il gagna un prix à Croydon avec Boréal et un prix avec 
Cramoisi à Hampton. Il fit, en outre, une excellente acquisition 
en réclamant un poulain nommé Master Fider. 

En 1873, il eut Boïard. Depuis cette époque, je ne lui vois que 
des chevaux utiles, mais les vrais cracks ne naissent plus à Bois- 
Roussel. Car je ne puis considérer Vasistas que comme un cheval 
heureux, dont la victoire surprenante dans le Grand Prix de 



236 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Paris, suivie d'une vente inespérée à un sportsman anglais, a 
rapporté Sooooo francs, sur lesquels il n'était guère possible de 
compter. 

M. Delamarre eut la main heureuse quand il acheta des pou- 
linières comme Vermeille, qu'il paya 5ooo francs, et Bilbery, 
qu'il paya 25oo francs au duc de Morny. 

Le propriétaire de Vermout a d'ailleurs toujours été un fin 
connaisseur en chevaux. Il les voit en artiste habile à les peindre, 
et n'est pas moins expert à les juger dès leur naissance. Apres 
M. Lupin, c'est lui qui, à la prairie, montre la plus grande sûreté 
de coup d'œil. Il mène très soigneusement son écurie, avec une 
très légère tendance à s'exagérer la qualité de ses chevaux. Il en 
a possédé de si bons, qu'il a peine à s'imaginer que son élevage 
décline. Les importations d' Energy, du Bard, de Silvio et de 
Pérégrine sembleraient constituer peut-être une infériorité pour 
un haras qui n'a plus que la monnaie de Vermout. 

Cependant la production de Vigilant ne paraît pas mal s'an- 
noncer. — Des produits comme Chlamyde, Serapis, Disque et 
Faune sont d'un bon augure pour un jeune étalon, et je crois 
que le dernier lot de yearlings envoyé au dressage confirmera 
encore l'opinion favorable que j'entends émettre à ce sujet par 
un grand nombre de connaisseurs. 

En retrouvant le sang de Vermout, il se pourrait que l'écurie 
Delamarre eût un nouveau filon de succès. 

Th. Carter paraît très satisfait, et il l'est surtout du témoi- 
gnage non moins flatteur que mérité que lui ont accordé ses 
maîtres en terminant l'année 1889. 

Ceux-ci, à l'occasion de la victoire de Vasistas, lui ont envoyé 
une coupe en argent, magnifique pièce d'orfèvrerie sortant des 
ateliers de M. Odiot; cette coupe est supportée par un trépied 
formé de feuillage enlaçant les fers de Vermout, Bâtard et 
Vasistas, trois vainqueurs de trois Grands Prix de Paris que 
l'excellent entraîneur a su habilement amener au poteau. 

Sur un cartouche sont gravés ces mots : Estime et Gratitude. 
Comme couronnement d'une carrière honorable entre toutes, 



. PROFILS DE SPORTSMEN. 287 

rhomme qui a consacré sa vie au service de M. Delamarre ne 
pouvait espérer une plus belle récompense. 



PAUL AUMONT 

Si les propriétaires prenaient une devise, celle de M. Paul Au- 
mont serait infailliblement : « Éleveur avant tout ! » Presque à 
ses débuts dans la carrière, peu de temps après la fondation des 
premières courses de chevaux de pur sang, son père, M. Alexandre 
Aumont, s'était affirmé comme un maître en élevage. Son nom 
figure dans le calendrier de 1848 avec une quinzaine de chevaux. 
Trois ans après, il mit en ligne Fitz Emilius, qui gagna le Cri- 
térium de deux ans à Chantilly. En avançant un peu, on trouve 
La Clôture, Hervine, Aguila, Échelle, Porthos, Mika, Fitz-Gla- 
diator. Papillon, Royal-Quand-Même, Mademoiselle de Chan- 
tillx. Lingot d'Or, etc. . . . 

M. Alexandre Aumont, malgré ses grands succès, avait tou- 
jours considéré le turf comme semé de si dangereux écueils, qu'il 
avait fait tous ses efforts pour en préserver son fils Paul. Pour 
cela il s'était efforcé de lui donner le goût de l'agriculture, et lui 
avait confié la gestion de fermes très importantes. en Normandie. 

Mais, comme dit le proverbe : « Bon chien chasse de race, » 
et en dépit de toutes les précautions paternelles, en dépit du soin 
qug mettait M. Alexandre Aumont à laisser son fils tellement 
éloigné des courses qu'on aurait pu penser qu'il n'en soupçon- 
nait même pas l'existence, celui-ci, tout en s'occupant d'élever du 
demi-sang, percevait .comme un écho des exploits paternels. Il 
ne fallait qu!une .occasion pour l'engager dans la route qu'on 
avait voulu lui fermer. Cette occasion fut malheureusement le 
décès de son père,, en février 1860. 

A ce moment, M.. Paul: Aumont \ se vit, tout jeune, maître de 
'. Victot et de l'écurie de Chantilly, composée des. poulains quine 



238 LES COURSES DE CHEVAUX. 

faisaient pas partie d'un marché passé pour trois ans avec le 
comte de Lagrang-e, c'est-à-dire depuis i856, l'année qui suivit 
la victoire de Monarque dans le prix du Jockey-Club. M. Paul 
Aumont prendrait-il la suite des affaires de son père? ferait-il 
courir ou liquiderait-il tout simplement les chevaux? Telle fut la 
question que bien des gens se posèrent. Il ne manqua pas d'offi- 
cieux qui donnèrent à ce moment des avis bien différents au 
jeune sportsman. Mais il a prouvé depuis qu'il avait assez de 
tête pour se guider lui-même, et qu'il pouvait, comme on dit, se 
passer de lisières. Tout ce qu'on obtint de lui fut qu'il ferait une 
vente; mais il n'était pas difficile de deviner qu'il retiendrait bien 
quelques bribes, pour essayer ses ailes et voir tout au moins 
comment la chance tournerait. 

M. Alexandre Aumont avait eu ses grands succès avec Taide 
de Tom Jennings, que Ton pouvait bien considérer comme un 
des meilleurs entraîneurs de France, puisqu'il a été un des 
meilleurs entraîneurs d'Angleterre. Mais T. Jennings avait passé 
au service du comte de Lagrange, à qui M. Aumont livrait, 
pour sa troisième année de marché, un lot où figur*aient Palestro, 
Compiègne et Gabrielle d'Esirées. M. de Lagrange avait droit à 
tous les produits nés à Victot, sauf les produits d'i/emne, que 
son propriétaire s'était réservés. La réserve était heureuse : Her- 
vinc avait produit une jolie pouliche alezane, Mon Etoile, par 
FUZ'Gladiator. 

Ah! cette pouliche, il fallait voir avec quelle anxiété M. Ale- 
xandre Aumont attendit ses débuts. 

« Je crois que j'en tiens une bonne! » disait-il en confidence 
à ses intimes. 

11 lavait appelée Mon Etoile. Ça voulait dire : Mon étoile, ma 
bonne étoile va briller de nouveau. Les débuts de la pouliche ne 
devaient pas être décevants pour son éleveur. Elle gagnait, en 
effet, à deux ans, le prix du Premier Paâ, â Chantilly, et le Grand 
Critérium. On ne se doutait guère à ce moment qu'elle serait l'ar- 
rière-grand'mère de Plaisanterie. Alexandre Aumont ne devait 
pas assister aux brillantes performances de Mon Étoile à trois 



PROFILS DE SPORTSMEN. 289 

ans; il mourait pendant Thiver, laissant à son fils Payl le soin de 
continuer son œuvre. Il est certain que si, à un moment donné, il 
avait voulu le préserver des dang-ers des courses, s'il avait eu 
plus tard à dicter ses dernières volontés, il n'eût pas voulu que 
son nom et ses couleurs disparussent de l'hippodrome. 

C'est ainsi que Paul Aumont crut le mieux se conformer 
aux conseils de la sagesse. Il n'entrait pas sur le turf avec un 
gros effectif : il avait Mon Étoile, qui s'était révélée une des 
bonnes pouliches de sa g-énération, et Capucine, par Gladiator 
et Bathilde, née chez M. Benoist, et dont il louait la carrière. 

A la vente, M. Aumont rachetait, en outre, quatre poulinières : 
Eusebia, la mère de Royal-Qiiand-Même , Maid of Hart, la mère 
de Compiègne, Fleur de Mai, etc. ; Clémentine, la mère d'Egmont, 
et Dacia, la mère de Noélie; comme yearling. Orphelin, qui plus 
tard devait aller remplacer son père Fitz-Gladiator à Victot, 
mais qui mourait d'un accident juste au moment où il venait de 
se déclarer comme reproducteur. 

Cette vente fut assez curieuse; le comte de Morny y assistait: 
il y acheta même pour i6ax) francs — c'était un prix pour un 
yearling"! — Noélie, qui devait être la mère de Don Carlos. Quand 
arriva le tour de Mon Etoile, M. de Morny la poussa de loooo 
jusqu'à 35 000 francs, et comme il voyait que Paul Aumont suren- 
chérissait toujours, il lui dit : 

« Je comprends ça, monsieur! » 

Et il cessa de lutter. 

M. Aumont avait mis la même insistance à conserver Fitz-Gla- 
diator; mais il la céda aux haras à M. Houël, comme je lai déjà 
raconté. 

Les débuts de Mon Étoile et de Capucine ne donnèrent pas 
au jeune propriétaire l'entrée en campagne de 1860 aussi bril- 
lante qu'il aurait pu l'espérer. Il eut cependant, à l'arrière-saison, 
ses deux pouliches première et seconde dans le prix de l'Empe- 
reur. Mon Étoile et Capucine occupèrent ces mêmes places dans 
l'Omnium. L'année suivante. Mon Etoile gagnait le Grand Prix 
de Bade, où elle battit Compiègne et Paient ro. 



240 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Après les jolis succès de Mon Étoile et de Capucine, la veine 
de Paul Aumont n'eut pas le même essor pendant plusieurs 
années. 11 ne réussissait pas bien avec les étalons de l'État, qui 
lui préparaient pourtant des compensations dans l'avenir. 

En somme, à cette époque, le propriétaire de Victot dut sou- 
vent se demander si son apprentissage n'allait pas lui coûter un 
peu plus cher qu'il ne voulait. Il élevait quelques produits qui 
g-alopaient; il en vendait qui galopaient également. 

Parmi les chevaux du haras qui ont été vendus, j'en pourrais 
citer qui ne firent pas mal l'affaire de leurs acquéreurs : Biéville, 
vendu aux Rothschild; Etoile Filante, vendue à M. Lunel; Gou- 
vernail, Capitaliste et Monseigneur, vendus au duc de Hamilton; 
Montargis, vendu au comte de Juigné et qui gagna le Cambrid- 
geshire; Fitz-Plutus, Bariolet, Brisolier, Serpolette (gagnante 
du prix de Diane), Rubens, Venise, Problème II (gagnant de 
l'Omnium), Newmarket, Pourquoi, aux Ephrussi. Il n'a tenu 
qu'à un crin que M. Goldschmidt n'achetât Ténébreuse \ 

Bavarde, Barberine et Gamin sont nés et ont été élevés à Vic- 
tot. Ce n'était donc pas le fond qui manquait. Qu'était-ce donc? 
Ce je ne sais quoi de mystérieux qu'on ne saurait définir et qui 
parfois, avec les meilleurs éléments, nous empêche de mettre la 
main sur ce merle blanc qu'on appelle un crack. 

C'est à la naissance d'Orphelin que M. Aumont peut faire re- 
monter l'âge d'or de son écurie. Quand il envoya au haras ce fils 
d'Échelle qui lui rendait le sang de Gladiator, il put se dire : Je 
suis rentré en possession d'un filon dont j'avais hérité et dont 
je n'aurais jamais dû m'éloigner. Dès sa première année de 
monte, Orphelin donna Minerve avec Hervine, Orpheline avec 
Bathilde; un peu plus tard, Miss Hervine avec Hervine, et Bario- 
let te avec Babette. 

On a pu voir combien ^les produits d'//cmne étaient précieux; 
aussi son propriétaire ne consentait-il à s'en défaire sous aucun 
prétexte. Pour, une fois qu'il laissa partir imprudemment une 
fille d' Hervine, il perdit Poëtess, la mère de Plaisanterie, 

Ce n'est qu'à sa douzième année d'exefcice que M. Aumont 



PROFILS DE SPORTSMEN. 24 1 

enleva son premier prix du Jockey-Club, en 1872, avec Révigny, 
un des derniers produits d'Orphelin, qui, après une carrière très 
courte, mourut avant la guerre. 

Si la question des étalons est importante, on peut bien dire 
que celle des entraîneurs est capitale. Certes, en confiant à son 
entrée sur le turf la direction de ses chevaux à Spreoty, M. Au- 
mont n'eut pas l'équivalent de T. Jennings. Il aurait pu l'avoir 
plus tard, en confiant ses chevaux à son frère Henry. 

Mais on connaît les fantaisies du vieil entraîneur de la Croix 
Saint-Ouen. Il en avait d'étranges : quand je ne rappellerais que 
celle qui consista à faire monter Peut-Étre, le futur gagnant de 
Cambridgeshire, par le jockey français Meunier, dans le prix du 
Jockey-Club en 1&74. 

Avec Source, il gagna l'Omnium en 1876. 

Ce sont évidemment ces huit dernières années qui marquent la 
période la plus heureuse de l'écurie. 

Athala, Galatée, Chitré, Mademoiselle de Senlis, Fra Diavolo, 
Frégate, Satory, Alger, Hervine, Saint-Luc, Sauterelle, Ver- 
veine, furent ce qu'on peut appeler de bons vainqueurs. Monarque, 
Ténébreuse et Sibérie ont été des cracks dans toute l'acception 
du mot. 

Et maintenant, quand on repasse la carrière de M. Aumont, qui 
remonte à vingt-huit ans, on y trouve réellement une année 
magnifique : l'année 1887. Mais les autres ! Les autres sont des 
années ordinaires. 

Ah! que c'est difficile le turf! Il a fallu vingt-six ans d'efforts 
pour arriver à une moisson de gloire et d'argent qui en valût la 
peine, et cela dans une écurie alimentée par un établissement 
d'élevage comme Victot. 

Quand on calcule un peu sérieusement le bénéfice de la saison 
où Monarque et Ténébreuse remportent le Grand Prix de Paris et 
le prix du Jockey-Club, quand on a atteint le maximum des 
vaches grasses, on compte qu'il reste à peine, comme bénéfice, 
de qyoi parer à une année de vaches maigres. Et quand' on parie, 
c'est bien autre chose. Ce n'est pas là le défaut de M. Aumont : 

16 



24'i LES COURSES DE CHEVAUX. 

il n'y a pas d'exemple qu'il ait mis cinq louis sur un cheval. 

Qu'a-t-il encaissé de la victoire de Ténébreuse dans le Césa- 
réwitch? Pas un shilling! Tout a été absorbé par les frais. Tout 
ce qu'il a gagné, c'est un surcroît de réputation pour la pouliche, 
qui était suffisamment célèbre après son triomphe dans la grande 
lutte internationale de juin, et pour son élevage, qui lui a valu la 
décoration de la Légion d'honneur, remise par M. Méline lui- 
même, en i883, à l'occasion du concours régional de Caen. 

Pour revenir à Ténébreuse^ on en a offert un prix fabuleux, 
comme on a offert un prix fabuleux de Plaisanterie; mais nous ne 
pouvons pas tout laisser partir pour l'étranger : la fille de New 
Star est retournée goûter les douceurs de la maternité dans son 
pays natal. 

Comme il n'y a pas de roses sans épines, Paul Aumont ne 
peut pas se flatter d'avoir traversé le turf sans éprouver quelques 
contrariétés. Il a dû lui arriver d'entendre monter jusqu'à lui des 
clameurs jalouses. 

Mais que lui importent ces légers déboires auprès de la grande 
satisfaction obtenue à la dernière exposition chevaline du Cours- 
la-Reine, où le jury ne lui a pas seulement accordé le premier 
prix pour son étalon Saxifrage, mais encore l'objet d'art offert 
pour avoir présenté le plus beau lot d'ensemble : c'est-à-dire le 
triomphe le plus complet qu'ait jamais eu un éleveur français ! 



VI 



M. L. ANDRE 

Si l'âne savant de la foire, placé dans le cercle des proprié- 
taires qui font courir, avait à désigner la personne la plus heu- 
reuse de la société, je crois qu'il n'hésiterait pas è s'incliner, 
en lançant une pétarade, devant la sympathique figure de 
M. André. 

Je pourrais presque affirmer que M. André est le seul de ses 
collègues pouvant se vanter d'avoir gagné de l'argent aux courses. 



PROFILS DE SPORTSMEN. 248 

« Vous conviendrez, lui disais-je en le félicitant après un 
g-rand succès, que votre procédé est utile à retenir et à commu- 
niquer aux autres. Car je consens que vous soyez un veinard ; 
mais aussi vous êtes forcément un habile homme. 

— Comment cela? 

— Oui, je puis bien admettre la veine ou la déveine s'attachant 
à quelqu'un pendant un certain temps; mais quand Tune et l'autre 
passent à l'état chronique, c'est que celui qui en est atteint est 
un habile ou un maladroit ; d'où je conclus que vous êtes un habile. 
Voyons! Vous avez réussi dès le début; comment avez-vous 
commencé? Comment vous est venue l'idée de faire courir? 

— C'est à la mort du duc de Morny ; on faisait sa vente à Chan- 
tilly, et comme depuis longtemps j'avais la passion du cheval, 
j'achetai aux enchères la pouliche Betty ^ âgée de trois ans, et qui 
n'avait pas encore couru. Mon début ne fut pas malheureux; le 
premier succès qu'elle me valut fut l'Express de Fontainebleau. 
Je n'avais même pas mes couleurs ce jour-là. La toque me fut 
prêtée par M. Lupin. 

. — La pouliche ne vous fut-elle pas réclamée à Boulogne-sur- 
Mer? 

— Oui, après sa victoire dans le Grand Prix, elle fut achetée, 
et plus tard le baron Finot la retrouva. Comme poulinière, elle 
fit souche de ses meilleurs chevaux d'obstacles. N'ayant qu'un 
cheval et l'ayant perdu, il m'en fallait nécessairement un autre 
pour porter ma casaque. A Caen, j'eus la chance de réclamer 
Rubrique à M. Delamarre. J'avais mis ce jour-là la main sur une 
excellente jument qui me gagna beaucoup de prix, et, comme 
poulinière, me donna Reine de Saba, Regret que je vendis 
20000 francs au comte Lendorfî. Rubrique était morte en pro- 
duisant ce dernier poulain, que nous avions élevé au biberon. 

— Reine de Saba, vous ne pouviez pas mieux espérer. Ne vous 
a-t-elle pas donné Roxane, Réséda^ Saiory, Richelieu, Séville, 
Rigole tto, Rosette et Roger Bontemps} 

— Et ensuite elle m'a donné Reine des Prés, qui n'a certes 
pas l'apparence d'une mauvaise .pouliche. Mais vous allez voir 



244 LES COURSES DE CÎIEVAUX. 

comme tout s'enchaîne : l'acquisition de Rubrique m'amena à 
acheter son propre frère Ruy-Blas, qui a été un des meilleurs 
chevaux que nous ayons eus en France, gagnant le Grand Prix 
de Bade et 120000 francs dans une année. En même temps Six 
Mai, qui était aussi un très bon cheval et qui m'avait rapporté 
26000 francs. 

— N'avoir que deux chevaux et des chevaux de cette valeur, 
c'est ce qu'on peut appeler une écurie agréable. 

— Ils me rapportèrent cette année-là {1867) 141 298 francs. 
Deux ans après, j'achetais Noélie à M. Lecesne, en société avec 
M. Aumont, pour 20000 francs. A cette époque, c'était un prix! 
J'entrais dans la voie des sacrifices sérieux, mais nécessaires. 
Cette poulinière venait encore du duc de Morny — bonne source 
pour moi ; — nous en eûmes presque aussitôt Don Carlos. Au 
moment où nous l'avions achetée, elle était pleine de Bohémienne, 
qu'elle portait dans son flanc en courant le prix Gladiateur. 
Bohémienne est la mère de Basque. Noélie avait été tuée par un 
bœuf qui lui avait ouvert le ventre d'un coup de corne. Voulant 
retrouver ce sang précieux, je fis demander par toute la France 
où se trouvait Bohémienne. J'appris qu'elle était chez un paysan 
qui l'avait donnée à son fils comme jument de selle. Le fils étant 
dégoûté de la monter, parce qu'elle était difficile, j'eus la chance 
de la reprendre pour i5oo francs. 

— Est-ce que Bohémienne n'était pas grosse comme un 
rat? 

— Elle était toute petite, en eff'et, ce qui ne l'empêcha pas de 
produire un grand et fort cheval comme Basque. Quand le sang y 
est, tout y est. Don Carlos, son frère, me gagna 120000 francs, et 
loooo francs en Angleterre pendant le siège de Paris, où j'étais 
enfermé. Je n'appris mon succès qu'à la signature de la paix. Z)o» 
Carlos termina sa carrière en 1871 — les tribunes n'étaient pas 
complètement réparées — en gagnant le prix Gladiateur. 

— Mais n'aviez-vous pas eu Fervacques en 1870? 

— Parfaitement. Je l'avais acheté à M. de Montgomery; il m'a 
gagné plusieurs prix en France et aussi en Angleterre, où Jen- 



PROFILS DE SPORTSMEN. 24D 

nings le vendit pour iSooo francs. Je puis encore vous citer, 
parmi mes chevaux heureux, une petite pouliche, Chevreuse^ par 
Orphelin et Coquette^ qui me gagna, en 1870, 26000 francs, puis 
des prix en Angleterre, où Jennings la vendit aussi i5 000 francs. 
J'avais de même cette année-là Eberstein^ encore un bon; Palm, 
qui me gagna près de 90000 francs en 1872; Orléans, par Noélie 
et The Nabob, qui gagna une douzaine de mille francs; Postillon, 
cheval modeste, mais qui gagnait partout et rapportait une cin- 
quantaine de mille francs : il attrapait tous les prix nationaux : 
c'était un Ruy-Blas ; Auguste, par Optimist et Miss Lucy : il 
gagna iSooo francs et fut payé i5ooo francs pour le Brésil. 

— Jolie collection ! 

— Attendez. Nous arrivons à Saint-Mars, vainqueur du grand 
Critérium à Gand et en tout 40000 francs environ. Mourle, que 
j'achetai 5ooo francs, chez Chéri, à la vente de M. Fould. Il 
débuta en gagnant les Grenby Stakes à Newmarket, et près de 
no 000 francs chez nous. La même année, j'avais Basque, non 
moins illustre en plat qu'en obstacles; puis Monsieur Philippe, 
qui avait gagné les Criterion Stakes de 27000 francs, et qui fut 
acheté pour l'Administration des Haras. 

— En 1880, vous avez gagné le Premier Pas à Caen? 

— Avec Parlementaire. C'était l'année de Péronne, qui m'a 
rapporté plus de 20000 francs, prix de la Forêt, de Sala- 
mandre, etc. En 1882, je gagne encore le prix du Premier Pas à 
Caen, avec Satory, qui m'enleva le Prix Triennal. Vous vous 
souvenez de la contestation qui fut soulevée à ce moment et qui 
se termina en ma faveur. Ses gains se montent à 218000 francs. 

— Et le prix de Diane > 

— Oui, je l'ai gagné en 1884, avec Frégate, que j'avais en même 
temps que Satory. Elle m'a gagné 78000 francs. Elle est pouli- 
nière à Victot. Rigoletto, dont nous ne parlons pas, m'a rapporté, 
tant en prix qu'en réclamations, une quarantaine de mille francs. 
En 1886, Plaisance me rapporta 5i 000 francs avant de devenir la 
propriété de M. Hennessy. J'ai encore eu bien d'autres chevaux 
utiles dont je ne vous cite pas les noms : Faust, par Saxifrage 



246 LES COURSES DE CHEVAUX. 

et Finance. Finance, encore une acquisition heureuse, mais d'une 
origine bien faite pour tenter un éleveur. Pensez donc, Consul 
et Fille de rAir\ Je ne la payai que 3416 francs à la liquidation 
de l'écurie Lagrang-e. 

— En somme, vous avez gagné une foule de Grands Prix : 
Grand Prix de Bade, Grand Prix de Lyon, deux fois le prix Gla- 
diateur, le prix de Diane et vingt-deux prix nationaux. Ce qui 
prouve qu'il faut s'attacher, dans une écurie, à remplacer la 
quantité par la qualité. Vous me rappelez les intelligents collec- 
tionneurs. 

— C'est un peu cela. Et puis j'ai toujours eu pour moi la pré- 
cieuse collaboration de M. Aumont, qui m'a élevé mes meilleurs 
chevaux, dont il est propriétaire pour la moitié, et ne m'a jamais 
marchandé les conseils de sa grande expérience. 

— Quel est votre gain total? 

— 1 609 742 fr. 3o. 

— En combien d'années? 

— En vingt-deux ans. 

— Et l'on ne peut pas dire : Vingt-deux ans ou la vie d'un joueur? 

— Non, puisque je n'ai jamais parié. 

— Combien estimez-vous qu'il vous est resté de bénéfice? 

— Mettons la moitié. 

— Vous voyez qu'on peut vous citer comme un exemple aux 
jeunes qui se lancent dans la carrière en leur donnant comme 
devise : Paululi equi. » 



VII 



LES ROTHSCHILD 

Dans la maison hippique des Rothschild, on a longtemps fait 
mentir le proverbe qui dit que l'eau va toujours à la rivière. Il a 
fallu une persévérance inouïe pour ne pas se décourager des 
résultats négatifs d'un élevage aussi important que celui de 
Meautry. 



PROFILS DE SPORTSMEN. 247 

Meautry, avec son organisation si luxueuse, a souvent ressem- 
blé à ces berceaux princiers où l'on n'élève pas de princes, si 
bien qu'on s'imaginerait que les nouveau-nés ont été changés en 
nourrice et qu'on leur a substitué des enfants de villageois. Rien 
n'est cependant négligé pour que les résultats soient satisfaisants. 

Ce qui est surtout remarquable, c'est l'activité déployée par les 
barons, qui pourraient si bien vivre tranquillement de leurs 
rentes. A côté du surmenage intellectuel de leur travail de 
bureau, ils se donnent le nouveau tracas de mener une écurie de 
course; ce qui suffirait à absorber le temps de gens qui n'ont pas 
autre chose à faire, car on aurait tort de supposer que le soin de 
conduire l'écurie est abandonné à tout autre mandataire : ce sont 
les maîtres qui dirigent et ordonnent d'une façon absolue. Qu'ils 
n'épargnent pas leur argent, c'est bien naturel ; mais qu'ils soient 
si peu économes de leur temps, c'est inexplicable. Entre les 
deux barons, l'entente est parfaite, aussi bien pour la direction 
des chevaux que pour chaque autre branche de leur gouverne- 
ment si compliqué, et chaque victoire de la casaque bleue pro- 
cure aux deux baronnes des joies non moins vives qu'à leurs 
maris. 

On le devine bien au rayonnement de leurs physionomies chaque 
fois qu'après une course gagnée on voit, comme en partie carrée, 
le baron et la baronne Alphonse, le baron et la baronne Gustave 
aller complimenter leur entraîneur et le jockey triomphant, et 
même caresser l'encolure du vainqueur. 

VIII 

LE DUC DE HAMILTON 

J'ai presque chaque hiver la bonne fortune de rencontrer sous 
les palmiers de Monte-Carlo un amoureux de soleil, qui est en 
même temps le plus aimable sportsman que j'aie connu, le duc de 
Hamilton. 

Je ne saurais dire le nombre de souvenirs agréables qu'éveille 



248 LES COURSES DE CHEVAUX. 

en moi la rencontre du seigneur anglais, qui fut une physio- 
nomie parisienne à Theurèuse époque où la grande vie battait 
son plein! 

Nous nous rajeunissons volontiers de vingt ans et nous bavar- 
dons. Le duc a toujours son même type particulier, sa même 
tournure, la même finesse de sourire. Il a peu changé. 

« Qu'est-ce qui vous amuse le plus maintenant? 

— Voyager. » 

Il a de temps en temps de légers accès de goutte. 

« Je m'en vais dans la mer Rouge, et le climat les fait passer. » 

Bien que je ne doute pas de l'efficacité du remède, je ne me 
hasarde pas trop à le recommander, car il n'est pas à la portée 
de toutes les bourses. 

Vous ne voyez pas, par exemple, le premier bourgeois venu 
allant chez son médecin pour un rhumatisme et celui-ci lui disant : 

« Rien de plus facile que de vous en débarrasser : il vous 
suffira d'acheter un yacht de 3oo 000 francs et de vous tremper 
dans la mer Rouge. » 

A part la navigation, le noble yachtsman aime toujours les 
courses. 

Naturellement, c'est un plaisir dont on ne guérit pas facile- 
ment. 

Nous parlons du bon temps, de l'époque de Lamplugh, qui 
était bien pour un grand propriétaire le plus merveilleux entraî- 
neur qu'on puisse rêver. C'était un étonnant cuisinier qui pré- 
parait un succès à son maître, comme Vatel préparait un mor- 
ceau de venaison. 

Il le servait sur un plat d'argent, et il n'y avait plus qu'à le 
savourer. « Mylord, disait-il, vous pouvez mettre n'importe 
quelle somme sur votre cheval ; il est sûr de gagner. » Ça ne 
manquait jamais. 

Malheureusement les Lamplugh sont rares. Celui-ci mourut 
à Bade, dans la villa Hamilton, que possédait la mère du duc. Il 
fut d'abord remplacé, si j'ai bonne mémoire, par Page, qui avait 
été un excellent jockey, mais qui fut un piètre entraîneur. La 



PROFILS DE SPORTSMEN. 249 

casaque rose et gris perle n'eut plus la même fortune. Elle se 
releva cependant entre les mains de Planner, et poursuivit encore 
une carrière brillante. 

Pas plus qu'en Ang-le terre, le duc n'eut jamais chez nous ce 
qu'on peut appeler une veine carabinée. Il compta d'assez bons 
chevaux, comme Gouvernail, qui gagna la Poule d'Essai et fut un 
grand favori dans le prix du Jockey-Club, gagné par Suzerain; 
Little Agnès, qui gagna le prix de Diane et la Grande Poule des 
Produits en 1872, et des chevaux comme Barbillon, qui fait 
encore la monte. 

Il a bien gagné dernièrement les Mille Guinées et les Oaks, 
mais sa pouliche était favorite, et dans les Oaks il n'a pu gagner, 
en pariant, qu'un millier de livres, qu'il a partagées entre son 
jockey et son entraîneur. 

Il s'est tenu dans les demi-veines : je ne me rappelle pas que 
son bonheur de sportsman ait jamais été complet. On ne voit 
figurer son nom ni sur la liste des vainqueurs des Deux Mille 
Guinées, ni sur celle des vainqueurs du Derby d'Epsom. Mais, 
comme il a eu Ossian dans le Saint-Léger en i883, et qu'il a 
eu Miss Jummy dans les Oaks, tout espoir n'est pas perdu. 
Pour qu'il s'amusât complètement, il lui eût fallu un Gladiateur 
ou un Donovan. 

Ce semblant d'impossibilité à décrocher les Grands Prix a 
souvent maintenu le duc de Hamilton dans un état d'agacement 
qui se traduisait par des : « Diable ! diable ! mais ça ne va pas 
tout à fait comme je veux. » 

Avec un peu plus de philosophie, il se fût contenté d'être un 
des plus riches seigneurs d'Angleterre, ce qui lui eût évité de 
se faire le mauvais sang d'où fleurit le rhumatisme. Il est vrai 
qu'alors il n'eût pas eu de prétexte sérieux d'aller dans la mer 
Rouge, où il a pu faire un ravissant voyage, commencé à Monte- 
Carlo par une heureuse série, non moins rouge que la mer 
destinée à porter son yacht. 



25o LES COURSES DE CHEVAUX. 



IX 



A. DU BOS 



Quand on parle des propriétaires réputés bons directeurs de 
leur barque, on cite tout naturellement M. Du Bos. 

« Oh! celui-là, dit-on, est un soig'neux qui fait tout ce qu'il 
faut pour réussir! » 

Il a eu de bons chevaux. Il a eu ce qui s'appelle un lot don- 
nant les plus belles espérances, un dessus du panier du steeple- 
chase. Comment se fait-il qu'à cette époque il n'ait pas fait sérieu- 
sement échec au baron Finot? Il lui a bien fait échec. Il a eu la 
main si heureuse et une série de succès si complète, qu'on com- 
mençait à dire qu'il avait appris le chant des sirènes pour char- 
mer les oreilles du handicapeur Beugnot.... » 

Mais tout à coup le mauvais vent qui souffle sur les tendons 
a mis le meilleur de sa cavalerie sur la paille. Et il a fallu 
attendre que la tourmente eût passé. 

Il avait eu, lui aussi, des débuts très heureux en quittant 
l'écurie du baron Roger, dont il était l'associé. 

La Vague, Fils de VAir, Sauveteur, Voltaire, Saint-Priest , 
Rêveur, Courcolet, étaient d'excellents élèves, sans cesse cou- 
ronnés... aux distributions de prix d'Auteuil et de Vincennes. 

Il n'y avait plus assez de place dans les journaux pour enre- 



GROUPE DES PROPRIÉTAIRES QUI NE SONT PAS MEMBRES DU JOCKEY-CLUB- 

I . M. de Brémond. — 2. M. H. Say. — 3. M. R. Petit. — 4. M. A. Abeille. 

— 5. M. de Soubeyran. — 6. M. A. Aumont. — 7. M. E. de la Charme. 

— 8. M. E. Blanc. — 9. M. F. Siébcr. — 10. M. Moreau-Chaslon. — 
II. M. C. Blanc. — 12. M. J. Prat. — i3. M. G. Ledat. — 
14. M. P. Donon. — i5. M. L. André. — 16. M. Maurice Ephrussi. 

— 17. M. Et. Fould. — 18. M. Michel Ephrussi. — 19. M. L. Delûtre. 

— 20. Baron Demarçay. — 21. M. Deschamps. — 22. Comte Le 
Marois. 




Moi 



Groupe des propriétaires qui ne sont pas membres du Joekcy-Club, 



Groupe des propriétaires qui ne sont pas membres du jockey-Club. 




' ^o^^ -" . 

^ ^ ^y^ 




PROFILS DE SPORTSMEN. 253 

gristrer les succès des lauréats de l'écurie Worms-Du Bos, dont 
Mitchell soignait l'éducation et dont Andrews guidait les pas... 
à travers les plus périlleux obstacles. 

Le premier nuage gris dans ce ciel bleu fut l'arrivée du grand 
jockey J. Jones, mandé d'Angleterre pour remplacer Andrews, 
dont l'engagement était expiré. 

Ce Jones, à ce moment, était à moitié fini comme artiste de la 
cravache ; il s'était senti décliner dans son pays : c'est pour cela 
qu'il avait songé à venir en France nous servir les mauvais 
restes de sa carrière. 

J. Jones ne gagna pas un seul prix pour l'écurie Du Bos, qui 
se liquida, pour se reformer sur de nouvelles bases. 

La nouvelle association se composait, avec le titulaire, de 
MiM. Gordon-Bennett, Ridgway, Robert Hennessy, Jean Jou- 
bert, Serge de Morny. 

L'écurie semblait formidable avec un escadron de premier ordre, 
formé de Newmarket, Jupiter, Lyonnais, Défilé et Palamède. De 
ces cinq athlètes un seul est resté sous les armes : Newmarket. 

Cependant Newmarkei et Jupiter avaient pris les deux pre- 
mières places dans la Grande Course de Haies d'Auteuil!... 

Mais ces vaillants coursiers, par le succès marqués, 
Presque ensemble un beau jour s'arrêtèrent claqués ! 

Ah ! le claquage, le terrible claquage ! quel fléau dans une écurie ! 

Jupiter, qui promettait de devenir le meilleur sujet de son 
année, s'éclipsa après un modeste gain de 3ooo francs. Lyonnais^ 
qui avait rapporté 25ooo francs alors qu'il était simplement 
loué à M. Delâtre, ne gagna plus qu'un prix de 12000 francs 
après que celui-ci l'eut vendu 26000 francs, et disparut à son 
tour de la lice. Palamède et Déjîlé eurent le même sort. 

Ce qui fait que, malgré tout, l'écurie Du Bos retrouvera cer- 
tainement sa < belle » , c'est qu'elle est conduite par un sportsman 
sage et expérimenté, ménageant ses chevaux et soucieux de ne 
courir que lorsqu'il se croit une chance. 

C'est à la fois de ma part une prophétie et un souhait. 



254 LES COURSES DE CHEVAUX. 

X 

M. JEAN PRAT 

M. Jean Prat, qu'il faut ranger dans la catégorie des jeunes si 
Ton s'en réfère à son extrait de baptême, fait déjà partie du 
groupe des anciens, — je ne dis pas des vétérans, — à prendre 
ses états de service. Ses premiers pas dans la carrière datent, en 
effet, de 1867. Il avait acheté à Tours, dans un prix à réclamer, 
une jument de M. Delàtre, La Cagnotte^ et la monta lui-même 
à Marseille, dans le prix des Phocéens, où il arriva troisième; 
peu après, il enlevait une Poule de Hacks à Carcassonne, en 
selle sur Feu Grégeois : tels furent ses débuts comme proprié 
taire et comme gentleman-rider. 

En 1868, au bel âge de sa majorité, M. J. Prat concluait une 
association pour trois années avec MM. Double et Maurel, sous 
le pseudonyme de « capitaine Henriot ». L'écurie était installée 
à Mazargues, près Marseille; elle se composait de sept ou huit 
chevaux, sous la direction de G. Haight, qui cumulait les fonc- 
tions d'entraîneur et de jockey. Le crack en fut Adour, qui gagna 
une quarantaine de mille francs pendant cette période, somme 
assez importante pour l'époque, en province surtout. M. J. Prat 
eut le plaisir de conduire lui-même Adour à la victoire, d'abord 
dans le prix des Pins Francs à Bordeaux, puis dans le prix des 
Dames à Bade, la dernière année où un gentleman français ait 
paru sur l'hippodrome d'Iffenzheim (1869). 

Après la guerre, l'association Prat-Double-Maurel fut dissoute 
et M. J. Prat en reprit la suite pour son compte personnel. Il 
s'installa provisoirement à Montredon, dans la banlieue de Mar- 
seille également, avec une denTi-douzaine de chevaux, parmi les- 
quels le vieil Adour seul lui rendit encore quelques services. Peu 
après, il dut renoncer à monter en courses : le poids, l'inévi- 
table poids, le forçait à une retraite prématurée. Sa carrière de 
rider avait peu duré, mais elle avait été très brillante, puisque 



y*' 



PROFILS DE SPORTSMEN. 255 

sur dix-sept montes il était arrivé neuf fois premier et quatre 
fois placé. Il avait gagné une de ses dernières courses dans des 
conditions assez amusantes. 

Un sien ami, qui lui confiait d'ordinaire ses représentants, 
avait cette fois donné la préférence au crack gentleman de la 
région, le comte F. de David-Beauregard, le propriétaire, qui 
méritait du reste à tous égards sa réputation de fine cravache. 
Le champ était assez nombreux; suivant sa tactique accoutumée, 
M. de Beauregard avait filé résolument en tête et bientôt il avait 
mis ses adversaires en difficultés plus ou moins sérieuses. Un 
coup d'oeil par-dessus Tépaule, à l'entrée de la ligne droite, lui 
avait montré le désarroi des deux ou trois concurrents qui le 
suivaient de plus près; les autres paraissaient ne plus exister 
depuis longtemps. M. de Beauregard ralentit alors un peu son 
cheval. Fatale confiance ! Tout à coup surgit en dehors, dans un 
rush irrésistible, un assaillant inattendu : c'était M. J. Prat, qui, 
connaissant bien le jeu de son rival, avait attendu jusqu'au der- 
nier moment, avec une patience de Peau-Rouge, et venait le sur- 
prendre dans sa quiétude et le battre d'une encolure, sur le 
poteau. Jugez de la consternation des tenants du favori, de 
l'ennui du propriétaire et de la honte du cavalier tout penaud 
d'être tombé dans cette ruse de bonne guerre. 

En 1872, à la suite d'un incendie de ses écuries, M. J. Prat 
abandonnait Montredon et transportait sa cavalerie à Ibos, près 
de Tarbes, sous la direction de Flatman. Cette nouvelle instal- 
lation subsista jusqu'à la fin de 1874. Le Champi, dont le très 
réel mérite était malheureusement paralysé trop souvent par les 
effets d'un détestable caractère, fut, avec Mansart, le meilleur de 
la maison pendant cette période triennale. 

A partir de 1875, M. J. Prat, renonçant aux avantages plus ou 
moins hypothétiques de la circonscription du Midi, se fixait défi- 
nitivement à la Croix Saint-Ouen et créait, en bordure de la forêt 
de Compiègne, un établissement d'entraînement dont l'augmen- 
tation progressive devait suivre une marche parallèle au déve- 
loppement de l'écurie. 



256 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Deux produits du haras de Montfort, issus tous deux de 
Monitor II et Fluke, Faisane en 1876 et Faisan en 1878, faisaient 
triompher pour la première fois, dans de grandes épreuves clas- 
siques, les couleurs de M. J. Prat. Faisane^ à deux ans, rempor- 
tait, entre autres courses, le Grand Critérium International de 
Dieppe et le Prix de la Salamandre à Chantilly, et gagnait 
63 000 francs d'argent public. Faisan, vainqueur des Hamilton 
Stakes et des Rolis Stakes à Brighton, n'avait peut-être pas 
autant de classe que sa sœur aînée, mais il montra plus de résis- 
tance, car la carrière de Faisane se limita à peu près à son 
année de deux ans. Il était ^/er remarquable, et son plus grand 
tort a été de se heurter, dans le prix de la Forêt, à un spécialiste 
comme Phœnix\ il eut du moins, en cette rencontre, l'honneur 
de finir devant Swift, jusqu'alors invincible. 

Depuis i885 l'entraînement est confié à Clout, qui a succédé 
lui-même à Th. Brown, lequel avait remplacé Flatman en 1882. 

Les chiffres de ces trois dernières campagnes constatent une 
progression constante; celle de 1889, notamment, a été des plus 
fructueuses : 

1887. ... i5 chevaux. ... 94 212 fr. 

1888. . . . 18 chevaux. . . . ii8 462fr. 5o 

1889. ... 18 chevaux. . . . 206 046 fr. 

Cette progression est d'autant plus digne de remarque que 
M. J. Prat tire maintenant de son propre fond les ressources de 
son écurie de courses. Son haras de Bel Ébat, simple ferme qui 
fait vis-à-vis au grand établissement de M. Edmond Blanc à la 
Celle-Saint-Cloud, entretient une douzaine de poulinières et un 
étalon, Faisan. Il date de 1877. L'amélioration graduelle de sa 
production est manifeste, elle montre bien de quelle importance 
est l'acclimatement des reproducteurs. Avec des éléments pri- 
mitifs qui n'ont rien d'extraordinaire, M. J. Prat a beaucoup 
mieux réussi que d'autres à grands frais d'importations coû- 
teuses. Faisan fait des chevaux qui galopent. Folie, Phocéen, 



PROFILS DE SPORTSMEN* 267 

Prophète^ Caîchas en témoignent, et ce sont encore les juments 
sélectionnées dans le lot de la Croix Saint-Ouen qui constituent 
les meilleures mères du stud de Bel Ébat, — Prospérité^ Na- 
vette III, Feuille de Frêne, Chauve-Souris , — cette dernière 
morte en 1889, malheureusement. 

Entraînement et stud sont également surveillés de très près 
par M. J. Prat, et « Toeil du maître » est pour beaucoup dans la 
prospérité de cette entreprise en partie double, qui comprend 
Téleva'ge et Técurie de courses. La moyenne des mises-bas com- 
parativement aux saillies est à citer sous ce rapport. Pour ces 
quatre dernières années, on trouve : en i885, sur 12 juments 
saillies, 10 pleines; en 1886, sur g juments saillies, 7 pleines; en 
1887 et 1888, sur 10 juments saillies, 9 pleines. 

Le résumé de ces états de service dénote chez M. J. Prat un 
esprit de suite et de méthode indispensables dans cette carrière 
d'éleveur, dont le propre est de récolter, à si long terme, des 
semailles trop lentes à germer au gré des impatients. Cet homme 
d'une courtoisie, d'une affabilité parfaites est en effet un éner- 
gique et un persévérant, et si les succès de ses couleurs ren- 
contrent toujours un accueil très sympathique, c'est qu'il apporte 
dans la direction de son écurie la fermeté et l'absolue correction 
qui caractérisent sa personne. 

Une main de fer sous un gant de velours.... 



XI 



M. EDMOND BLANC. 

M. Edmond Blanc est actuellement propriétaire d'un des éta- 
blissements d'élevage les plus importants que nous ayons en 
France. — Il n'a pas eu, en 1889, moins de quarante naissances 
à ses deux haras de Villebon et de la Celle-Saint-Cloud. — On 
peut dire qu'il a goûté à tous les sports et, chose rare, pour tous 
il a déployé les mêmes goûts et les mêmes aptitudes. On pour- 
rait dire qu'il s'est passionné pour chacune de ses entreprises, si 



258 LES COURSES DE CHEVAUX. 

la passion consistait en une étude approfondie et poussée à ses 
plus extrêmes limites. Qu'il s'occupe de yachting* ou de courses 
de chevaux, il recherche la perfection, la première place : le plus 
beau vapeur ou le plus bel étalon. Il veut de riches semences 
pour de grosses récoltes, et, comme il est à même de largement 
semer, il n'hésite pas à garnir ses sillons non seulement de ce 
qui se change en fruits, mais encore de ce qui se change en art. 
N'est-ce point en effet un art véritable que la production d'un 
beau cheval, et l'éleveur n'a-t-il pas les joies de Pygmalion épris 
de la statue qu'il veut dérober aux regards des mortels? Les 
ignorants des joies et des difficultés de l'élevage s'imagineront 
que je veux plaisanter et que mes images sont outrées. Oh que 
non! Qu'est-ce que c'est donc que l'élevage?... S'imagine-t-on, par 
hasard, qu'il suffit de posséder un étalon payé très cher et de 
l'allier à des poulinières illustres pour laisser faire le reste à la 
nature? Cela ne serait vraiment pas assez et le rôle de l'intelligence 
humaine serait ainsi tellement effacé, qu'elle n'y trouverait plus 
aucun plaisir et n'en recueillerait aucun charme d'amour-propre. 
Certes il faut l'avoir le bel étalon ; mais s'il est à la portée de 
toutes les bourses un peu bien garnies, il faut, pour le discerner, 
l'œil du fin connaisseur, comme il faut au véritable amateur ce 
je ne sais quoi doublé d'un grand flair qui lui met dans les mains 
les plus belles pièces d'une collection. Un bon cheval existe, 
mais où est-il, ce diamant pur qui n'a pas l'air plus brillant qu'un 
autre de sa taille, mais qu'on peut voir à la loupe sans l'atome 
d'un défaut? Le connaisseur le sait et ramène Energy^ un vain- 
queur de Tristan. Est-ce tout dire? Pas tout, car il faut ajouter 
à sa gloire seize prix sur trente-sept. En ramenant en France le 
sang de, Sterling, M. Edmond Blanc a fait preuve évidemment d'un 
jugement très sûr, et il suffit d'étudier sa façon de comprendre 
les croisements et d'unir les bons courants de sang pour se pé- 
nétrer des services qu'il peut rendre à la commission du Stud. 
Book dont il fait partie. Il a été fait chevalier de la Légion d'hon- 
neur en 1887. A peine à ses débuts, la fortune s'est hâtée de lui 
sourire comme pour l'inviter à se lancer encore plus hardiment 



PROFILS DE SPORTSMEN. 269 

dans la carrière. Nubienne, il y a dix ans, lui avait gagné le prix 
de Diane et le Grand Prix de Paris ; Clover vient de compléter sa 
collection de belles victoires en lui enlevant le prix du Jockey- 
Club. Le voilà donc blasé peut-être sur les lauriers français et je 
ne serais pas étonné qu'il tournât ses ambitions de l'autre côté 
du détroit pour y rendre notre élevage conquérant, comme au 
beau temps des Lagrange et des Lupin. 

C'est sans bruit et sans tapage qu'il se prépare à ces luttes 
nouvelles, ayant à l'entraînement, à Newmarket, ses produits les 
plus estimés. Nous n'avons pas gagné le Derby d'Epsom de- 
puis Gladiateur. Qui sait ce que nous ménage la descendance 
d' Energy ! 

XII 

LE PRINCE D'ARENBERG ET LE COMTE DE JUIGNÉ. 

Deux noms qu'il est difficile de séparer, parce qu'ils appar- 
tiennent à deux inséparables du turf. Les électeurs de 1889 les 
ont renvoyés à la Chambre, où ils sont deux des représentants 
distingués du parti conservateur. La politique et le turf ne les 
empêchent pas de s'intéresser à tout ce qui est art, et le prince 
d'Arenberg fait partie, je crois, de la commission chargée de 
choisir les objets de sculpture qu'on donne en prix à Longchamp. 

Les deux associés de la casaque orange et rouge, qu'une sym- 
pathie réciproque eût infailliblement rapprochés en dehors des 
questions d'intérêt, ont débuté sportivement en 1867. Leur pre- 
mier succès date de 1876, où, ayec Jongleur, leur meilleur pro- 
duit, ils gagnèrent en France le Grand Critérium et le prix de 
Condé, et les Criterion Stakes à Newmarket. L'année suivante, 
Jongleur enlevait la Grande Poule des Produits, le prix du 
Jockey-Club et le prix Royal Oak; il arrivait second dans le 
Grand Prix de Paris, battu par Saint-Christophe, qui certes ne 
le valait pas. Envoyé en Angleterre, il gagnait les Select Stakes 
et le Cambridgeshire. 



26o LES COURSES DE CHEVAUX. 

. A quatre ans, Jongleur était vainqueur du Biennal, des prix 
d'Apremont, de Dang-u, de Deauville et d'Ispahan, rapportant 
ainsi dans sa carrière de courses 870000 francs d'argent public. 
Quelque temps après, en prenant un galop d'exercice, il s'enfon- 
çait un clou dans le sabot et mourait du tétanos. Si j'insiste 
autant sur Jongleur^ c'est que ce fut une grosse perte pour 
le haras, car il était le vrai type de l'étalon, d'une noblesse rare 
avec des membres irréprochables, et il n'est pas possible de 
prévoir ce qu'il aurait pu donner. 

L'associé du prince d'Arenberg possédait dès sa jeunesse 
toutes les qualités requises pour bien diriger une écurie de 
courses : d'abord une grande sûreté de jugement pour deviner 
les qualités des jeunes poulains : il l'a prouvé en achetant .autre- 
fois Montargis, et plus récemment la pouliche Bigorre, dont les 
excellents débuts à deux ans se spnt confirmés à trois ans. Il a 
aussi une entente parfaite de l'entraînement et sait à première 
vue quand ses chevaux sont en forme. Il les engage avec beaucoup 
de discernement et nul n'a mieux que lui le secret de faire une 
bonne récolte en province. J'ajoute qu'il s'entend à merveille à 
donner les ordres à ses jockeys et que plus d'une course gagnée 
a été due à la précision avec laquelle il a fait monter le vainqueur. 

J'ai visité presque tous les haras de France et une bonne par- 
tie de ceux d'Angleterre; je n'ai trouvé nulle part une instal- 
lation aussi confortable, aussi complète, aussi pratique et 
à la fois aussi simple qu'à Bois-Rouaud, la propriété de M. le 
comte de Juigné. On reconnaît la main du sportsman expéri- 
menté, de l'homme connaissant le cheval. 

En 1887, MM. de Juigné et d'Arenberg faisaient au Tattersall 
la vente complète de leur écurie, avec l'intention manifeste de se 
retirer des courses. Mais personne à ce moment n'avait pris au 
sérieux leur détermination. On savait que, pour s'éloigner défini- 
tivement de la scène hippique, il faut n'y avoir pas cueilli les 
lauriers dont les deux associés avaient fait une moisson, et n'y 
pas jouir comme eux d'une considération et d'une popularité 
bien méritées. Ce n'était pas sérieux. 



I 



PROFILS DE SPORTSMEN. s6l 

MM. de Juigné et d'Arenberj ont eu a leur senice les meil- 
leurs entraîneurs, Henrj' Jennin^s, Charles Pratt, et les meilleurs 
jockeys. Carrait, Rolfe et Hartley. Ainsi que c'était facile à pré- 
voir, les deux associés n'ont fait, il y a quatre ans, qu'une simple 
vente de réforme, ce qui est le cas de toute écurie bien menée, 
■ Je me rappelais à leur sujet l'histoire de ce grand financier qui 
s'était dit un beau jour : t Pourquoi ne vendrais-je pas mon hôtel 
avec tous les objets d'art qui le meublent? > On se lasse de tout. 
Il se croyait lassé. A peine l'affaire faite, il eut la nostalgie des 
choses qu'il avait le plus aimées et dont il avait cru pouvoir se 
séparer sans douleur. Il paya le double pour reconquérir ce qu'il 
avait vendu. 

MM. de Juifrnè et d'Arenberg, n'étant pas à l'abri des sugges- 
tions de ce genre, ne firent qu'une fausse sortie. De nouveaux 
succès les attendaient d'ailleurs sur nos hippodromes et sur les 
hippodromes belges, où Tantale a fourni une assez fructueuse 
carrière. Les deux associés ont depuis renforcé leur production, 
ce qui fait que Bois-Rouaud reste un de ces étabhssements 
qu'un pays comme le nôtre ne saurait perdre sans un grand pré- 
judice pour les intérêts de son élevage. 




©■R i. 




CHAPITRi: XI 

PROFILS D'ENTRAINEURS ET DE JOCKEYS 



liENRY JENNINUS 

Je Sténographie un petit bout de conversation du doyen dta 
entraîneurs, surnommé ■ le vieux chapeau ». Je reproduis fidèle- 
ment les sons qui me parviennent, ("est une langue extrêmc- 
m8nt bizarre, qui peut tenir sa place entre le chinois et le 
zoulou. 

Un des propriétaires s'approche timidement et le questionne 

• Eh bien ! Jennings, que pensez-vous du cheval ? > 
Jennings relève son grand chapeau, qu'il rejette en arrière, 
secoue la tête comme un chien qui se cherché une puce à 
l'épaule, disperse, en se grattant, les cheveux d'une mèche qui 
folâtre au milieu de son front, et... écoutez-le : 



264 LES COURSES DE CHEVAUX. 

« Et puis, tu sais.... Tcha! tcha! tcha!... Vous très fort.... 
Oua! oua! oua!... Et puis... ça m'est égal.... Vous faites comme 
vous voulez. Tcha! tcha! tcha!... Et puis, le cheval.... Oua! 
oua! oua! » 

La plupart du temps l'interlocuteur a l'air de comprendre et 
s'en va satisfait. 

Henry Jenning-s est un millionnaire ; il en profite pour s'aban- 
donner à toutes les divagations de son caractère extrêmement 
fantasque. 

Il débuta en France au service du vieux Thomas Carter, qui 
l'avait engagé en même temps que son frère Carter. Il devint 
son jockey. Le nom de Thomas Carter se rattache à la nais- 
sance de nos courses. Alors qu'il était au service de Lord Sey- 
mour, à la Porte-Maillot, n'ayant pas encore trouvé la com- 
pagne de son choix, il avait fait venir sa sœur pour tenir la 
maison. Mlle Carter aida son frère en révélant des qualités 
solides de ménagère, qu'elle devait mettre plus tard au service 
de son mari. Elle ne tarda pas, en effet, à devenir Mme Henry 
Jennings, « madame Henry >, comme l'appelaient les garçons 
d'écurie, qui l'avaient en vénération. 

Jennings se plaça bientôt comme entraîneur chez le prince 
Marc de Beauvau. Il eut ensuite la direction des écuries Beau- 
vau-Komar, baron Nivière, Nivière et Lagrange. C'est pen- 
dant cette période qu'il eut tant de peine à s'entendre avec son 
frère. 

Le comte de Morny l'appela ensuite à diriger son écurie. 11 
entraîna, à la mort de ce dernier, pour MM. de la Charifie, 
Delâtre, Nanquette, André, Aumont, le comte de Juigné et le 
prince d'Arenberg. Parmi tous ces propriétaires, il n'en est pas 
un qui n'ait rendu justice aux qualités de tête et de cœur de 
Mme Jennings. Elle apportait la plus grande aménité dans ses 
rapports avec les patrons de son mari et ses employés. Toutes 
les fois que Henry Jennings, par la bizarrerie de son caractère, 
avait fait des mécontents, la bonne humeur et la bonne grâce de 
Mme Jennings savaient les ramener. 



PROFILS d'entraîneurs ET DE JOCKEYS. 205 

On lui demandait son appréciation personnelle sur les chevaux, 
et bien qu'elle la donnât avec une réserve calculée pour ne pas 
empiéter sur les prérogatives de son mari, on y attachait du 
prix. 

Elle personnifiait la femme de l'entraîneur, compagne indis- 
pensable de l'homme actif chargé de la direction d'un grand éta- 
blissement de courses. 

Si le métier d'entraîneur est un métier lucratif, faisant prendre 
à celui qui l'exerce le chemin de la fortune, dont s'écarte sou- 
vent en même temps le propriétaire son maître, il faut que 
l'ordre et la tenue régnent dans la maison, grâce à la main 
exercée et à l'œil vigilant d'une ftiénagère habile. Sans cela, le 
coulage emporte les bénéfices et l'homme arrive au bout de sa 
carrière sans avoir fait d'énonomies et sans avoir mis ses der- 
nières années à l'abri du besoin. 

La femme de l'entraîneur est pour plus de moitié dans le 
succès d'une écurie. C'est elle qui par son exemple répand au 
logis le charme de la vie réglée. C'est elle qui assure le confort 
d'un personnel difficile à mener. C'est elle qui préserve des 
tentatives funestes d'une bande corruptrice le mari que son 
influence rappelle au foyer. C'est elle qui intercède en faveur 
des coupables et atténue la sévérité du maître. C'est elle qui. 
avec un tact parfait, sans oublier la distance qui sépare l'entraî- 
neur des propriétaires, reçoit ces derniers en les entourant de 
raille prévenances qui les disposent à l'indulgence et à la philo- 
sophie, si nécessaires dans une carrière semée de déboires. 

Henry Jennings fut très affligé au moment où il perdit sa 
femme, morte à l'âge de soixante-quatorze ans. 

Comme tous les propriétaires qui avaient usé de ses services 
ont fini par s'en lasser, il possède maintenant des chevaux pour 
son propre compte, et naturellement les conduit à sa fantaisie, 
qui n'est pas mince. 

Probablement en souvenir de ses commencements, il s'ima- 
gina, il n'y a pas longtemps, d'entraîner ses chevaux dans le Bois 
de Boulogne, au risque de les voir venir en contact, dans leurs 



206 LES COURSES DE CHEVAUX. 

galops, avec de paisibles promeneurs à pied ou à cheval. Il 
causa des accidents, notamment un matin où l'un de ses pou- 
lains, Young-George, bouscula un buggy, le démolit et se démolit 
lui-même. 

Jennings avait vendu son établissement de la Croix Saint-Ouen, 
où une surprise plus grande encore que celles qui les avaient 
étonnés, était réservée à ses voisins. 

On ne tarda pas à apprendre qu'il se remariait avec des pro- 
messes de paternité instantanée. Il épousait une toute jeune 
fille, sa nièce, confiée à sa garde. Dernièrement il a quitté la 
France pour aller s'installer définitivement en Angleterre. Com- 
bien de temps y séjoumera-t-il? Nul ne le sait, pas même peut- 
être son Old-Hat. 



II 



CORNILLET 

L'Asmodée des courses : c'est lui qui soulève la nuit les toits 
des écuries de Chantilly pour épier le sommeil des chevaux. Il 
est à la fois Asmodée est Ahasvérus. Sa légende est calquée sur 
celle du Juif Errant. Dès son enfance il fut condamné au mou- 
vement perpétuel ; je ne sais si l'on y ajouta l'immortalité : je le 
voudrais, attendu que Cornillet est un homme précieux, qui sera 
difficilement remplacé sur le turf! — Marche! marche! Cornillet! 
lui a crié le génie des pistes. 



GROUPE DES ENTRAINEURS. 

I. George Cunnington. — 2. Tom Cunnington. — 3. Tom Hurst. — 
4. Denmam. — 5. R. Count. — 6. Carratt. — 7. Stripp. — 8. Lynham. 
9. Ch. Cunnington. — 10. T.-R. Carter. — 11. F. Carter. — 
12. G. Rothera. — i3. A. Archer. — 14. R. Carter. — i5. W. Clout. 
— 16. Laisnel. — 17. Ch. Pratt. —18. T. Carterneveu. — ig. Webb. 



Groupe des cnlraineure. 







A ^ 7 / 



I ^ 









PROFILS d'entraîneurs ET DE JOCKEYS. 26g 

Et depuis ce temps Cornillet n'a jamais cessé d'être en route 
entre Paris et Chantilly, entre Chantilly et Compiègne, entre Paris 
et Epsom. Il a été un précieux collaborateur pour les journaux 
hippiques, le Sport et \q Jockey. Tous les hippodromes de Paris 
l'ont vu, tous les commissaires le connaissent, tous les jockeys, 
tous les entraîneurs lui font bon accueil. 



III 



A.-E. DODGE 



Au point de vue de ses mérites tout le monde est d'accord. 
C'est la première cravache de France. Nul mieux que lui ne 
monte dans une course, ne sait ce qu'il fait dans une course 
et ne finit une course. L'énergie de Dodg-e est proverbiale ; 
il semble que, quand la lutte l'exige, il tire de son cheval ce 
qu'un autre n'en tirerait pas. Il méduse ses adversaires quand 
il les rejoint à quelques mètres du poteau ; il s'en empare 
comme d'une proie terrifiée ; il leur arrive sus comme un oura- 
gan et les avale comme un œuf. Le petit public des courses, qui 
a de l'esprit, avait donné à Andrews, le jockey de steeple-chase, 
le surnom de Crocodile, sans doute parce qu'il engloutissait 
ses concurrents dans sa terrible mâchoire. Dodge a été bien 
autrement crocodile qu'Andrews. Tout au moins il l'a été plus 
souvent. 

Que de courses il a gagnées d'une tête et de la tête! En 
1888 notamment, il remporta d'une courte tête le«prix du Prifice 
de Galles sur Brisoîer et le prix de Seine-et-Marne sur Bavarde 
— sans parler du prix de Diane et de l'Omnium enlevés sur 
Solange et Dauphin^ mais sans effort. La qualité dominante de 
Dodge, à mon sens, c'est la condition — comme on dit en 
escrime; il est toujours en armes, en muscles, si vous aimez 
mieux. Aussi, quand il s'agit de l'effort final, est-il en parfaite 
possession de son souffle, qui fait défaut à ses rivaux, aussi forts 



270 LES COURSES DE CHEVAUX. 

peut-être, mais moins régulièrement exercés. Dodge est lourd : 
en hiver, il pèse beaucoup plus que son poids, et on n'imagine 
pas le travail effréné auquel il doit se soumettre pour arriver à la 
mesure réglementaire. 

J'ajoute que comme Dodge est un soigneux de sa personne et 
qu'ayant gagné pas mal d'argent, il tient à en jouir le plus long- 
temps possible, il évite, pour se maintenir en condition, de 
recourir aux moyens factices. Il aime mieux se donner beaucoup 
de mal et se faire moins de mal. Il n'admet ni les trop grandes 
suées d'une marche rapide, ni les suées du Hammam, ni surtout 
les médecines. 

Il a vingt-neuf ans et n'a jamais monté avec un gramme de plus 
que son poids. Comment fait-il?... C'est le mouvement perpétuel. 
Il monte à l'exercice à ses deux promenades, chasse, marche, 
grimpe sur un bicycle. 

Dodge ne se fait pas les revenus fabuleux d'Archer. Mais on 
peut bien évaluer à une cinquantaine de mille francs par an le 
produit de ses montes. Il reconnaît la supériorité de ses grands 
confrères d'outre-Manche, mais seulement sur les courtes dis- 
tances. Ils ne font que cela tous les jours et, dame! plus on 
monte, mieux on monte. Mais pour les longues distances nos 
jockeys n'ont rien à redouter. J'évalue à cent cinquante les 
montes annuelles de Dodge. Il a piloté 48 vainqueurs en 1888 et 
45 en 1887. Il a été particulièrement heureux pour certains pro- 
priétaires, notamment pour M. Robert Hennessy. 

lia commencé comme apprenti en Angleterre, chez Peter Price, 
à Newmarket. 

Il y a débuté comme jockey pour MM. Tattersall, courant 
sous le nom de Sammerville. il a monté aussi pour M. Bowes et 



GROUPE DES JOCKEYS. 

1. Rolfe. — 2. Horan. —3. Kearney. — 4. Bridgeland. —5. Moussct. 
— 6. Dodge. — 7. Lanc. —8. Hartley. — 9. Mitchell. — 10. Bartho- 
loraew. — II. Hopkins. 




Groupe des jockeys. 



Groupe des jockejs. 



PROFILS D ENTRAINEURS ET DE JOCKEYS. 27^ 

pour M. Michel Innés. Il arriva second dans le Derby d'Ep- 
som, sur Glen Arthur, au capitaine Alexander. Il débutait à 
l'époque des Cannon, des Archer, des Constable, des Fordham, 
des Newhouse. Pendant cinq ans il se démena au milieu 
de ces célébrités et tira bien son épingle du jeu. Il gagna 
beaucoup de prix, et notamment les Chamant Stakes, le prix du 
Prince de Galles à Ascot, un prix d'une centaine de mille francs ; 
le July Handicap à Newmarket, le Great Northern Handicap à 
York, le Manchester Cup, avec Polonaise, à M. Bowes. C'est à ce 
moment que Th. Jennings l'engagea pour l'écurie du comte de 
Lagrange. 

Il avait eu bon coup d'œil. Dodge est resté au service du pro- 
priétaire de Gladiateur jusqu'à sa mort. Il entraînait pour lui en 
dernier lieu. Chose bizarre, il n'a jamais gagné le prix du Joc- 
key-Club, ni le Grand Prix de Paris. Mais il a collectionné pres- 
que toutes les autres grandes timbales. Il a gagné trois fois le 
prix de Diane sur Frégate, Bavarde et Solange; trois ou quatre 
fois le prix de la Forêt sur Azur et Castillon; trois fois le prix 
Gladiateur; deux fois la Poule d'Essai; deux fois le prix d'Oc- 
tobre; deux ou trois fois le prix du Prince d'Orange. 

En même temps que sa profession de jockey, Dodge a continué 
à exercer celle d'entraîneur. Il a iQué Neaufles et les anciennes 
pistes d'entraînement du comte de Lagrange, qui en sont voisines. 
Il a bâti là des boxes pour trente-sept chevaux de courses, une 
trentaine pour des poulinières et des poulains. A Neaufles, il a 
élevé Brillant et Reims ; il y loge actuellement une dizaine de 
poulinières et plusieurs yearlings. Il élève aussi des bœufs : de 
cent vingt à cent cinquante à Neaufles et une quarantaine dans 
une propriété particulière qu'il a récemment achetée entreGisors 
et Try-Château, qui s'appellera le haras de Gisors. 



iB 



274 LES COURSES DE CHEVAUX. 



IV 



HARTLEY 



Encore un enfant g-âté du public, un jockey très populaire. Il 
y a des fanatiques de la monte de Hartley, comme il y en a de la 
monte de Dodge, ou de Rolfe, ou de Bridg-eland ou de T. Lane 
ou du petit French. Il mérite bien aussi sa réputation. Il n'était 
pas précisément né pour son métier. Hartley a commencé par 
être typog^raphe. Apprenti à Manchester, il alignait des carac- 
tères du matin au soir à la lueur fumeuse du gaz. Le plein air 
le tentait. Je ne sais si c'est en composant des articles de sport 
que sa vocation s'est déclarée et s'il a été séduit par les exploits 
des grands jockeys de son pays; mais à dix-neuf ans il re- 
nonçait aux casses de l'imprimerie pour les boxes d'une 
écurie de courses. Ça ne lui a pas mal réussi. Glissons sur ses 
débuts en Angleterre chez Th. Jennings : c'est en France qu'il a 
fait vraiment son chemin et qu'il est devenu premier sujet, au 
point de recevoir 8000 francs pour sa seconde monte, retenue par 
le baron de Rothschild. La première appartient à MM. d'Aren- 
berg et de Juigné. 

Hartley est un consciencieux, un laborieux et un économe. 
Gendre de Charles Pratt, il s'est fait construire à la Morlaye une 
maisonnette anglaise contre un mur mitoyen de son beau-père. 
II a gagné le prix du Jockey-Club sur Monarque; il a monté 
Plaisanterie dans ses deux victoires, le Césaréwitch et le Cam- 
bridgeshire. Il a bien marché, l'ex-jeune typo, et son bas de 
laine est gonflé de ses économies et des cadeaux qu'il a reçus. 
Il est peu dépensier et sera vite riche, car c'est une vraie fourmi. 
Je me souviens qu'une année on l'avait taquiné à Deauville, en 
îui racontant qu'il était descendu dans l'hôtel le plus cher de la 
plage et qu'on allait l'écorcher vif. Cette perspective empoison- 
nait son séjour, et on ne s'imagine pas à quel point l'addition de 
Damoclès le rendait soucieux. 



PROFILS d'entraîneurs ET DE JOCKEYS. 278 

Ils font rapidement leur pelote les bons jockeys. Pour un oui 
ou pour un non, on ajoute un billet de mille ou de cinq cents 
au prix de leur monte. Dans la joie du triomphe, ça ne coûte 
rien. J'ai remarqué que Hartley était assez sensible aux larg-esses 
de ses maîtres : les hommes intéressés n'admettent que les 
hommes généreux. Il a déjà eu beaucoup d'accidents. Mais pour 
être un peu fait maintenant de pièces et de morceaux, il n'en 
est pas moins solide. 

Sa dernière chute a été fort grave, en 1888, pendant la semaine 
du Grand Prix. Nogaret, le cheval qu'il montait, est tombé 
presque en tête du peloton et il a culbuté. Une dizaine de che- 
vaux lui ont passé sur le corps. Au moment où il roulait à 
terre, il s'était pelotonné comme un lièvre qui déboule, la tête 
ramassée dans les mains. Malgré cela, il avait été touché au bras 
gauche et à la tête. Quand il se releva, sans avoir perdu connais- 
sance, il fut obligé de tenir son bras qui pendait, fracturé en 
deux places, et un jet de sang jaillit immédiatement de sa tête. 
Deux gardiens de la paix s'approchèrent alors et lui propo- 
saient de le faire transporter en civière. 

« Ce n'est pas la peine, leur dit Hartley, j'irai à pied jusqu'au 
pesage. Tout ce que je vous demande, c'est de me placer entre 
vous, comme un voleur, et d'empêcher que personne ne me 
frôle. > 

C'est ainsi qu'il fut remis entre les mains de chirurgiens habiles 
et qu'il n'y a plus trace de l'accident qui l'avait cloué si long- 
temps à la Morlaye. 

Quand on lui demande s'il a beaucoup souffert : 

« Oui, dit-il, de l'ennui de ne pas monter! » 

Il a repris son service plus vite que ne le voulaient les méde- 
cins, et a gagné la première fois qu'il s'est remis en selle. 

Hartley n'a jamais donné sujet à la moindre plainte. Il jouit 
d'une excellente réputation. 

Il est aussi parmi ceux qui se maintiennent en condition. Au 
moment où la saison commence, il dit : « Ce n'est pas tout que 
les chevaux soient bien entraînés, il faut que je le sois aussi. » 



276 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Et régulièrement il fait ses 20 kilomètres à pied après son 
déjeuner. 

Le public commence li connaître ces détails : il sait qu'il y a 
des circonstances où c'est moins souvent le cheval qui est jîm 
que l'homme qui le monte, et il risque plus ou moins d'argent 
selon que l'animal et le cavalier annoncent des qualités qui se 
complètent 

Il y a certainement bien des courses perdues par manque de 
condition du jockey. Un entraîneur habile devrait veiller à cela. 
Sous ce rapport, avec Hartley, on peut être tranquille, on ne le 
trouvera jamais en train de faire la sieste à l'heure de son 
exercice. 




CHAPITRE XII 

LE HANDICAPEUR, LE JUGE ET LE STARTER 



LE HAXDICAPEIR. 

Le handicapeur est un fonctionnaire rétribué par les sociétés 
et chargé d'équilibrer par les poids les chances de chevaux d'un 
mérite différent dans des courses appelées handicaps. Le handi- 
cap est un mot qui n'a jamais été clairement défini. Sa traduction 
littérale est : la main dans la casquette. 

Il est probable qu'à l'origine le handicapeur sortait d'un cha- 
peau, au hasard, les chevaux dont il avait à fixer le poids. 

Tout n'est pas roses dans le métier de distributeur de poids, 
et on a beau prendre pour enseigne : « A la juste balance », 
comme les gens qui pèsent les bourgeois et les nourrices dans 
les Champs-Elysées, on n'en est pas moins houspillé. Je ne sais 
pas comment se comportent MM. les Anglais vis-à-vis du Handi- 
caper, mais il faut croire qu'ils se donnent la satisfaction de ne 



278 LES COURSES DE CHEVAUX. 

% * 

1 

pas leur ménag-er les mauvais compliments, tout comme en 
France. 

Quand le handicapeur est connu, ce qui arrive généralement, 
étant donnée la difficulté de garder l'incognito en pareille cir- 
constance, il est rare qu'il puisse mettre le pied sur un champ de 
courses sans entendre des réflexions désagréables, souvent for- 
mulées en termes peu gracieux. 

De temps en temps on l'aborde en face pour lui demander 
quel est l'aimable crétin qui a fait le handicap. D'autres fois, l'at- 
taque est moins directe : c'est en passant prl^s de lui qu'on laisse 
tomber de méchants propos à son oreille. Il a fait exprès de mal 
faire les poids. On devine bien l'intérêt qu'il a à favoriser telle 
ou telle écurie, et autres phrases malveillantes, qui généralement 
ne sont pas relevées. 

Je comprends très bien que dans de telles conditions le han- 
dicapeur devienne un oiseau rare en Angleterre. 

C'est un métier bien difficile 
Que de faire avec équité 
Un handicap où chacun brille 
Et dont chacun soit enchanté. 

Pour ma part, on me donnerait le budget d'un président de la 
République, avec traitement facile à dépenser, même en voyage, 
que je renoncerais à une fonction qui ne rapporte jamais le plus 
petit honneur. On n'a même pas la reconnaissance du propriétaire 
qui gagne la course, car celui-ci se dit : « Si je remercie le han- 
dicapeur, il croira que c'est à lui que je dois mon succès et il 
montera mon cheval dans les prochains poids. Il vaut mieux l'en- 
tretenir dans la pensée que c'est le hasard qui m'a servi. » 

Quant aux vaincus, il n'est pas de coups de lardojr dont ils ne 
cherchent à percer le flanc du malheureux condamné... à con- 
tenter tout le monde. 

Ce qu'il faudrait, il me semble l'avoir déjà dit, c'est que les 
handicaps fussent anonymes, pour éviter à leur auteur le désa- 
grément de se voir à tout propos traité comme un monsieur 



LE HANDICAPEUR, LE JUGE ET LE STARTER. 279 

dont la pièce est sifflée. Le handicap a besoin aussi d'être tra- 
vaillé comme un poème, jusqu'à ce quf le tour et la rime en 
soient riches. 

L'idéal du handicap serait que tous les chevaux arrivassent 
ensemble : le plus mauvais tête à tête avec le meilleur, grâce à 
une surcharg-e judicieusement imposée à ce dernier. 

Un cheval imprudemment lâché fait d'un handicap une course 
dont l'insuccès est certain, et vraiment le propriétaire dont le 
cheval est lâché n'a même pas lavantag-e d'en bénéficier en 
pariant, puisque c'est un peu comme si on lui faisait faire cava- 
lier seul. 

Défions-nous par-dessus tout des handicaps au jupfé. Le han- 
dicap doit être une sorte de compensation pour les écuries mal- 
heureuses; mais il faut mettre un cheval à môme de gagner sans 
pour cela décourager d'avance tous ses concurrents, car dans ce 
cas ce n'est plus un service qu'on lui rend, c'est un pavé dont on 
l'écrase. 

II 

LE JUGE. 

C'est le fonctionnaire chargé de proclamer le vainqueur. Il lui 
faut avoir bon pied, bon œil, bon œil surtout. Placé en face du 
poteau d'arrivée, il saisit les chevaux juste au moment où les 
premières têtes s'y présentent pour la lutte finale, et désigne 
ainsi le gagnant, le second et le troisième. C'est à la suite de 
son jugement, rendu aussi promptement que possible, que le 
numéro du lauréat est affiché sur le poteau indicateur et porté à 
la connaissance du public. Il ne manque plus qu'une formalité 
pour rendre la victoire définitive : c'est que le jockey ait son 
poids en rentrant dans les balances et qu'il n'y ait pas de récla- 
mation admise par les commissaires. C'est seulement depuis 
environ quatre ans que le juge est appointé à la Société 
d'Encouragement ef depuis trois ans à Auteuil. Auparavant 



\ 



^80 LES COURSES DE CHEVAUX. 

c'était un des commissaires qui remplissait gratuitement ces 
fonctions. 

J'ai vu dans la guérite du juge, à Longchamp, le baron de la 
Rochette, le comte Henri Greffulhe, M. Reiset, M. de Noailles, 
le comte Hocquart, le comte de Kergorlay, et tous faisaient partie 
du Comité des courses. A Auteuil, c'est M. Demourgue qui est 
juge, et personne ne s'en plaint; le juge de la Société Sportive 
d'Encouragement, M. Le Blois, n'a pas moins l'oreille du public. 
M. Corrent de Labadie opère pour la Société d'Encouragement. 

Quand le juge voit deux ou trois têtes se présenter ensemble 
sur le poteau, sans qu'il puisse établir de différence entre elles, 
il prononce dead heat, c'est-à-dire tête à tête, et l'épreuve est à 
recommencer entre ces chevaux ex œquo, à moins que leurs pro- 
priétaires ne préfèrent partager le prix. En steeple-chase, le 
partage est obligatoire. Le juge surveille aussi le pesage des 
jockeys. 



III 



LE STARTER. 

Il en est du starter comme du juge et du handicapeur. Tous 
les starters sont maintenant appointés. Les commissaires ont 
jugé qu'ils se donnaient beaucoup de mal pour remplir des fonc- 
tions gratuites, très fatigantes, et ont passé la main à des starters 
payés. Le baron de la Rochette fut un des premiers starters de 
la Société d'Encouragement. Il tint longtemps le drapeau, qui 
passa ensuite aux mains du comte d'Hédouville, du vicomte 
d'Hédouville et de quelques-uns de leurs collègues. — Quand on 
entra dans la voie des starters rétribués, on choisit le baron 
d'Étreillis, puis Henry Hurst, puis Richard Figés. C'est ce der- 
nier qui opère encore d'une façon assez satisfaisante. A Auteuil, 
le starter s'appelle Arnull; c'est le même ArnuU qui donne les 
départs à la Société Sportive d'Encouragement et à Vincennes. 
On tire au sort les places des chevaux au départ, quand cela plaît 



LE HANDICAPEUR, LE JUGE ET LE STARTER. 281 

aux commissaires. Le starter peut faire ranger les jockeys en 
ligne, en arrière du poteau de départ, aussi loin qu'il le juge 
utile. 11 est juge souverain de la validité du signal et peut mettre 
à l'amende et même à pied pour un temps le iockey qui se montre 
récalcitrant a ses ordres. 



k 




I 




CHAPITRE XIII 

HIPPODROMES PARISIENS ET SUBURBAINS 



1 en France ont pris depuis ces dernières années 
une extension considérable. Il s'en faut de bien peu qu'elles ne 
soient aussi populaires qu'aux environs de Londres, A Long- 
champ et à Auteuil, les dimanches, on ne compte guère moins 
de 40000 entrées de piétons sur la pelouse, l.c petit public qui 
s'intéresse au sport est donc en très grande majorité sur le 
public élégant qui fréquente l'enceinte du pesage, où, depuis 
la suppression des abonnements, l'entrée est invariablement de 
20 francs pour les hommes et de 10 francs pour les dames et 
pour les enfants. 

Il y a actuellement un certain nombre de sociétés tenant des 
réunions aux environs de Paris : la Société d'Encouragement 
(Jockey-Club), qui a les hippodromes de Longchamp, de Chan 
tilly et de Fontainebleau; — la Société des Steeple-Chases, qui 
a les hippodromes d'Auteuil et de la Croix de Berny; — la 
Société pour l'amélioration du demi-sang, qui a l'hippodrome 
de Vincennes, où elle donne indistinctement des courses plates, 
des steeple-chases et des courses au trot; — la Société Sportive 



284 LES COURSES DE CHEVAUX. 

d'Encourag-ement, qui a les hippodromes de Saint-Ouen, Maisons- 
Laffitte, la Marche, Enghien et le Vésinet; — la Société de Sport 
de France, qui n'a pas d'hippodrome particulier et donne ses 
réunions tantôt à Vincennes, tantôt à Saint-Germain; — la 
Société des Courses de Colombes, qui a l'hippodrome de 
Colombes; — la Société de Saint-Germain, qui a l'hippodrome 
d'Achères, et enfin la Société de Compièg-ne, qui a l'hippodrome 
de Compièg*ne. 

Ces huit sociétés, parfaitement reconnues et classées, courant 
sous les mêmes règlements, se partagent le calendrier et ne lais- 
sent pas une seule journée vacante du i5 févrierau i5 décembre. 
Le turf ne chôme que pendant soixante jours de l'année, au 
moment où les fortes gelées rendent les pistes impraticables. 

J'ai dit que l'entrée au pesage était uniformément de 20 francs. 
Sur les hippodromes de la Société d'Encouragement, de la 
Société des Steeple-Chases de France et de la Société de Vin- 
cennes, les entrées sont : pour une personne à pied, de i franc; 
un cavalier, 5 francs; une voiture à un cheval, i5 francs; à 
2 chevaux ou plus, 20 francs; il y a en outre, en dehors de l'en- 
ceinte du pesage, des pavillons dont le prix d'entrée est de 
5 francs. Ces trois sociétés doivent se conformer à ce tarif 
par clause de leurs baux passés avec la Ville de Paris. Les 
autres sociétés font payer 3 francs l'entrée des piétons sur 
leurs pelouses. 

Les. moyens de locomotion pour se rendre aux courses sont 
des plus variés. On a le choix entre le chemin de fer, les 
bateaux-mouches (Longchamp), les voitures de place et les 
voitures spéciales, sortes de chars-à-bancs à quatre chevaux 
qui se sont créées pour le service des champs de courses et 



COMMISSAIRES DE LA SOCIETE SPORTIVE D ENCOURAGEMENT, 

I. M. Le Blois. — 2. M. Cullerier. — 3. M. R. Papin. — 4. M. E. Adam, 
— 5. M. Daudé. — 6. M. Gelez. — 7. M. de RoUepot — 8. M. Manceau. 




Commissaires de la SoeiÈtÈ sportive d'Encouragcmcnl. 



s do la SoeiOtL- Sportive d'Enco 



HIPPODROMES PARISIENS ET SUBURBAINS. 287 

dont le prix varie de 3 à 5 francs. Ces voitures partent des 
«grands boulevards ou du boulevard Saint-Michel, près du 
square Cluny. 

Dans la plupart des hippodromes l'organisation est la même. 
L'affichage des numéros des chevaux se fait au fur et à mesure 
<iu pesage, les noms des jockey s sont inscrits en regard des numé- 
ros correspondant au programme et, quand le pesage est ter- 
miné, un disque rouge apparaissant au sommet du tableau indi- 
cateur signifie que le nombre des chevaux devant prendre part 
à la course est complet et que le pesage est terminé. 

C'est alors que commencent les opérations des paris. 

La Société d'Encouragement donne trois réunions à Long- 
champ. La réunion du printemps commence en mars ou en 
avril, celle d'été en mai ou juin et celle d'automne en septembre. 

La réunion du printemps se compose de douze journées, celle 
d'été de huit journées, celle d'automne dasix journées. C'est à 
la réunion du printemps que se courent : le prix des Sablons 
(loooo fr.), le prix de Fontainebleau (i5ooo fr.), le prix Dollar 
(I2 000 fr.), le prix de Lutèce (loooo fr.), le prix du Cadran 
(3oooo fr.), le prix Hocquart (20000 fr.), le prix de la Seine 
(12000 fr.), le prix Rainbow (20000 fr.), le prix des Cars 
(10 000 fr.), le 33* Biennal (20000 fr.), la Coupe (10 000 fr.), le 
prix Rieussec (loooo fr.), le prix du Nabob (20000 fr.), le prix 
Greffulhe (20000 fr.), la Poule d'Essai des Pouliches (20000 fr.), 
la Poule d'Essai des Poulains (20000 fr.), le 32" Biennal (20000 fr.), 
le prix Fould (10 000 fr.), le prix La Rochette (3oooo fr.), le prix 
Daru (20000 fr.), le prix du Printemps (10 000 fr.), le prix Reiset 
(20000 fr.), le prix du Prince de Galles (10 000 fr.), la Cirande 
Poule des Produits (3oooo fr.), le prix du Lac (8000 fr.), le prix 
des Acacias (25 000 fr.). 

C'est à la réunion d'été, se composant de huit journées, que 
se courent: le prix de Lonray (10 000 fr.), le prix de Victot 
(loooo fr.), le prix du Cèdre (loooo fr.), le prix de Juin (loooo fr.), 
le prix Seymour (10 000 fr.), le prix de Deau ville (10 000 fr.), le 
prix de la Neva (10 000 fr.), le prix de Meudon (10 000 fr.), le 



268 LES COURSES DE CHEVAUX. 

prix d'Ispahan (loooo fr.), le Grand Prix de Paris (looooo fr.), 
le prix de Rocquencourt (12000 fr.), le prix de Seine-et-Marne 
(10 000 fr.), le prix de Long-champ (20000 fr.), le prix de la 
Jonchère (loooo fr.). 

C'est à la réunion d'automne que se courent : le prix de Jou- 
vence (loooo fr.), le prix de Chantilly (loooo fr.), l'Omnium 
(10 000 fr.), le prix Royal Oak (40000 fr.), le Grand Critérium 
(20000 fr.), le prix de Saint-Cloud (loooo fr.), le prix de Villebon 
(10 000 fr.), le prix de Martinvast (10 000 fr.), le prix d'Octobre 
(20000 fr.), le prix du Prince d'Orange (12000 fr.), le Handicap 
libre (10 000 fr.), le prix Gladiateur (20000 fr.). 

A Chantilly, la première réunion du printemps commence dans 
la seconde quinzaine de mai; on y court, comme principaux 
prix : le prix de Diane (40000 fr.), le prix d'Apremont (loooo fr.), 
le prix de la Pelouse (10 000 fr.), le prix La Rochette (40000 fr.), 
le prix de Dangu (loooo fr.), le prix du Jockey-Club (75000 fr.). 
— La seconde réunion, à l'automne, commence en octobre, le 
jeudi qui suit les courses de Paris. Les principaux prix sont : le 
prix de la Forêt (20000 fr.), le prix de la Salamandre (loooofr.), 
le prix de la Table (10 000 fr.), le prix Vermout (10 000 fr.), le 
prix de Condé (10 (xx) fr.), le prix du Pin (i5ooo fr.). 

Fontainebleau n'a plus qu'une journée d'automne. Les prin- 
cipaux prix sont le prix de Bois-Roussel (10 000 fr.) et le prix 
La Rochette (20000 fr.). 

A Auteuil, les steeple-chases de France ont aussi trois réu- 
nions. — Celle du printemps est composée de dix-sept journées, 
dont les principaux prix sont : le prix Harry (i5ooo fr.), le prix 
d'Auteuil (iSooo fr.), le prix Hungerford (12000 fr.), le prix du 
Viaduc (i5ooo fr.), le prix de Billancourt (i5ooo fr.), le prix de 
l'Équinoxe (i5ooo fr.), le Grand Prix du Printemps (20000 fr.), 
le prix de la Butte (i5ooo fr.), le prix d'Anjou (i2 5oo fr.), le 
prix Richard Hennessy (i5ooo fr.), le prix Emilius (12000 fr.). 
La réunion d'été, qui commence aux premiers jours de juin, 
comprend dix journées, dont les principaux prix sont : le Grand 
Steeple-Chase de Paris (120000 fr.), la Grande Course de Haies 



HIPPODROMES PARISIENS ET SUBURBAINS. 29 1. 

d'Auteuil (5oooo fr.), le prix des Drags (12000 fr.), le prix Wild 
Monarch (i5ooo fr.), le prix de France (20000 fr.), le prix Le 
Torpilleur (iSooo fr.), le prix du Point-du-Jour (10 000 fr.), le 
prix Saint-Sauveur (iSooo fr.), le prix Congress (20cx>o fr.). — 
La réunion d'automne comprend seize journées, dont les prin- 
cipaux prix sont : le prix de l'Avenir (20000 fr.), le Grand Prix 
d'Automne (i5ooo fr.), le prix Firino (i5ooo fr.), le prix de Vin- 
cennes (iSooo fr.), le prix de Chantilly (loooo fr.), le prix Mau- 
bourguet (12000 fr.), le prix de la Croix de Berny (3oooo fr.), le 
prix Magne (iSooo fr.), le prix Le Hon (12000 fr.). 

Indépendamment des réunions déjà citées et qui se décomposent 
comme suit : 26 journées à Longchamp, 43 à Auteuil, 48 à 
Vincennes, 9 à Chantilly, i à Fontainebleau, i à la Croix de 
Berny, on peut compter 63 journées à Saint-Ouen, 16 à Maisons- 
Laffitte, Q à Enghien, 7 à la Marche, 6 au Vésinet, 25 à Saint- 
Germain et 24 à Colombes. Compiègne, qui n'avait eu pour son 
année d'inauguration qu'une seule journée, en a pris davantage 
par la suite. On arrive ainsi à 276 journées à Paris et dans les 
champs de courses suburbains. Le reste du calendrier appartient 
à la province et à l'entr'acte, qui dure du i5 décembre au 
i5 février. 

Voici les recettes que l'on fait actuellement^aux courses. 

Société <f Encouragement (Jockey-Club). 

Printemps 925000 - 

Paris \ Été 648000 

Automne 420000 » 



Chantilly 



Printemps. 23oooo 

Automne i25ooo 



Société des Steeple- Chases de France, 

. ^ ., ( Printemps 684319 

Auteml. . . . . . . Uté 617.91 

La Cro.x de Berny. ^ ^^^^^^^ • ^^ 



OÇa LES COURSES DE CHEVAUX. 

Société du Demi-Sang. 
Vincennes Été, Printemps, Automne. 688913 » 

Société Sportive d'Encouragement. 

Saint-Ouen I 

Maisons- LafUtte . ■ ■ i „ ■ . . -6,- ,^ 1 

, „ . 1 Printemps et Eté 961 481 - 

La Marche { . . «l c » 

„ .. j Automne . 726 S48 • 

Enghien / 

Le Vésinet [ 

11 est aisé de se rendre compte, en consultant ces chiffres qui 
donnent un total de 6621 3o2 fr., de la faveur dont jouissent les 
courses chez nous et des progrès qu'elles ont faits depuis 
vingt années. 



CHAPITRE XIV 

CHANTILLY 

LA GRANDE SEMAINE 

Elle est bien changée, cette fameuse semaine de Chantilly, dont 
il conviendrait de fêter le cinquantenaire. Qu'est-clle devenue 
cette grande semaine, dont nous retrouvonsJa trace dans les 
chroniques d'EupJne Chapus? 

* Le prince royal, voulant que l'éclat des fêtes compensât leur 
peu de durée, a fait iiguTÇT la chasse à courre dans leur pro- 
gramme. Il y a eu aussi spectacle, bal et concert de nuit sur 
l'étang où se reflètent les tourelles du château. De cette heu- 
reuse diversité dans les plaisirs résulte, comme on le pense, une 
cause de très vive attraction pour le monde parisien. 11 y a un 
air d'aristocratie et de haute existence à respirer en allant â 
Chantilly. Les favorisés de la grande fortune ont coutume d'y 
louer une maison pour le temps si limité des courses où l'on 
colonise tout le luxe de Paris. 

■ Pour ceu.x qui appartiennent réellement au monde du sport 



2Q4 LES COURSES DE CHEVAUX. 

parisien, Chantilly est un rendez-vous obligé; mais il le devient 
aussi pour ceux qui veulent faire croire qu'ils ont des chevaux et 
des équipages. 

« Chantilly est vraiment unique par la bizarrerie du rang de ses 
visiteurs. C'est un pêle-mêle d'individualités qui font contraste : 
gentilshommes de bon aloi, grandes dames, comtesses et du- 
chesses orthodoxes, gens de distinction éminente et de fortune 
aussi, puis haute bohème, cohue profane et douteuse, célé- 
brités de finance, foule incolore, prosaïque, débraillée, dédai- 
gneuse des bonnes traditions. Tous affluent à Chantilly, dont ils 
occupent à l'avance les hôtels, les appartements et les chambres 
garnies, souvent bien peu garnies. 

€ Pour beaucoup, parmi ceux qui accourent à Chantilly par le 
chemin de fer ou à grand bruit de poste, à grand étalage de 
landaus et de calèches, l'amour des chevaux n'est qu'un prétexte 
de déplacement. Aussi chacun suit-il son courant pour se réunir 
momentanément, une fois par jour, au signal des courses ou de 
la chasse. 

« Le jeu, les galas, les danses remplissent une grande partie 
des heures. Les tables dressées sont en permanence, ici couvertes 
de tapis verts, là de mets exquis et de flacons variés d'encolure. 

« Dès que la nuit arrive, les lumières luisent aux vitraux de 
toutes les maisoiK, les plaisirs prennent des allures plus vives. 
Des femmes vêtues de blanc glissent sur l'herbe de la pelouse 
comme des cygnes qui regagnent leurs demeures. Ici, malgré 
l'heure avancée, c'est le dîner qui chemine encore. 

— Garçon, du Champagne! garçon, du Champagne! 

« Le Moèt et le Rœderer coulent à pleins verres sans mousse, 
c'est de rigueur. 
« Ailleurs, c'est le jeu qui s'engage. 

— Cinq cents louis ! Banco ! A moi la main ! 

« Et honni soit qui mal y pense! Là-bas, c'est le bal qui débute, 
et plus loin, c'est le feu d'artifice ; le vacarme est si terrible, la 
pluie d'étincelles incendiaires si abondante, qu'aubergistes et 
propriétaires sont tentés de crier au feu. 



CHANTILLY. 2C^ 

— Vous aller brûler ma maison, messeigneurs ! 
« A quoi l'on répond : 

— Mets ta maison sur la carte, aubergiste ! » 

Ainsi chroniquait Chapus. Mais depuis cinquante ans un léger 
changement s'est opéré. Pas le plus petit feu de Bengale. Silence 
complet sur la pelouse à partir de neuf heures. Les quelques 
sportsmen qui campent dans les pavillons dépendant de leurs 
écuries trouvent que se coucher de bonne heure est le meilleur 
des sports. On n'entend plus le son des trompes que le soir, 
quand les gens de vénerie s'exercent. 

C'est cependant un jour très curieux que celui du prix du 
Jockey-Club, le Derby de Chantilly. Notre Newmarket français, 
qui d'ordinaire est une Thébaïde, se transforme une fois par an 
et devient la ville la plus vivante du monde pendant douze 
heures : le jour du Derby. La veille encore c'était la demeure du 
sommeil. Le voyageur attardé qui rentrait chez lui après 
neuf heures, en longeant la forêt, se guidait à la clarté un peu 
pâle de la lune. 

Donc, la veille du Derby, calme plat à Chantilly. Ce n'est que 
le matin que l'animation commence. 

Les rues se remplissent de mendiants. Il y en a de tous les 
pays et de toutes les formes, compris la vieille anglaise, qui, 
paraît-il, a douze millions en consolidés, et mendie par habitude 
ou par ordonnance de son médecin. ^ 

Ce qu'il y a de plus curieux à Chantilly le jour du Derby, ce 
sont les hôtels. Tous ces hôtels sont suffisants pour héberger 
une trentaine de voyageurs. Mettons qu'il y ait trois hôtels : cela 
fait quatre-vingt-dix ou cent voyageurs au maximum. Il y a 
deux mille personnes imprudentes qui inventent comme partie 
fine d'aller déjeuner à Chantilly le jour du prix du Jockey-Club. 

Ce qui se passe alors dans les hôtels est inénarrable. On 
improvise des tables, qu'on va installer jusque dans les greniers. 
Dans la cour, il y a des déjeuneurs sur chaque pavé. On a eu 
beau réquisitionner tous les poulets des environs, dévaliser les 
bouchers, faire venir de Paris des wagons de langoustes et des 



20 LES COURSES DE CHEVAUX. 

tombereaux de bottes d'asperg"es, les scènes déchirantes de la 
Méduse ne tardent pas à se multiplier. 

Un Anglais offre 5o louis d'une côtelette et 3ooo francs d'une 
cuisse de poulet pour sa femme. Il y a bien le buffet de Rouzé 
dans Tenceinte du pesage, mais Rouzé a sa part de bouches à 
nourrir et à désaltérer. 

Chez les entraîneurs, tout le monde est sur le pont. C'est le 
jour où l'on reçoit des amis, les confrères d'Outre-Manche. Une 
grande table, dans la salle à manger, est surchargée d'un rosbif 
gigantesque, d'un jambon phénoménal, d\in pâté pyramidal, 
comme si Gargantua allait venir. Cinquante bouteilles de Cham- 
pagne sont alignées sur le buffet. 

On peut être sûr que le soir il y aura table rase. 

A Chantilly comme à Epsom, le Derby Day est, pour les 
Anglais surtout, prétexte à c nopces et festins ». Sans compter 
la musique, que j'oubliais. 

Un matin, attiré par cette solennité hippique, je passais devant 
une des écuries les plus connues de la ville. Les chevaux ren- 
traient de la promenade ; je me mis à causer un instant avec 
l'entraîneur, nous discutions les chances des favoris. Son fils 
revenait à cheval avec les autres jockeys ; il mit pied à terre dans 
la cour, fit entrer son poulain dans le box, ôta sa veste et, les 
manches de chemise, retroussées jusqu'au coude, pansa son 
coursier avec le j)lus grand soin, en accompagnant son travail 
du petit sifflotement traditionnel. L'opération dura bien une 
demi-heure. Tout à coup le jeune homme jeta sa brosse à terre, 
remit la couverture sur son cheval et, toujours en manches de 
chemise, entra en face dans la maison, s'installa au piano et 
joua avec beaucoup d'âme, en vue de charmer ses invités le soir. 

< Est-ce qu'il fait ça tous les matins? demandai-je à son père. 

— Tous les matins. Il rentre de la promenade et, quand il a 
fini son cheval, il se met au piano. » 

J'aurais voulu lui demander de me jouer le Dernier pansage 
de Weber\ 

A partir de neuf heures, la circulation commence dans la 



Z ï 



CHANTILLY. 2Çf) 

forêt. Les premiers trains ont amené déjà quelques milliers 
de voyageurs. C'est l'heure des g"ens, pas les plus bêtes ceux- 
là, qui apportent leurs victuailles pour déjeuner dans le taillis. 

Dès ce moment, la route des Aig-les, qui aboutit aux tribunes, 
ne sera plus qu'un nuage de poussière, car elle sera continuel- 
lement sillonnée par les voitures de la localité conduisant à fond 
de train les voyageurs de la gare. Un peu après neuf heures, 
arrivent les gardiens de la paix, pressés de prendre leurs postes 
aux abords des tribunes et de la piste. Les gardes de mon- 
seigneur le duc d'Aumale, en grand uniforme, tunique bleue, 
pantalon bleu et- guêtres chamois, se tiennent de préférence 
près des barrières de la forêt. 

Les Parisiens commencent à affluer, ainsi que les Parisiennes 
de toutes nuances. La descente des trains vaut à elle seule 
tout un poème. Ce que l'observateur surprend de secrets à la 
descente des marchepieds est incalculable. 

Les trains qui arrivent amènent ce qu'on appelle une foule 
gaie et bien disposée. 

Quand on n'est ni gai ni bien disposé, on. ne s'embarque pas 
pour le Derby de Chantilly ! 

Parmi les Parisiens envahisseurs de la ville, il y en a qui se 
répandent chez les entraîneurs ou qui les questionnent sur leurs 
portes. 

« Avez-vous vu le cheval de Soubeyranr 

— Le crack est-il arrivé? 

— Qui est-ce qui vient le monter? » 
Et des potins sans nombre : 

« J'ai envie de le jouer placé.... S'il gagne, celui-là, je le 
mange! » 

Très curieux le monsieur qui s'engage à manger un cheval. Il 
est rare qu'il tienne parole. Quel est le cheval qu'on pourrait s'en- 
gager à manger? Quel est le cheval dont on peut dire : Il ne 
gagnera pas! 

Que j'ai vu de démentis reçus en pareil cas!... Je me souviens 
qu'il y a deux ou trois ans j'étais persécuté aux courses par un 



3oO LES COURSES DE CHEVAUX. 

raseur infatigable qui voulait me forcer à lui indiquer d'avance 
tous les g-ag-nants. 

Fort énervé et décidé à en finir avec cet animal insupportable, 
je consulte une bonne fois mon prog^ramme et, après mûr examen, 
croyant avoir trouvé le cheval absolument impossible, je lui dis : 
« Prenez celui-là ! » 

Cinq minutes après, mon homme se jetait dans mes bras, en 
m'appelant son bienfaiteur ; il avait parié à vingt sur mon indica- 
tion et gagnait vingt mille francs ! 

Depuis ce jour mémorable, je n'ai pas pu me débarrasser de 
cet oiseau reconnaissant. 

A midi, la pelouse est encore verdoyante; le soleil darde ferme 
sur les grandes écuries; la journée sera chaude! On admire la 
piste : les petites pâquerettes s'entr'ouvrent avec confiance et 
allaitent les insectes, sans se douter que tout à l'heure il faudra 
courber le front sous le pied des bookmakers et des cohortes 
parieuses. 

Les jockeys anglais sont débarqués. Voici Webb, le célèbre 
Webb, qui vient monter un favori ; il est entouré de trois ou 
quatre Anglais formant son escorte. 

Combien croyez-vous que ça va lui rapporter de monter un 
favori?.. . S'il ne gagne pas, 5ooo francs ; et s'il gagne, 12 5oo francs 
au moins. 

C'est un grand seigneur que ce Webb ; il est mis à la dernière 
mode : c'est Poole qui l'habille, c'est Roberts qui le chausse; je ne 
sais quel est le chapelier en renom digne de le coiffer. Les bou- 
tons de sa chemise, de la plus fine batiste, sont en diamants; 
l'épingle de sa cravate enchâsse le plus pur œil-de-chat du 
Royaume-Uni. 

Il arrive avec sa cravache comme Sivori avec son violon. Cinq 
minutes de son talent valent dix mille francs ! 

Quand PYed Archer s'est marié, avez-vous vu quelles noces on 
lui a faites ! Les propriétaires pour lesquels il a monté en courses 
se sont mis l'imagination à la torture pour trouver les cadeaux 
qui pouvaient le flatter. L'un lui a donné une voiture tout attelée ; 



CHANTILLY. 3o3 

un autre, un mobilier de prince. On a cherché pour lui plaire les 
objets d'art les plus précieux. 

Des bœufs entiers ont été rôtis sur la plaine de Newmarket et 
distribués aux pauvres en son honneur. 

Si je ne craignais de faire concurrence au chroniqueur chargé 
de raconter comment on couronne un tsar, je décrirais les noces 
d'Archer, et je ne sais pas si j'aurais le dessous. 

A propos de jockeys, il ne faut pas que j'oublie un détail 
amusant. 

Ils habitent presque tous Chantilly, où ils montent à l'exercice 
à quatre heures et demie ou cinq heures du matin. A dix heures, 
ils prennent le train pour aller aux courses, soit à Longchamp, 
soit ailleurs. Il en résulte que le soir, quand il s'agit de rentrer à 
domicile, ils sont très fatigués et pris d'une irrésistible envie de 
dormir. 

Vous devinez qu'il n'est pas de jour où un jockey ne dépasse 
la station de Chantilly. 

Ceux qui ont le sommeil le moins dur s'aperçoivent de leur 
erreur en arrivant à Creil; là ils réveillent un aubergiste, — au 
Cheval Blanc, je crois, — qui fait atteler une carriole et les 
ramène vers trois heures du matin. 

D'autres vont jusqu'à Amiens. 

Enfin on m'a affirmé que Gibson, un vrai dormeur celui-là, 
était allé jusqu'à Bruxelles! Et, voyez s'il est incorrigible : ayant 
repris de Bruxelles le train pour Chantilly, il dépassa encore la 
station au retour et se réveilla à Orry. Cette fois, pour se punir, 
il rentra chez lui à pied. 

Quand il est une heure, la pelouse de Chantilly est noire de 
monde. Alors on perçoit un si grand nombre de bruits divers, 
qu'on n'entend pour ainsi dire plus rien du tout. On croit voir 
au pesage un tourbillon roulant de sportsmen affolés. 

La cloche sonne pour le Derby. Chacun gagne sa place. On se 
tait jusqu'à l'entrée des chevaux. Les voici. On les désigne par 
leurs noms. Qu'il est beau!... Quelle action!... Quel galop!... 
Sûr, c'est le vainqueur!... Nouveau silence. Voici la série des 



■3o^ LES COURSES DE CHEVAUX. 

fauxdËparts. Il y a des ^ens que cela impatieitte, ilyenad'autres 
que cela assoupli. Enfin le signal est donné. Tout le monde se 
lève dans les tribunes. Deux minutes d'anxlète, et le nom du 
vainqueur est proclamé par quinze mille bouches. Les uns sont 
gais, les autres tristes. Quelques-uns vont trinquer pour fêter 
un triomphe, d'autres pour oublier une défaite. 

Une demi-heure après, la pelouse est déserte. Chantilly est 
replongé dans son calme. Les trains du Nord ont emporté les 
Parisiens!... 

Sur la pelouse, il ne reste plus que quelques gamins furetant 
au milieu d'un amas de petits papiers dont l'herbe est jonchée i 
morceaux de cartes, fragments de programmes, tickets de book- 
makers. 

Voilà le Derby de Chantilly ! 



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CHAPITRE XV 



LE GRAND PRIX DE PARIS 



Le Grand Prix de Paris a été fondé en i863 pour les chevaux 
de trois ans. Depuis lors il a été couru régulièrement chaque 
année, sauf en 1671, Tannée de la Commune. Vingt-six chevaux 
jusqu'ici sont donc sortis vainqueurs de cette épreuve, la plus 
célèbre et la plus suivie des courses de notre pays. De ces vingt- 
six gagnants, quatorze sont nés en France, dix en Angleterre, 
un en Autriche et un aux États-Unis. Ces résultats montrent que 
la course a bien conservé le caractère international qu'on avait 
tenu à lui donner dès Torigine. 

Le prix, abstraction faite des entrées et des forfaits qui vien- 
nent s'y ajouter et qui s'élèvent en moyenne à une quarantaine 
de mille francs, est de 100 000 francs. Il est offert moitié par 
la Ville de Paris, moitié par les cinq grandes Compagnies de 
Chemins de fer. C'est une générosité intelligente, car le sacrifice 
que s'imposent la Ville et les Compagnies est largement compensé 
par les recettes que cette fête leur procure en créant un grand 
mouvement de voyageurs et un courant d'affaires dont profite 
l'octroi. Aussi les conseillers municipaux, qui font chaque année 

20 



3ô6 LES COURSES DE CHEVAUX. 

des difficultés quand vient le moment de, voter cette allocation, 
ne peuvent-ils sérieusement soutenir qu'ils veulent ménager les 
finances de la Ville. L'économie n'est qu'un prétexte, et il est 
inutile d'indiquer plus clairement le sentiment qui les guide. Fort 
heureusement d'ailleurs l'opposition est restée jusqu'à présent en 
minorité. 

On a dit que, si la Ville et les Compagnies refusaient leur 
concours, la Société d'Encouragement serait assez riche pour 
s'en passer. On oublie l'article 12 de son règlement, qui réserve 
exclusivement aux chevaux français tous les prix donnés par 
elle. Il faudrait donc commencer par retirer à la course son ca- 
ractère international ; mais on ferait disparaître en même temps 
l'intérêt spécial qui s'attache à cette épreuve et sa légitime po- 
pularité. 

Il semblait téméraire, à l'origine, d'admettre les chevaux an- 
glais à concourir avec les nôtres dans des conditions d'égalité 
absolue; leur supériorité paraissait alors si bien établie, que l'on 
considérait les chevaux français comme battus d'avance. Pour- 
tant une chance heureuse voulut que, en i863, l'année même de 
la fondation du Grand Prix, l'élevage français possédât une pou- 
liche de trois ans d'un mérite exceptionnel. C'était la Touques^ à 
M. de Montgomery. Après sa victoire sur Dollar dans le prix 
du Jockey-Club à Chantilly, les moins optimistes commencèrent à 
espérer son succès. Mais, le jour de la bataille, la Touques dut 
se contenter de la seconde place, derrière le cheval anglais The 
Ranger, Aussitôt les alarmistes de triompher : si l'on était battu 
dès la première année et avec un pareil champion, que serait-ce 
les années suivantes? 

Le hasard se chargea de la réponse : il nous donna presque 
simultanément Fille de VAir^ Vermout et Gladiateur, Mais il 
convient d'ajouter que ces hasards-là avaient été préparés par 
des propriétaires comme le comte de Lagrangeet M. Delamarre. 
Fille de VAir gagna les Oaks en Angleterre, Vermout battit dans 
le Grand Prix le vainqueur du Derby anglais, et Gladiateur les 
surpassa l'un et l'autre, en gagnant successivement le Derby et le 



LE GRAND-PRIX DE PARIS. So/ 

Grand Prix. Ces brillants résultats furent obtenus en 1864 et i865. 
La défaite de la Touques avait donc été promptement réparée. 

Jamais l'hippodrome du Bois de Boulogne ne retentit d'accla- 
mations plus enthousiastes que le jour où Vermout triompha de 
Blair-Athol\ c'est que sa victoire était aussi glorieuse qu'inat- 
tendue. Presque inconnu la veille, sacrifié en quelque sorte à son 
compagnon d'écurie Bois-Roussel^ il se montrait tout d'un coup 
supérieur non seulement à ce dernier, mais à la célèbre Fille de 
VAir et au vainqueur du Derby, qui était incontestablement un 
des meilleurs chevaux de son temps. 

Vermout était un cheval froid ; sa victoire le grisa moins que 
ses admirateurs, qui parlaient de le porter en triomphe : il rentra 
paisiblement au pesage. Il n'a pas été moins heureux comme 
étalon, et c'est encore à lui que l'élevage français doit la plus 
brillante victoire qu'il ait remportée par la suite, dans le Grand 
Prix. Vermout est, en effet, devenu le père de Boïard, qui gagna 
facilement le Grand Prix de 1873, où il battit son compatriote 
Flageolet et Doncaster^ vainqueur du Derby. Ce dernier était, 
comme Blair-Athol, un animal de grande valeur, et l'on ne pou- 
vait pas considérer comme un mince succès de l'avoir relégué au 
troisième rang. Aujourd'hui Vermout est mort et Boîard est en 
Russie, où son nom le prédestinait à finir ses jours. 

Dix ans après lui, un autre cheval français a battu dans le 
Grand Prix le vainqueur du Derby : c'est Frontin, au duc de 
Castries, qui l'emporta sur Saint-Biaise, après une lutte palpi- 
tante. Ce combat fut malheureusement fatal aux deux adversaires : 
Frontin ne reparut plus sur le turf et Saint-Biaise aurait mieux 
fait, pour sa gloire, de n'y jamais revenir. 

En 1887, les deux premiers chevaux du Derby, Merry Hamp- 
ton et The Baron, traversèrent inutilement la Manche pour dis- 
puter le Grand Prix. Ils durent se contenter de la seconde et de 
la quatrième place. La victoire fut pour Ténébreuse, qui partage 
seulement avec deux autres pouliches. Sornette et Nubienne, la 
gloire d'avoir cueilli ce laurier. 

En 1888, Stuart, à M. P. Donoii, a triomphé si brillamment 



3o8 LES COURSES DE CHEVAUX.. 

du second du Derby, Crowberry^ que les Anglais présents à la 
course n'hésitèrent pas à le proclamer le meilleur poulain de son 
âge dans le monde entier. 

Une autre lutte aussi palpitante que favorable aux couleurs 
françaises fut celle de Glaneur, Drummer et Ryshworth en 1869. 
Le premier, qui appartenait à M. Lupin, ne l'emporta que d'une 
tête, et ses partisans eurent une émotion terrible, car ils savaient 
que cet animal fantasque et volontaire n'aimait ni la lutte ni les 
coups de cravache. Heureusement son jockey, Kitchener, possé- 
dait un inaltérable sang-froid : c'était lui qui avait déjà conduit 
Vermout à la victoire. Il resta impassible comme s'il gagnait 
facilement, et Glaneur, dont la moindre imprudence eût dérang-é 
l'allure, se conduisit très sagement en voyant qu'on ne lui de- 
mandait rien d'extraordinaire. 

En 1878, la lutte ne fut pas moins émouvante, mais l'issue n'en 
fut pas aussi favorable aux éleveurs français. C'était l'année de 
l'Exposition et les circonstances donnaient au Grand Prix un 
relief tout particulier. Les concurrents eurent sans doute con- 
science de la grandeur de leur tâche, car une lutte désespérée 
s'engagea à la fin du parcours entre Thurio, qui appartenait au 
prince Soltykoff, et les deux représentants de l'écurie Lagrang^e, 
Insulaire et Inval. Le cheval anglais ne l'emporta que d'une en- 
colure, très difficilement. 

Lorsque Tristan fut battu, en 1881, par un cheval américain, 
Foxhall, sa défaite ne fut ni plus aisée ni moins honorable. 
Tristan, quoique né en Angleterre, appartenait à M. Lefèvre et 
portait la casaque tricolore. Son adversaire est un des héros 
du turf : il a gagné plus tard les deux grands handicaps anglais, 
le Césaréwitch et le Cambridgeshire. 

Un an après la course de Thurio, Insulaire et Inval, une lutte 
semblable s'engagea entre Nubienne, à M. Edmond Blanc, Sal- 
teador et Flavio IL Elle se termina en faveur de la première ; mais 
l'élevage anglais ne fut pas représenté dans cette épreuve, parce 
que tous les concurrents d'Outre-Manche s'étaient retirés devant 
le vainqueur du Dèrby, Sir Bevys, lequel ne put figurer dans la 



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LE GRAND PRIX DE PARIS. 3ll 

course par suite de la mort de son propriétaire, survenue entre 
le Derby et le Grand Prix. 

Il faut signaler enfin le dead beat de Fervacques et de Patricien 
en 1867. A la seconde épreuve, Fervacques^ qui appartenait au pro- 
priétaire de la Touques, ne l'emporta que d'une tête, grâce à 
Textrême énergie de son jockey Fordham. 

Pendant longtemps Tenjeu du Grand Prix est resté le plus con- 
sidérable de toutes les courses du monde entier. En 1889 il est 
dépassé, même en F'rance, par le grand steeple-chase d'Au* 
teuil, qui est de 120000 francs. En Angleterre . on a vu, l'année 
dernière, Seabreeze gagner un prix de 255 000 francs et cette année 
Donovan, qui avait déjà enlevé un prix de i5oooo francs en 1888, 
gagner le Prince of Wales Stakes de 275000 francs. D'autre part, 
l'Amérique, où les courses ont pris depuis quelques années un 
développement extraordinaire, commence à se piquer d'honneur. 
Le Jockey-Club de Coney-Island (États-Unis) a créé successive- 
ment les Futurity Stakes (pour chevaux de deux ans), courus 
en 1888, et les Réalisation Stakes (pour chevaux de trois ans) à 
courir en 1889. Ces deux prix ne sont que de 5oooo francs cha- 
cun ; mais, grâce aux entrées et aux forfaits, ils dépassent le 
montant du Grand Prix. Le premier a été l'année dernière de 
2o5ooo francs, et il paraît que neuf cent quinze engagements ont 
été faits pour la même épreuve à courir en 1890. Le Jockey-Club 
hongrois a voulu avoir aussi son Grand Prix international de 
100 000 francs, et l'Italie commence à créer des courses impor- 
tantes, comme le Grand Prix du Commerce, à Milan, qui sont 
ouvertes aux concurrents étrangers. 

Il ne faut pas trop s'inquiéter de cette concurrence, car pas une 
ville n'est mieux placée que Paris pour attirer les chevaux de 
l'Europe entière et au besoin des États-Unis. L'avantage de cette 
situation apparaîtra plus clairement encore lorsque les efforts 
considérables faits depuis quelques années dans tous les pays de 
l'Europe pour développer l'élevage de pur sang auront produit 
leurs fruits. 

Les deux réunions hippiques, qui ont pris en France et en 



3] 2 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Angleterre des proportions de fête nationale, ont eu pour fonda- 
teurs deux personnages illustres, dont les noms résument les 
splendeurs du turf anglais et du turf français. 

On sait comment lord Derby fonda la grande course d'Epsom 
qui porte son nom depuis un siècle, et dont le prestige n'a pas 
été atteint par la création récente d'épreuves encore plus riche- 
ment dotées. 

Il y avait à Epsom, petit village connu jadis parla réputation 
de ses sels purgatifs, une taverne très fréquentée qui s'appelait la 
€ Taverne des Chênes » (Oaks Tavern). Cette taverne fut acquise 
d'abord par le général Burgoyne, qui la transforma en un rendez- 
vous de chasse princier, comme savent en installer les grands 
seigneurs d'Outre-Manche. C'était presque un château, qu'acheta 
lord Derby. 

Le château des Oaks, considérablement agrandi et embelli par 
son nouveau propriétaire, devait avoir pour châtelaine lady Eli- 
sabeth Hamilton. Quelque temps après son mariage avec lady 
Hamilton, lord Derby y donna une fête champêtre dont les poètes 
de l'époque ont conservé le souvenir : la ballade The Maid ofthe 
Oaks, « la Vierge des Chênes *, est encore populaire chez nos voi- 
sins. Cette fête précéda d'une année la fondation du Derby (1780), 
dont la première course fut gagnée par Diomed, à sir Banbury. 

Si l'on voulait chez nous suivre le précèdent créé par nos 
rivaux, le Grand Prix de Paris devrait s'appeler le Morny, comme 
le Grand Prix d'Epsom s'est appelé le Derby. Ce serait justice, 
car c'est également au fondateur du Grand Prix que la Société 
d'Encouragement doit son bel hippodrome du Bois de Boulogne. 

• 

Mais le duc de Morny, dont le nom appartenait bien plus à l'his- 
toire de France qu'à l'histoire du turf, laissa de côté tout amour- 
propre paternel et songea plutôt à flatter le Conseil municipal, 
auquel il demandait un sacrifice annuel de cinquante mille francs, 
en intitulant la course internationale le Grand Prix de Paris. 

Ce fut d'ailleurs une preuve de sagesse; car, au milieu des 
orages politiques, il y a longtemps que le Morny eût été débap- 
tisé. Qui sait même si le Conseil municipal, toujours en quête 



LE GRAND PRIX DE PARIS. 3l3 

d*une raison plausible pour retirer la subvention, n'eût pas saisi 
avec empressement le prétexte que cette dénomination lui eût 
fourni ? 

Au point de vue de l'animation qu'il donne à la ville de Paris, 
le Grand Prix a plus d'un point de ressemblance avec le Grand 
Prix d'Epsom. 

A cela près que le Parlement ne prend pas congé en son hon- 
neur, puisque la course a lieu un dimanche, il provoque le même 
mouvement; sa date prend la même importance, plus d'impor- 
tance peut-être, puisqu'elle marque la fermeture de nos princi- 
paux théâtres de genre et qu'elle donne aux Parisiens le signal 
de la villégiature. 

Le jour du Grand Prix, Paris s'éveille toujours d'excellente 
humeur. C'est une fête qui plaît à tout le monde et ne ravive 
aucune susceptibilité politique. Les rues ne sont pas encombrées 
de verdures desséchées enguirlandant des guinguettes de carre- 
four. Les gens riches n'émigrent pas, les autres ne passent pas 
leur journée au cabaret. Une idée patriotique réunit tous les 
cœurs : pourvu que les étrangers reçoivent une frottée ! Heureu- 
sement nulle difficulté diplomatique ne peut en résulter. 

Dès midi, chacun se met en route, sentant la nécessité d'arri- 
ver assez tôt pour trouver une bonne place. Le flot des véhicules 
commence à monter vers l'Arc de Triomphe. Ainsi roulent les 
vagues pendant les grandes marées. Depuis le mail-coach jus- 
qu'à la petite charrette anglaise que l'on conduit soi-même, depuis 
le cab, d'importation récente, jusqu'à la pauline aux vigoureux 
postiers et à la modeste tapissière que traîne l'osseux bidet, il y 
en a pour tous les goûts. 

Et tout cela marche gaiement, côte à côte, sans maussaderie, 
sans envie d'accrocher le voisin. 

Par les allées ombreuses du Bois, on cherche vainement à terre 
un brin d'herbe, un coin de verdure. L'herbe et la verdure ont 
disparu sous les nappes blanches. On se prépare à festiner 
comme au temps de Paul de Kock. Le bourgeois vide les bou- 
teilles, pour calmer la soif qu'il a gagnée à mettre le couvert. 



3l4 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Les petites filles jouent à cache-cache et les dames font la sieste, 
nonchalamment étendues, sans souci de Tœil indiscret des 
passants. 

Nous voici à Thippodrome, sur le turf, comme on dit. Ici, il 
faut étudier le sujet sous ses deux aspects distincts : le côté 
Pesage et le côté Pelouse. 

Le pesage n'est plus aussi aristocratique qu'autrefois, mais le 
public de la pelouse est encore bien plus mélangé : on y trouve 
les bourgeois qui ne veulent contribuer que pour leurs vingt sous 
à l'amélioration de la race chevaline, les petits boutiquiers, les 
ouvriers, et, à côté d'eux, bien des gens qui doivent venir en 
droite ligne de la Cour des Miracles. 

L'arrivée au pesage est très curieuse par tous les temps. Si le 
soleil brille, les toilettes sont claires et vives en couleurs, comme 
les fleurettes des blés. Les femmes descendent d'équipage avec 
des légèretés de mésange, sans s'inquiéter de la place où leur 
pied va se poser. 

Par un temps de pluie, comme on en a vu si souvent, la mise 
en scène change. Adieu les toilettes savamment élaborées pen- 
dant des semaines ! Les voitures n'approchent que péniblement, 
les femmes ont des sautillements de bergeronnettes et se livrent 
à un vrai steeple-chase, à travers les flaques d'eau, pour gagner 
leur place à l'endroit le plus abrité de la tribune. 

Le pesage se peuple de bonne heure. Le public prudent sait 
que sur quatre cent mille spectateurs, plus des deux tiers ne 
verront du Grand Prix que les pigeons voyageurs planant dans 
le ciel pour porter des dépêches. 

A dix heures, le buffet de Rouzé est envahi par les employés 
du Jockey-Club, les officiers de paix et les officiers qui com- 
mandent les troupes de service. 

Très gai, Rouzé, surtout ce jour-là. Il sait bien qu'on ne chi- 
canera pas sur la qualité du déjeuner. Le sportsman est trop 
heureux d'obtenir, dans un verre, un liquide quelconque, douteux 
et hors de prix. 

Les gens qui tiennent les bufi'ets aux courses comptent sur les 



s 



LE GRAND PRIX DE PARIS. 817 

journées tropicales. Ils encaissent alors des recettes inespérées ^ 
On cite un ancien garçon qui a fait fortune sur le turf et dont 
l'industrie ne manquait pas d'une certaine adresse. Il arrivait à 
Chantilly avec un Champagne de marque obscure, qu'il payait à 
son patron à raison de quinze francs la bouteille. Il s'installait 
alors à une petite table dont les dessous étaient habilement, mas- 
qués et débitait son Champagne. De la bouteille payée quinze 
francs il tirait régulièrement trente verres à un franc. Comment 
cela? Un simple coup d'oeil sous la petite table eût donné 
la clef du mystère : il y avait là une rangée de siphons 
d'eau de seltz. Il paraît que les clients trouvaient la marque' 
excellente. 

Vers une heure, la circulation est déjà presque impossible 
dans le pesage et c'est à peine si la police parvient à assurer le 
passage des voitures qui se dirigent vers la tribune officielle. 
Nombreux, trop nombreux aussi, les équipages qui amènent les 
hôtes du chef de l'État jusqu'au pied de la tribune. Sous l'Em- 
pire, deux ou trois voitures seulement arrivaient jusque-là. Les 
ministres, les grands dignitaires, traversaient le pesage à pied. 
Maintenant tous les invités font entrer leurs voitures, et le reste 
du public est écrasé. C'est le triomphe de l'égalité. 

Il est une heure : tout le monde est à son poste et pourtant les 
courses ne commencent qu'à deux heures. C'est le moment que 
choisissent les chroniqueurs mondains pour prendre leurs notes 
sur les jolies toilettes et les jolies femmes. 

Quand il pleut, c'est vite fait. On écrit : « Parapluies et water- 
proofs sur toute la ligne. > Quand il fait beau, les membres du 
Jockey-Club promènent à chaque entr'acte la fleur du panier 
mondain. On n'a que l'embarras du choix. Et tout se passe tran- 
quillement; c'est à peine si de temps en temps il se produit un 
petit attroupement : un pick-pocket qu'on arrête. 

Le Grand Prix de Paris, il faut bien le reconnaître, est une 
institution chère aux pick-pockets. C'est encore à Longchamp 
qu'ils peuvent opérer dans les conditions les plus favorables et 
les plus fructueuses. 



3l8 LES COURSES DE CHEVAUX. 

On sait qu'il n'en est pas de même sur le turf en Angleterre. 
Par exemple, le matin du Derby d'Epsom, il y a un bon moment 
à passer pour l'étranger curieux de tout voir. C'est le moment où 
la police fait la cueillette des pick-pockets. 

Pendant deux heures, sans interruption, on voit arriver à un 
« violon », situé derrière les tribunes, des gentlemen amenés 
par les policemen et invités à passer la journée à l'ombre. Un 
Parisien qui assistait à cette rafle demandait comment, dès 
le matin, tous ces gens-là pouvaient déjà avoir volé. On lui 
expliqua qu'ils n'avaient rien volé du tout, ce jour-là du moins, 
car ce sont d£s voleurs de profession. Les choses se passent le 
plus simplement du monde. Les gens de police se promènent 
dans les groupes, en se dissimulant de leur mieux et, quand ils 
reconnaissent un habitué des « mains dans les poches », ils lui 
font signe : 
« Tiens! vous voilât » 
L'autre comprend. 

« Allons! c'est dommage! une journée de perdue! » 
Le voleur reconnu, à quoi bon lui laisser la liberté d'opérer? 
On le met sous clef pour la journée; le soir, on le relâche. En 
France, on attend le délit. 
Passons maintenant dans le camp des bookmakers. 
Autour des listes, le public arrive, se presse, se bouscule; c'est 
un enfer, à la porte duquel il faut laisser toute prétention aux 
égards les plus élémentaires, à la plus vulgaire politesse ! Avancez 
per /as et nef as ^ faites-vous place à coups de coude et presque à 
coups de poing! Où règne l'argent, la courtoisie disparaît. 

Tout à coup une poussée se produit : un flot humain se forme 
et court le long des listes avec une rapidité incroyable. Parieurs, 
saluez! c'est le renseignement qui passe. Une personne qu'on 
croit bien informée a pris un cheval et l'a déclaré sûr de gagner ; 
derrière elle, une bande d'aifamés s'élance. Les coups de crayon 
se succèdent avec une rapidité fiévreuse, et c'en est assez pour 
qu'en moins de deux minutes la cote subisse sur toute la ligne 
une véritable révolution. 



LE GRAND PRIX DE PARIS. SlÇ 

Cependant les chevaux sortent sur la piste : ils prennent leur 
galop d'essai. Les bookmakers redoublent d'efforts pour placer 
ceux que les parieurs ont délaissés. Quelques transactions se 
bâclent encore précipitamment : parieurs, défiez-vous des ma- 
nœuvres de la dernière heure ! 

Soudain un cri s'élève : les chevaux sont partis. Comme une 
volée d'oiseaux, parieurs et bookmakers s'élancent; ils se ruent 
vers la piste pour assister à la course. En un clin d'œil la foule 
a disparu. Il n'y a plus qu'un désert, où quelques commis indiffé- 
rents taillent leurs crayons avec mélancolie. 

Trois minutes plus tard, les bookmakers sont de retour à leur 
poste, les chevaux rentrent, les jockeys se font peser. Instant 
solennel pour les partisans du vainqueur! Aura-t-il son poids? 
La balance s'incline. AU right! prononce le juge. AU rightf 
répète d'une voix retentissante le crieur salarié des bookmakers, 
et aussitôt le règlement des paris commence. 

Au printemps de 1887, le pari mutuel a été rétabli. Il suppose 
l'existence de toute une administration qui, sans se préoccuper 
du résultat des courses, encaisse les mises, délivre les tickets, 
prélève une commission, dont les trois quarts appartiennent aux 
pauvres, fait entre les gagnants la répartition du surplus, propor- 
tionnellement à leurs mises, et se charge enfin des payements. De 
là toute une série d'opérations assez compliquées qui exigent un 
personnel considérable et un matériel important. Aussi les bara- 
ques du pari mutuel occupent-elles un espace assez vaste, tant au 
pesage qu'à la pelouse, et c'est toute une affaire que de courir des 
bookmakers au pari mutuel et réciproquement, pour tâcher de 
découvrir qui donnera la meilleure cote. 

Mais combien de spectateurs, et surtout de spectatrices, ne 
regardent ni les chevaux, ni la course, ni même le numéro du vain- 
queur ! Spectatum veniunt, et n'est-ce pas le cas d'ajouter : veniunt 
spectentur ut ipsœ} 

Veut-on avoir une idée de la foule immense que met en mouve- 
ment le Grand Prix, il faut se hisser sur le toit d'une des tribunes 
et contempler de là cette mer humaine dont les dernières vagues 



320 LES COURSES DE CHEVAUX. 

se perdent sous les arbres du Bois. Au pesage et sur la pelouse, 
le sol a disparu sous la multitude. Sur les routes voisines, des files 
interminables de voitures se déroulent à perte de vue; des familles 
entières sont g-roupées en haut de la Cascade et les curieux s'in- 
stallent jusque sur les arbres, d'où ils voient un instant briller au 
loin le satin des casaques multicolores : ceux-là aussi peuvent 
dire qu'ils ont vu le Grand Prix ! 

Des chaises sont placées entre les tribunes et la piste : cet 
endroit est comme un immense salon où Ton parle de tout, et quel- 
quefois des courses ; mais ce sont les tièdes qui se trouvent là. 
Les fanatiques s'installent dans les tribunes. Pour voir la grande 
épreuve, ils restent stoïquement trois ou quatre heures sans 
bouger. Les femmes elles-mêmes se condamnent volontiers à ce 
supplice. Elles se sentent regardées, se savent ou se croient 
admirées. Cette pensée les soutient. La tribune qui leur est 
réservée est éblouissante, depuis que la mode des couleurs claires 
est revenue. 

Derrière les tribunes est le pesage proprement dit; là se 
promènent les héros du jour, tenus en main par des garçons 
d'écurie. Autour d'eux se forment des groupes de connaisseurs. 
Les propriétaires circulent, l'air affairé. On se montre les joc- 
keys célèbres, venus d'Angleterre, comme des artistes en repré- 
sentation. 

Enfin, tous les préparatifs sont achevés, la cloche retentit, les 
cœurs battent, l'émotion redouble. La police fait évacuer la piste, 
non sans peine, et les concurrents font leur entrée au milieu d'un 
silence solennel. Quand ils prennent leur galop d'essai, les accla- 
mations commencent, puis les chevaux se rassemblent devant le 
starter. Le drapeau s'abaisse, et pendant deux minutes règne un 
grand silence. Des sentiments bien différents, le patriotisme et 
l'intérêt, font palpiter tous les cœurs. Mais les chevaux montent 
la côte, le train devient vertigineux à la descente : c'est là que la 
course se dessine; au dernier tournant, les vociférations com- 
mencent, la lutte devient acharnée. Encore un effort et le but est 
atteint, dépassé même, car la vitesse acquise entraîne les chevaux 



"^Ofi. 






> y 



LE GRAND-PRIX DE PARIS. 323 

jusqu'au Moulin.. Le vainqueur revient au milieu d'acclamations, 
courtoises s'il est étranger, enthousiastes s'il est français. Il y a 
quelques années, tous les membres du Jockey-Club l'attendaient 
à son retour, groupés sur le passage qui conduit à leur tribune. 
Le jockey venait mettre pied à terre, dans la salle des balances, 
qui était presque sous l'escalier. Aux acclamations succédait 
alors un nouveau silence. UAll right prononcé, les applaudis- 
sements et les hurrahs repartaient de plus belle, et cette fois 
rien ne les arrêtait, car il n'y a pas d'exemple que le jugement 
ait été modifié. 

Aujourd'hui, la salle des balances est installée dans un pavillon 
spécial et beaucoup plus éloigné de la tribune du Jockey ; la mise 
en scène a donc changé forcément et l'on ne jouit plus du curieux 
spectacle de jadis. 

Le vainqueur disparaît presque immédiatement. Après un. pan- 
sage rapide, on lui remet ses couvertures et son camail, puis on 
l'emmène à son écurie. 

L'heureux propriétaire suppute ses gains. Outre le montant 
du prix, il escompte la valeur que la victoire donne à son cheval. 
Quand il aura terminé la carrière fructueuse qu'il peut encore 
parcourir de trois à six ans, ce cheval deviendra étalon, et, pen- 
dant une vingtaine d'années, son maître tirera de lui une rente 
d'environ quarante mille francs. Tels sont les rêves dorés du 
triomphateur ! 

La grande course terminée, les deux prix qui suivent n'ex- 
citent qu'un intérêt médiocre, à moins qu'on ne soit gros parieur 
ou qu'on n'ait à se refaire. 

Le grand souci maintenant, c'est le départ. Comment s'en 
aller? Comment retrouver sa voiture? Munis de la fameuse carte 
de stationnement qu'accorde la Préfecture de Police, les privi- 
légiés ont encore la chance d'apercevoir leur cocher dans la 
demi-lune qui fait face à la sortie. Mais, à défaut de cette bien- 
heureuse carte, que de patience ne. faut-il pas pour attendre le 
retour de la casquette de soie qu'on expédie à la découverte de 
son véhicule î 



324 ^^^ COURSÉS DE CHEVAUX. 

C'est une débâcle extraordinaire. Les cochers, qui d'habitude 
s'inquiètent déjà peu d'écraser les piétons, perdent ce jour-là 
toute mesure. Les voies sont encombrées. Les moins pressés 
prennent l'allée des Acacias, les impatients s'en retournent par la 
Porte Maillot ou Passy. Le propriétaire du vainqueur et ses 
amis, partis prudemment avant la fin de la représentation, 
vont à l'écurie s'assurer que le cheval est rentré sans encombre 
et lui rendre leurs devoirs. Il est rare qu'ils ne soient pas accom- 
pagnés d'un dessinateur en vogue, qui vient prendre un croquis 
du héros de la journée. 

Les chevaux français habitent presque tous du côté de Madrid 
ou à Boulogne. Les chevaux anglais reçoivent ordinairement 
l'hospitalité dans les écuries de sir Richard Wallace, à Bagatelle. 
C'est là que fut conduit en i885 Paradox^ le lauréat du Grand 
Prix. C'est là aussi que, vers cinq heures du soir, on eût pu voir 
tranquillement assis sur un banc du jardin, devant des « soda 
brandy », M. Brodrick Cloëte, propriétaire du vainqueur, et son 
ami sir Frédéric Johnstone, qui est lui-même un des grands pro- 
priétaires du turf anglais. 

Les looooo francs du Grand Prix comptaient pour bien peu 
dans la satisfaction de M. Brodrick Cloète. Le propriétaire de 
Paradox est colossalement riche; il fait courir par vocation ; c'est 
un goût qui se transmet de père en fils dans sa famille. L'argent 
pesait si peu dans ses calculs, que peu auparavant il avait promis, 
s'il gagnait le Derby d'Epsom avec le même Paradox, d'aban- 
donner le montant du prix à son entraîneur Porter et à son jockey 
Webb, qui devaient se le partager. Malheureusement pour eux; 
le cheval fut battu d'une tête. 

En 1886, la pluie, qui n'a pas cessé pendant toute la durée des • 
courses, en a encore attristé le retour. Dans ces conditions, le 
départ ressemblait à une déroute. Les allées qui entourent l'hip- 
podrome disparaissaient sous la boue, la pelouse était un ma- 
récage; de toutes parts des vapeurs s'élevaient au-dessus du 
Bois, comme à la fin de l'automne: Personne ne songeait plus au 
vainqueur, Minting-, c'était pourtant un superbe poulain, dont le 



LE GRAND PRIX DE PARIS. SsS 

propriétaire, M. Vyner, s'était juré de gagner le Grand Prix et 
avait tenu parole. Minting était apparu sur la piste, brillant 
et natté comme s'il sortait des mains du coiffeur; il revenait 
abominablement crotté, et lorsque Archer rentra au pesage, 
couvert de boue non moins que de gloire, la foule, sous 
l'influence du patriotisme et de l'averse, supprima toutes les 
acclamations. 

Le vainqueur retourna tranquillement à Bagatelle. On répara 
le désordre de sa toilette : Archer s'était remis en selle et John 
Lewis Brown, en quelques coups de brosse, fixa ses traits pour 
la postérité. Très modeste et très calme, le cheval n'avait pas 
l'air de se douter qu'il venait de s'immortaliser et que le plus 
mondain des peintres de sport s'empressait à faire son por- 
trait. Minting était d'ailleurs un cheval hors ligne, et le seul 
qui ait failli battre Ormonde, dont la réputation est tout à fait 
légendaire. 

En 1887 le terrain était encore lourd, mais le temps était beau 
et la fête fut des plus brillantes, d'autant plus brillante pour la 
masse du public, que la victoire revint à une pouliche bien 
française, Ténébreuse, à M. Aumont. C'était la première fois que 
ce propriétaire gagnait le Grand Prix, bien que son nom se 
retrouve souvent sur la liste des grands vainqueurs. Les parieurs 
n'avaient pas trop l'air satisfaits, car Ténébreuse était si peu 
favorite, que le pari mutuel versa dix-huit fois leur mise à ses 
partisans. Mais le patriotisme efi*aça bien vite cette déception. 

Ténébreuse a d'ailleurs consacré sa popularité en gagnant un 
an plus tard un des grands handicaps anglais, le Césaréwitch, 
malgré toutes les barrières que les Anglais avaient élevées pour 
écarter nos chevaux de cette importante épreuve. 

Le vainqueur du Grand Prix de 1888 a été Stuart, l'un des 
plus beaux et des meilleurs poulains que l'élevage français ait 
produits. Un instant on a pu croire qu'une indisposition assez 
grave l'empêcherait de prendre part à la course; fort heureuse- 
tnent il n'en fut pas ainsi, et Stuart battit avec une facilité mer- 
veilleuse le second du Derby anglais. La brillante carrière de 



520 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Siujrt s'est malheureusement terminée avec cette belle victoire, 
qui en fut le couronnement. 

.Même par un beau temps, la fête finit d'ordinaire avec les 
courses elles-mêmes. Le Jockey-Club n'imite pas le Cercle de la 
nie Royale, qui org-anise des réjouissances : soupers, bals, co- 
médies, en l'honneur des sportsmen étrangers venus passer la 
^maine à Paris. Les manifestations du Jockey ont été extrê- 
mement rares ; elles se sont bornées à une illumination du Cercle 
le jour de la victoire de Vermout en 1864, et à un dîner offert 
en i8D6au duc de Beaufort, propriétaire de Ceylon. 

Le Grand Prix de Paris est une solennité qui d'ordinaire 
extrait beaucoup d'argent de la poche des Parisiens, à la condi- 
tion pourtant que le baromètre se mette de la partie. Quand le 
s^>leil brille, chacun sort gravement de chez soi et se met en 
rv^ute, la bourse bien garnie. Mais qu'il vienne à pleuvoir, c'est 
ciutre chose : l'empressement à s'amuser n'est plus le même. Il 
fiiut pour se mettre en route avoir le diable au corps, à moins 
d*être appelé sur le turf par des intérêts personnels ou des rai- 
sons de métier. Je me suis amusé à calculer ce que la pluie 
coûtait, un jour pareil, à l'ensemble de nos industries : coutu- 
riers, loueurs de voitures, restaurateurs, concerts, bals en plein 
vent ; c'était fabuleux. 

La Société d'Encouragement voit d'abord diminuer sa recette 
d*au moins 100 000 francs; les loueurs perdent 5o pour 100 de 
leurs recettes. 

En 1886, les compagnies de voitures publiques ont elles- 
mêmes souffert du mauvais temps. La Compagnie générale, qui 
encaisse 100 000 francs, a vu baisser sa recette de près d'un 
cinquième. Il en a été de même pour l'Urbaine. Même désastre 
pour les restaurateurs. A la Cascade, on a subi une baisse de 
i5cxx) francs sur l'année précédente; chez Ledoyen, on a 
diminué d'un tiers; aux Ambassadeurs, on a fait 8000 au lieu 

de 1 1 000. 

Les concerts et les bals n'ont pas été moins atteints : au Jardin 
de Paris, qui a succédé au Jardin Mabille, il y a eu 59 entrées, 






II 



>-^OR 










LE GRAND PRIX DE PARIS. 829 

contre Sooo Tannée précédente. L'Alcazar et PHorlog-e, au lieu 
d'ouvrir avec 5ooo francs de recettes, ont dû congédier leurs 
chanteuses et éteindre leur gaz devant des chaises vides. 

Un autre chiffre intéressant fut recueilli au chemin de fer de 
rOuest. La station de Suresnes, qui avait reçu 19000 voyageurs 
en i885, n'en voyait descendre que 6000 en 1886. En résumé, 
pour les industries qui comptent sur la journée du Grand Prix, 
il est indispensable que le soleil brille de son plus vif éclat, 
autrement c'est un million de perdu. On m'objectera bien que 
la Faculté aura à soigner des centaines de pleurésies et de laryn- 
gites, que les pharmaciens épuiseront leur stock de pâtes pec- 
torales et de sirops émollients ; que les chapeliers donneront des 
coups de fer à tous les couvre-chefs de la capitale : cela ne com- 
blera pas encore le déficit. 

Le Grand Prix de 1880, gagné par Robert the Devil, ne fut pas 
moins inondé. Le ciel s'était assombri dès le matin, et vers midi 
tout espoir de soleil était perdu. Les tribunes, qui d'ordinaire se 
remplissent deux heures au moins avant le commencement des 
courses, étaient navrantes d'aspect. On allait courir devant des 
banquettes. Cependant du haut des plates-formes il y avait de 
singuliers effets à observer : d'abord, au milieu de la piste, tout 
un champ d'immenses champignons blancs : les caoutchoucs des 
cochers grimpés sur leurs voitures. Dans le pesage, un champ 
de champignons noirs, qui disparaissaient de temps à autre, se- 
lon qu'avec un ensemble parfait les parapluies s'ouvraient ou se 
fermaient. Une couturière avait inventé la robe bébé. Jugez si 
elle en fut pour ses frais. On ne rencontrait en fait de femmes 
que des capucins au capuchon rabattu. Deux jeunes femmes qui 
avaient arboré quand même des toilettes claires eurent un certain 
succès d'hilarité, grâce à une garniture de nénuphars qui ornait 
leurs robes : c'était tout à fait de circonstance. 

Vive le soleil de midi ! c'est celui qui décide de la victoire. 
Mais redoutons ces pluies perfides qui transforment le pesage en 
boue plus jaune que les flots du Nil des tableaux de Fromentin. 

Je n'oublierai jamais la journée de 1886. Quand j'eus à faire 



.33o LES COURSES DE CHEVAUX. 

la description des toilettes, ce fut terrible, et voici comment je 
m'en tirai : 

• Parmi les caoutchoucs les plus réussis, citons le caoutchouc 
gris perle de la marquise de P..., relevé sur ^es délicieux bas 
noirs. â jour; le caoutchouc changeant de la vicomtesse de R..., 
relevé sur des bas bleu tendre; le caoutchouc rayé de Mme la 
duchesse de T..., relevé sur des bas abricot de plein vent : bas 
et caoutchoucs, caoutchoucs et bas, tels furent les seuls effets 
de toilette dont put jouer la coquetterie féminine. » 



CHAPITRE XVI 

LE TURF A VINGT SOUS 



LA PELOUSE 

Une étude vraiment curieuse que celte du petit public des 
courses qui paye son entrée vingt sous et vit de l'autre côté de 
la piste où les rumeurs du pesage ne lui parviennent que comme 
les bruits de la ville aux bonnes gens de la banlieue. 

Dès midi, commence sur la pelouse le campement des book- 
makers, installés à la façon des bohémiens de la foire. L'aspect 
de cet intérieur d'hippodrome est assurément moins pittoresque 
que l'aspect intérieur des principaux hippodromes anglais : celui 
d'Epsom, par exemple. Il manque de saltimbanques, de musi- 
ciens et de paillasses, mais il a tout de même son cachet par- 
ticulier. 

Comme motif principal du décor, au premier plan, se dresse 
la tente de Rouzé, sur laquelle flotte un drapeau tricolore; puis. 



332 LES COURSES DE CHEVAUX. 

à droite de la tente, divisés en quatre grandes rues bien alignées, 
les quatre cents piquets des bookmakers opérant en concurrence 
avec les baraques du pari mutuel. 

L'attirail du bookmaker se compose d'un piquet surmonté d'un 
tableau, d'une enseigne, d'un banc, d'une ficelle, d'une éponge et 
d'un morceau de craie — je parle de l'attirail fourni par des en- 
trepreneurs spéciaux, qui moyennant dix francs se chargent de 
préparer tout ce qu'il faut à l'opérateur. 

Quand je dis tout ce qu'il faut, j'oublie encore quelques 
accessoires, mais qui sont en d'autres mains, le parapluie par 
exemple. Le parapluie appartient au bookmaker — et tous les 
bookmakers entretiennent à frais communs un employé qui 
les suit partout, même en province, avec leurs parapluies. Il y a 
aussi les listes, c'est-à-dire les cartons sur lesquels sont imprimés 
les noms des chevaux. 

Les préparatifs du matériel des bookmakers ne sont pas bien 
compliqués et se font assez méthodiquement. Les employés des 
entrepreneurs de piquets commencent par placer les piquets, le 
tableau, l'enseigne et le banc et, je le répète, ces piquets forment 
quatre rues de cinquante piquets par côté. Le fournisseur des 
listes passe ensuite avec un marteau et des clous de tapissier; il 
est accompagné de sa femme, une petite brune qui tient dans 
ses bras les jeux de listes. Devant chaque tableau, elle lui remet 
un jeu de listes contenant les cinq ou six cartons correspondant 
aux cinq ou six prix de la journée. Ce jeu est fixé au tableau à 
l'aide d'un clou. Chacun de ces cartons est encadré de noir, et 
éur les marges, préparées à cet effet, la craie indique la cote, qui 
s'efface avec l'éponge pour être marquée à nouveau selon les 
fluctuations du marché. Les deux marges de chaque carton sont 
larges de cinq centimètres ; sur la marge de gauche on marque 
le chiffre pour la cote gagnante, et sur la marge de droite on 
marque le chiffre pour le cheval placé. 

La cote placée est en général du tiers ou du quart de la cote 
gagnante. Sur la pelouse on parie beaucoup plus pour la place 
que dans le pesage, et j'ai remarqué parmi la catégorie des 



LE TURF A VINGT SOUS. 333 

petits parieurs un grand parti pris de prudence et l'intention bien 
évidente de se contenter d'un léger bènéiiee. 

Les rues une fois formées, les bookmakers et le public ne tar- 
dent pas à arriver, pataugeant dans la boue liquide les jours de 
pluie, ou traversant des nuages de poussière les jours de sé- 
cheresse. 

L'organisation industrielle du pari de courses remonte à plus 
de vingt ans. Ce fut en 1866 qu'un groupe de parieurs français 
eut l'idée de parier argent comptant, en donnant des tickets qu'ils 
payaient après la course. Quand je dis que ce groupe avait eu 



l'idée, il serait plus exact de rappeler qu'on la lui avait donnée. 
On avait dit â ces parieurs que ce mode de pari réussissait en 
Angleterre et qu'il serait peut-être adroit de l'introduire en 
France. Ils s'organisèrent d'abord à la façon de Mangin, avec 
une voiture à quatre chevaux. Sur les côtés on avait accroché des 
ardoises où l'on inscrivait les noms des chevaux et la cote. Il y 
avait des guichets portatifs par où l'on distribuait les tickets. Cet 
équipage, auquel il ne manquait que Vert-de-Gris et son orgue, 
attira la foule et l'entreprise fit des affaires d'or. Il est bien diffi- 
cile à Paris et même ailleurs de faire des affaires d'or sans 
éveiller les convoitises et exciter la concurrence. La voiture- 
agence à quatre chevaux ne tarda pas à attirer à sa suite une 
autre, puis deux, puis trois, puis cinq cents voitures-agences. 



334 LES COURSES DE CHEVAUX 

Une longue file stationna à côté des voitures bourg-eoises et de 
toutes les banquettes partaient des cris : « Voyez la cote ! la 
belle cote ! » 

C'est alors que se posa le problème des places. Chaque direc- 
teur d'agence ambulante voulant être le plus près possible du 
centre des opérations, il s'agissait d'arriver sur le terrain avant 
les confrères. On vit d'abord des voitures pénétrer sur le champ 
de courses dès l'aube du jour ; bientôt ce ne fut plus suffisant : 
il y en avait qui venaient la veille et passaient la nuit pour se 
réserver un bon rang. 

Le génie industriel de la cote, ne connaissant plus de limites, 
leur inspira une nouvelle méthode. Ils dételèrent leurs voitures 
après une journée de courses, et les laissèrent sur l'hippodrome, 
marquant ainsi leurs places d'une façon très commode et écono- 
misant la nourriture et la location des chevaux. Un inconvénient 
se présenta : il y eut des promeneurs nocturnes qui poussèrent 
l'indélicatesse jusqu'à dérober quelques voitures des agences am- 
bulantes. Nouvelle difficulté qu'on tourna en achetant des équi- 
pages sans valeur et en utilisant ainsi tous les rossignols de la 
locomotion. 

C'est ainsi que l'hippodrome de Lonchamp présenta un ins- 
tant un coup d'œil des plus étranges ; on y voyait stationner les 
voitures les plus rococo, depuis le coche de voyage jusqu'à la 
malle-poste jaune du temps de la Restauration, depuis le briska 
du règne de Louis-Philippe jusqu'à la diligence de Notre-Dame- 
des- Victoires. 

Les Anglais, qui avaient donné l'idée des agences ambulantes, 
n'avaient jamais eu l'intention de n'en pas profiter pour leur 
compte. Quand ils apprirent que la clientèle était assez nom- 
breuse, ils vinrent prendre leur part des marrons qu'ils avaient 
fait tirer du feu. Les agences ambulantes firent de très bonnes 
affaires jusqu'à l'apparition du pari mutuel, qui leur causa un cer- 
tain préjudice. Le pari mutuel avait l'attrait de la nouveauté, tout 
le monde trouva, son mécanisme ingénieux et voulut en essayer. 
Les parieurs ne tardèrent pas cependant à revenir au pari à la 



LE TURF A VINGT SOUS. 335 

cote. Le pari mutuel présentait un inconvénient : au moment où 
l'on plaçait son argent, on ignorait la proportion à laquelle on 
prenait le cheval de son choix. On savait ce que l'on pouvait 
perdre; on ne savait pas ce que l'on pouvait gagner. En 1875, 
d'ailleurs, dame justice s'occupa très particulièrement des paris 
et la Cour de Cassation décida que le pari mutuel était illégal. 
Elle estima que la presque totalité des parieurs sans notions 
spéciales, sans renseignements précis et utiles, ne faisaient 
qu'une désignation fictive et en réalité obéissaient au hasard et 
aux suggestions de l'agence en plaçant leurs enjeux sur tel ou 
tel cheval. Dans cette hypothèse, le choix apparent du cheval 
devant être considéré comme non avenu en tant que désigna- 
tion personnelle, réfléchie ou plus ou moins rationnelle, les paris 
avaient le caractère prédominant de jeux de hasard. 

J'ai déjà parlé de la résurrection 'du pari mutuel, dont la con- 
currence ne nuit pas plus que jadis au pari à la cote. 

Le pari est-il un bien ou un mal, c'est une discussion que je 
n'ai pas à renouveler ici. J'ai déjà dit qu'il était inséparable de 
la prospérité des courses. Ce qui m'intéresse, c'est de constater 
que depuis qu'il fonctionne avec une espèce d'organisation, que 
personne ne reconnaît, mais que personne non plus ne désavoue, 
les recettes ont augmenté dans des proportions considérables. 
On a parlé de l'installation des piquets, de ces piquets dont je 
parlais tout à l'heure ; cette installation est due à l'initiative de 
trois entrepreneurs dont l'intervention n'est pas bien compliquée. 

Les piquets du pesage, les piquets des pavillons appartiennent 
à un nommé Régimbaud, qui monopolisa la plantation du piquet. 
Il se mit en frais d'un gros matériel pour alimenter les courses 
de Paris, de la banlieue et de la province; il fit peindre ses 
piquets en vert pour les distinguer des autres piquets. Il prit 
sous son bonnet d'épurer autant que possible le personnel des 
bookmakers. Bien qu'il n'eût aucun mandat pour cela, il adopta 
pour règle de ne fournir un piquet vert qu'à des individus pré- 
sentant une certaine surface. Il refusa le piquet à tout impétratit 
n'ayant pas au moins un domicile et un loyer à son nom.' Cette 



."î,!!, LES COURSES DE CHEVAUX. 

siirtc d'cvclusion lui amena la concurrence d'autres entrepre- 
neurs de THUcts peints en rouge qu'on pouvait obtenir sans la 
jnnindrc enquête préalable. Il suffisait de se présenter en disant 
i^iiViti vdiilail faire la cote, pour être immédiatement admis. 

On -:v*mpte environ quatre cents piquets au milieu du champ 
tk- -l'iwrscs, en cet endroit qu'on appelle improprement la 
Pi').-H)sc, puisque, je l'ai déjà dit, on aurait de la peine à y 
(kv.'i'^ivTir un brin d'herbe. Les huit premières rangées en par- 
Infi't Jii buffet appartiennent aux piquets verts et forment quatre 
ivk-*. Les têtes de rue sont occupées par des bookmakers qui 



ont une clientèle assez sérieuse pour risquer d'assez fortes 
sommes contre un cheval. Au fur et à mesure que l'on avance 
dans les rues, on trouve des donneurs plus modestes, qui 
acceptent des mises de cent sous, de quarante sous et même de 
vin^t sous. On m'a même dit qu'on acceptait des mises de dix 
sous dans le fer à cheval qui forme le quartier des piquets 
rouj^es. C'est la cote à la portée des militaires et des bonnes 
d'enfants. 

Les têtes de rue ouvrent la cote de bonne heure, avant même 
que les bookmakers du pesage soient installés. Ils ont un grand 
nombre de clients qui savent cela et qui les entourent pour avoir 
ce qu'on est convenu d'appeler la fleur du marché. 



LE TURF A VI\GT SOUS. 3?7 

Il n'est pas rare de trouver des cotes plus avantageuses sur la 
pelouse qu'au pesage. 

Ce quartier excentrique du turf ne tarde pas à se peupler d'une 
foule de types que l'on m'a fait connaître tout récemment et que 
je vais essayer de vous présenter à mon tour. D'abord les petits 
bookmakers. On les appelle petits bookmakers par comparaison 
avec les gros bookmakers qui fonctionnent au pesage et s'ex- 
posent à attraper d'énormes culottes. Je ne vous cacherai pas 
qu'il est un peu mêlé, ce monde des petits bookmakers. 

Le personnel des petits bookmakers se recrute principalement 
parmi les camelots et les marchands de vin dont l'établissement 
n'est pas tris fréquenté dans la journée. 
' Le bookmaker important qui ouvre le premier sa liste doit 
faire de brillantes affaires. II est entouré d'une foule énorme et 
tellement sollicité qu'il ne sait A qui répondre. Trente mains se 
tendent vers lui et, avec la dignité d'un ag^nt de change dans sa 
corbeille, il indique d'un 
geste â ses clients qu'il i, -, 

les invite à un peu de 
patience et que tout le 
monde sera servi. 

— A moi!... A moiî.i 

— Pour dix louis! 

— Pour cinq louis! 

— Trois louis de chaque 
côté! 

Chacun fait sa commande 
et remet son argent en 
échange d'un ticket. 

Pendant que le book- 
maker délivre ses tickets, -.^ -i> ta. <b ^ "" 
son commis comptable, à .y^_ -^ '^^ iji/ /_.^, ^4"" 

raison de dix francs par 

séance, inscrit toutes les opérations sur un grand livre. Ce 
commis, qui, chez, les petits bookmakers, est souvent une- 



338 LES COURSES DE CHEVAUX. 

femme, légitime ou autre, souvent même une simple employée, 
doit avoir une assez grande aptitude à compter rapidement. 
Il est indispensable que le bookmaker soit au courant du 
total des mises placées sur chaque cheval, de façon à ne pas 
se laisser surprendre par un découvert. Quand un cheval est 
l'objet des préférences du public, quand c'est surtout lui qu'on 
prend, il est naturel de le voir monter à la cote. Plus on le 
débite, plus le prix change. Le chiffre marqué à la craie est 
effacé par l'éponge et remplacé par un chiffre plus faible jusqu'à 
ce que le chiffre total du livre soit atteint. Alors on n'en donne 
plus du tout, le plus bas chiffre est remplacé par un trait qui 
veut dire complet ! 

Un certain nombre de bookmakers travaillent pour des com- 
manditaires. Quelques-uns sont commandités par de vieilles co- 
cottes démodées qui cherchent à faire fructifier leurs économies. 

En même temps que les bookmakers, d'autres industriels pro- 
cèdent à leur installation sur divers points de ce champ de ma- 
nœuvres; ce sont : 

II 

LES PRONOSTIQUEUÏ^S 

Le pronostiqueur, en général, est tout simplement un book- 
maker qui n'a pas fait ses affaires. La lucidité qu'il n'avait pas 
pour son compte, il prétend l'avoir pour le compte des autres. 
Nous avons différentes espèces de pronostiqueurs. D'abord le 
pronostiqueur en chambre qui fait des annonces dans les jour- 
naux de sport et vante bien haut sa lucidité. — C'est M. de X. 
ou M. de Z. qui, moyennant un louis, envoient au domicile de 
leurs clients, sous pli cacheté, une ou deux quasi-certitudes pour 
la journée. Quand le hasard s'en mêle, ça va bien. 

Le pronostiqueur au champ de courses tient boutique à peu 
de frais : uii petit tiroir à compartiments posé sur un petit tréteau, 
au-dessus du tréteau une pancarte, sur la pancarte le boniment. 



LE TURF A VINGT SOUS.. 

J'ai copié quelques-uns de ces boniments. 



339 



LE SPORT 

QUATRIÈME ANNÉE 



Nous possédons dans le Prix du Lac un ren- 
seignement de la plus haute valeur.. Le cheval 
que nous indiquerons a par sa forme et la prépa- 
ration qu'il a reçue en vue de gagner une grande 
course dont il n'a pu courir sa chance à cause 
d'un accident de voyage. Nous tenons de source 
certaine que ce cheval a le handicap complète- 
ment à sa merci. 



Passez derrière la pancarte et vous lirez tous les exploits 
passés du pronostiqueur : les nombreux vainqueurs qu'il a indi- 
qués avec une sûreté imperturbable ; les nombreuses personnes 
qui ont fait fortune en l'écoutant et en lui apportant la modique 
somme de vingt sous. 

Autre boniment. 



A UN FRANC 

Malgré ce prix minime, je puis garantir un 
bénéfice assuré aux Sportsmen. 

Vaincre le hasard qui souvent déjoue les com- 
binaisons les mieux établies, tel est mon but. 
Mes six années d'expérience et d'études, mes 
succès me recommandent aux joueurs comme un 
homme sincère dans ses appréciations, ayant fait 
ses preuves. 



Toutes ces affiches se ressemblentj c'est toujours la. fortune 



340 LES COURSES DE CHEVAUX. 

offerte, sous une orthographe bizarre, au commun des mortels, 
pour la faible somme de vingt sous. 
\'oici encore une variante : 



Quiconque voudra et sera capable de suivre 
mes renseignements, sans écouter les racontars, 
peut compter sur des gains considérables ! 

Je ne suis pas infaillible ! Non ! Mais je possède 
les connaissances acquit par six années d'études 
et une attention de tous les jours. 

Mes succès sont mes recommandations! 



C'est le même procédé et la même installation que pour la vente 
de la pommade à guérir les cors aux pieds, la pâte à faire 
couper les rasoirs ou le savon à détacher les étoffes. 

Le hasard étant le grand maître, surtout en courses, il arrive 
souvent que le prophète à vingt sous en vaut un autre et obtient 
des succès. C'est comme cela qu'il trouve toujours un certain 
nombre d'amateurs pour lui acheter l'enveloppe contenant la 
feuille prophétique. 

Sur cette feuille, tirée à Tautocopiste, il y a un gagnant et un 
cheval placé désignés pour chaque prix et quelques noms sou- 
lignés pour attirer plus spécialement l'attention du joueur. 



III 



PRONOSTIQUEUR AMBULANT 



Le concurrent du pronostiqueur en boutique est le pronosti- 
queur ambulant. Il se tient debout, à une place où sont sûrs de 
le retrouver ses nombreux clients, et d'ailleurs il se fait recon- 
naître, en criant à pleins poumons :• 



LE TCRF A VIKGT SOUS. 3^1 

c Le renseignement d'Epsom!... Le tombeau des bookma- 
kers! • 

Et une foule d'autres choses qui font partie de son répertoire. 
Il est là, debout, solidement campé sur ses jambes. Rien dans les 
mains! Rien dans les poches! 

Quand je dis rien dans les mains, je me trompe. 11 a dans les 
mains un jeu de cartons 
d'une certaine couleur qu'il 
distribue, moyennant cinq 
francs, aux personnes qui, 
pendant la journée, vien- 
dront le questionner sur 
les opérations à faire. 

Quand je disais rien dans 
les poches, je me trompais 
encore. Dans la poche de 
côté de la jaquette, à l'en- 
droit où les ■ boudinés • 
laissent pointer un coin du 
mouchoir— il y a le crayon 
magique, le crayon qui sur 

le programme de l'amateur doit pointer tous les gagnants de 
la journée. 

■ Demandez le rrrenseignement d'Epsom ! • 

Ici, point de travail préliminaire, point de préparation, point de 
calculs basés sur l'expérience ou sur une longue étude des per- 
formances. C'est le renseignement d'écurie, le tuyau da la der- 
nière heure qu'on ne vous fera connaître que quelques minutes 
avant la course. 

Le pronostiqueur ambulant doit être un habile homme, à en 
juger par l'empressement qu'un grand nombre de personnes 
mettent à l'entourer dès son arrivée sur le turf et à prendre une 
carte donnant droit à ses conseils. 

A peine a-t-il poussé le premier cri i • Demandez le rrrensei- 
gnement!... > que vingl bouches lui chuchotent dans l'oreille 



342 LES COURSES DE CHEVAUX. 

droite et vingt autres bouches dans l'oreille gauche. Sa tête 
n'est plus une tête. C'est un appareil téléphonique. On lui télé- 
phone mille questions et il retéléphone les réponses dans l'ap- 
pareil acoustique de ses interlocuteurs, tout cela avec un mystère 
et un sérieux tout à fait étonnants. 

Quelques impatients s'approchent : 

« Vous n'avez rien pour le handicap? 

— Tout à l'heure, répond-il; revenez entre la deuxième et la 
troisième ; rien avant ! » 

Les autres s'éloignent pieusement, bien décidés à venir prendre 
le mot d'ordre à la minute indiquée. Et comme cela m'amusait 
et que, paraît-il, je n'avais pas l'air de prendre la scène au sérieux, 
une dame s'approcha de moi : 

« Vous n'y croyez pas, qjonsieur? me dit-elle. 

— Mais je vous demande bien pardon, madame; aux courses, 
je crois à tout, j'admets toutes les combinaisons, tous les 
calculs. 

— C'est que ce jeune homme est très fort! 

— Je n'en doute pas. 

— Tenez ! il m'a donné un tuyau impossible. 

— Lequel? 

— Il m'a dit : Prenez tel cheval, après qu'il aura couru quatre 
fois sans gagner, et qu'il sera à dix, un jour de pluie. 

— Et cela a réussi? 

— Parfaitement. » 

Voilà un homme qui, s'il fût né deux siècles plus tôt, eût été 
brûlé vif. 



IV 



LE DONNEUR DE TUYAUX 

En fait de pronostiqueurs, on rencontre encore le donneur de 
tuyaux, autrement dit l'indicateur de soi-disant coups préparés 
par les écuries et qui doivent infailliblement réussir. 



LE TURF A VINGT SOUS. 343 

Ce métier, qui est très connu en Angleterre, consiste, pour 
celui qui l'exerce, à bien se rappeler la personne à laquelle il a 
indiqué le g'agnant. Le tour est des plus simples. Le donneur 
de tuyaux signale un cheval diifêrent à huit personnes différentes, 
liyasept perdants, devant lesquels il se dérobe après la course; 
mais il y a un huitième personnage dont il s'approche triom- 
phalement, 

< Eh bien! vous voyez, c'était sûr. Je vous en donnerai un 
autre. Mais ça vaut bien une pièce de quarante sous! » 

Les perdants ne peuvent pas se plaindre : on ne leur a rien fait 
payer pour le renseignement. 

Ce truc est géuéralement exercé par des jockeys qui ne peu- 
vent plus monter ou par 
des garçons d'écurie en 
rupture de litière. 

Les preneurs sont deve - 
nus fort adroits et ne s'en- 
tourent pas moins de ren- 
seignements que le public 
du pesage. Les bookmakers 
n'ont qu'à bien ouvrir l'œil 
pour ne pas avoir le des- 
sous. 

Du reste, preneurs et 
bookmakers ont un service 
spécial pour se tenir au 
courant de tout ce qui se 

passe d'important au pe- ->;,.;,/*-"'- «..;^^. | 

sage. 

■ Deux employés, qu'ils payent pour cela, prennent une carte de 
vingt francs qui leur donne accès dans l'enceinte. L'un d'eux se 
mêle au ring et surveille les plus adroits parieurs; son auxiliaire 
se tient sur la terrasse d'une des tribunes. Dès que le favori se 
dessine par la cote, immédiatement l'homme du ring l'indique 
par des signaux à son collègue de la terrasse et, à l'aide d'un2 



344 LES COURSES DE CHEVAUX. 

lorgnette, ces signaux sont parfaitement compns des gens qu'ils 
intéressent. 

Pour indiquer, par exemple, que le n" i du programme est 
favori, l'homme du ring lève son parapluie en Tair, geste qui est 
immédiatement reproduit par l'homme de la terrasse. Il agite 
son chapeau pour le n* 2, son mouchoir pour le n' 3, un journal 
pour le n' 4. Il y a comme ça un signal pour tous les numéros 
correspondants aux chevaux inscrits au programme. 

A l'aide de cette télégraphie très peu compliquée, la cote de 
la pelouse reproduit assez exactement celle du pesage et les 
parieurs à vingt sous sont aussi bien renseignés que les parieurs 
à vingt francs. 

Les bookmakers reçoivent également toutes les indications qui 
leur sont utiles par les « ail right » attachés à leur service. 

Un emploi difficile est aussi celui du préposé au tableau !... Il 
a pour mission d'y inscrire les noms des jockeys presque en 
même temps qu'ils sont connus au pesage. 

Autres types : 



V 



LES POULEURS ET LES POULEUSES 

*La poule n'est pas morte, à en juger par le nombre de femmes 
qui se promènent une bourse de quêteuse à la main en criant : 

« Les vingt et un à un franc! Les vingt et un à deux francs!... » 

Et à la fin des courses : 

€ Demandez la consolation!».. Qui veut la consolation? » 

Ce sont des femmes en toilettes de ville ordinaires, coiffées 
souvent de gigantesques chapeaux de paille comme on en voit 
sur les rives canotières des environs de Paris. Elles sont en 
général très peu timides et vous tendent cavalièrement l'aumô- 
nière de velours. 

Parmi ces dames nous avons encore la pronostiqueuse femelle, 
qui garantit les cinq favoris pour un franc et s'engage à fournir 



LE TURF A VINGT SOUS. 346 

toute espèce de compensations en cas d'insuccès I .. . Si encore 
la pronostiqueuse était jeune et gentille, on s'expliquerait cette 
clause du contrat. Mais ce n'est pas le cas. Et je ne crois pas 
qu'il se présente beaucoup 
de clients pour réclamer 
une bonne fortune en dé- 
dommagement de la mau- 
vaise. 

Nous avons encore le 
concurrent de Rouzé, sorte 
de marchand de coco qui 
doit faire des affaires d'or 
les jours de soleil. 

De l'eau fraîche!,., du 
rhum!... quelques tran- 
ches de citron!... En voilà 
pour deux sous le verre. 

Il y a foule autour de la 
cruche, qui est immense 

et qui est la providence '''^^iv*' **' ^ Û'-'-^ 
des gosiers desséchés par '"^' ~ 

•la poussière. 

Le public à vingt sous contient toutes les variétés de l'espèce 
bourgeoise, ouvrière et camelote. 

Voici le cocher en rupture de siège, mis à pied par la compa- 
gnie et coiffé d'un petit chapeau de paille qui le repose de son 
lourd chapeau de cuir. 

Voici le simple charbonnier ou le simple chef de cuisine qui 
se sont échappés pour quelques heures, l'un de sa boutique, 
l'autre de ses fourneaux, sans prendre le temps de quitter la 
tenue de travail. 

Voici des mihtaires en permission, des valets de chambre, des 
garçons de café; le méli-mèlo est complet. C'est le même public 
qu'à la foire au pain d'épices ou à la fête de Saint-Cloud. 

Et tout ce monde se démène au milieu d'un bruit  ne pas se 



346 LES COURSES DE CHEVAUX. 

reconnaître. Car il n'y a pas que les bookmakers, les pronosti- 
queurs et les marchands de coco ou de sirop de Calabre qui 
s'égosillent. On vend de tout. — Demandez le programme!... 
La carte des courses! — Demandez le crayon protège-pointe!... 
Le crayon des courses!... 

Le petit public des courses n'est pas seulement fantaisiste, il 
est aussi très hâbleur. Pour la hâblerie le parieur tient du chas- 
seur : il invente complaisamment des anecdotes dont il est le 
héros. 

Ainsi, par exemple, dans un groupe où l'on rappelle des sou- 
venirs, on cite un cheval parti à trente contre un dans un han- 
dicap. 

« Je sais bien, je l'avais pris! > fait tout à coup un personnage 
du groupe. 

Il n'y a pas à dire, ce personnage, qui n'est qu'un simple far- 
ceur, devient un objet d'admiration pour tout le monde. A moins 
que quelque auditeur jaloux et incrédule ne s'écrie : 

« Allons donc! Vous l'aviez !... Ce n'est pas possible! > 

Dans ces conditions, il n'est pas rare que la discussion s'enve- 
nime et qu'un œil ne soit subitement sauté au beurre noir. 

La hâblerie du petit parieur consiste encore à se vanter de 
relations extraordinaires. 

Un gentleman très râpé, aux pantalons très frangés et aux 
bottes très éculées se vante d'être très lié avec Lupin ! 

Si on le pousse à s'expliquer, il avouera avec franchise qu'il 
connaît le commissionnaire du coin de la rue Cambon, lequel est 
en bons termes avec le valet de chambre du propriétaire en 
question et lui donne quelquefois des lettres à porter pour son 
maître. 

Un autre dira qu'il a déjeuné avec T. Lane, qui lui a pointé 
son programme. 

La vérité est qu'il connaît le garçon du restaurant où le jockey 
déjeune habituellement, et que ce garçon a pu demander à Lane 
de lui donner quelques indications. 

Les gens qui possèdent ces relations vraiment belles quoique 



LE TURF A VINGT SOUS. 847 

un peu indirectes, ont à leur suite quelques privilég-iés auxquels 
ils daignent communiquer leurs secrets. 

Cependant les secrets ou les tuyaux sont moins recherchés 
qu'on ne pourrait le croire dans le monde des petits parieurs, qui 
se sont souvent mordu les doigts pour les avoir écoutés. 

Un habitué du turf à vingt sous me disait dernièrement : 

« C'est sur la pelouse qu'on joue le mieux! » 

En effet, le petit parieur se lasse vite des pronostiqueurs et 
des donneurs de tuyaux. Il parie suivant les performances des 
chevaux sans se laisser influencer par les soi-disant bruits 
d'écurie, qui ne sont bons qu'à fausser l'opinion. 

Mais la cloche a sonné, les chevaux sont entrés sur la piste et 
prennent leurs galops d'essai ; c'est le moment où le petit public 
se dispose à voir à sa façon — une façon qui est assez parti- 
culière. 

Tout ce monde se divise en trois groupes. 

Le premier va au départ, malgré la distance à parcourir pour 
assister au départ lorsqu'il a lieu derrière le tournant de la Cas- 
cade; les plus alertes s'y rendent en grand nombre. Le départ 
est un des côtés passionnants de la course. Ce n'est pas sans 
une très vive émotion que l'on suit de l'œil, au milieu des casa- 
ques multicolores, le champion que l'on a choisi et que l'on a 
rendu dépositaire de sa fortune. Le départ joue un grand rôle 
dans le résultat. On pourra donc considérer ses affaires en bon 
chemin quand on aura vu son favori s'élancer un des premiers 
au signal du starter. Il en sera autrement si le jockey n'a pas 
bien saisi le mouvement du drapeau et se trouve en queue du 
peloton. Il y aura alors des imprécations parmi les partisans de 
ce traînard. 

Les habitués du départ y puisent, ainsi des indications assez 
utiles pour leurs paris; ils étudient les jockeys les plus habiles 
à saisir le signal et prennent plus volontiers leurs montes dans 
les courses à petites distances, ce qui est sagement raisonné. 
Cependant on remarque qu'il y a au départ peut-être plus de 
curieux encore que de parieurs. 



348 LES COURSES DE CHEVAUX 

Une fraction plus importante du public qui joue se porte au 
dernier tournant, à l'entrée de la ligne droite, à ce point où la 
course commence à se dessiner, où, selon l'expression d'un vieux 
sportsman, « les chevaux se dépêchent ». Si à cet endroit on ne 
distingue pas toujours positivement le vainqueur, on y voit très 
distinctement les concurrents dont la chance est irrémédiable- 
ment flambée, les vaincus pour lesquels il n'y a plus qu'à faire 
l'addition des paris perdus. Que d'illusions envolées ainsi avant 
le poteau de distance!... 

Une fois les chevaux passés au dernier tournant, la foule se 
replie aussi rapidement que possible sur l'arrivée. C'est là natu- 
rellement que se tient le gros des parieurs. Les uns s'appuient 
contre la corde (autrement dit la lice) en masses compactes et 
serrées. Les autres, qui n'ont pu atteindre que les rangs éloi- 
gnés, aiment mieux reculer de quelques pas et saisir pour ainsi 
dire au vol les toques qui émergent comme des fusées au-dessus 
des chapeaux de la foule. On les voit sauter sur place pour parer 
à l'insuffisance de leur taille et essayer de surprendre quelque 
indice pour deviner le résultat. A ce moment où l'émotion est à 
son paroxysme, tous ceux qui voient, comme ceux qui ne voient 
pas, subissent la même influence occulte. Ils crient, quelle que 
soit sa place, le nom du cheval pour lequel ils ont parié. Et ce 
nom, doux à leurs lèvres, ils le crient à partir du moment où 
les chevaux sont entrés dans la ligne droite. Ils le crient quand 
la lutte commence et ouvre le champ à toutes les espérances ; ils 
le crient encore après le poteau passé, après le numéro affiché, 
quand il n'y a plus qu'à s'incliner devant la décision du sort. 

Ce n'est, qu'au bout de quelques secondes que l'émotion se 
calme et que les discussions s'entament pour louer les mérites 
du vainqueur ou excuser la défaite des vaincus. 

C'est alors que ces mots sont fréquemment prononcés : « Il a 
bien monté ! > « C'est l'autre qui a manqué de nerf! » « Je l'avais 
dit! » Les avis sont partagés, l'entente est difficile. On s'échauffe 
et, quand on a épuisé tous les arguments sans s'être mis d'accord, 
on est attiré par la course suivante, qui interrompt le débat.- 



I 



LE TURF A VINGT SOUS. 35 1 

C'est toujours la même chose, mais c'est toujours amusant, et 
il faut bien qu'il en soit.ainsi pour que les courses soient deve- 
nues aussi bien la distraction favorite du monde à vingrt francs 
qui porte de gueules sur fond d'azur, et du monde à vingt sous 
qui porte de gueules sur fond de zinc. 



CHAPITRE XVII 

LE JEU AUX COURSES 

Le jeu aux courses a fonctionné un moment de trois façons 
différentes : nous .avons eu le pari à ia cote — au comptant ou 
au livre — le pari mutuel et la poule. Le pari â la cote et le pari 
mutuel survivent seuls. Ils ont tuë la poule, qui était bien moins 
aux œufs d'or que ses rivaux meurtriers. 

Férocement pourchassés par le parquet et par la police â cer- 
taines époques, les paris n'ont jamais été plus menacés qu'au 
début de 1887, où une véritable ligue fut fondée pour les exter- 
miner. Ce qu'il y eut de plus bizarre, c'est que de grandes So- 
ciétés de courses, comme le Jockey-Club, devinrent les alliés des 
adversaires les plus acharnés du jeu aux courses. Le lièvre fut 
levé au Conseil municipal, où naturellement on est toujours dis- 
posé à faire civet de tout poil. 

Le motif du Conseil municipal était des plus compréhensibles : 
il disait qu'on avait organisé de vraies maisons de jeu sur son 
terrain, qu'il n'avait pas loué pour cette destination, et qu'il vou- 
lait au moins que ce produit immoral lui rapportât. 



354 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Là-dessus, les Sociétés de courses, le Jockey-Club, la Société 
d'Encouragement, si vous aimez mieux, de donner le baiser 
Lamourette au Conseil municipal et de s'écrier avec des larmes 
d'attendrissement : 

< Vous nous demandez la suppression du jeu? C'est cela qui 
nous va! Vous comblez le plus cher de nos vœux! Le jeu nous 
démoralisait, détruisait la sincérité de nos épreuves ; en jious en 
débarrassant, vous nous rendrez le meilleur des services. » 

Tout le monde crut la morale sauvée, et M. Goblet, qui était 
alors Président du Conseil, rédigea au nom du Gouvernement 
une circulaire foudroyante pour la spéculation hippique. 

Cette aventure fut très comique. Le Conseil municipal et le 
Gouvernement, qui n'entendaient goutte à la question, étaient 
très pardonnables; mais le Jockey-Club! où allait-il? Pour qui 
connaît ses tendances, son mobile était bien simple : il croyait 
pouvoir faire, sans l'auxiliaire des paris, des recettes suffisantes 
et prospérer, s'imaginant que les sociétés rivales en mourraient. 

Il n'en restera qu'un : je serai celui-là ! 

iMais l'expérience fut courte et concluante. Dès les premières 
tentatives de suppression des paris, des bookmakers et de leurs 
piquets, le public déserta les hippodromes, et les recettes bais- 
sèrent si fort, que les commissaires de la Société d'Encourage- 
ment, qui avaient mené la campagne, commencèrent à se regarder 
avec inquiétude et à se demander comment l'affaire allait tourner. 
La maladresse commise sautait aux yeux! L'embarras était de 
la réparer. 

Tout le monde se démena. Les commissaires de toutes les 
courses qui ne dépendaient pas du Jockey-Club se réunirent, et 
sollicitèrent l'intervention du Ministre de l'Agriculture au nom 
des intérêts de l'élevage gravement compromis. ' 

Il était bien difficile au Gouvernement de se déjuger du jour 
au lendemain et de rapporter la circulaire Goblet,. approuvée 
par des gens dont la compétence n'aurait pas. dû être mise en 
doute. 



LE JEU AUX COURSES. 355 

C'est alors que, proscrivant le pari à la cote qui était légal, on 
autorisa le pari mutuel, le plus compromis et le plus illégal de 
tous, pour rétablir le jeu et ramener le public. On a pu voir 
depuis lors Paris envahi par des boutiques, dites de commission 
au pari mutuel^ que la loi fut impuissante à atteindre et qui en 
firent la plus considérable des villes de jeu. 

Pendant qu'on installait le pari mutuel, la police, tâtonnant de 
plus en plus, se livrait à une vraie Saint-Barthélémy de bookma- 
kers. Opérant à tort et à travers, on arrêtait tous ceux qui 
bougeaient dans le ring et les déférait aux tribunaux correc- 
tionnels, après les avoir préalablement fouillés et leur avoir pris 
leur argent. 

On eut un instant l'intention d'imposer le silence dans l'en- 
ceinte du pesage, absolument comme dans une classe d'écoliers. 
La police se livrait aux tracasseries les plus raffinées, si bien 
qu'une après-midi, il s'en fallut de peu que la foule agacée ne fît 
, prendre un bain dans la rivière d'Auteuil à un de ses agents. Un 

1 dimanche que M. Clément avait fouillé quelques sacoches de 

bookmakers, il découvrit, en comptant chez lui l'argent qu'elles 
avaient contenu et qu'il sortait de ses poches, un certain 
r nombre de pièces fausses. Il eut le désagrément de les rem- 

, placer par des vraies et, ce jour-là, ce fut le policier qui paya 

l'amende. 

L'ingéniosité de certains bookmakers fut très remarquée à 
cette époque. 

Pour assurer leur sécurité sur la pelouse, ils avaient adopté 
un système de signaux qui leur permettait d'échapper aux per- 
sécutions. Les commissaires de police avaient l'habitude de 
quitter leur bureau du pesage pour faire des incursions sur la 
pelouse et saisir les enjeux. Pendant quelque temps ils en furent 
pour leurs frais. 

Dès qu'ils s'approchaient de la grille dans l'intention, de 
traverser la piste, sur un signe d'un copipère qui les filait, 
un petit drapeau était hissé sur le sommet d'un fiacre. Tout 
aussitôt les opérations s'arrêtaient et les agents de la force 



356 LES COURSES DE CHEVAUX. 

publique n'avaient pas le plus petit délit à se mettre soûs la 
dent. 

Dès que le commissaire était rentré au pesage, un petit dra- 
peau blanc remplaçait le drapeau rouge. Ce qui voulait dire : les 
opérations peuvent recommencer, la voie est libre! 

Avant l'invention du drapeau, il y avait eu le coup du chapeau. 
Un individu assis sur le siège d'un fiacre restait la tête décou- 
verte tant qu'il y avait menace de perquisition et ne se recoiffait 
que lorsque le danger avait disparu. Mais par des temps un peu 
froids, l'avertisseur s'étant enrhumé, le drapeau remplaça le 
gibus. 

Maintenant tous ces jours de tracasserie et de terretir sont 
passés, et il ne reste plus de la circulaire Goblet qu'un mauvais 
souvenir lointain, puisque son inefficacité a été démontrée par 
tous les jugements des tribunaux auxquels on a déféré les book- 
makers et puisque la Cour suprême a fixé une jurisprudence qui 
ne proscrit plus le pari à la cote. Elle est assez singulière, j'en 
conviens, cette jurisprudence, et une récente conférence des avo- 
cats en démontre l'imperfection. 

La question à discuter était ainsi conçue : 

« Les agences de courses où le public est admis à parier à la 
cote constituent-elles des maisons de jeu de hasard tombant sous 
l'application de l'article 410 du Code pénal? » 

MM. de Verteuil et Chandon soutenaient l'affirmative. 

MM. Malter et Philippe, la négative. 

M. Félix Liouville, comme ministère public, concluait dans le 
sens de la négative, que la conférence a adoptée. 

Il m'a paru curieux de relever quelques-uns des arguments des 
intéressantes conclusions de M. Félix Liouville. 

Après avoir rappelé que c'est seulement à partir de 1877 que 
le pari à la cote est condamné par la Cour suprême sous le bé- 
néfice d'une importante distinction et de réserves fort graves, 
M. Liouville nous apprend quelle est cette distinction et quelles 
sont ces réserves : 

« La doctrine de la Cour de Cassation se résume tout entière 



LE JEU AUX COURSES. 357 

dans la distinction, qu'elle s'est vue obligée de faire, entre les 
cas où le pari à* la cote est licite et ceux où il devient délic- 
tueux. > 

Elle n'a pu, en effet, frapper ce pari d'une manière générale et 
absolue ; elle a dû reconnaître que le pari à la cote n'est pas un 
jeu de hasard en lui-même, en dehors des circonstances qui le 
rendent tel, et ce n'est qu'après avoir fait cette grave réserve 
qu'elle proclame que le pari à la cote prend un caractère illicite, 
dès que le donneur de paris offre la cote à tout venant. 

Cette doctrine a soulevé les plus vives critiques : elle est con- 
traire à l'opinion de la plupart des jurisconsultes. 

La distinction sur laquelle elle repose, il faut bien le dire, 
paraît des plus spécieuses et aussi contraire au sens littéral du 
texte que l'application de la doctrine elle-même dans la pratique 
devient arbitraire et dangereuse. 

La première objection que l'on peut faire à la théorie que, 
nous nous permettons de combattre, c'est la nécessité pratique 
des paris de course et l'impossibilité où l'on est de les supprimer 
effectivement. 

Indiquons, en deux mots seulement, cette première raison de fait 
qui, n'étant point tirée de l'interprétation même du texte, serait, 
en droit, dépouillée, de toute valeur juridique, mais qui ne sau- 
rait manquer toutefois d'avoir, aux yeux de ceux qui sont chargés 
d'appliquer la loi, une réelle importance, à raison même de la 
gravité que les pouvoirs publics lui ont reconnue. 

C'est dans le monde des courses, aussi bien que parmi les. 
esprits sérieux et compétents qui s'occupent de l'amélioration de 
la race chevaline, un axiome qui ne se discute pas, que celui de 
la nécessité pratique des paris aux courses de chevaux. 

Sans paris, dit-on, plus de courses, aussi bien que sans pa- 
rieurs plus de public; partant plus de recettes, et comme consé- 
quence plus de sociétés de courses. 

En fait, il faut bien le dire, on a reconnu la vérité de cet axiome; 
en 1887, on a eu la démonstration certaine, lorsque à la suite d'un 
vote du Conseil municipal l'autorité administrative fît interdire 



358 LES COURSES DE CHEVAUX. 

les premiers paris sur les hippodromes de Longchamp et d'Au- 
teuil : en quatre journées la recette baissa de lobooo francs. 

Il faut donc des parieurs sur les hippodromes ; sans eux, plus 
de sociétés de courses et plus de courses de chevaux. 

Or les courses de chevaux — c'est là un deuxième axiome pour 
tous ceux qui s'occupent du cheval — les courses de chevaux sont 
indispensables à l'élevage du cheval de demi-sang, c'est-à-dire 
du cheval de guerre. 

Elles constituent, en effet, pour l'éleveur, grâce aux prix im- 
portants qu'elles rapportent, grâce aux débouchés que seules 
elles peuvent offrir, l'encouragement dont il a besoin et la seule 
rémunération qu'il puisse espérer de ses longs et courageux 
efforts. 

Elles mettent à sa disposition, d'autre part, l'unique moyen 
d'épreuve qui lui permette de distinguer parmi les jeunes che- 
vaux ceux que leur résistance, leur vigueur et leur énergie ren- 
dent plus propres à l'amélioration des races locales et à la pro- 
duction du cheval de guerre. 

L'existence des courses est donc indissolublement liée à la 
question de l'élevage. 

Et l'élevage, on le sait, c'est à la fois une des richesses du 
pays et l'une des ressources de l'armement national ; toucher à 
ses intérêts, c'est amoindrir la situation économique et militaire 
de la France. 

C'est ainsi que les paris de courses se trouvent justifiés et, 
pour ainsi dire, légitimés par des nécessités de premier ordre. 

Ces considérations, bien qu'elles ne soient point inspirées par 
la lecture du texte pénal et qu'elles restent en dehors du droit, 
ont paru assez graves à l'autorité administrative pour qu'en 1887 
elle se décidât, malgré les arrêts de la Cour suprême, malgré les 
injonctions du Conseil municipal de Paris, à revenir sur la pre- 
mière interdiction qu'elle avait prononcée et à fermer les yeux 
sur la pratique des paris. 

J'entends bien qu'elle a frappé les paris à la cote, mais seule- 
ment sur les hippodromes de Longchamp et d'Auteuil, et pour 



LE JEU AUX COURSES. 35q 

les y remplacer par un pari qui est incontestablement plus aléa- 
toire que le pari à la cote, qui a été proscrit lui-même par la Cour 
de Cassation, par le pari mutuel. 

Ces considérations de fait seraient assez puissantes à elles 
seules, il semble, pour que l'autorité répressive dût hésiter à 
appliquer la doctrine consacrée par la Cour de Cassation. 

Mais, en droit, des raisons beaucoup plus décisives militent en 
faveur du rejet absolu de cette doctrine. 

Aussi bien c'est dans le domaine juridique qu'il faut puiser la 
véritable solution de la difficulté qui s'élève. 

Il s'agit d'interpréter un texte de loi pénale ; c'est dans le texte 
lui-même et dans les principes qui régissent l'interprétation de 
nos lois qu*il faut aller chercher la raison de décider. 

On se fonde, pour légitimer les poursuites exercées contre les 
bookmakers qui font parier à la cote, sur l'article 410 du Code 
pénal qui punit ceux qui tiennent une maison de jeu de hasard 
et y admettent le public. Faut-il donc considérer les paris à la cote 
comme des jeux de hasard? 

La Cour de Cassation l'affirme, mais sous les graves réserves 
que l'on sait. 

Aux yeux de nombreux auteurs, cette assimilation est impos- 
sible si l'on veut s'attacher à la lettre du texte : elle est faite 
à la faveur d'une distinction que le texte pénal ne comporte 
pas et par suite d'une extension illicite de la volonté du 
législateur. 

Voyons d'abord si les paris à la cote rentrent dans les termes 
de l'article 410. 

Qu'est-ce que les jeux de hasard? Ce sont, au sens du parler 
vulgaire, ceux où l'issue du jeu, c'est-à-dire la défaite pour l'un, 
le succès pour l'autre, se trouve déterminée, non par la volonté des 
joueurs, mais par cette force, faite d'inconnu, qu'on nomme le 
hasard. 

Tel est le jeu de baccara, où le gain et la perte dépendent de 
la carte qu'on retourne ; telle la loterie, où le succès vient avec le 
numéro qui sort de la roue. Voilà les jeux de hasard : ce sont ceux 



36o LES COURSES DE CHEVAUX. 

OÙ le hasard est le seul maître du sort des joueurs. Ce sont ceux 
que le Code a proscrits. 

Tous les autres jeux, ceux où l'adresse du coup et les combi- 
naisons de l'intelligence trouvent place, où les efforts du joueur 
tendent à décider la victoire, ne sont pas des jeux de hasard. 
Tels sont les jeux de bezigfue, de whist, d'écarté, que la Cour 
de Cassation a exceptés des jeux de hasard. 

Tel, à notre sens, le pari de course, où la réflexion, le souvenir 
des résultats obtenus dans les courses précédentes, l'appréciation 
des qualités du cheval et du talent de son jockey sont nécessaire^ 
et concourent à la détermination du choix. 

Est-ce à dire que cette deuxième catégorie de jeux ne comporte 
pas d'aléa? Assurément non. Le hasard s'y trouve inévitablement 
mêlé; dans le whist, par exemple, c'est lui qui préside à la distri- 
bution des cartes, et les cartes, on le sait, ont le plus souvent 
une influence prépondérante. 

Mais ce qui fait la caractéristique de ces jeux-là, ce qui les 
diff'érencie des jeux de hasard, c'est que la volonté de l'homme 
et ses eff'orts interviennent dans le jeu, c'est qu'ils en modifient 
les chances et que bien souvent ils en assurent le succès. Tantôt 
le joueur l'emporte et tantôt le hasard. 

Dans laquelle de ces deux catégories faut-il ranger les paris à 
la coter 

N'est-ce pas incontestablement dans la seconde, puisque, malgré 
l'aléa qui s'y trouve mêlé, c'est le joueur, somme toute, qui est 
maître de son choix, 

Cela dépend, répond la Cour de Cassation ; classons-les parmi 
les jeux d'adresse lorsqu'ils sont tenus par un sportsman avéré, 
connaisseur des choses du turf; parmi les jeux de hasard, au 
contraire, lorsqu'ils sont off'erts à la foule : dans ce cas, en 
eff*et, le hasard y prédomine, la foule étant ignorante et pariant 
aveuglément. 

Ne voit-on pas tout de suite combien cette doctrine s'écarte du 
texte et de la définition que le hasard donne aux mots de « jeu de 
hasard » dont il s'est servi ? 



LE JEU AUX COURSES. 36l 

Et les adversaires des paris à la cote ne se condamnent-ils pas 
eux-mêmes par la distinction qu'ils sont forcés de faire? 

Le hasard prédomine dans le parj fait par la foule ig-norante, 
dit-on ; on reconnaît donc que le hasard n'y est pas seul maître. On 
est forcé d'avouer que la libre détermination du joueur y est pour 
quelque chose, détermination plus ou moins éclairée sans doute, 
parfois ig^norante, mais toujours libre. 

Eh bien ! ces caractères suffisent pleinement pour que les paris 
à la cote ne puissent être confondus parmi les jeux de hasard. 

C'est assez, en effet, d'avoir constaté que le hasard n'y est pas 
souverain et que la volonté du parieur intervient dans le jeu, pour 
que l'on doive les ranger sans hésiter dans la catégorie des jeux 
licites. 

Aussi bien la distmction que la Cour de Cassation a été forcée 
de faire entre les cas où le pari à la cote reste jeu licite et ceux 
où il devient jeu de hasard, est-elle possible, en droit d'abord, en 
fait ensuite? 

En droit, comment admettre que le même fait soit punissable 

ou non, suivant l'état intellectuel ou social de celui qui y figure? 

Le législateur a-t-il jamais subordonné l'application de la peine à 

^une distinction aussi fragile, aussi arbitraire, aussi dangereuse? 

L'article 410 du Code pénal en a-t-il fait mention? Pour que le 
pari à la cote tombe sous le coup de cet article, ne faut-il pas 
qu'en lui-même il soit un jeu de hasard? Peut-on admettre qu'il 
prenne ou qu'il perde ce caractère suivant la qualité de celui qui 
le tient? 

Distinction spécieuse, épineuse, qui n'a pas été écrite dans la 
loi et cjui tend à créer, à côté du texte pénal et de la définition 
donnée par lui, des jeux qu'il veut proscrire, une catégorie punis- 
sable des jeux qu'il veut frapper. 

La loi n'a parlé que de jeux de hasard; or il n'y a qu'une sorte 
de jeux de hasard : ceux où le hasard seul détermine le gain et la 
perte. Tous les autres sont permis. 

Appliquer cette disposition pénale à une troisième catégorie de 
jeux, ceux qui, en raison de circonstances extrinsèques à leur 



302 LES COURSES DE CHEVAUX. 

nature de jeux licites qu'ils sont, peuvent dégénérer en jeux de 
hasard, c'est étendre la loi pénale à des cas qu'elle n'a pas prévus 
et frapper de peines des délits qu'elle n'a pas prévus. 

En fait, la distinction de la Cour de Cassation paraît absolu- 
ment erronée. Elle repose sur cette affirmation dont on fait un 
axiome pour n'avoir pas à en démontrer l'exactitude, à savoir que 
la foule est ignorante des choses du turf et qu'elle parie les yeux 
fermés. 

On se demande comment il est possible d'asseoir tout un sys- 
tème pénal sur une opinion aussi discutable et qui ne repose sur 
aucun document, sur aucune expérience, sur aucune donnée cer- 
taine. 

La masse des parieurs est inconsciente, dit-on. L'a-t-on vérifié? 
de quels éléments positifs a-t-on pu induire cette assertion? Une 
enquête a-t-elle été instituée? A-t-elle révélé que les ignorants 
parmi les parieurs constituent la généralité? Rien de tout cela 
n'a été fait, et c'est une simple présomption qui devient la clef 
de voûte d'une théorie pénale ! 

Cette manière de raisonner en matière criminelle est assuré- 
ment en contradiction formelle avec les principes fondamentaux 
de nos lois pénales ; elle est d'autant plus fâcheuse que l'asser- 
tion sur laquelle elle repose est très vraisemblablement fausse. 

De nos jours, en effet, avec les éléments d'information mul- 
tiples qui sont à la disposition de la foule, quand de nombreux 
journaux spéciaux trouvent tous les jours une clientèle plus nom- 
breuse, quand toutes les feuilles politiques donnent à qui veut 
les lire les renseignements les plus détaillés sur les courses, 
quand partout des pronostics s'offrent à la curiosité du public, 
quand la cote elle-même l'avertit des chances de chaque cheval, 
il paraît bien difficile de dire que c'est au hasard et les yeux 
fermés que la foule se décide à parier aux courses. 

Elle est plus ou moins bien renseignée, plus ou moins habile, 
on l'accorde ; il faut admettre même que dans le nombre elle ren- 
ferme des joueurs ignorants : mais la généralité des parieurs sait 
ce qu'elle fait et se détermine librement. 



LE JEU AUX COURSES. 36) 

Rien ne paraît donc plus inexact que de proclamer Tignorancc 
aveugle du public en matière de paris de courses, rien n'est en 
tous cas moins établi. 

La distinction faite par la Cour de Cassation, et qui repose en 
fait sur cette affirmation, n'a donc pas de raison d'être, et le pari 
à la cote ne peut en aucun cas revêtir un caractère délictueux. 

S'il n'en était pas ainsi, s'il fallait admettre en principe la 
théorie qui a prévalu dans la jurisprudence, il resterait encore 
pour la combattre à montrer à quelles inconséquences elle con- 
duit dans la pratique. 

Cette théorie n'est applicable en effet, et la Cour de Cassation 
l'a bien compris, qu'à la condition d'une singulière interversion 
de rôle entre la défense et l'accusation. * 

L'élément constitutif du délit dans cette théorie, on le sait, 
c'est le fait d'avoir parié avec un ignorant. 

Le pari en lui-même, en effet, n'est pas délictueux : pratiqué 
avec un sportsman avéré, il est permis ; il ne devient illicite que 
s'il est pratiqué avec un ignorant. Il est donc exact de dire que 
l'élément constitutif du délit, c'est chez le parieur Tignorance du 
jeu auquel il s'adonne. 

Le ministère public, qui a la charge de la preuve, devrait donc, 
d'après les principes élémentaires en matière de répression, ap- 
porter celle de l'élément essentiel qui fait du pari à la cote un jeu 
de hasard. Il devrait prouver que le parieur avec lequel le book- 
maker a joué était un ignorant des choses du turf. 

On comprend tout de suite que, si le ministère public avait une 
pareille preuve à administrer, la répression des paris à la cote 
deviendrait bientôt lettre morte. 

Comment, en effet, prouver l'ignorance des parieurs: On ne 
peut les arrêter, puisqu'ils ne commettent, eux, aucun délit; en 
admettant qu'on réussisse à en amener quelques-uns à la barre 
comme témoins, combien en trouverait-on, parmi eux, qui se décla- 
reraient ignorants des connaissances qu'on doit avoir pour parier? 
combien avoueraient avoir agi sans réflexion et au hasard > 

En fait, la preuve échapperait toujours au ministère public. 



304 LES COURSES DE CHEVAUX. 

La Cour de Cassation l'a bien compris et, pour assurer la 
répression, elle a imaginé une nouvelle fiction, assurément ingé- 
nieuse, mais qui ne satisfait pas la raison. (Dans un récent arrêt 
du mois dernier, elle a précisé sa doctrine à cet égard.) 

La Cour suprême pose en principe que la généralité des paris 
sont ceux qui sont pratiqués avec des ignorants, et que, lorsque 
le pari est tenu par un amateur éclairé, c'est l'exception. 

Partant de là, elle décide que, lorsque le bookmaker parie avec 
tout venant, il parie nécessairement avec des ignorants ; que, s'il 
plaide non coupable, c'est à lui à prouver à l'appui de sa défense 
qu'il est dans l'exception; que, d'autre part, le ministère public 
n'a, quant à lui, à prouver qu'une seule chose, c'est que le book- 
maker est dans la généralité, c'est-à-dire qu'il a parié avec la 
foule. 

Ce système, on le voit, évite au ministère public la peine d'avoir 
à apporter la preuve de l'élément constitutif du délit. On suppose 
et on proclame que cet élément existe toujours, sauf au prévenu 
à faire la preuve du contraire. 

Il suffit d'énoncer cette théorie pour démontrer ce qu'elle a 
d'antijuridique. 

La théorie de la Cour de Cassation ne peut donc survivre à son 
application dans la pratique que par une interversion de rôle à 
laquelle répugnent les principes les plus élémentaires en matière 
criminelle. D'autre part, considérée en elle-même, elle est con-. 
traire en droit aux termes du Code et à la définition qu'il a donnée 
des jeux illicites et amène à une interprétation extensive du 
texte pénal. Elle repose en fait sur une affirmation dont rien ne 
démontre la véracité, que tout, au contraire, concourt à rendre 
invraisemblable. 

Toutes ces raisons paraissent suffisantes pour que l'on puisse 
croire qu'un jour la Cour de Cassation reviendra sur sa doctrine 
et pour qu'on hésite dès à présent à l'appliquer. » 

Jamais on n'a mieux résumé la question des paris à la cote que 
ne l'ont fait M. Liouville et la Cour de Cassation belge. Il n'y a 



Le jeu aux courses. 365 

pas un seul de leurs arguments qui ne s'impose par son bon sens 
et par sa logique. 

Maintenant que le piquet a refleuri de plus belle, nous avons 
deux jeux au lieu d'un : voilà ce qu'a gagné la morale. 

Je ne suis pas l'ami du pari mutuel, je ne l'ai jamais été et je 
crois que j'aurais bien du mal à le devenir. Pour peu que la plus 
légère franchise anime les gens qui ont gratifié le turf de cette 
roulette supplémentaire, ils n'hésiteront pas à convenir avec moi 
qu'ils ont rendu un fâcheux service à l'élevage. 

Je résume en peu de mots les inconvénients du pari mutuel, où 
l'erreur se glisse si facilement. Il nécessite une queue continuelle, 
qui jusqu'à ce jour n'avait été supportée que par les courageux 
amateurs de spectacles gratis cherchant à se faufiler dans les 
théâtres subventionnés le 14 juillet. Ce supplice de l'attente est 
horrible. A\ec le pari mutuel, le preneur est irrémédiablement 
condamné à ne jamais avoir la fleur de la cote et à ne jamais béné 
ficier du renseignement qui permet de prendre un cheval à une 
bonne proportion au début du .marché, pour le rendre ensuite et 
profiter de la précieuse combinaison qui consiste à se couvrir, 
c'est-à-dire à risquer de gagner sans danger de perdre. 

Mais l'inconvénient le plus grave, à mes yeux, du Totalisateur^ 
comme l'appellent les étrangers, c'est la cagnotte réservée à 
l'Assistance publique. Cette cagnotte, à la longue, ruinera le 
joueur aux courses comme elle a ruiné le joueur au cercle. Quand 
il ii'y aura plus de joueurs, il n'y aura plus de recettes, et quand 
il n'y aura plus de recettes, nous verrons ce que deviendra le 
budget de l'élevage. 

L'Assistance publique ne m'inspire aucun intérêt ; je ne vois 
pas quel avantage les Sociétés de courses peuvent avoir à favo- 
riser la laïcisation des hôpitaux. Parbleu ! je sais bien que les 
défenseurs endurcis du pari mutuel né manqueront pas dé me 
répondre : 

— Mais les bookmakers ne réalisaient-ils pas des bénéfices 
scandaleux) 

Sans avoir jamais fait le compte de ce qui a pu entrer dans ' les 



366 LES COURSES DE CHEVAUX. 

sacoches des gros bonnets de la cote, je veux bien admettre 
qu'ils aient momentanément encaissé de g-ros bénéfices. 

Mais on reconnaîtra bien aussi que pas mal d'entre eux ont 
rendu l'arg-ent. Il y en a même quelques-uns qui sont hors de 
combat. D'autres ont payé des chevaux des prix fabuleux. L'éle- 
vage en a tiré profit. Tandis que l'argent qui passe par les caisses 
de l'Assistance publique ne reparaîtra jamais dans les affaires de 
courses. 

Le pari à la cote, mais c'est le seul raisonnable. C'est le seul 
qu'on puisse admettre, et c'est encore celui qui est le plus com- 
mode pour aider à suivre une enquête sérieuse dans un cas où un 
jockey ou un propriétaire est inculpé de fraude. J'avoue que mon 
désir, dans l'intérêt de l'élevage, est de voir triompher le pari à 
la cote, et je compte un peu pour cela sur la ténacité et la malice 
de ceux qui le pratiquent. 

J'ai nommé les bookmakers, et ceci m'amène à retracer leurs 
débuts chez nous. 

Le Jockey-Club ayant toujours déclaré qu'il entendait ne se 
mêler en rien aux affaires des bookmakers, la Préfecture de 
Police ayant imité le Jockey-Club, il en résultait à l'origine que 
ces messieurs avaient à s'arranger comme ils voudraient. On les 
avait parqués dans un espace limité; en dehors de cet espace, ils 
ne devaient pas songer à attirer l'attention : c'était tout ce qu'on 
leur demandait. Le coin de l'enceinte qui fait face au pavillon de 
gauche leur appartenait, et c'est là qu'on tolérait leurs piquets et 
leurs listes. Libre à eux de se ranger à leur guise, à la condition 
de vivre en parfaite intelligence et de ne pas causer de scandale. 
Les commis passaient la nuit aux abords des grilles de l'enceinte, 
couchés dans les massifs jusqu'au moment de l'ouverture desdites 
grilles. 

On n'a pas idée de la bousculade qui se produisait, du steeple- 
chase qui avait lieu. Les spectateurs qui le contemplaient n'avaient 
rien vu de pareil. C'était une course d'hommes souvent beaucoup 
plus émouvante que les courses de chevaux. 

Mais un jour un bookmaker, un Français si j'ai bon souvenir. 



LE JEU AUX COURSES. 867 

déclara que cette lutt« entre commis de bookmakers était con- 
traire à la digrnité de la corporation et demanda s'il n*y aurait pas 
plus d'intérêt à s'entendre, à se syndiquer et à se distribuer à 
l'amiable les places qu'on se disputait à la course. 

Cet homme, à l'esprit conciliant, fut délégué auprès du secré- 
taire des courses, lequel déclara qu'il n'avait rien avoir là dedans. 
Il ne fut g-uère mieux reçu par l'officier de paix, qui lui répondit 
qu'il entendait ne se mêler en rien dans tout cela, et qu'il n'in- 
terviendrait qu'en cas de désordre, pour flanquer les délinquants 
au poste. 

Néanmoins il y eut accord entre les bookmakers, qui se distri- 
buèrent les places et s'entendirent si bien, qu'il ne s'éleva plus 
aucune contestation dans leurs rangs. 

Le métier de bookmaker exige des qualités très sérieuses ; il 
faut de l'audace, de l'estomac, beaucoup d'estomac, comme 
disent les joueurs, des qualités de calculateur hors ligne, un coup 
d'œil de commissaire-priseur pour suivre dans un groupe la per- 
sonne qui demande un cheval, une oreille excellente pour entendre 
la somme, et beaucoup de présence d'esprit pour se rappeler 
instantanément le nom du client. Le bookmaker affecte une poli- 
tesse exagérée : il faut voir avec quelle bonne grâce il verse , 
l'argent qu'il vient de perdre; il a l'air de dire à son adversaire : 
Vous ne pouvez pas vous imaginer la joie que j'éprouve à vous 
payer! Pour le client malheureux qui vient de frapper à faux, 
cinq, six ou huit fois de suite, il a un petit clignement de condo- 
léance qui signifie : Sapristi !... Qui donc avez-vous rencontré qui 
vous ait porté une guigne pareille > 

Le bookmaker est toujours en mouvement, toujours en action, 
sautillant sur son petit banc comme Strauss sur son pupitre. Il a 
un regard pour la cote qui change chez ses voisins, une oreille 
pour le client mystérieux qui vient lui prendre une grosse somme 
d'un cheval, une autre oreille pour son tout l'avertissant de se 
découvrir à fond sur le favori qui a toussé, un sourire pour une 
de ses bonnes pratiques qui passe et qui ne lui prend rien. Il ges- 
ticule.dix fois plus agilement qu'un pantin. d'Holden 



368 LES COURSES DE ÔHEVAUX. 

Nous comptons maintenant au moms autant de bookmakers 
français que d'anglais. 

Cependant le bookmaker ang-lais tient quand même la corde; il 
sait monter sa maison, bien choisir, bien dresser et bien rétri- 
buer ses commis. Le commis est un auxiliaire d'une rare impor- 
tance pour le maître qui opère; s'il s'embrouille, s'il ne saisit pas 
avec une rapidité télégraphique l'opération qu'on lui transmet, 
tout s'enchevêtre, tout s'arrête, et, en trois secondes, on manque 
à inscrire trois mille louis de paris. 

Le livre dont se servent les bookmakers est très habilement 
conçu : il se divise en autant de colonnes qu'il y a de chevaux à 
débiter dans la course. Enfin, deux colonnes sont réservées pour 
totaliser, au fur et à mesure qu'elles arrivent, toutes les mises et 
toutes les sommes qu'elles pourront coûter au bookmaker, quelle 
que soit l'issue de la course. 

Avec de bons commis, jamais un départ n'est donné sans que, 
d'un coup d'œil, le bookmaker sache, à un louis près, ce que lui 
rapporte son champ et ce que peut lui coûter la victoire de chacun 
des chevaux qu'il a donnés. 

Un autre auxiliaire précieux pour les bookmakers est : 



l'« all right man ». 



Encore un des emplois du turf moderne. Il est taillé sur un 
patron anglais. Les bookmakers anglais ont depuis longtemps 
leur crieur assermenté; il fallait bien que nous l'eussions en 
France. Le métier d'à// right man est le seul vraiment et réguliè- 
rement lucratif du turf. 

Pendant que les jockeys se pèsent, le crieur s'informe auprès 
d'eux des chevaux qui prennent part à la course. Dès qu'il les 
connaît, il les marque sur son programme, et, se rendant du côté 
des listes, il parcourt la rangée des bookmakers en criant un, 
deux, trois, six, sept, huit, etc. De cette façon^ les bookmakers, 
informés, quelques secondes avant le pesage, des chevaux qui 
doivent courir, peuvent établir leur côte en toute sécurité. 



LE JEU AUX COURSES. 36(J 

commencer leurs opérations plus tôt et faire un grand nombre 
d'affaires. 

Quand les chevaux, sellés et montés, sortent sur la piste pour 
se rendre au poteau de départ, le crieur les accompagrne et les 
suit des yeux jusqu'au mo- 
ment où le drapeau s'a- 
baisse; alors il crie : They 
are o_ffl 

Ce qui veut dire : ils sont 
partis, et les boohmakers 
cessent instantanément leurs 
opérations. 

La course est finie, le 
nom du vainqueur est affi- 
ché. Le crieur se rend au 
pesage et attend que le juge 
ait dit au jockey dans la 
balance : AU right! 

Ce mot, alors, il le crie à . 

pleins poumons, de façon 

qu'il soit entendu des bookmakers, qui peuvent payer les paris 
au comptant. 

Avant la dernière course, l'a// rlghl man parcourt une der- 
nière fois les listes ; c'est pour toucher la gratification qui lui est 
remise par chacun de ses clients; il se fait ainsi une moyenne 
de cinq cents francs environ par journée. 

C'est un nommé Harper, frère de l'ex -entraîneur du baron 
Finot, qui occupe cette chaîne sur la plupart de nos hippo- 
dromes. 

Voici quelques silhouettes des principaux listmen. 

H, Saffery, le coq des bookmakers. Du moins il le fut. Il avait 
tout à fait les allures de cet oiseau vainqueur. D'abord, il était 
maigre, qualité excellente dans l'emploi. li avait du feu dans les ■ 
yeux, de la fierté- dans la démarche. I! était planté sur ses ergots. 



LES COURSES DE CHEVAUX. 

i: nn!ii-'rt -c la cote et ne se laissait pas facilement intimider 

^..^■- mille louis de tel cheval '. 
•■.■^■1^ monsieur le comte; voulez-vous deux fois, quatre fois, 

> ,; : toujours le preneur qui reculait. 
,-^ Avkmakers français étaient à l'origine aussi timides que 
•^ V ' ctait audacieux. 

.■1 d'eux, s'étant persuadé cependant que le voisinage de 
, <t lui permettrait d'étendre le chiffre de ses affaires, recher- 
. \ i ,wpuis longtemps l'occasion d'opérer à ses côtés. 

» les grros clients se portent vers lui, s'était-il dit, j'aurai 
..,.11. qu'il ne pourra pas satisfaire. » 

V n jour, à Dieppe, le bookmaker français réalise son rêve : il 
,•< le voisin de Safferj-. 
Voici un ^ros parieur qui vient à la liste. 

* Saflfery! cent louis de ce cheval qui est à 6/i. • 

l.e Français assiste à l'opération et se hâte de baisser la cote : 
■' met le cheval à 4, ce que fait d'ailleurs Saffery. 

* Saffery ! cent louis de ce cheval à ^/i . » 
Vite, le Français le met à 3/i . 

Il ne fit pas un louis d'affaires; il passa son temps à baisser la 
oite au fur et à mesure que Saffery pariait. 

Safferj' habite Auteuil. Souvent, en allant le voir chez lui, on l'a 
trouvé en train de ranger sur une table une foule de petits objets 
bizarres, tels cjue bagues, bracelets, épingles de cravate, titres 
d'obligations au porteur, reconnaissances du mont- de- piété, etc. 
'est-ce que tout cela? lui demandait-on. 
a, répondait Saffery, c'est le résultat de la journée d'hier, 
té très favorable aux preneurs! » 

ulière existence que celle de tous ces teneurs de listes qui 
nt la cote dans le voisinage des bookmakers sérieux. Ils 
aient d'un tout petit capital, que la déveine avait bientôt 
; alors, comme il pariaient au comptant et qu'il s'agissait 
er sans retard, ils couraient chez Saffery et, en toute hâte. 



LE JEU AUX COURSES. 3jl 

lui glissaient un bijou, une valeur, tout ce qu'ils possédaient, en 
échang-e de quelques louis pour faire face à leurs eng-agements. 
Plus tard, quand la fortune leur souriait, ils retiraient le gage 
déposé, qui restait toujours à leur disposition. Saffery a de quoi 
meubler une vitrine immense avec les bibelots qui lui ont été 
remis en pareille circonstance; il appellerait ça le musée des 
décavés. 

On devrait en conclure que les dettes de courses se payent 
très régulièrement. 

Saffery pourrait cependant montrer un livre sur lequel figurent 
des noms très connus et qui ne contient pas moins d'un million 
de créances. Mais c'est un livre que Saffery ne montre jamais. 
Il se contente de répondre : 

« Il y a quelquefois des gens qui font attendre. 

— Pourquoi consentez-vous à parier avec ces gens-là? 

— Pourquoi?... On ne fait pas toujours ce qu'on veut. » 
Et il place sa petite anecdote. 

« C'était aux courses de province. La pluie se mit à tomber, 
mais à tomber comme si l'on avait déchaîné toutes les écluses ; la 
plus mauvaise paye du ring s'approcha de moi et, avec beaucoup 
d'amabilité, me dit : « Monsieur Saffery, voulez-vous me per- 
mettre devons abriter? » 

« En même temps, sans môme me laisser lui répondre, il 
grimpa sur mon escabeau et ouvrit sur ma tête un superbe 
parapluie, qu'il tint avec une complaisance gênante. Je com- 
mençai la cote et il me prit aussitôt cinquante louis du favori. 
Le moyen de refuser un pari à une personne qui vous abrite de 
la pluie ! Ce jour-là, il me prit pour dix mille francs de favoris ; 
tous les favoris furent battus, et je ne touchai jamais les dix 
mille francs. » 

W. Wright, autre très gros parieur et aussi très aimable. On 
l'a surnommé le Boy, parce qu'il est imberbe et qu'il a l'air 
d'un bébé joufflu. Il a doublé sa fortune en exécutant une com- 
mission importante sur le Grand National, à Liverpool. Plu- 
sieurs de ses chevaux ont eu du succès sur le turf. Mais un jour 



372 LES COURSES DE CHEVAUX. 

il paria très cher pour le cheval d'un lord dans une grande 
course. Celui-ci vint le trouver et lui dit ; 

c Je sais que vous avez pris mon cheval à peu près partout,, 
voulez-vous me céder vos paris ? 

— Mais non, répondit Wright. 

— Alors, je ferai fermer votre agence. 

— Faites, milord. » 

Milord exécuta sa menace, et c'est ainsi que, toutes les listes 
ayant été interdites du même coup à Londres, Wright vint en 
France, où il occupe maintenant la première place parmi les 
donneurs. 

Valentine. Il y a longtemps qu'il crie la cote celui-là, mais il ne 
fait pas fortune. Il est trop confiant. Un jour, un parieur qui avait 
dans sa poche le résultat d'une course, vint prendre le vainqueur 
pour une somme considérable, et Valentine eut la naïveté de se 
laisser refaire. Je sais de lui un mot bien drôle : un parieur 
qui ne le connaissait pas lui demandait un cheval, et Valentine 
acceptait de le donner. 

c Pardon! lui dit alors son preneur, mais déposez-vous l'ar- 
gent? 

— Où ça? interrogea Valentine. 

— Mon ami le tiendra, répondit le parieur en désignant une 
personne qui l'accompagnait. 

— Soit! dit Valentine, mais qui tiendra votre ami? » 
Marks, dit Antidote^ à cause d'une histoire connue : 

Elle remonte à l'époque où toute la rue de Choiseul était en- 
vahie par des agences de paris. On pouvait dans une après-midi 
perdre ou gagner beaucoup d'argent sur une course. Marks, qui 
connaissait admirablement la manœuvre de toutes ces agences, 
inventa une vraie comédie pour réaliser un bénéfice énorme. 
Le propriétaire du cheval lui avait donné carte blanche et lui 
avait laissé toute liberté d'employer les ruses qu'il jugerait utiles. 

Antidote, qui devait courir à Bromley, fut envoyé sur le terrain; 
alors les tout$ chargés de renseigner les bookmakers de la me 
de Choiseul les avisèrent télègrsiphïquement.qn' Antidote était. 



LE JEU AUX COURSES* 873 

arrivé en bonne condition et qu'il était absolument sûr de 
gagner. 

Immédiatement Antidote fut coté à égalité sur toutes les listes 
de toutes les agences. Mais une heure après l'arrivée du cheval à 
Bromley, selon les instructions de Marks, on le remet en chemin 
de fer et on l'embarque pour Epsom. Vingt télégrammes sont 
expédiés dans toutes les directions et, cette fois, les touts in- 
forment leurs clients qu'Antidote ne part pas dans la course, 
attendu qu'il reprend le chemin d'Epsom. 

A ce moment, Marks arpentait mélancoliquement la rue de 
Choiseul : 

« Qu'est-ce que vous avez? Vous paraissez sombre, lui dit un 
bookmaker qui passait. 

— Parbleu! répond Marks, il y a de quoi; j'ai un imbécile qui 
m'a chargé de lui placer cinq ou six mille francs sur un cheval à 
mon choix, et je ne sais comment les lui faire perdre. 

— Il y aurait un moyen bien simple, dit l'autre, il faudrait 
l'engager à risquer son argent sur Antidote, qui a été grand fa- 
vori dans la matinée.... 

— Et alors?... 

— Alors il perdrait à coup sûr; le cheval ne part pas...* 

— Vous croyez? 

— J'en suis certain ; j'ai la dépêche dans ma poche; on l'a remis 
dans le train pour Epsom. 

— Parfait! continue Marks, on pourrait dans ce cas lui donner 
une cote énorme. 

— Naturellement! Qu'est ce que ça peut faire, puisque c'est 
gagné d'avance; voulez-vous lo contre i ? 

— Soit! 10 contre i ! 

— Vous aurez votre part, bien entendu. 

— Oh! je ne veux rien dans l'affaire, dit Marks d'un air digne; 
on ne sait pas ce qui peut arriver. Si le cheval venait à gagner! 

— Mais, farceur! puisque je vous dis que j'ai la dépêche dans 
ma poche. Voulez-vous la voir? » 

C'est ainsi que Marks ramassa Antidote à lo et i5 contre i 



374 LES COURSES DE CHEVAUX. 

dans tout le quartier. Le cheval avait été en effet remis en 
route pour Epsom, mais, par une entente spéciale avec la Compa- 
gnie, le train s'était arrêté au bout de dix minutes ; un autre train 
chauffait à cet endroit tout exprès pour le ramener à Bromley, 
où il courait et gagnait facilement. Pendant quatre jours Marks 
se tint soigneusement caché. Si on l'eût trouvé, on lui eût fait 
certainement un mauvais parti, qu'il n'eût d'ailleurs pas volé! 

Ceci donnera une idée des ruses que certains parieurs anglais 
tolèrent et qui leur valent une réputation de gens adroits. 

Cette anecdote m'en rappelle une autre non moins typique. 

Sous le champignon, deux parieurs, un preneur et un donneur, 
viennent de conclure un assez gros pari. 

L'aflfaire terminée, le preneur prend le donneur à part et lui dit : 

« Vous êtes un bon enfant ; maintenant que vous m'avez donné 
le cheval, je vous le dis en secret, je le prends pour le proprié- 
taire. 

— Secret pour secret, répond le donneur : je le place pour le 
jockey! » 

Un type dont l'espèce ne tend malheureusement pas à dispa- 
raître, c'est l'homme qui se croit toujours volé. 

Dès qu'un résultat n'est pas conforme à ses prévisions ou à 
ses espérances, il s'en prend au turf tout entier. Il accuse le pro- 
priétaire, l'entraîneur, le jockey, les commissaires et les journa- 
listes. 

« C'est abominable! s'écrie-t-il. On ne devrait pas tolérer de 
pareils abus : il faudrait disqualifier le propriétaire, mettre à 
pied le jockey et envoyer le cheval en fourrière. » 

L'homme qui se croit toujours volé n'admet pas d'excuses 
pour la défaite de son champion. Celui-ci, fût-il battu d'un nez 
sur le poteau, il ne manquera pas de dire : 

« Le jockey l'a fait exprès ; il l'a retenu au dernier moment et 
n'a cravaché que sa botte !» 

On essaye de raisonner le monsieur qui croit qu'on vole tou- 
jours. On convient avec lui qu'il y a, mais assez rarement, des 



LE JEU AUX COURSES. 875 

courses dont le résultat est faussé par des manœuvres malhon- 
nêtes : il ne vous écoute même pas. Selon lui, tout est irrégulier. 
Leç commissaires et les journalistes ferment les yeux. On les 
achète. 

Notez que le monsieur qui croit qu'on vole toujours est assez 
ordinairement un déclassé, venu aux courses pour chercher des 
moyens d'existence. En cela il se trompe. Le jeu des courses 
est, comme tous les jeux, plein de hasards, de déceptions et ne 
réussit qu'aux sages qui parient rarement, en profitant de leurs 
connaissances spéciales. 

L'homme qui va aux courses sans une étude approfondie du 
cheval et du turf est purement un joueur sans plus d'avantages 
qu'à la roulette ou au trente-et-quarante. Il ne doit compter que 
sur le hasard ou sur son habileté à engager son argent. 

Son unique règle doit être celle-ci : Emballez-vous dans le 
gain; modérez-vous dans la perte. 

Au contraire de l'homme qui croit qu'on vole toujours, le vrai 
sportsman sait la part qu'il doit laisser à l'imprévu. J'ai connu 
un très fin parieur qui faisait fortune aux courses : son sysr 
tème consistait à ne parier que lorsque l'occasion lui semblait 
exceptionnelle. Quand il jugeait qu'un cheval dont la cote régu- 
lière eût été 3 contre i, était donné à lo, il risquait son arr 
gent. 

Un amateur qui fréquente l'Hôtel des Ventes ne trouve pa$ 
tous les jours une acquisition avantageuse. Le boursier adroit 
n'a pas non plus tous les jours un ordre utile à donner à son 
agent. Pourquoi certaines personnes qui vont à toutes les 
courses veulent-elles jouer tout le temps? Parce que ça les 
amuser... Si c'est un amusement irrésistible, il faut le propor- 
tionner aux ressources dont on dispose et ne pas se plaindre du 
mauvais résultat. 

Le monsieur qui croit qu'on vole toujours est en même temps 
le monsieur qui voudrait ne jamais perdre. La perte l'exaspère 
parce que le plus souvent il est hors d'état de la supporter. 

Il s'imagine volontiers que les chevaux peuvent être assimilés 



3/8 LES COURSES DE CHEVAUX. 

est chargé de remettre au jockey le cadeau princier. Le soir, on 
fait le calcul des gains du plongeur et les journaux en impriment 
le total. 

Il y a des exemples de plongeurs qui s'arrêtent après fortune 
faite et qui ne rendent pas l'argent. Il y en a d'autres qui 
plongent si audacieu sèment, qu'un beau jour on ne les voit plus 
reparaître à la surface. Il ne faut pas de longues séries malheu- 
reuses A un plongeur pour qu'il vienne à sombrer ; il joue si cher, 
que, la crampe de la déveine a vite paralysé ses moyens. Il s'en 
va sans payer, tout est dit, on n'en parle même plus, et les 
bookmakers le voient disparaître sans trop se plaindre. Il a beau- 
coup plongé; qu'il lui soit beaucoup pardonné! 




CHAPITRE XVIII 

LE SPORT ET LA FEMME 



L'aspect des courses, au point de vue monijain, n'est ni moins 
varié ni moins curieux qu'au point de vue hippique. Le coup 
d'oeil n'est pas le même au printemps qu'à l'automne; le Grand 
Prix de Deauville ne ressemble en rien au Grand Prix de Paris. 

Avant même l'apparition du printemps, les courses recom- 
mencent. 

Auteuil,que la pluie et la neige contrarient parfois, est toujours 
très suivi. La foule des sportsmen, après le repos de l'hiver, est 
heureuse de revenir à son hippodrome de prédilection. L'élément 
féminin fait un peu défaut, surtout au début : ce sont les demi- 
mondaines qui donnent, soit à cause de leur plus grande intré- 
pidité, soit à cause des steeple-chases, qui leur procurent plus 
d'émotions. 

Avril ramène au Bois sporismen et sportswomen, heureux de 
vivre, heureux de revoir, au tournant de la Cascade, refleurir les 
lilas et reverdir la pelouse. Ce sont toujours les mêmes visag'es, 
les mêmes types connus ; il semble que c'était hier le dernier jour 



38o LES COURSES DE CHEVAUX. 

d'automne. Et pourtant plus d'un nom sympathique manque à 
rappel, plus d'un fidèle du turf a disparu! Mais point n'est 
besoin de serrer les rangs : pour un ancien qui est parti, trois 
nouveaux sont venus. 

Déjà les équipag-es sont plus élégants et plus corrects ; adieu 
les fourrures admises à Auteuil, mais qui ne sont plus en har- 
monie avec les tons chatoyants des marronniers ! Seules les gi- 
boulées menacent encore : aussi les toilettes restent-elles sobres 
et même un peu sombres, une toute petite note claire s'y montre 
pour se mettre à l'unisson du soleil. Adieu les braseros qui 
rôtissent d'un côté pendant que le vent glace de l'autre! 

Mais l'assistance féminine, un peu clairsemée tout d'abord, se 
complète peu à peu : la messe, la toilette a retenu les plus 
indolentes. Au commencement on s'observe, puis on se rap- 
proche, on se retrouve, on se forme en petits groupes quelque 
peu exclusifs, mais d'où ne sont jamais complètement bannies la 
coquetterie et la médisance. Voici un groupe de parieuses : elles 
organisent des poules et déjà leurs jolis visages s'éclairent ou 
s'assombrissent, Rivant que la fortune les maltraite ou les favo- 
rise. Infortuné chapeau bleu ! son cheval n'est pas en forme î mais 
trois fois heureuse la petite capote cerise! Elle a pincé le favori. 
Nouvelle Perrette, elle escompte son gain et déjà son imagination 
galope à travers les étalages admirés la veille ; elle cherche l'em- 
ploi des louis qu'elle va toucher. 

Ici c'est un salon, où l'on affecte systématiquement de négliger 
les courses. Les chevaux passent : on ne les regarde pas. Ils 
galopent, on leur tourne le dos, et de retour à Paris les belles 
indifférentes demandent qui a gagné le Grand Prix ! 

Celles-là sont de petites folles. Elles parlent de tout et ne 
pensent à rien, suivent la seconde course avec le programme de 
la troisième, oublient leurs ombrelles, cassent leurs éventails, 
causent, sans s'écouter les unes les autres, toilette, théâtre, 
beaux-arts, toilette surtout. Leurs langues bavardes n'ont jamais 
connu le repos. L'une d'elles cependant écoute d'une oreille 
attentive la conversation d'un grand jeune homme qui s'appuie 



LB SPORT ET LA FEMME. 38l 

légèrement au dossier de sa chaise, tandis que les trois autres 
disent à qui mieux mieux du mal de la petite baronne et de la 
blonde marquise. C'est un Five o'clock en plein vent, une poti- 
nicreen miniature. 

Mais voici la vraie sportswoman; lorgnette en bandoulière, 
programme et crayon à la main, elle va, vient, s'agite, se démène, 
recueillant au vol tout les racontars. Rien ne lui échappe; à elle 
tous les tuyaux et les renseignements. Elle ne confie à personne 



le soin de ses paris, cause avec les jockeys, sourit aus entraî- 
neurs et ne dédaigne pas le commerce des gens d'écurie. Elle 
compare Bolfe A Hopkins, Hartley à Lane, au besoin elle s'en- 
thousiasme pour Kearney. 

Sans cesse à la recherche de la meilleure cote, elle se fait 
coudoyer stoïquement au milieu des listes; pour elle le book- 
maker galant rehausse d'un point le chiffre, et lui tend son ticket 
en souriant. 

La course commence; cette doctoresse en sport ne veut pas 
perdre une foulée de son favori. Elle grimpe sur une chaise. 



382 LES COURSES DE CHEVAUX. 

comme une fauvette sur sa branche; sa lorgnette exercée suit le 
groupe mobile et multicolore, mais c'est son cheval surtout qui 
l'intéresse. Il gagne! Non! Son jockey le pousse, il est en dé- 
tresse, il est battu! Mais le voici qui revient. O bofiheur! il est 
en tète au dernier tournant. Hélas ! voici un de ses adversaires 
qui l'attaque; tout est perdu; Rolfe a levé sa cravache. Encore 
un effort et tout est sauve ; 
sur le poteau il a repris 
- ". l'avantage, d'une tête seu- 

' " lement, i! est vrai, mais, 

comme dans les luttes 
électorales et parlemen- 
taires, qu'importe que la 
majorité soit faible, pourvu 
qu'on l'ait la majorité! 
Pourtant, tout n'est pas 
fini. Dieu veuille qu'il ait 
son poids, qu'il ne soit 
pas invalidé, que le book- 
maker paye! — AU right! 



'J'^^- 



i crié d'une vois reten- 



tissante le héraut d'armes 
des chevaliers de la sacoche, et dans les mains fiévreuses de 
cette Danaè absolument moderne la pluie d'or va tomber. 

Calinetle est une fantaisiste : elle fait montre d'originalité, 
choisit son cheval d'après le nom qu'il porte : Bichelle, Plaisan- 
terie, Didine, Ardente, Caressante ou Coureuse de Nuit. Elle 
s'attache même au numéro du programme, qu'elle pointe comme 
la carte à Monaco. 

Paméla appartient, au contraire, au type classique : avant de 
partir elle a consulté la Chronique, pioché les performances, dis- 
cuté les origines, lu toutes les feuilles et commenté leurs pro- 
nostics. Rien ne l'émeut, et le jour du Grand Prix elle parie 
volontiers pour les Anglais : en voilà une qui se moque du 
patriotisme! 



LE SPORT ET LA FEMME. 283 

' La femme du propriétaire s'intéresse aux chevaux de l'écurie 
et parie pour eux, même s'ils n'ont aucune chance. Que voulez- 
vous? elle les connaît depuis leur naissance, elle les a vus grandir 
et, des fenêtres du château, elle a suivi leurs courses folles dans 
la prairie. Elle leur a caressé l'encolure de ses blanches mains; 
elle a partagé toutes les émotions et toutes les espérances, 
comme tous les déboires de leur préparation. 

La femme du bookmaker ne lui sert de commis que lorsque 
sa fortune est modeste; plus tard elle reprend sa liberté, dé- 
serte le piquet conjugal et passe son temps à parcourir les listes, 
pariant elle-même, plutôt mal que bien, très accessible aux 
fausses nouvelles dont son expérience devrait la préserver, 
et ne joue heureusement que de faibles sommes : autrement 
cette Pénélope nouveau modèle déferait de ses mains le travail 
conjugal. 

Celle qui est là-bas avec une cour de petits jeunes gens n'ai- 
mait jadis ni les courses ni le jeu. Mais elle est coquette, jalouse, 
et son mari est plongeur. Il est jeune, s'entête et double ou triple 
sa mise pour rattraper ses pertes. Elle vient le surveiller, n'em- 
pêche rien et se laisse glisser elle-même. Sa coquetterie ne s'en 
plaint pas: c'est un prétexte à toilettes. Superstitieuse et se lais- 
sant influencer par tout ce qu'elle rencontre, elle a foi en son 
étoile et n'a pas tort. Ses choix déconcertent la raison, et pour- 
tant réussissent. 

Madame, un 'peu pâle et toujours très émue, est mariée à un 
grand jeune homme, élancé comme un oiseau. Absolument nul, 
il parle peu, ne comprend guère et rit toujours. Pourtant elle 
l'aime inconsciemment. Excellent ménage : on vit largement, et 
pourtant on n'a rien. Cette jolie femme est un homme d'affaires : 
nul mieux qu'elle ne sait débrouiller un handicap et profiter des 
fluctuations de la cote. Elle ne lâche jamais son grand innocent, 
Tescorte jusqu'aux piquets et choisit le cheval, le bookmaker et 
la cote. Elle est la volonté qui commande et lui le bras qui 
exécute. Mais cette vie l'use très vite, elle vieillit : terrible chose 
que de compter sur le jeu pour payer son terme et sa couturière; 



384 ^^^ COURSES DE CHEVAUX. 

il y a tout de même une saveur d'imprévu : on part sans déjeuner 
et l'on dîne chez Bignon, 

Tout ce monde s'étudie, se jalouse, s'observe, se contient. 
Quelquefois pourtant éclatent les scènes de ménage, qui amusent 
la galerie et dont les observateurs sont friands. < Qui as-tu 
pris? s'écrie madame, au chignon d'or très défraîchi ; moi je veux 
le 9, va me le chercher. — 
Le 9, mais c'est absurde! 
il n'a aucune chance! D'ail- 
leurs ii est trop tard, le 
signal est donné. » 

Les chevaux arrivent, et, 
par le plus grand des ha- 
sards, le 9, une rosse, ga- 
gne d'une encolure. • La! 
je l'avais bien dit! C'était 
sûr! on me l'avait donné! 
C'est ta faute! Quel mal- 
heur de vivre avec un entêté 
pareil ! Tu sais pourtant que 
j'ai besoin d'argent! Mais 
ça m'est égal, tu me payeras 
tout de même : ça t'appren- 
dra à faire ce que je te dis ! » Quelquefois elle ajoute : « Sale 
bête! • comme Sapho. Lui, baisse le nez, se sauve et revient 
plus tard recevoir une nouvelle bordée, à la grande joie des 
voisins, qu'amuse fort cette lessive de famille. 

Et les scènes de pugilat et les luttes à main plate. Ce n'est pas 
le plus joli du tableau, mais ça se voit. 

En route pour Chantilly! La gare du Nord a l'air d'une ruche 
où l'on a récolté un essaim. Des queues interminables se forment. 
Tous les guichets délivrent des billets pour Chantilly. D'énormes 
écriteaux portent l'inscription : ■ Courses à Chantilly. » Sur le 
quai, les trains sont pris d'assaut. Tout le monde va en chemin de 
fer, les voitures et les mail-coaches ne viennent que des châteaux. 



LE SPORT ET LA FEMME. 385 

Le train part; chacun s'installe, prend ses aises et regarde à la 
dérobée ses voisins ou voisines; puis on cherche à occuper le 
temps : d'abord l'étude du programme, puis la lecture des jour- 
naux. Dans certains wagons se sont faufilées des bandes de bon- 
neteurs qui amorcent les naïfs. L'éducation du public s'est faite, 
les pigeons déviennent rares. Au bout d'une demi-heure, les dis- 
tractions s'épuisent. Mais le paysage, d'abord monotone, est de 
plus en plus joli. Voici la forêt, les étangs, la Reine- Blanche, on 
arrive, on est arrivé, et, comme on voit au théâtre la fée étince- 
lante rejeter tout d'un coup le sombre manteau qui la couvre, on 
voit tomber les cache-poussière qui dissimulaient les toilettes 
printanières. Les chapeaux ronds sont en majorité et les plumes 
sont devenues fleurs. On traverse la gare, au milieu des cochers 
qui assaillent le client, en lui criant leurs offres. Si le temps est 
beau, ils s'égosillent en vain; il est bien plus gai de gagner à 
pied l'hippodrome, suivant l'allée qui a nom des Aigles, mais qui 
mériterait celui des Mendiants. Les marchandes de muguet, à la 
bonne heure : ça embaume et c'est coquet! En passant, voici la 
tribune des Princes, qui ne sera plus vide. Les tribunes se gar- 
nissent de toilettes. D'autres femmes se forment en corbeille 
sur le gazon. Les villes de l'Oise, Beauvais, Compiègne, Cler- 
mont, Senlis ont toutes envoyé leurs contingents. L'état-major 
de la garnison de Senlis est au complet. Les modes nouvelles 
sont dans tout leur épanouissement; mais c'est au Grand Prix 
qu'elles battront leur plein. 

Le prix de Diane et le prix du Jockey-Club excitent de grandes 
émotions. 

Puis c'est la grande semaine : Grand Steeple ! Grande Course 
de Haies I Grand Prix ! tout est grand, il n'y a de place que pour 
les héros du turf. C'est la semaine bénie des couturières et des 
modistes, où tout Paris s'habille et babille en attendant l'heure 
de la séparation. 

Les sportsmen ne sont pas toujours fanatiques de ces grrrandes 
journées, où les habitués se voient noyés dans le flot des pro- 
fanes, où les plus intéressés ne voient rien. Mais le coup d'oeil 

25 



386 LES COURSES DE CHEVAUX. 

est joli : les tribunes ressemblent à des paniers d'Isabelle. 
Le soleil et la mode aidant, il y a parfois une véritable orgie de 
couleurs claires; le blanc surtout domine : robes de dentelle, 
de toile, de soie; ombrelles transparentes en gaze, en dentelle 
bouillonnée et toutes chargées de fleurs; grands chapeaux de 
paille avec nœuds de ruban menaçant le ciel et bouquets trem- 
blotants. 

C'est la plus belle, mais aussi la dernière journée de la saison 
parisienne : déjà les plages se préparent à recevoir leurs hôtes 
accoutumés ! Dans l'intervalle, Auteuil, Fontainebleau et Beau- 
vais attirent et retiennent la plus grande partie des turfistes; 
il y en a qui pour un empire ne manqueraient pas Fontaine- 
bleau. La gare de Lyon est un peu loin, mais le déplacement 
n'est pas cher et là vallée de la Sole est charmante. 

Quel plaisir de s'en aller à pied ou en voiture à travers la forêt ! 
Quel air embaumé et salubre ! Il en est qui, venus de bonne heure, 
déjeunent dans la forêt, au buffet du pesage. 

Fontainebleau doit aussi son aspect particulier à sa garnison 
et à son école d'artillerie. Beauvais doit son élégance aux châ- 
teaux qui l'environnent. On y est généralement carbonisé. 

Les sportswomen se retrouvent à Caen. Pendant quarante-huit 
heures la paisible ville normande offre un aspect nouveau. Voici 
les contingents de Trou ville-Deau ville, de Cabourg, Villers, 
Houlgate, Luc-sur-Mer, Saint-Aubin, etc. Voici les députations 
de Lisieux, Falaise, Bayeux, Bernay, Pont-l'Évêque, Saint-Lô, 
-etc. Voici enfin plusieurs trains complets qui arrivent directement 
•de Paris, proie rêvée par les hôteliers aux notes effrayantes. 
De tous côtés accourent les calèches, les omnibus traînés par de 
vigoureux percherons. Tout le monde est content et les châtelains 
^sont heureux de procurer à leurs hôtes cette rare distraction. 

A l'heure des courses, les rues de Caen sont vides : toute la 

; population est sur l'hippodrome, revêtue de ses plus beaux 

atours. C'est quelquefois un peu lourd, un peu surchargé; les 

icouleurs sont parfois criardes, mais c'est très élégant tout de 

jnême. 



n 



LE SPORT ET LA FEMME. SBq 

Trouville ! Huit jours d'arrêt ! Les naturels de l'endroit trouvent 
que, si la semaine des courses n'existait pas, il faudrait l'inventer. 
C'est la moitié de leur rente annuelle. 

Le flot des visiteurs apparaît dès le premier jour, depuis l'élé- 
gant qui prend le train de luxe jusqu'à la clientèle des trains 
omnibus qui arrive avec un parapluie, une canne et un sac de 
nuit. Tous les trains ont deux heures de retard; dans la gare les 
malles font des tours Eiffel. Pensez donc! pour huit jours, au 
moins seize robes ! 

Plaignons ceux qui n*ont pas retenu leur logis ! Pendant des 
heures, ils vont de porte en porte. Sans leur valise, on les 
prendrait pour ces fantômes des anciennes légendes qui, pour 
prix de leurs crimes, errent éternellement à travers le brouillard 
et la nuit. 

Enfin, tout le monde s'est casé plus ou moins ; du matin au 
soir, d'élégantes Parisiennes trottinent sur les planches, afin d'y 
exhiber les dernières créations de Redfern. 

C'est le règne de la fantaisie : le rouge et le bleu dominent. 
C'est le triomphe des robes matelot, avec leurs grands galons 
blancs et leurs ancres brodées partout, des jerseys qui portent 
sur la poitrine le nom d'un joli yacht. Pour les coiffures, la 
variété est extrême : à celles qu'on voit partout s'ajoutent les 
casquettes, les bérets, les toques de jockey et surtout les petits 
chapeaux marin, à bords plats, avec simple nœud sur le devant. 

Deauville reste d'ailleurs la réunion élégante par excellence, 
et rien n'est plus joli, plus aristocratique que l'enceinte du pesage 
le jour du Grand Prix. 

Puis cette animation, ce mouvement extraordinaire cessent 
brusquement : la mer est toujours aussi belle, le ciel est encore 
bleu, mais la cavalerie sportive est en route : c'en est assez pour 
qu'à sa suite s'envolent tous ces oiseaux de passage, dédaigneux 
des beautés de la nature, si tant est que la nature ait rien 
d'extraordinaire en ce pays. L'existence la plus élégante tient la 
femme en haleine. Pas un instant de repos, toujours en repré- 
sentation! Le matin, c*est le bain et la potinière. Puis le déjeu- 



SÇO LES COURSES DE CHEVAUX. 

ner, difficile à obtenir; les garçons, éreintés, ahuris, persécutés, 
ne savent à qui placer la langouste rémoulade. 

Puis c'est, après la messe, l'heure de s'habiller de nouveau, 
monter en voiture, assister aux courses, faire des visites, et faire 
les planches à Trouville, dîner, nouvelle toilette, assister au 
spectacle ou au concert, au bal, et aux petits chevaux. Voilà la 
vie d'une femme élégante qui va se reposer à la mer. 

Dieppe hérite de Trouville; pendant cinq ou six jours on y 
reprend la même vie, puis on se retrouve à Auteuil ou à Fontaine- 
bleau. Septembre ramène au Bois les fidèles; mais ce n'est plus 
l'assistance du printemps et de l'été. La villégiature et la chasse 
y laissent de nombreux vides. Pourtant bon nombre d'élégantes 
y viennent le dimanche. Les journées sont moins chaudes, mais 
encore agréables. Le Bois est ravissant avec ses teintes dorées. 
L'aspect des toilettes se modifie. 

Le genre favori est le genre militaire. Les casaques de drap 
très collantes ont les unes des chevrons, les autres des bran- 
debourgs, toutes des galons; mais les toilettes sont assez 
sombres, garnies de zibeline, de loutre et d'astrakan. Les cha- 
peaux se font remarquer par leur exiguïté : c'est à peine s'ils 
se voient, vraies huppes de poules de Houdan. Beaucoup de 
capotes rouges de toutes nuances, depuis la flamme jusqu'au 
grenat, des plumes lisses et posées toutes droites, parfois mé- 
langées avec des aigrettes de jais, des oiseaux entiers se cul- 
butant, des tètes de loutre aux yeux de rubis, apparaissant dans 
un fouillis de rubans à coques droites. 

Comme les sportsmen et surtout les sportswomen sont su- 
perstitieux, ils ont toujours un fétiche : celui qui a remplacé le 
fer à cheval, le porte-veine et l'éléphant blanc, est Vaudja. C'est 
le porte-bonheur des peuples qui habitent les bords du Nil; il 
avait déjà cette spécialité sous les Pharaons. On le faisait en or, 
en pâte, en bois. C'est à la fois le soleil couchant et le soleil 
levant ; l'œil droit et l'œil gauche ; l'œil d'Horus, la larme qui 
coule; le Nil, l'eau ou la chaleur qui féconde; son nom veut 
dire : santé, bonheur, prospérité. 



LE SPORT ET LA FEMME. O o-' 

Encore une jolie semaine à Chantilly, dans la forêt, qui semble 
d'or éteint, comme certaines femmes exquises à leur déclin. 

Novembre appartient à Auteuil, et, sauf quelques-unes de ces 
journées rares que fournit Tété de !a Saint-Martin, les jolies fri- 
leuses font leurs adieux au turf ; seules les enragées luttent 
contre le froid et l'humidité, couvertes de fourrures et les pieds 
collés aux grilles des braseros ; elles voient courir le prix de la 
Croix de Berny, le prix de Clôture, le prix d'Adieu, le prix du 
Départ. Puis, comme dans la romance du Petit Faust : > Plus- 
rien! c'est l'hiver! > 



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CHAPITRE XIX 



LES COURSES EN PROVINCE 



La province est malade. Elle avait sa raison d'être quand on 
ne courait pas tous les jours dans Paris ou sur des hippo- 
dromes suburbains. Mais maintenant... il est bien plus com- 
mode et bien plus économique de prendre un fiacre pour Saint- 
Ouen qu'un train pour Chalon-sur-Saône. En admettant même 
qu'on ne recule pas devant le voyage, les frais de déplacement 
sont excessifs. La faute en çst moins aux chemins de fer qu'aux 
hôteliers, car les Compagnies font des réductions de tarif pour 
attirer le public; mais les hôteliers non seulement ne diminuent 
rien (ce serait trop demander), mais augmentent leurs prix dans 
des proportions décourageantes; ils n'épargnent même pas les 
acteurs qui leur amènent l'affluence dont ils profitent, c'est-à-dire 
les chevaux et ceux qui les accompagnent. Un beau jour, les 
victimes de cette avidité se fâchent, partent et ne reviennent 
plus : la poule aux œufs d'or est morte; il est bien difficile de 
la ressusciter. 

Les écuries, presque toutes groupées dans les environs de 



394 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Paris, se bornent aux réunions, toujours de plus en plus nom- 
breuses, qui sont à leur portée : elles renoncent à ces déplace- 
ments lointains qui fatiguent les chevaux, peuvent causer des 
accidents, coûtent fort cher et couvrent rarement les frais. 

Mais, dira-t-on, il ne faut pas chercher à soutenir les industries 
ou les commerces en souffrance au détriment de ceux qui pros- 
pèrent ; il est bien inutile de chercher à faire vivre les Sociétés 
qui n'ont pas la force de se défendre elles-mêmes. 

C'est là une doctrine quelque peu ég-oïste ; la Société d'Encou- 
ragement ne saurait oublier qu'elle doit plus que jamais pro- 
pager le goût de l'élevage du cheval de pur sang dans toute 
la France, et pas seulement en Normandie ou dans les environs 
de Paris ; je le répète, partout ! Elle devrait venir en aide aux 
petites réunions qui luttent péniblement contre l'indifférence gé- 
nérale. Que de commissaires ont actuellement le sommeil troublé 
par le cauchemar du ryalk over ! 

Ce qui me surprend, c'est la théorie de la Société d'En- 
couragement, consistant à augmenter les allocations des réu- 
nions qui prospèrent et à diminuer les subsides de celles qui 
végètent. 

Les Commissaires vous disent en propres termes : « Vous 
avez fait de bonnes affaires l'année dernière, vous êtes en mesure 
de donner de plus gros prix, nous allons vous augmenter; 
mais si vous avez eu des malheurs, si vos recettes ont été plus 
faibles pour quelque cause que ce. soit, tant pis pour vous, 
nous vous diminuons. > 

Peut-être la principale cause de la décadence que l'on constate 
sur certains points est-elle malheureusement l'absence de cette 
spéculation qui, sur d'autres hippodromes, s'est développée jus- 
qu'à l'exagération. C'est un mal nécessaire, surtout dans un pays 
où il y a si peu de gens qui aiment platoniquement le sport. En 
Prusse, malgré les efforts du gouvernement et de quelques grands 
seigneurs, Tinterdiction des paris a mis en danger l'institution 
des courses et paralysé son dévelopf)ement. En Fnmce, faut-il, 
tout compte fait, désirer le retour aux mœurs plus pures de 



LES COURSES EN PROVINCE. SqS 

1840? Evidemment non, si le mal procure des ressources qui per- 
mettent de faire beaucoup de bien. 

Lorsqu'il s'agissait autrefois d'envoyer des chevaux dans une 
ville, on ne considérait guère que la distance à franchir, les frais 
à faire et les prix à gagner. Une autre préoccupation intervieni 
aujourd'hui : sera-t-il possible de parier? Le marché vaudra-t-il 
qu'on se dérange? Un propriétaire se félicitait jadis de n'avoir 
que peu ou point d'adversaires; il s'en désole aujourd'hui, parce 
qu'il ne peut plus parier. Le prix compte à peine s'il n'est pas 
important; il est moins recherché que l'occasion de faire un gros 
bénéfice. C'est une tactique nouvelle, dangereuse peut-être, car 
rien ne prouve qu'à la fin de l'année la balance ne soit pas plus 
favorable au propriétaire qui s'applique tout simplement à gagner 
beaucoup de prix; mais ce sont les mœurs du jour et elles font 
certainement du tort aux villes où le betting est insuffisant. 
Malheur à l'hippodrome où les bookmakers ne plantent pas leurs 
piquets ! 

Jusqu'au milieu de juin, les chevaux sont absorbés par les 
courses de la Société d'Encouragement. Après Fontainebleau, il 
faut accorder quelque temps de repos, et depuis Beauvais les 
chevaux sont mis en réserve pour les réunions normandes. 
Celles-ci ont tout pour elles : la proximité de Paris, la saison des 
bains de mer, le goût naturel des populations pour le cheval, 
enfin la primeur des courses de deux ans, avec l'immense avan- 
tage d'offrir aux parieurs un marché très étendu. Il reste à 
savoir cependant si, en réservant pour ces courses non seule- 
ment la fleur de leur écurie, mais la presque totalité de leur 
effectif, et en délaissant les réunions intermédiaires, les proprié- 
taires ne sacrifient pas la proie pour l'ombre. 

La Normandie est la terre classique de l'élevage français: 
mais les courses y ont des racines assez profondes pour qu'on 
puisse, sans faire de tort à ses réunions, demander quelque 
chose pour ces Sociétés de province, notamment de l'Est ou du 
Sud-Est, qui luttent si péniblement contre la concurrence des 
grands hippodromes et dont l'existence devient si précaire. 



396 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Peut-être pourrait-on leur laisser plus de liberté pour distribuer 
les subventions qui leur sont accordées. La Société d'Encoura- 
gement donne parfois avec tant de conditions restrictives, que le 
bienfait reste sans résultat. Ne vaudrait-il pas mieux se contenter 
d'imposer aux Sociétés quelques conditions générales et leur per- 
mettre de répartir à leur guise les allocations qui leur sont faites? 

Les conditions vitales pour la province sont nombreuses : 

r Choisir des hippodromes bien situés aux portes des villes, 
ayant des moyens de communication très faciles avec des centres 
très importants. ^ 

Lorsque la voie ferrée est proche du champ de courses, et 
qu'une halte peut être établie, comme à Dieppe ou à Beauvais, 
c'est une situation avantageuse, car il est bien rare que l'hippo- 
drome puisse être au cœur de la ville, comme à Caen. 

2" Étudier les programmes; calculer les décharges et handi- 
caper les chevaux avec le plus grand soin. 

3** Prendre les mesures nécessaires pour que les chevaux et 
ceux qui les accompagnent soient logés convenablement et dans 
des conditions de prix très modérées. 

4'' Assurer des compensations aux propriétaires malheureux, 
soit en créant des prix de consolation, soit en attribuant une 
somme fixe aux chevaux qui se déplacent pour la réunion. 

On a essayé ce nouveau moyen à Nice en 1890, et il a réussi. 
D'ailleurs, il n'est pas nouveau. Il y a longtemps qu'on le pra- 
tique en Autriche. Il y a six ans, la Société pour VEncourage- 
ment des bons cavaliers de campagne, qui offre à Vienne des 
prix importants aux officiers de toutes armes, a pris des 
mesures pour assurer aux chevaux et aux ordonnances qui les 
accompagnent les conditions les plus avantageuses et les plus 
confortables. Elle les loge elle-même dans des écuries dignes 
d'animaux de prix, elle fournit le fourrage aux chevaux pendant 
un temps déterminé. Enfin, elle vient de toutes manières en aide 
à ses invités. C'est un exemple que les Sociétés de province 
peuvent imiter. Elles ont déjà fait quelques pas dans cette voie, 
mais elles pourraient y entrer plus largement. 



LES COURSES EN PROVINCE. 897 

11 est certain que c'est à force de sacrifices qu'un certain 
nombre de réunions de province parviendront à se défendre et 
à conserver une part sérieuse de leur ancienne prospérité. 

Ce ne sont pas les réunions d'hiver, celles qui ouvrent la 
marche sur le calendrier hippique, qui se défendent le moins 
bien. Le meeting de Pau, par exemple, est tout à fait en progrès; 
mais il faut constater qu'il n'a rien négligé pour cela. 

C'est ainsi qu'au début de 1890 Nice est entré nettement 
dans la voie des améliorations. Depuis deux ans, il n'était pas 
difficile de constater un ralentissement dans la prospérité de ce 
meeting. Des prix importants, comme le Grand Prix de Monaco, 
de 20000 francs, et la Grande Course de Haies de Monte Carlo, 
de 10 000, qui avaient paru alléchants au début, passaient pour 
ainsi dire inaperçus au milieu des somptueuses allocations du 
steeple-chasing dans Paris. Les propriétaires de chevaux com- 
mençaient à se plaindre de la longueur du déplacement, des 
frais considérables qu'il occasionne. Le nombre des chevaux 
diminuait, et c'est le plus mauvais symptôme. Pour 1890, en aug- 
mentant les allocations, on va faire revivre Nice. Le prix de 
Monte Carlo, grande course de haies, a été porté à 20000 francs 
et le Grand Prix de Monaco, steeple-chase, à 3oooo. 

Quand on jette un coup d'oeil sur le calendrier de la province, 
on est surpris du petit nombre de réunions auxquelles on fait 
encore attention. Le coup le plus fatal porté à leur existence 
est la diminution constante du crédit des courses au budget de 
l'Agriculture. En 1884, les crédits de l'industrie chevaline étaient 
de 2243000 francs. Ils sont restés à ce chiffre en i885 et 1886, 
puis ils ont commencé à fléchir en 1887, pour tomber en 1888 à 
2164000 francs, et pour n'être plus en 1889 que de 2 millions 
en chiffres ronds. En ce qui concerne les crédits spécialement 
consacrés aux courses, ils étaient en 1886 de 629 i5o francs. Ils 
sont tombés en 1887 à 582 5oo francs ; en 1888, ils n'étaient plus 
que de 120 000 francs. 

Je. suis de l'avis d'un des derniers défenseurs de ces crédits, 
M. Paulmier, du Calvados, qui disait, il y a trois ans, à la tribune : 



398 LES COURSES DE CHEVAUX. 

« On juge beaucoup trop les courses d'après quelques grandes 
réunions de Paris, d'après le Grand Prix, le Grand Steeple- 
Chase, le prix du Jockey-Club, d'après ces assemblées où l'af- 
fluence des curieux, le monde des parieurs, l'élément mondain 
effacent un peu l'intérêt hippique et la question du cheval. 

« Mais si l'on se transporte sur les hippodromes, beaucoup plus 
nombreux, de la province, la scène change complètement. On ne 
retrouve plus au complet ce monde de parieurs, cette afiluence 
de curieux, mais bien une population de cultivateurs, d'agricul- 
teurs, de producteurs qui viennent assister aux courses de leurs 
chevaux. » 

Cette diminution de crédit est le coup de grâce pour certaines 
réunions où les courses ne battaient que d'une aile. Les courses 
de Bordeaux deviennent très maigres ; celles 'de Marseille sont 
sous le coup d'une suppression imminente; Beauvais se traîne 
grâce au Jockey-Club, qui la maintient à la force du poignet, 
comme Fontainebleau. Boulogne-sur-Mer, Lyon, Aix-les-Bains 
sont relégués tout à fait au dernier plan, et maintenus surtout 
avec l'aide et dans l'intérêt des Casinos. En fait de province un 
peu vivace, il nous reste la Normandie, dont la campagne d'août 
commence à Évreux, continue à Bernay, Caen, Cabourg, Deau- 
ville, et finit à Dieppe. 

La réunion fformande jouit depuis longtemps d'un privilège 
exceptionnel. Paris s'y transporte. Pas trop à Évreux, qui n'est 
qu'un bien maigre lever de rideau, mais un peu à Bernay, beau- 
coup à Caen, énormément à Deauville. A Dieppe il y a déjà un 
peu de fatigue, et d'ailleurs la réunion n'est pas encore ce 
qu'elle devrait être, étant données les ressources dont elle 
dispose. 

Entre Caen et Deauville il y a un symptôme de concurrence 
regrettable. Il me semble que Deauville fait échec à Caen. 

Deauville n'a pas lieu d'être jalouse : elle a bien assez d'atouts 
dans ses cartes. 

L'hippodrome a été acheté le 16 mai 1889 par une Société 
civile, exclusivement constituée à cet effet. En même temps, la 



LES COURSES EN PROVINCE. SqQ 

Société des courses de Deauville, fondée en 1864 par le duc de 
Momy, continuée par MM. le viconte Daru, Donon, comte Hoc- 
quart, Hector Crémieux, Calenge, etc., qui n'était qu'une pure 
association de fait, a été également constituée en Société civile, 
par les soins de son président actuel, le comte Florian de Ker- 
g-orlay, tout en conservant une organisation dont une expérience 
de vingt-cinq années a démontré les avantages. 

Son premier acte a été de s'assurer la jouissance de l'hippo- 
drome par un bail de quatre-vingts années. Elle se trouve être 
ainsi de toutes les Sociétés de courses de France celle qui vrai- 
semblablement repose sur la base la plus durable. 

Dans ces conditions, la Société de Deauville n'a pas hésité à 
s'imposer des sacrifices considérables (60000 francs environ, 
paraît-il, pour installer un système complet d'arrosage qui ga- 
rantit de la sécheresse non seulement la piste des courses, mais 
les trois pistes d'entraînement. Ces travaux n'ont d'ailleurs été 
entrepris qu'à l'instigation des principaux propriétaires, qui ont 
participé à la dépense pour une quinzaine de mille francs. 

La Société de Deauville a pris la bonne habitude d'ajouter à 
la brochure de sou programme un certain nombre de renseigne- 
ments statistiques intéressants à consulter. J'y vois notamment 
que le programme de la prochaine réunion présente une aug- 
mentation de 3o5oo francs de prix, malgré la nouvelle diminu- 
tion des prix du Gouvernement. C'est ainsi que depuis trois 
ans la somme donnée en prix s'est accrue de 75 000 francs, soit 
de près d'un tiers. 

En 1864, les prix s'élevaient à 23 5oo francs. Le total des prix 
fondés en i883 étant de 235 000 francs est donc dix fois supé- 
rieur à celui de l'année de la fondation. 

Une nouvelle course a été introduite dans le programme du 
premier jour : le prix Guillaume-le-Conquérant, 10 000 francs, 
pour chevaux de trois ans et au-dessus, sur 1600 mètres. 

Différentes modifications ont été apportées à l'aménagement de 
l'enceinte du pesage en vue d'en augmenter le confortable : éta- 
blissement de tentes devant les salles du pesage, du vestiaire 



40O LES COURSES DE CHEVAUX. 

des jockeys, de la presse et du télégraphe; pose d'une grille 
pour limiter l'emplacement occupé par le ring, etc. 

Les commissaires actuels sont MM. le comte de Kergorlay, 
comte de Gontaut-Biron et Pierre Donon. 

Presque toute l'armée de l'entraînement donne dans la cam- 
pagne de Normandie, et il est assez curieux de la voir rentrer 
dans ses foyers après ce qu'on pourrait appeler les grandes 
manœuvres du turf. Il y a toujours quelques chevaux hors de 
combat, eu égard à la trop grande sécheresse des premiers jours 
d'août. Pas mal de boiteux, pas mal d'enrhumés, et cela tient, je 
crois, bien moins au changement d'écurie qu'à la fâcheuse habi- 
tude, contractée par les entraîneurs, de faire travailler leurs pou- 
lains de trop bonne heure. Dans une vallée froide comme la 
vallée de Touques, on est vraiment assez éprouvé par la tempé- 
rature jusqu'au moment où- le soleil se montre, c'est-à-dire vers 
sept heures. Alors, pourquoi sortir vers cinq heures et demie, 
sous une brume glaciale qui saisit brusquement les animaux 
extraits de leurs boxes bien chauds? A Newmarket, les entraî- 
neurs sont bien moins pressés de sortir. Ils attendent que la 
température soit supportable. Mais en France, c'est à qui sera 
le premier dehors ou, pour mieux dire, le premier rentré. On 
met son amour-propre à finir l'écurie de bonne heure : autrement 
dit la question d'ordre et de propreté prime la question d'hy- 
giène. A Dieppe, où l'hippodrome est plus encaissé et où les 
entraîneurs n'éveillent pas leurs chevaux à l'heure des condamnés 
à mort, il y a moins de refroidissements. C'est assommant pour 
un propriétaire qui envoie un animal courir en province, 
d'apprendre qu'il tousse au moment de courir. Outre la 
chance perdue dans le prix que l'on visait, il y a une note 
de frais devant laquelle je m'explique que plus d'un fasse la 
grimace. 

Quant à la note de Normandie, elle est toujours salée comme 
la Manche. Légendaire est l'histoire des carottes de Marsh, à 
20 francs la botte. Mais les frais d'un cheval en voyage ne sont 
qu'une longue suite d'autres carottes. A Deauville, l'écorchement 



. -^ ^^v\ 




LES COURSES EN PROVINCE. 400- 

est déjà vif, mais il y a un certain ordre; les commissaires 
rigleat le tarif et l'adoucissent dans une certaine mesure. 

A Dieppe, au contraire, c'est de la férocité. Un entraîneur 
obligé de loger ses chevaux et ses liommes dans le quartier dit 
des Charbonniers est forcé de payer pour un boxe soixante-dix 
francs et pour la chambre d'un garçon d'écurie, une mauvaise 
chambre, un taudis : trente francs.' 

A chaque pas il y a des pourboires à donner, sans compter 
les façons d'exploiter inventées par les paroissiens de la localité. 

Pendant une semaine de Deauville, je me promenais avec un 
entraîneur connu et qui passe pour un des plus malins de sa 
profession. Un individu en blouse, à l'allure assez franche, 
l'aborde et lai dit en passant : « N'oubliez pas l'homme qui a 
descendu tous vos bagages. » 

L'entraîneur lui remet lo francs, et, arrivé à l'écurie, signale 
cette dépense à son premier garçon, pour qu'il en prenne note. 

' Mais, dit le premier garçon, voilà un farceur qui s'es 
moqué de vous. C'est un homme d'équipe qui a descendu vos 
bagages, et il a eu tout de suite son pourboire. » 

Le hasard fait que vingt minutes après nous retrouvons 
l'homme en blouse. 

t Vous avez du toupet, vous ! lui crie mon entraîneur. Vous 
me dites que vous avez descendu mes bagages, et ce n'était pas 
vous! 

— Pardon, répond le Normand, je vous ai conseillé de ne pas 
oublier l'homme qui avait descendu vos bagages, mais je ne vous 
ai pas dit que c'était moi! • 




CHAPITRE XX 



NOS SUCCÈS EN ANGLETERRE. 



La victoire de Ténébreuse dans le Cèsaréwitch de 1888 a pris 
une g'rande signification. Elle a annoncé le relèvement de la pro- 
duction française. Il y a un détail curieux à noter. En i885, le 
Jockey-Club anglais, un peu énervé du double triomphe de Plai- 
santerie dans le Cèsaréwitch et le Cambridgeshire, se laisse aller 
à voter la proposition Craven, qui nous interdisait les handicaps 
d'outre- Manche, sous peine de faire entraîner habituellement nos 
chevaux dans le pays des brouillards ou d'une exhibition dans 
deux courses anglaises en l'espace de six mois. 

Crac! Trois ans après, nous envoyons Ténébreuse, dont les 
performances étaient d'autant moins dans un sac qu'elle avait 
enlevé le Grand Prix de Paris au vainqueur du Derby d'Epsom ; 
malgré les sévérités du handicapeur, elle cueille le Cèsaréwitch 
au petit galop. 

Là, certes, il n'y avait pas de coup préparé. Pas plus en cette 
circonstance que dans les autres, M. Paul Aumont, qui ne parie 
jamais, n'avait pas mis un shilling sur sa pouliche. Elle a gagné 



406 LES COURSES DE CHEVAUX. 

■carrément, au grand jour, et, toute la presse l'ayant désignée 
avec ensemble, tous les parieurs français ont pu en profiter large- 
ment. Si elle avait couru hors de forme au mois de juin, son .pro- 
priétaire était bien forcé de la montrer, sous peine de ne pas la 
voir qualifiée, dans les épreuves de l'automne. 
Cette même année, le second d'Epsom était battu par Sluarl 



Ténébreuse. 
(D'après une photographie de M. Delton.) 

au petit galop dans le Grand Prix de Longchamp, et Van Die- 
man's Land, le troisième d'Epsom, n'arrivait que mauvais troi- 
sième derrière Galaor et Le Sancy dans le Grand Prix de Deau- 
ville, . 

Ceci prouve que ce n'est pas par les tracasseries qu'on est le 
plus fort, et que les petits moyens ne réussissent jamais à ceux 
qui les emploient. 

Nous faisons de bons chevaux en France ; il serait vraiment 



NOS SUCCES EN ANGLETERRE. 407 

dommage qu'il en fût autrement. Cela prouverait que les efforts 
considérables de notre élevage sont bien mal récompenses. \'oyez 
les frais que s'imposent certains jeunes propriétaires, le prix 
qu'ils payent leurs étalons et leurs poulinières, et dites s'il n'est 
pas juste qu'ils réussissent. 



Où est le temps où gagner un bon prix en Angleterre semblait 
un exploit fabuleux) Quand M. Lupin envoya courir Jouvence 
dans la Coupe de Goodwood en i853, on eût dit qu'il allait dé- 
crocher la lune. Il en revint cependant victorieux. Il la gagna une 
seconde fois avec Dollar en 1864. 



4o8 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Amusons-nous, si vous voulez, à remonter un peu dans le 
passé et à rechercher nos principaux chevaux gagnants en 
Angleterre. Il n'en manque pas sous les couleurs du comte de 
Lagrange. 

Dans le Derby d'Epsom, nous trouvons Gladiateur (i865), In- 
sulaire 2" (1873). Dans les Oaks : Fille de VAir (1864), Reine 
(1872), Enguerrande et Camélia dead heat (1876). 

Dans le Saint-Léger: Gladiateur (i865). Rayon d'Or (1879). 
Dans les Deux Mille Guinées : Gladiateur (i865), Chantant (1877), 
Pique-Nique T (1875), Insulaire 2* (1878), Rayon d'Or 3" (1879). 

Dans les xMille Guinées : Reine (1872), Camélia (1876), Mali- 
bran 2' (i883). Dans le City and Suburban : Mademoiselle de 
Chantilly (i858). Dans le Great Metropolitan : Dutch Skater 
(1872). Dans le Northumberland Plate : Fervacques (1867). 

Dans le Woodcote Stakes : Fille de VAir (i863). Le Sarrasin 
(1867). 

Dans le Middle Park Plate : Chamant (1876), Montargis 3* 
(1872), Heurtebise 3" (1875), Dora 3'' (1879), Xaintrailles 2- (i885}, 
Clover 3" (1888). 

Dans le Dewhurst Plate : Chamant (1876), Insulaire T (1877). 
Dans le Newmarket October Handicap : Lina (1878), Barberine 
(i885). Dans les Champion Stakes : Rayon d'Or (1879). 

Dans le Goodwood Cup : Jouvence (i853), Baroncino (i855), 
Monarque (i857), Dollar (1864), Flageolet (1873). Dans le Brigh- 
ton Cup : Dollar (1864), Fénelon (1882). Dans les Champagne 
Stakes : Clémentine (1877), Fille de l'Air 2' (i863), Rayon d'Or 2^ 
(1878). 

Dans le Doncaster Cup : Sornette (1876), Dutch Skater (1872), 
Louis d'Or (1884). Dans le Queen's Vase : Verneuil (1878). Dans la 
Coupe d'or à Ascot : Gladiateur (1866), Mortemer (1871), Henry 
(1872), Boîard (1874), Verneuil (1878). 

Dans les New-Stakes : Océanie (1879). Dans l'Alexandra Plate : 
Fille de l'Air (i865), Trocadéro (1870), Verneuil (1878), Insu- 
laire (1879). Dans les Clarewell Stakes : Hospodar (1862), Gla- 
diateur (1864), Feu d'Amour (1873), Rayon d'Or (1878). 



NOS SUCCÈS EN ANGLETERRE. 409 

Dans les Criterion Stakes : Hospodar (1862), Fille de Mir (i 863), 
Général (1870), Flageolet (1872), yon^/ewr (1876), Monsieur Phi- 
lippe (1878), Archiduc (i883). Dans le Great Eastern Handicap : 
Cosmopolite (1861), Plutus (1866), Aurore (1874). 

Dans le Jockey-Club Cup : Flageolet (iS'/S) , Braconnier (187^) j 
Verneuil (1877). 

Dans le Rous Mémorial : Phénix (1879), Rayon d'Or (1880), 
Poulet (1881). Dans le Althorp Park Stakes : Brio (1886). Dans le 
Lincolnshire Handicap : Benjamin (1864), Po w/e/ (1882). Dans les 
Northamptonshire Stakes : Dollar (1864), Messager (1872), Com- 
mandant (1881). 

Dans le Newmarket Triennal : Pontoise (1878). Dans le New- 
market Handicap : Monarque (i858), Montagnard (1868). 

Dans le Césaréwitch : Salvanos (1872), Plaisanterie (i885), Té- 
nébreuse (1888). 

Dans le Cambridg^eshire : Palestro (1861), Montargis (1878), 
Peut-être (18^4)1 Jongleur (1877), Plaisanterie (i885). 

En 1870, quelques-unes de nos écuries, ayant émigré en Angle- 
terre, firent une campagne assez fructueuse. Parmi les noms des 
vainqueurs, je relève ceux de Clos-Vougeot, Clotaire, Cramoisi^ 
Véranda, Verdure, Vigogne, Porphyre, kK. Delamarre ; Eckmuhl, 
à M. Desvignes ; Finistère, Somno, Sornette, au major Fridolin ; 
Calvados, La Calonne, La Risle, à M. de Montgomery ; Fan- 
tôme, Graziella, Miss Hervine, Pensée, Haydèe, Seul, à M. Au- 
mont; Gouache et Meleurge, à M. E. de la Charme; Acide 
Prussique, Attraction, La Superga, Monsieur le Prince, Arge- 
naut. Rafale, Soteira, au baron Schickler; Antiochus, Le Ténor, 
Pistole et Postérité, à M. Lupin; Tasman, à M. Delâtre. 

Au commencement de l'année 1890, les écuries françaises 
comptent en Angleterre des représentants d'une certaine valeur 
destinés à y remplir des engagements. Ce sont d'abord : Le 
Nord par Tristan et La Noce, Heaume par Hermit et Bella, Ver- 
millon par Tristan et Versigny, au baron de Rothschild ; Clover 
par Wellingtonia et Princess Catherine, Ragobert par Tristan 
et Rêveuse, Gouverneur par Energy et Gladia, Le Butard par 



4IO LE3 COURSES DE CHEVAUX. 

Energy et La Morlaye, Révérend par Energy et Rêveuse, k 
M. Edmond Blanc; Achille par Tristan et Aurore, au duc de 
Keltre. J'allais oublier Vasistas, devenu la propriété du baron de 
Hirsch. Tous ces poulains sont entraînés à Newmarket. Parmi 
nos représentants entraînés à Chantilly ou à la Croix Saint Ouen, 
tout fait supposer que nous trouverons encore quelque sujet 
digne de passer fructueusement la Manche, et il serait étonnant 
qu'une bête comme Alicante, également descendante de Ilermif. 
n'allât pas y faire triompher les couleurs de M. Maurice Ephrussi 
dans quelque prix important. 




CHAPITRE XXI 



LES COURSES AU TROT 



L'institution des courses au trot n'avait pas précisément pour 
but, à l'origine, de développer la vitesse chez le cheval de detni- 
sang. On voulait avant tout le dresser en vue de sa présentation 
aux haras, aux remontes et aux marchands. 

Les guerres du premier Empire avaient décimé la population 
chevaline de la France, et l'on sait comment les races nouvelles 
s'étaient constituées, à l'aide des vieux* débris et l'infusion du 
sang pur. 

Le goût de l'équitation avait peu à peu disparu à mesure que 
les moyens de locomotion devenaient plus nombreux, et les mar- 
chands, personnages très importants de l'époque, trouvaient dif- 
ficilement des cavaliers pour débourrer les chevaux, qu'ils rece- 
vaient pour la plupart de Normandie à l'état demi-sauvage. Nous 
étions sous ce rapport dans un état d'infériorité regrettable vis- 
à-vis de l'Angleterre, de la Hollande et même de l'Allemagne, 
disposant d'excellents moyens de dressage et d'asservissement. 

Cependant nous constations une augmentation de nos produits 



412 LES COURSES DE CHEVAUX. 

de demi-sang-. Les vieilles races disparues faisaient place à des 
produits plus affinés et plus rapides. Quelques essais de trot- 
ting, tentés par des hommes qui pressentaient l'avenir de leur 
entreprise, eurent un succès réconfortant. 

Des courses au trot avaient eu lieu en France, à Saint-Brieuc 
en 1807, à Strasbourg- et à Aurillac en 1820, à Nancy en 1828, 
mais elles étaient encore dans les limbes, d'où quelques hommes, 
d'une très g-rande valeur en matière chevaline, faisaient de vains 
efforts pour les extraire. 

M. E. Houêl, un des inspecteurs les plus distingués de 
l'Administration des Haras, une des plumes les plus autorisées 
de l'époque, se démenait sans repos ni trêve pour organiser 
quelques réunions de trotting. Mais il fallait sa ténacité pour ne 
pas céder au découragement. 

Après avoir intéressé à son idée M. Dittmer, inspecteur des 
haras, il fut appelé par le ministre, M. Vitet, devant une com- 
mission où il n'avait recueilli que des haussements d'épaules 
discrets ; l'un des membres de la commission même lui avait dit 
d'un air narquois : 

«T Jamais vous ne réussirez à faire trotter deux chevaux en- 
semble, sans qu'au bout de vingt pas il y en ait un qui prenne 
le galop ! » 

M. Vitet, futur académicien, avait eu beau prodiguer des con- 
doléances, cela ne suffisait pas. 

Le plan des courses au trot avait été développé et discuté dans 
les séances et les concours de la Société normande. La Société 
vétérinaire de Normandie émettait des avis favorables. M. du Pont, 
directeur du dépôt d'étalons de Saint-Lô, poussait volontiers à 
la roue. Mais pas un de ces hommes influents n'avait la foi, cette 
foi communicative qui enlève une affaire. 

Et puis, disons le mot, la question d'argent enrayait tout; 
on avait beau avoir convaincu des hommes d'élite qui pro- 
mettaient leur précieux concours : dès que l'on faisait le plus 
léger appel à la bourse des conseils généraux, ceux-ci se déro- 
baient. 



r' 



LES COURSES AU TROT. 410 

« C'est là, dit M. Houêl à qui je passe la plume, qu'il faut 
placer deux années de démarches, d'études, de travaux de toute 
espèce, de voyages, de fatigues et de dépenses à la recherche 
d'une occasion favorable. » 

Elle se présenta enfin, cette occasion, mais pas du côté où 
M. Houêl l'aurait attendue. Ce n'était pas un homme de cheval 
qui lui vint en aide : c'était un marchand de vins. 

Un jour que M. Houèl se désolait plus que de coutume de 
l'insuccès de ses efforts, il vit entrer chez lui un monsieur de 
bonnes façons qui lui tint ce langage : 

« Vous avez proposé un plan pour l'organisation de courses au 
trot> > 

M. Houêl regarda l'inconnu; il s'était senti grandir de trois 
pouces. 

« Oui, monsieur! 

— Vous cherchez un emplacement pour un hippodrome, de 
l'argent pour donner des prix, une organisation enfin? 

— Oui, monsieur. 

— Eh bien, je vous offre tout cela; vous aurez une grande 
ville pour théâtre, un hippodrome tout fait, des prix de courses : 
fixons une époque. 

— Monsieur, répondit l'inspecteur enchanté, voici mon plan, 
veuillez y jeter les yeux. 

— Inutile, répondit le négociant, le plan importe peu : c'est 
un spectacle que je veux. Voilà tout. Écoutez-moi : La ville de 
Cherbourg est une ville de guerre, mais elle a peu de commerce, 
point d'industrie. Nous sommes quelques hommes jeunes qui 
nous occupons d'affaires. Pour moi, je fais le commerce de vins 
avec la Grande-Bretagne ; nous voudrions attirer chez nous les 
étrangers par quelques fêtes attrayantes. Les Anglais ont le goût 
du cheval et de la mer. Nous avons essayé des régates : elles 
n'ont pas répondu à nos espérances; essayons des courses de 
chevaux. L'idée des courses au trot est nouvelle : c'est un attrait 
de plus. » 

Ainsi parla ce négociant vinicole, qui fonda une Société de 



414 LES COURSES DE CHEVAUX. 

trotteurs, dont les statuts ont servi] de modèle à toutes les So- 
ciétés créées en France par la suite. 

Ces courses de Cherbourg furent inaugurées en i836, sur la 
belle plage qui s'étend en face des canons et des forts de la ville. 

A la faveur de ce lancement inespéré, le trotting fit des progrès 
moins lents; il s'organisa à Caen en 1837, à Saint-Lô en i838, à 
Rouen en 1843. 

Les propriétaires dont les noms figurent sur les programmes 
de cette époque étaient MM. Alexandre Aumont, le duc de Vi- 
cence, de Basly, Marion, etc. 

Le gouvernement, plus favorable à une œuvre dont l'avenir se 
dessinait bien, s'en occupa plus activement, institua les courses 
pour étalons de trois ans. En 1845 les nouveaux propriétaires 
étaient MM. le duc de Narbonne, Forcinal et Bastard. 

De grands progrès étaient constatés en 1847, le nombre des 
Sociétés augmentait sensiblement et, le 25 avril 1848, une com- 
mission composée de MM. le marquis de Croix, le comte de 
Rédonville, de Saint- Valier, Auguste Lupin, de Turenne, H. de 
Kergorlay, Perrot de Thanneberg, le général Subervic, le gé- 
néral Randon, le général Baugenel, demandait au Conseil des 
Haras l'augmentation des courses, et particulièrement des courses 
au trot. 

Dès i85o, les prix s'élevaient à 92000 francs; malgré cela, le 
trotting ne jouissait pas d'un grand crédit; il était en butte aux 
attaques fréquentes des partisans exclusifs du pur sang. Ce 
n'étaient cependant pas les éleveurs qui manquaient, et les plus 
connus d'entre eux, MM. Lefèvre, Montfort, Tiercelin, Doues- 
nel, Lindet, le marquis de Croix et Margrin, n'avaient qu'à se 
louer d'avoir marché de l'avant. 

Le trotting, qui avait reçu du général Fleury une réelle impul- 



SOCIETE DU DEMI-SANG. 

I. Marquis de Cornulier. — 2. M. Legoux-Longpré. commissjiires. 
3. M. TierccUn, agent général. 






7 ^'Z r- 




Société du Demi-Sang. 



/:^o^ ^/ 




LES COURSES AU TROT. 417 

sion en 1860, devait bientôt s'org-aniser sur de nouvelles bases, et 
c'est quatre ans plus tard (1864) que se fonda la Société d'Encou- 
ragement pour l'amélioration du cheval français de demi-sang. 
Elle eut son siège à Caen, tout naturellement, puisqu'elle devait 
sa naissance à la collaboration des principaux éleveurs de Nor- 
mandie. Et l'on ne pouvait pas dire pour cela qu'elle fût d'intérêt 
purement local, puisqu'elle recrutait ses membres parmi des 
hommes venus à elle de presque tous les points de la France et 
qu'elle dotait de subventions prises dans sa caisse les diverses 
Sociétés qui s'imposaient des sacrifices en vue de protéger l'éle- 
vage. Voici la composition du Comité fondateur : MM. le mar- 
quis de Croix, président, le marquis de Cornulier, le comte de 
Germiny, le comte d'Osseville, de Basly, Bastard, Brion, Des- 
loges, le comte de Montigny, Forcinal, Henri de Saint-Germain. 
M. Legoux-Longpré n'était encore que le Messie pressenti ; il 
était très jeune, participait à la défense nationale dans une 
compagnie franche et ne devait entrer dans le Comité qu'en 1875, 
pour compléter un trio de commissaires qui depuis n'a pas 
varié : le marquis de Cornulier, Legoux-Longpré et Hervieu. 

, Le trotting a maintenant sa place bien large au soleil hippique. 
Nous ne pouvons pas être encore orgueilleux de nos jockeys, je 
le confesse; mais, s'il y a encore beaucoup à désirer de ce côté, 
il faut avouer que l'amélioration de la race peut être considérée 
comme une vraie conquête nationale. 

Les chevaux sont là; les hommes viendront! Il eût fallu les voir 
il y a vingt ans nos jockeys de courses au trot. Mais glissons sur 
ce point faible. 

Dans les écuries de trotteurs, le maître — quand il est vrai- 
ment le maître — est trop doux ou trop emporté. Quand par hasard 
nous trouvons un cavalier de mérite, son premier soin est de ne 
rien apprendre aux camarades qu'il a sous ses ordres. Il sait, 
mais ne transmet pas son expérience de l'entraînement. Sa façon 
de donner des conseils est d'opérer lui-même en présence d'un 
élève auquel il n'explique rien et qui ne comprend pas davantage. 
Et maintenant faut-il s'applaudir de l'état actuel, qui en arrive à 



4l8 LES COURSES DE CHEVAUX. 

l'exploitation à outrance? Je crois au contraire que, si les hommes 
qui président aux destinées hippiques de la France n'y mettent 
bon ordre, la décadence arrivera. 

J'ai peur que la production, l'élevage et l'entraînement des 
trotteurs, qui coûtent actuellement deux millions, ne trouvant 
qu'un ensemble d'allocations qui ne dépasse pas la moitié de ce 
chiffre, n'obligent l'éleveur à désarmer; car je ne pense pas que 
les transactions commerciales comblent le déficit. 

L'éleveur cherche à produire, le marchand veut trouver le 
cheval d'hippodrome. L'éleveur, c'est-à-dire celui qui ne vend pas 
ses produits, procède d'abord par .croisements raisonnes et in- 
tellig-ents; il prépare un grand nombre de ses jeunes élèves pour 
la « course ». Il les nourrit en conséquence, les fait panser et 
manier pour les habituer à l'homme. Voilà qui est bon ; car le 
poulain, qu'il réussisse ou ne réussisse pas sur le turf, aura tou- 
jours le bénéfice des soins dont il aura été l'objet, soins qui au- 
trefois lui faisaient complètement défaut. 

Les haras et les remontes connaissent si bien les bons effets 
de l'entraînement, qu'ils n'hésitent plus à faire un premier choix 
parmi les vainqueurs des courses et sont d'autant mieux disposés 
à payer un bon prix qu'ils sont plus sûrs des origines. 

Le fruit sec des courses n'en conserve pas moins les qualités 
acquises, le commerce le prend comme cheval de service et 
comme cheval de luxe. 

Il n'y a à tout cela qu'un point noir : l'étranger, qui nous guette, 
écréme souvent avant nous et mange les bons marrons que nous 
tirons du feu. 

Voici quelques détails complémentaires susceptibles d'intéres- 
ser les amateurs de trotting. 



ORIGINE DES TROTTEURS. — GRANDES FAMILLES. 

Y. Rattler, pur sang, par Rattler et une Snape [Mare, né en 
Angleterre en 1811. 



LES COURSES AU TROT. 419 

Eastham^ pur sang-, par Sir Ollivier et Cowslip par Alexander, 
né en Angleterre 1818. 
Sylvio^ pur sang, par Trance et Hébé^ par Rubens, 1826. 
Napoléon, pur sang, par Bob Booty et Pope Mare, 1824. 
Royal-Oak, pur sang anglais, par Cation et Smolensko, 1823. 

L'affirmation de la race trotteuse remontant aux chevaux de 
pur sang que je viens de citer a véritablement été établie par les 
six étalons dont les noms suivent : 

The Heir-of- Linné, pur sang (i853), par Galaor et Mistress 
Walker. 

Conquérant, demi- sang (i858), par Kapirat et Élisa. 

Lavater, demi-sang (1867), par Y, et Candelaria. 

Normand, demi-sang (1869), par Divus et une fille de Kapirat. 

Reynolds, demi-sang (1878), par Conquérant et Miss Pierce, 

Niger, demi-sang (1869), par Phœnomenon et une jument amé- 
ricaine. 

Le hasard amena The Heir-of-Linne en Normandie ; cet étalon 
avait été destiné à la région du Midi. En 1862, faute d'emploi, 
on l'envoya dans le département de l'Orne, où les éleveurs le 
dédaignèrent tout d'abord. Placé alors au dépôt de Saint-Lô, 
dans la Manche, il y réussit à* merveille et ses fils aujourd'hui 
font race dans les autres régions d'élevage. 

Conquérant était fils de Kapirat, étalon méconnu pendant plus 
de dix années, au point que la Société d'agriculture de Cher- 
bourg, le considérant comme incapable de produire utilement, 
demandait son déplacement chaque année avec insistance. 

L'Administration des Haras, écoutant alors les sages observa- 
tions du Directeur du dépôt de Saint-Lô, auquel la Normandie 
doit sans contredit la création et le maintien de la précieuse 
race de trotteurs qu'elle possède aujourd'hui, envoya Kapirat 
dans le Cotentin. De son croisement avec Élisa on obtint 
Conquérant, 



420 LES COURSES DE CHEVAUX. 

Lavater, né et élevé chez le marquis de Croix, ne fut acheté 
qu'à six ans par l'administration ; son propriétaire avait voulu le 
conserver pour son haras très célèbre. 

M. Froidevaux à ce moment déploya tant d'éloquence, qu'il 
obtint du marquis la vente de son étalon, pour l'envoyer encore 
à Saint-Lô, où il était destiné à croiser avec les filles de The- 
Heir-of- Linné, 

A la même époque, la Vendée, qui réclamait un trotteur de 
race, reçut en partage l'étalon Reynolds, fils de Conquérant et de 
Miss Pierce, dont la mère, Lady Pierce, avait des qualités excep- 
tionnelles d'allure et de vitesse; mais là encore Reynolds ne fut 
pas apprécié : on demanda même de le réformer; il revint à Saint- 
Lô comme les autres ! 

Il a depuis lors beaucoup et admirablement produit dans ce 
centre d'élevag-e. 

Normand était fils de Divus, Ce dernier paraissait un étalon 
médiocre; on lui reprochait ses membres légers, sa tête com- 
mune, ses longues oreilles et ses mauvais aplombs; il fut peu 
employé. La persistance du Directeur fit ce qu'elle avait déjà fait 
pour Kapirat, et une fille de ce dernier produisit avec Divus 
l'étalon Normand, dont les fils sont actuellement si recherchés. 

Voici donc dans cette riche partie de la Normandie une race 
de trotteurs créée à force de persuasion et de persévérance par 
les soins d'un homme dévoué à la cause hippique, qui, dans la 
plénitude de ses forces physiques, aurait su continuer et multi- 
plier ses bons et loyaux services, si des raisons administratives 
que je ne veux point apprécier ne' l'avaient éloigné d'un poste 
important qu'il occupait avec une compétence incontestable. 

Niger, fils de Phœnomenon et de Miss Bell, une jument amé- 
ricaine, eut dès son début une carrière moins tourmentée; ses 
brillants succès d'hippodrome, sa conformation très suivie, sa 
vitesse, lui assuraient la vogue, avant même qu'il eût produit, aux 
yeux des éleveurs de Normandie. 

Cet étalon fut demandé de tous côtés : le Merlerault l'emporta 
et la circonscription du Pin l'a toujours conservé. 



LES COURSES AU TROT. 428 

Niger a fait quelques produits classés sur les hippodromes, 
mais il n'a pas répondu à la confiance qui lui avait été si large- 
ment accordée. 

. Faut-il attribuer ce peu de succès dans sa production à son 
origine mal constatée? On supposait que son père Phœnomenon 
était né dans le l^ïorfolk, on croyait sa mère d'origine américaine. 
Tout cela était bien vague. 

Le peu de régularité de cette production est sans doute le fait 
d'une particularité de la nature inexplicable pour les hommes de 
cheval les plus expérimentés, et qui veut qu'un étalon de valeur 
ayant séduit tous les connaisseurs ne transmette pas mieux à ses 
produits ses qualités naturelles que ses qualités acquises. 

LES MEILLEURES VITESSES. 

1827. Jument anglaise au général Oudinot, 28 kil. en 63" 

i83o. Roblot à M. le comte d'Hinisdal, 12 kil. en 22' 

1840. Sylvio, 8 kil. en 17' 

1840. Madère^ 40C0 mètres en. . . 7"* 42' 

1847. Georgetie » 7" 45' 

i85o. Éclipse >» ,7" 27' 

i85i. Éclipse >^ 6"* 35* 

1807. Herminie r 7"* 16^ 

1860. Miss Pierce >• 7"" 25' 

1861. Fridoline > 7" o5* 

1862. Miss Pierce » . . . 6" 41' 

i863. Bayadère * 7"* lo' 

1868. Modestie «• 7" 04' 

1869. Hersilie » ô"» 34- 

De 1868 à 1889 le nombre des trotteurs s'est accru, en même 
temps que le chiffre des allocations offertes par les Sociétés de 
courses. 

Les vitesses données précédemment par quelques sujets d'élite 
n'ont pas sensiblement augmenté, mais le nombre des chevaux 



tm 



>m 



424 LES COURSES DE CHEVAUX. 

trottant régulièrement et pouvant atteindre ces mêmes vitesses 
est devenu considérable. 

Par le fait de cette augmentation, la classification des chevaux 
de tête ayant paru sur les hippodromes devient difficile; elle est 
en même temps la meilleure preuve d'un succès continu et fort 
appréciable pour l'élevage des demi-sang. 

Je crois pouvoir affirmer que la vitesse et l'endurance des 
trotteurs se sont généralisées au point que, sur 460 poulains de 
quatre ans ayant figuré sur les hippodromes en 1889, plus de 
3o poulains pourraient aujourd'hui courir entre eux sur une 
distance de 4000 mètres avec des chances égales de succès. 

Je citerai seulement quelques-uns des meilleurs trotteurs 
ayant figuré de 1868 à 1889 : J'y Songerai^ Kilomètre, Gringalet, 
Normand, Orphée, Pourquoi pas?, Quinola, Gorûne, Beaugé, 
Cherbourg, Capucine, Qui- Vive?, Hippomène, Virago, Kozyr, 
Joliette, Aramis, Haydée, Hémine, Harlay, Impétueuse, Pastille. 
La moyenne des vitesses obtenues pendant cette longue période 
de vingt années a souvent atteint i minute 46 secondes par kilo- 
mètre, soit 7 minutes pour 4000 mètres. 

Pour conclure à l'homogénéité de la race trotteuse et des 
vitesses que peuvent fournir ses représentants, il suffit de se 
reporter aux documents officiels publiés en 1889. 

900 poulains et pouliches de trois ans environ ont paru dans 
l'année sur les hippodromes français. Leur vitesse moyenne, 
en ne comptant pas, bien entendu, les sujets d'élite, a été de 
I minute 45 secondes par kilomètre. 

Environ 5oo chevaux de quatre ans ont également fourni des 
vitesses analogues ; enfin 400 chevaux âgés ont pris part égale- 
ment à ces courses, en donnant une moyenne de vitesse encore 
plus considérable. 

SOMMES DISTRIBUÉES EN PRIX A DIVERSES ÉPOQUES. 

i85o. 5o prix courus se sont élevés à. . . . 92000 fr. 
1868. 85 Sociétés ont donné en prix 23885 fr. 



LES COURSES AU TROT. 426 

1878. 122 Sociétés ont donné en prix 482026 fr. 

1889. 217 Sociétés ont donné en prix 1037645 fr. 

Dans ces sommes sont cgmprises : les subventions de l'État, 
de la Société d'Encouragement, des départements, des villes et 
des particuliers. 

Des courses extraordinaires furent organisées à l'occasion des 
grandes Expositions par M. Legoux-Longpré. En 1878, secondé 
par Gambetta qui s'intéressait vivement à l'œuvre, il donna une 
journée à Maisons-Laffitte, où 62 5oo francs de prix furent répartis 
€ntrê des chevaux de diverses nationalités : Gourko (russe), Tou- 
jours (français), Loubesny (russe), Sylvia (français). Star Gazer 
(anglais), Lascelles (anglais). 

En 1889, 56 000 francs de prix offerts à Vincennes furent ré- 
partis entre : Hémine (français). Impétueuse (français). Hétaïre 
(français), Bosque Bonita (américain), Harlay (français) et Watt 
(américain). 

Si nous avons eu dans les courses au galop la fameuse Plai- 
santerie^ le trotting nous a donné la célèbre Bayadère, jument 
baie, née en 1869 par Phœnomenon et Bayadère, par Ramsay et 
Marquise^ une des meilleures trotteuses d'Angleterre. Ramsay^ 
pur sang, était fils de Sylvio, pur sang anglais. Bayadère appar- 
tenait à MM. Montfort et Tiercelin. Elle avait été élevée à Pont- 
l'Évêque (Calvados), et entraînée dans l'Orne par M. Tiercelin. 
Bayadère a gagné 22 courses sur 24 qu'elle a courues en 1862 
et i863, réalisant un gain de 27 000 francs, assez considérable 
pour l'époque. 

TROTTEURS FRANÇAIS ET TROTTEURS ÉTRANGERS. 

Un petit nombre de propriétaires français, et plus particulière- 
ment quelques amateurs de trotting, ont vanté et vantent encore 
avec passion les qualités des trotteurs russes et américains. Loin 
de moi la pensée de contester les magnifiques et rapides allures 
de ces nobles étrangers : ce sont de brillants acteurs, merveil- 



■•s 



426 LES COURSES DE CHEVAUX. 

leusement stylés, mais impropres aux travaux que nous exig-eons 
de nos races indigènes. 

Nous ne donnons pas en France des épreuves à spectacle. 
Chez nous, la course est un moyen.de sélection: nous voulons 
connaître le meilleur cheval. Si à l'étranger les. chevaux trotteurs 
sont produits pour les courses, en France, au contraire, les 
courses sont faites pour les chevaux. 

Le but unique de nos courses au trot pour le demi-sang- est 
en effet de faire produire, avec le meilleur sang et des qualités 
d'endurance, un animal à la fois robuste et rapide, capable de 
porter un cavalier solide et son lourd paquetage, en rési§tant 
aux fatigues d'une longue campagne. 

Les courses au trot, je l'ai dit, ont déjà produit raffinement 
des races. C'est quelque chose, et si le but poursuivi n'est pas 
encore complètement atteint, il n'en est pas moins incontestable 
que notre cavalerie a déjà ressenti les bons effets d'une pre- 
mière amélioration. 

L'État est à même de prendre immédiatement et sans excep- 
tion tous les trotteurs qui se trouvent dans les écuries d'entraî- 
nement. On est sûr de les voir faire campagne, mieux, bien 
mieux même que d'autres chevaux déjà exercés. 

Le cheval de course américain ou russe n'est pas apte à 
rendre les mêmes services. L'américain et le russe, à de très 
rares exceptions, sont créés de longue race pour la course 
attelée. Le poids de l'homme les fait souffrir à cause même de 
leur conformation voulue, 

Mais, tout en considérant que les trotteurs étrangers sont 
incapables de rendre des services à notre armée et d'exercer 
ainsi une heureuse influence dans les croisements, j'admire les 
soins méticuleux qui président à leur élevage et à leur entraîne- 
ment. 

L'entraînement américain touche à la perfection. Chaque cheval 
a son « boy >, un petit nègre généralement, qui le soigne et le 
conduit; il est attelé au même sulky et porte toujours les mêmes 
harnais, pour que tout le harnachement soit bien adapté à ses 



LES COURSES AU TROT. 427 

formes, à son caractère et à ses allures. L'entraîneur préside à 
tout avec un soin jaloux : au pansag-e, à la promenade ; un fer 
dépassant de quelques grammes le poids habituel est méthodi- 
quement mis de côté comme capable de déranger l'équilibre du 
cheval et ses actions. Rien n'est livré au hasard, tout est ponc- 
tuel, pesé, équilibré, chronométré. 

Uç fanatique des trotteurs américains me disait en m'exaltant 
l'habileté des drivers du Kentucky et leur façon d'assurer la 
grande stabilité de l'encolure : 

« Vous pourriez tendre un fil en travers de la piste, quelques 
centimètres au-dessus des oreilles du trotteur attelé et mis en 
action rapide; vous placeriez ce même fil, à la même hauteur, 
sur différents points du parcours, et jamais le cheval ne le tou- 
cherait, tant la main de l'homme est ferme et la fixité de la tête 
de l'animal bien assurée. » 

Il y a loin de là au balancement d'encolure continuel constaté 
chez nos trotteurs normands et aux saccades qui leur brisent les 
jarrets. • . . 

On dit alors» que le cheval « encense »; c'est une façon de 
sauver l'amour-propre de son dompteur. Un peu d'intelligence 
et de douceur seraient d'un meilleur emploi. 

Le jour où les jockeys français consentiront à faire leur 
éducation à l'américaine, on ne sera pas loin d'atteindre la per- 
fection. 

A vrai dire, les drivers américains ou russes sont des spécia- 
listes et ne conduisent que des chevaux attelés. Nos cavaliers 
au contraire sont à deux fins, puisque nos trotteurs courent la 
plupart du temps montés et que ce sont eux qui les conduisent 
aussi dans les courses attelées. C'est évidemment une difficulté, 
mais qui est loin d'être insurmontable. 

Une nouvelle Société de courses au trot a été fondée le 
iq mars 1889, sous le nom de Trotting Club de Paris. Ses prin- 
cipaux fondateurs étaient : MM. le duc de Vicence, président, 
A. E. Terry, Ch. Servian, H. Desgenetais, J. Silbermann, 
E. Saulin, A. Desgrais, Léon Guillaumet. La Société disposait 



438 LES COURSES DE CHEVAUX. 

dun hippodrome spécial, à Neuilly-Levallois. Cet hippodrome 
était aménagé d'après les derniers perfectionnements connus en 
Amérique. Il est le seul en France qui ait une piste faite exprès 
pour les courses au trot. Du 22 juin au 3o novembre 1889, la 
Société a donné onze réunions, avec un total de i38 Soo francs de 
prix. 834 chevaux ont été engagés et 435 ont couru, et 102 che- 
vaux gagnants appartenant à 77 propriétaires se sont partage 
ces allocations. Le siège de la Société est 25, rue Tronchet. et 
M. Desgrais en est le directeur. 



DICTIONNAIRE 



DES TERMES EMPLOYES SUR LE TURF 



Action. L'allure d'un cheval au galop. On dit d'un cheval qu'il a une 
* belle action », une « action raccourcie », une « vilaine action ». 

Affichage. Au fur et à mesure des opérations du pesage, on marque 
sur un tableau les numéros des chevaux qui doivent courir; ce ta- 
bleau s'appelle le « tableau d'affichage ». Aussitôt après la course, 
on y indique le numéro des trois premiers chevaux placés, ainsi que 
les distances qui les séparent et la durée de la course. 

Affûté. Se dit d'un cheval amené tout spécialement en vue d'une course 
et dont la préparation a été combinée de longue date. 

Age. Les chevaux prennent leur âge à partir du i" janvier de l'année 
de leur naissance (article i6 du Règlement des courses). 

Ail right. Locution anglaise qui signifie: « Tout est bien ». En ma- 
tière de course, on l'emploie pour informer le ring que le résultat 
qui vient d'être affiché est officiel. 

Ail rightman. On appelle ainsi un employé payé en commun par 
les bookmakers et chargé par eux de les avertir après chaque course 
de la régularité du résultat en criant : Ail right! 

Allure. Se dit de la façon de galoper d'un cheval : allure « sédui- 
sante », « allure élastique », « allure piquée », etc., etc. 

Aplombs. On dit d'un cheval qu'il a de beaux ou de vilains aplombs, 
selon qu'il parait bien ou mal porté sur ses membres. 

Apparence. On dit qu'un cheval a bonne ou mauvaise apparence, selon 
qu'il est amené en bonne ou mauvaise condition sur le turf. 

Apprêter. On apprête un cheval pour une course, c'est-à-dire qu'on 
l'amène à un moment donné dans une condition parfaite d'entraîne- 
ment et de préparation. Un cheval bien apprêté ne doit avoir ni 
trop, ni trop peu de chair : il est tout en muscles. 



43o DICTIONNAIRE 

Arrière main. L'arrière- main est la partie postérieure d'un cheval. 
Arrivée. Point précis où se termine une course. Le poteau d'arrivée 

est indiqué par un mât surmonté d'un disque et placé exactement 

en face de la tribune du juge. 
Avant-main. L'avant-main est la partie antérieure du cheval. 



B 



Banquette irlandaise. Obstacle de steeple-chase. Talus en terre 
d'une hauteur de i mètre 20, avec plate-forme au sommet. Les 
chevaux doivent passer cet obstacle en deux bonds, avec un point 
d'appui sur la plate-forme. Il est très rare qu'un cheval le franchisse 
de volée sans tomber. 

Barrière. Obstacle de steeple-chase. — Deux barres fixes supeiposées 
dans le sens horizontal, et dont la hauteur est réglementairement de 
I mètre. 

Betting. Provient du verbe anglais to bel, qui signifie « parier ». Le 
« Betting • en France est composé d'une réunion de parieurs. Plus 
généralement, on appelle « Betting ou Ring » l'endroit réservé sur 
chaque champ de courses aux parieurs pour ou contre. On appelle 
aussi « Betting » le relevé des cotes auxquelles les dififérents che- 
vaux d'une course ont été donnés. 

Blood horse. En français « pur sang ». 

Book. En français « livre ». Le book est le livre sur lequel les parieurs 
contre ou bookmakers inscrivent leurs différents paris. Parier au 
book ou au livre signifie parier sur parole, sans échange d'argent 
comptant, avec règlement au Salon des Courses. 

Bookmaker. On appelle ainsi le parieur contre ou donneur. Le book- 
maker parie contre tous les chevaux d'une course, dans une propor- 
tion différente; il parvient ainsi parfois à équilibrer ses paris et à 
faire un livre régulier de façon à ne perdre sur aucun cheval et à 
gagner sur plusieurs d'entre eux. 

Broken-down. Signifie en français « cassé dans le bas ». Se dit d'un 
cheval rentrant après une course boitant bas, que la boiterie pro- 
vienne du tendon du boulet ou du pied. 

Brook. Rivière précédée d'une barre fixe. 

Bull-finch. Obstacle de steeple-chase. — C'est une haie générale- 
ment d'une hauteur de 2 mètres. Les chevaux ne' doivent pas la 
franchir, mais la traverser. Cet obstacle n'oflfre aucun danger, mais 
souvent les chevaux s'en effrayent et se dérobent. 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 481 



C 



Ganter. Le canter est le galop que fournit le cheval en sortant du 
paddock avant de se rendre au poteau. Les connaisseurs jugent sou- 
vent de Pétat de préparation du cheval d'après son canter. On dit 
« gagner dans un canter », d'un cheval qui gagne avec une facilité 
telle, qu'il n'a pas dû se détendre à l'arrivée plus que dans son canter. 
A l'exercice on donne aux chevaux des canters sur différentes distances. 

Champ. Le lot de chevaux qui disputent une course. Champ nom- 
breux, champ médiocre. 

Cheval anglais. Signifie pur sang, c'est-à-dire un cheval de race 
pure, qui a sa généalogie parfaitement tracée au Stud-Book anglais- 
français ou d'une nation quelconque. 

Cheval claqué. Signification presque identique à « brokcn-down ». 
S'emploie cependant plus particuUèrement lorsqu'il s'agit d'un cheval 
qui a les muscles ou les tendons plus ou moins distendus. 

Cheval d'armes. Cheval de pur sang ou non, inscrit aux contrôles 
d'un régiment. 

Cheval de demi-sang. Produit d'un étalon ou d'une poulinière de pur 
sang, et d'une poulinière ou d'un étalon de race commune ou tout 
au moins de race améliorée, mais non inscrits au Stud-Book. Pour 
qu'un cheval soit qualifié de demi-sang, il faut que son propriétaire 
puisse prouver que son père ou sa mère étaient réellement de demi- 
sang. 

Cheval né et élevé en France. Pour être qualifié dans les épreuves 
réservées aux « chevaux nés et élevés en France », il faut que le 
cheval soit né en France et y soit resté jusqu'au v juin de sa 
deuxième année (art. i" du Code des courses). 

Cheval gagnant. Le cheval que le juge a indiqué comme passant 
premier le poteau. On entend par « cheval gagnant d'une certaine 
somme », cefUi qui, à une époque ou dans un pays quelconque, a 
gagné une somme de..., en un seul prix, entrées comprises, déduction 
faite de la sienne. 

Claie. Obstacle formé d'un treillage d'osier ou de branchages. Cet 
obstacle mesure environ i mètre de hauteur. 

Classe. Les chevaux de course sont classés d'après leurs performances 
et aussi d'après leur origine. Un cheval de classe ou d'ordre est un 
cheval supérieur. 

Cloche. On sonne la cloche avant une épreuve : i» pour annoncer aux 
jockeys qu'ils doivent venir se faire peser ; 2" pour annoncer le mo- 
ment de monter à cheval et d'entrer sur la piste. 



4^2 DICTIONNAIRE 

Gob. Petit cheval, de taille un peu plus élevée qu'un poney. 

Contre-bas. Obstacle de steeple-chase. Fossé de i mètre 20, dissi- 
mulé par une haie inclinée. 

Corde. Sur les hippodromes, la piste est tracée par une corde. En 
termes de course, « avoir la corde » signifie se trouver le plus près 
de cette corde à main droite. Au départ, les places se tirent généra- 
lement au sort et le jockey qui tire le n*» i se place le plus près de 
la corde ; pendant la course, le cheval en tête peut prendre la corde, 
mais il faut pour cela quMl ait au moins une avance d'une longueur 
sur le cheval qui s'y trouve. 

Corneur. Corneur ou cornard. Se dit d'un cheval ayant la respiration 
bruyante et difficile, surtout après un galop. 

Cote. Les bookmakers parient contre tous les chevaux, à une propor- 
tion différente et équivalente à la chance que le cheval a de gagner ; 
la proportion offerte s'appelle la « cote ». 

Cote du départ. Au moment du départ des chevaux, les rédacteurs 
des journaux spéciaux relèvent la cote la plus avantageuse à laquelle 
les parieurs pourraient prendre chaque cheval : c'est ce qui établit la 
cote du départ. 

Cote du mutuel. Depuis l'institution officielle du pari mutuel, les 
parieurs qui ne vont pas aux courses et veulent parier à la cote du 
départ, parient, soit à la cote du dernier moment enregistrée par 
un journal spécial, soit à la cote du pari mutuel, en acceptant le 
règlement d'après ce que le pari mutuel aura donné. 

Couleurs. Chaque propriétaire de chevaux de courses adopte ses cou- 
leurs, composées d'une casaque et d'une toque. Les couleurs doivent 
être déclarées officiellement à la Société d'Encouragement et ne peu- 
vent être modifiées qu'après en avoir averti ladite Société. Il est inter- 
dit de prendre des couleurs déjà adoptées par un autre propriétaire. 
Nul ne peut reprendre les couleurs d'un autre propriétaire, à moins 
que ce dernier n'ait cessé de faire courir depuis au moins cinq ans. 

Couper. Il est interdit à un jockey de se placer devant un autre che- 
val pendant la course, si le sien n'a pas au moins une avance d'une 
longueur : sinon il a coupé son adversaire, et ce fait est cause que le 
cheval est distancé et souvent attire une pénalité au jockey. 

Courir ou payer. En anglais Play or Pay, En terme de paris, on 
appelle faire un pari « courir ou payer » un pari engagé avant la 
course et qui reste valable dans le cas même où le cheval qui en 
est l'objet n'y participerait pas. 

Crack. Le crack d'une écurie est le cheval de deux ou trois ans con- 
sidéré comme le meilleur, en vue des grandes épreuves classiques. 
Le crack de l'année est le cheval dont les performances publiques 
sont les plus brillantes. 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR I.E TURF. 433 

Cravache. Jonc terminé par une mèche. On dit : « Gagner à la cra- 
vache », d'un cheval qui remporte une course difficilement et cra^fâchi 
par son jockey. 

Critérium. Signifie textuellement * essai •. On a dénommé ainsi des 
épreuves réservées aux « two years old » (poulains de deux ans), ut 
dans le résultat desquelles on cherche des indications pour Pavenir. 

Cross-country. Traduction littérale : a à travers champs ». On 
appelle ainsi les steeple-chases où les chevaux ne sont pas astreints 
à suivre une piste tracée, mais courent d'obstacle à obstacle à tra- 
vers champs. Dans les vrais cross-country les obstacles sont naturels. 



D 



Dead lieat. Expression anglaise qui signifie : « tête à tête ». Le juge 
prononce le dead heat pour la première, deuxième ou troisième 
place, quand deux chevaux arrivent exactement ensemble. Quand le 
dead heat est déclaré, les propriétaires des chevaux partagent le 
prix s'ils s'entendent sur ce point; sinon les chevaux recourent une 
épreuve définitive après la dernière course de la journée. En steeple- 
chase, le partage est obligatoire. 

Déboulé (un). Course de courte distance où, du départ à l'arrivée, 
les chevaux donnent toute la vitesse dont ils sont capables. On dit 
aussi d'une course courue sur une longue distance qu'elle s'est ré- 
duite à un déboulé, quand elle a été courue sans aucun train pen- 
dant la plus grande partie du parcours et que les derniers cent mètres 
ont été fournis à toute vitesse. 

Décharge. Dans certaines courses les conditions accordent à certains 
chevaux des décharges, c'est-à-dire une diminution sur le poids 
commun, soit pour n'avoir jamais gagné, soit pour n'avoir pas gagné 
une certaine somme, soit encore d'après leur prix de réclamation si 
c'est un prix à réclamer. 

Defaulter. Un « defaulter », c'est « l'homme qui fait défaut le jour du 
règlement des paris ». Cette expression s'applique en général à ceux 
qui ne payent pas exactement leurs paris. 

Dérober (se). — En course plate, un cheval se dérobe quand il quitte 
la piste, autrement dit, quand il passe en dehors des piquets qui 
marquent la piste; il cherche à se dérober quand il se jette à gauche 
ou à droite. Dans le premier cas, il est distancé de fait. En course 
d'obstacles, les chevaux se dérobent aussi quand ils ne franchissent 

• pas tous les obstacles en dedans des deux drapeaux indicateurs qui 

- se trouvent placés aux extrémité^. 

28 



^34 DICTIONNAIRE 

Détresse. Un cheval est en détresse, quand le train mené par les 
autres est tel qu'il ne peut le suivre. 

Disqualifier. Est disqualifié : r tout cheval engagé sous une fausse 
désignation d'âge, de robe ou d'origine; i" tout cheval ayant gagné 
une course et au sujet duquel on découvrira, pendant les six mois 
qui suivront la course, qu'il l'a gagnée sous une fausse dénomina- 
tion quelconque; 3* tout cheval contre la qualification duquel une 
réclamation ayant été déposée, le propriétaire n'a pu prouver la qua- 
lification dans le laps de temps qui lui aura été fixé par les commis- 
saires ; 4" tout propriétaire, entraîneur ou jockey dont le Comité des 
courses aura prononcé l'interdiction pour avoir manqué aux pres- 
criptions du règlement tendant à maintenir la moralité des courses. 
Tout propriétaire, entraîneur ou jockey disqualifié ne peut posséder, 
ni entraîner, ni monter aucun cheval qui puisse disputer les courses 
reconnues par les sociétés. 

Distance. Le poteau de distance se trouve généralement à cent mètres 
du but. 

Distancer. On dit qu'un cheval est distancé, quand il ne peut suivre 
le train de ses concurrents. Est déclaré distancé, tout cheval dont 
le jockey ne porte pas le poids qui lui est attribué par les condi- 
tions de la course, ou ne le porte plus à sa rentrée aux balances; 
tout cheval dont le jockey est descendu avant d'arriver à l'endroit 
désigné à cet efTct; tout cheval qui, pendant la course, a gêné ou 
coupé manifestement un de ses concurrents. 

Donneur. Traduction française du mot anglais Bookmaker : celui qui 
donne les chevaux, qui parie contre. 

Don't pay. Quand, après une course, une objection se produit, l'all- 
rightman crie : DonH pay, au lieu de AU right. Cela signifie : ne payez 
pas, attendez la décision des commissaires. Selon cette décision, un 
nouvel « ail right » annonce que le résultat est définitivement bon. 
Dans le cas contraire, on publie la décision qui le modifie. 

Driver. Mot anglais qui signifie « conducteur »; s'emploie dans les 
courses au trot attelé, pour désigner celui qui conduit. 



E 



Echarpe. Large ruban dé soie de couleur différente de celle de la ca- 
saque, que les jockeys portent en sautoir quand dans une course il y a 
plusieurs chevaux du même propriétaire. Autrefois, quand un pro- 
priétaire avait plusieurs chevaux dans une course, il déclarait volon- 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 435 

tiers avec lequel il voulait gagner et le jockey de l'autre portait une 
écharpe. Cette déclaration n'est pas imposée. 

Efflanqué. Se dit d'un cheval qui a le flanc retroussé. 

Effort. En course, les jockeys ménagent autant que possible les forces 
de leur cheval pendant la première partie du parcours, pour leur 
faire donner, dans les dernières foulées, ce suprême élan qu'on 
appelle l'effort. 

Emballé. Un cheval est emballé quand le jockey qui le monte n'a mo- 
mentanément plus assez d'empire sur lui pour le modérer dans son 
galop. 

Enceinte du pesage. L'endroit où se pèsent les jockeys est entouré 
d'un grillage : c'est l'enceinte du pesage. Les jockeys doivent s'y 
présenter avant la course et y rentrer après. Cette enceinte n'est 
accessible qu'aux porteurs de cartes spéciales, qui sont généralement 
les membres du Comité, les propriétaires de chevaux, les entraîneurs 
et les membres de la presse. Plus généralement on appelle « Pesage » 
toute la partie réservée où l'entrée, en France, est de vingt francs. 

Encolure. Partie du corps du cheval qui va de la tête aux épaules 
et au poitrail. Le juge déclare qu'un cheval a gagné d'une encolure 
quand il arrive premier de cet intervalle. 

Engagements. Pour chaque course, il y a une date et une heure 
fixées jusqu'à laquelle les propriétaires ont le droit de faire inscrire 
leurs chevaux. Cela s'appelle « engager » son cheval. L'engagement 
doit se faire par écrit; la lettre d'engagement doit contenir un certi- 
ficat, signé par le propriétaire, indiquant l'âge, la robe et l'origine 
exacte du cheval qu'il engage. La Société organisatrice des courses 
a également le droit d'exiger qu'à la lettre d'engagement soit jointe 
la somme stipulée pour l'entrée ou le forfait du cheval. 

Enlever (s'). S'emploie dans les courses au trot. Un cheval s'enlève 
lorsqu'il quitte l'allure réglementaire du trot pour prendre le galop, 

Enselïé. La concavité présentée par le dos et les reins d'un cheval, 
et qui semble place faite pour recevoir la selle. 

Entraînement. Préparation que l'on fait subir aux chevaux en vue 
des courses qu'ils ont à fournir. 

Entraîneur. Les entraîneurs sont généralement d'anciens jockeys qui 
se livrent à la profession d'entraîner leâ chevaux. La plupart des 
entraîneurs sont Anglais. Le talent de l'entraîneur consiste à amener 
progressivement à l'apogée de leur forme les chevaux pour une 
course ou une époque déterminée. 

Entrée. La somme que paye chaque cheval pour participer à Une 
course; cette entrée est généralement ajoutée aux prix. Elle est due en 
entier quand le cheval remplit son engagement ; elle ,se réduit au for- 
fait stipulé par les conditions de la course quand le cheval est retiré. 



436 DICTIONNAIRE 

Éparvin. Tare qui se trouve à la face interne du jarret. 

Épreuves. Chaque journée de courses réunit quatre, cinq ou six 
épreuves. En Angleterre, la moyenne est de sept à dix épreuves par 
jour. Dans les courses au trot, il y a souvent des parties liées en 
deux ou trois épreuves. 

Essai. Les propriétaires et entraîneurs font souvent galoper ensemble 
plusieurs de leurs chevaux, soit pour se rendre un compte exact de 
leurs qualités respectives, soit en vue d'arriver par déduction à dé- 
terminer leur chance vis-à-vis d'adversaires qu'ils doivent rencontrer 
dans une course. Cela s'appelle des « essais ». 



F 



False start. Traduction anglaise de « faux départ ». 

Fautes. Maladresses que commet un cheval en galopant ou en sautant 
et qui l'exposent à des chutes. 

Faux départ. II y a faux départ quand le juge au départ (starter) 
estime que les chevaux sous ses ordres ne sont pas assez bien rangés 
pour lui permettre de donner le signal. 

Feather weight. Traduction : « poids de plume ». Les chevaux ayant à 
porter les poids les plus légers dans les handicaps sont les feather 
weights. 

Feu. Cautère qui actuellement en style vétérinaire prend cette déno- 
mination. On applique le feu en raies et en pointes. On applique le feu 
sur toutes les parties du corps, mais le plus fréquemment sur la cou- 
ronne, le tendon et le jarret. 

Fifty. Traduction littérale •« cinquante ». Expression de parieur; jouer 
un * fifty » équivaut à risquer une mise de 5o louis. 

Figurer. On dit qu'un cheval a « figuré » dans une épreuve quand, 
sans l'avoir gagnée, il a cependant couru d'une façon honorable. 

File indienne. Situation des chevaux galopant un à un à la suite les 
uns des autres. 

Flotter. Se dit d'un cheval qui dans une course va de droite à gauche 
sans se maintenir en ligne. 

Fluxion périodique. Ophtalmie constituant un cas rédhibitoire. 
Ses symptômes peuvent être divisés en plusieurs périodes, avec des 
alternatives de guérison apparentes qui aboutissent fatalement à la 
perte de la vue. 

Flyer. Se dit d'un cheval très vite sur une distance de looo à i5oo mètres 
maximum. Signifie en français : « qui vole »• 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 487 

Flying-start. Expression anglaise qui signifie « prendre le départ au 
vol », pour (iire que le jockey a saisi le mouvement du starter et a 
pris un excellent départ. 

Fond. Le fond d'un cheval est Paptitude qu'il a de pouvoir soutenir sa 
bonne allure sur une longue distance. En anglais, le cheval de fond 
s'appelle stayer. 

Fonds de courses. Encaisse d'une Société de courses destinée à être 
donnée en prix. 

Forfait. Quand un propriétaire qui a engagé un cheval pour une 
épreuve désire le retirer, il doit payer la somme stipulée dans ce cas. 
Cette somme s'appelle le « forfait ». Un cheval retiré « est forfait ». 

Forme. Condition où se trouve le cheval. Il est en bonne ou en mau- 
vaise forme, suivant que sa préparation l'a mis à l'apogée ou au dé- 
clin de sa condition. 

Foulées. Espace de terrain que le cheval couvre en galopant. On dit 
qu'un cheval est venu gagner dans les dernières foulées ou en quel- 
ques foulées, c'est-à-dire dans les derniers bonds qu'il a faits pour 
atteindre le but. 

Fourbu. Cheval atteint d'une maladie qui consiste dans l'accumula- 
tion du sang au tissu réticulairc du pied, puis dans l'inflammation de 
ce même tissu. 



G 



Ganache. La mâchoire inférieure du cheval. 

Garçon de voyage. Lad de confiance qui accompagne les chevaux 
dans leurs déplacements. 

Garrot. Partie du corps du cheval située au-dessus des épaules et ter- 
minant l'encolure. 

Gentleman-rider. Amateur montant en courses. Plus généralement 
est qualifié gentleman-rider celui qui monte en courses sans jamais 
être payé, autrement dit n'est pas un professionnel. Les Sociétés de 
courses établissent chaque année la liste des gentlemen, sur leur 
demande, s'ils se trouvent dans les conditions voulues pour être con- 
sidérés comme tels. 

Gourme. Sorte d'écoulement nasal. Les poulains y sont fort sujets. 
On dit qu'ils « jettent leur gourme ». 



438 DICTIONNAIRE 



H 



Hack. Traduction propre: « cheval de selle ». Il y a des courses réser- 
vées aux hacks et hunters. Sont qualifiés hacks et hunters (courses 
plates ou à obstacles) les chevaux entiers, hongres et juments de 
toute espèce et de tout pays, n'ayant pas couru dans Tannée jusqu'au 
moment de la course, dans d'autres courses (plates ou à obstacles) 
que celles réservées aux hacks et hunters, et montés par des offi- 
ciers ou des gentlemen-riders; ou dans des steeple-chases militaires; 
ou dans des steeple-chases réservés aux officiers ou gentlemen, à la 
condition que ces chevaux n'auront pas couru dans l'année, en 
dehors de ces épreuves réservées aux officiers ou gentlemen, dans 
d'autres courses que celles réservées aux hacks et hunters. 

Haie. Obstacle formé de feuillage ou de fagots, — Haie naturelle, 
haie artificielle. On appelle « courses de haies » les courses d'ob- 
stacles où il n'y a que des haies et des claies à franchir. 

Handicap. Traduction littérale : « Main dans la casquette ». Un han- 
dicap est une course où, par des poids différents que l'on fait porter 
aux chevaux, on cherche à égaliser exactement leurs chances res- 
pectives, de telle façon que le moins bon ait autant de chances que 
le meilleur. 

Handicapeur. Personne chargée de faire les poids dans un handicap. 
Le handicapeur doit égaliser par le poids les chances de tous les 
chevaux. Il se base pour cela sur l'âge, les performances et les 
sommes gagnées. 

Haras. Etablissement d'élevage de chevaux, où se trouvent en sta- 
tion des étalons et des poulinières. Les poulains et pouliches y 
restent jusqu'au moment où ils sont envoyés au dressage comme 
yearlings. 

Head lad. Premier garçon de l'écurie de courses. Celui qui com- 
riiande après l'entraîneur et fait exécuter ses ordres en son absence. 

Hémorragie. Perte de sang causée par la rupture, la déchirure ou 
l'érosion d'un ou de plusieurs vaisseaux. 

Herbage. Prairie qu'on ne fauche jamais et dans laquelle on met les 
bœufs pour les engraisser et les chevaux pour l'élevage. 

Hongre. Cheval ayant subi la castration. 

Huit. Beaucoup de parcours de courses d'obstacles, et principalement 
de steeple-chases, sont tracés en forme de huit, afin de pouvoir, sur 
un terrain restreint, faire courir de longues distances, et aussi ne 
pas perdre les chevaux de vue. 



DES TERMES EMPLOYES SUR LE TURF. 489 

Hunter. Cheval de chasse. En Irlande, on prend généralement 
comme hunters des chevaux de demi-sang. Pour les courses spé- 
ciales qui leur sont réservées, les hunters sont qualifiés tels, d'après 
les mêmes conditions que les hacks. 

Hurdle race. Course de haies. 

Hurdle racer. Cheval de course de haies. 



I 



Ictère. Jaunisse chez le cheval. 

Importation. Cheval étranger amené en France pour y rester et y 

servir à l'élevage 
Incartade. Toutes espèces de défenses du cheval pour désobéir au 

cavalier. 
Influenza. Maladie épidémique et contagieuse qui frappe souvent tous 

les chevaux d'une écurie et leur fait éprouver un malaise général. 
Interversion. Changement dans la forme d'un cheval. 



Jardon. Sorte de tumeur calleuse qui se- forme à la face externe du 
jarret du cheval. 

Jarret. Partie de la jambe située derrière l'articulation du genou. 

Javart. Gangrène d'une portion du tissu cellulaire dermique qui tend 
à s'échapper au dehors et qu'on désigne sous le nom de « bourbillon ». 

Jeu. Quand une écurie a plusieurs représentants dans une course, 
généralement le moins bon part en tête et mène très vite, de façon 
à forcer le train. Cela s'appelle « faire le jeu ». 

Jockey. Cavalier qui monte les chevaux de courses. Pour être jockey, 
il faut obtenir une licence, c'est-à-dire être agréé par la Société 
d'Encouragement pour les courses plates, ou par la Société des 
Steeple-Chases pour les courses d'obstacles. Les jockeys doivent 
s'astreindre à un régime des plus sévères pour conserver leur poids 
minimum. Un jockey convaincu de fraude peut être mis à pied pour 
un temps limité ou illimité et se voir privé de sa licence, qui doit être 
renouvelée tous les ans. 

Jockey-Glub. En i833, la Société d'Encouragement a été créée à l'instar 
du Jockey-Club de Nev^market et était, comme ce dernier, composée 
exclusivement d'éleveurs, de propriétaire*- et de personnes s'inté- 



'449 DICTIONNAIRE 

rcssant aux progrès du cheval de sang. En i834 fut fondé le Cercle 
d'Encouragement, qui prit plus tard le nom de Jockey-Club. Les 
membres de la Société d'Encouragement en faisaient partie de droit. 
Lord Seymour en fut le premier président. 

Jage. La personne chargée de placer les chevaux à l'arrivée. Le juge, 
dans les grands meetings, est maintenant rétribué. Dans d'autres 
réunions, notamment en province, il est choisi parmi les commis- 
saires. Ses décisions sont souveraines. 

Jumper. Mot anglais qui signifie « sauteur » cheval d'obstacles. 



Lad. Garçon d'écurie. 

Leader. Le cheval qui mène, dans une course. 

Leg. Mot anglais qui signifie « jambe ». On appelle également de ce 
nom, en Angleterre, une catégorie de joueurs de profession, insol- 
vables et toujours prêts à lever le pied. 

Licence. Autorisation donnée aux entraîneurs pour entraîner et aux 
jockeys pour monter en course publique. La licence se renouvelle 
tous les ans. 

Licol ou Licou. Sorte de longe qui sert à attacher les chevaux à 
l'écurie. 

Light-weight. Traduction littérale : « poids léger •. On dit indifférem- 
ment qu'un cheval est le light-weight d'un handicap ou porte le 
light-weight. S'emploie également pour désigner un jockey qui peut 
monter à un petit poids. 

Ligne. On dit les « lignes d'un cheval », en parlant de sa structure. — 
La ligne droite est la partie qui termine une course et où se produit 
l'effort final. Dans le tracé d'un hippodrome, on cherche à donner à 
la ligne droite le plus de longueur possible, pour permettre aux che- 
vaux de fournir le maximum de leurs moyens. — Prendre la ligne 
d'un cheval, veut dire que l'on prend sa mesure vis-à-vis d'autres 
chevaux. 

Lions. La route du Connétable, dite route des Lions, est la plus 
grande allée d'entraînement de la forêt de Chantilly. Elle se déroule 
sur une étendue de 3ooo mètres. 

Listes. Pancartes où sont inscrits tous les concurrents d'une course. 
Sur une marge noire et vis-à-vis du nom de chaque cheval, les 
bookmakers ou listmen marquent la cote, qu'ils modifient suivant la 
fluctuation du marché. 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 44I 

Listman. Môme signification que bookmaker. Se dit plus spéciale- 
ment de celui qui parie au piquet. 

Longueur. Equivaut à une longueur de cheval. Distance prise comme 
unité dans le classement des chevaux à Parrivée. 

Lot. Réunion de chevaux qui prennent part à une course. Synonyme 
de groupe. On dit : Le lot de tête se composait de tels et tels che- 
vaux pendant la course. 



M 



Mâche. Sorte de barbotage que Ton donne aux chevaux. 

Maiden. Expression anglaise qui, appliquée aux jockeys ou aux che- 
vaux, signifie qu'ils n'ont pas gagné de course. 

Mains basses. Un jockey qui gagne facilement une course sans avoir à 
secouer son cheval, gagne les « mains basses «•. 

Marché. La Bourse des paris de courses. 

Martingale. Courroie qui empêche le cheval de donner de la tête. 
— En terme de pari, la martingale est une marche d'argent qui con- 
siste à augmenter graduellement sa mise après chaque perte, de 
façon à ce qu'un seul gain les rattrape toutes. 

Match. Course entre deux chevaux; plus spécialement course entre 
deux chevaux à la suite d'un pari fait entre deux propriétaires. 

Médecine. Purgation du cheval. L'on met généralement en médecine 
un cheval qui a été au repos et que l'on va replacer à l'entraine- 
raent. 

Meeting. Mot anglais qui signifie « réunion ». Le meeting de Newmar- 
ket; le meeting de Deauville. 

Mener. Mener une course, veut dire prendre le commandement du 
train; galoper en avant. 

Mille. Mesure de distance anglaise : environ 1600 mètres. 

Mise à pied. Un jockey qui a enfreint le règlement soit en arrêtant 
un cheval, soit en commettant une fraude quelconque, est puni d'uae 
mise à pied, dont la durée varie selon la gravité du cas. 

Mise. Somme placée sur les chevaux, soit chez les bookmakers, soit au 
pari mutuel. 

Molettes. Sorte de boursouflure qui se produit aux jambes des che- 
vaux par suite de la fatigue. 

Money-horse. Se dit du cheval qui porte l'argent de son écurie 
dans une course où l'écurie a plusieurs représentants. 

Monkey. Mise de 12000 fr. On joue par « monkey », comme par 
« poney » (5oo fr.), par « livre » (25 fr.) et par « louis • (20 fr.). 



442 . DICTIONNAIRE 

Monte. Un jockey engage sa monte. — Un étalon fait la monte. Les 
montes d'un étalon célèbre sont limitées chaque année ; les proprié- 
taires de poulinières doivent les faire inscrire à l'avance et payent 
un prix fixé : c'est le prix de la monte. 



N 



N, de. Les chevaux qui n'ont pas reçu de nom sont, en attendant 
qu'ils courent pour la première fois, désignés par la lettre N. (abré- 
viation du mot né), que l'on fait suivre du nom du père et de la 
mère. Le cheval sans nom est alors couramment appelé « N. de », 
suivi simplement du nom de la mère. 

Nerf-ferrure. A la suite de violents efforts, il se produit un engorge- 
ment ou une rétraction du tendon fléchisseur du membre antérieur. 
Cela se nomme la « nerf-ferrure ». Cette tare est produite par un épan- 
chement synovial qui fait boiter le cheval et lui enlève toute solidité 
des rayons inférieurs. 

Non qualifié. Pour prendre part à une course, un cheval doit remplir 
toutes les conditions du programme : sans cela il est non qualifié. 



o 



Obstacle. Dans les steeplc-chascs, il y a plusieurs sortes d'obstacles : 
la rivière, le brook, le mur, le tertre, la barrière fixe, le bull- 
finch, etc., etc. 

Œillères. Partie de la bride qui garantit l'œil du cheval et l'empêche 
de voir de côté. On s'en sert très rarement en course et seulement 
pour les chevaux qui ont mauvais caractère. On cherche ainsi à 
éviter qu'ils se dérobent. Ce moyen est loin d'être infaillible. 

Omnium. L'Omnium est le nom donné au principal handicap couru à 
Longchamp à la réunion d'automne. Comme les engagements et les 
poids de ce prix sont publiés longtemps à l'avance, il donne lieu à 
un betting important, comme le Césaréwitch et le Cambridgeshire à 
Newmarkct. 

Ordre et marche. On désigne ainsi la partie d'un compte rendu de 
courses qui porte sur la place occupée par chaque cheval aux princi- 
paux points du parcours. 

Outsider. On appelle « outsider » d'une course le cheval peu ou pas 
connu, ou celui dont les performances précédentes ne permettent 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 448 

pas d'établir entre lui et les favoris une ligne raisonnée. On peut 

dire que Vasistas était l'un des outsiders du Grand Prix de 1889, 
Ouvrage. Travail quotidien d'un cheval à Pentraînement. 
Overtrained. Mot anglais qui signifie trop entraîné ». Se dit d'un 

cheval auquel son entraînement trop prolongé a fait perdre une partie 

des moyens qu'il avait à l'apogée de sa condition. 



Paddock. Espace réservé à la promenade des chevaux dans l'enceinte 
du Pesage. 

Panache. Chute complète d'un cheval à un obstacle. Lorsqu'il ne se 
contente pas d'une grosse faute qui désarçonne son cavalier, ou 
qu'il ne tombe pas seulement sur les genoux, mais qu'il culbute la 
tète la première, on dit que le cheval a fait « panache ». 

Parcours. Tracé ou itinéraire qui varie suivant les conditions et la 
distance d'une course, et que les chevaux doivent strictement effec- 
tuer sous peine d'être distancés. 

Pari mutueL Pari au totaUsateur. Les mises placées sur tous les che- 
vaux d'une course sont totalisées et divisées entre les mises placées 
sur le gagnant, défalcation faite d'un tant pour cent qui est destiné 
aux frais, au fonds de courses et à l'Assistance publique. 

Partie liée. Course dont le résultat ne devient définitif qu'après plu- 
sieurs épreuves. 

Paume. Mesure de quatre pouces anglais, et dont on se sert pour 
mesurer la taille des chevaux. 

Pavillon. Tribune réservée sur certains champs de courses. L'entrée 
y est généralement fixée à 5 francs. 

Pedigree. Mot anglais ; traduction : « descendance, origine, extrac- 
tion ». Le pedigree d'un pur sang est son arbre généalogique d'après 
le Stud-Book. 

Pelouse. Sur un hippodrome, la pelouse est la partie ouverte au public 
qui n'entre pas dans l'enceinte du pesage. 

Performance. Les courses publiques fournies par un cheval éta- 
blissent sa performance. Elle est bonne ou mauvaise, selon qu'il s'est 
bien ou mal comporté. 

Performer. Se dit d'un cheval qui a déjà couru plusieurs fois et 
réunit un ensemble de bonnes ou mauvaises performances. 

Pesage. Salle où se trouve la balance destinée à peser les jockeys. 
On a étendu le nom de « pesage » à toute l'enceinte dont l'entrée 
coûte un louis. 



444 DICTIONNAIRE 

Piquet. Sorte de pieu, planté en terre, qui porte la pancarte sur 
laquelle le bookmaker inscrit la cote. 

Placer. Le juge à Parrivée accorde la deuxième et la troisième place 
derrière le gagnant aux chevaux arrivés dans cet ordre. Ces chevaux 
sont placés et doivent être payés aux preneurs suivant qu'ils ont été 
pris par eux placés i, 2 ou i, 2, 3, c'est-à-dire premier ou deuxième, 
ou premier, deuxième ou troisième. 

Plate. Prix dans lequel les entrées rentrent au fonds de courses. 

Play or pay. Traduction française : « Courir ou payer ». Un pari est fait 

. « Play or pay » quand il est convenu préalablement qu'il est valable 
soit que le cheval qui en est l'objet parte, soit qu'il ne parte pas. 

Plombs. Plaques de plomb de diverses dimensions que l'on met dans 
les poches de la selle pour parfaire le poids du jockey. 

Plongeur. Gros parieur, acceptant tous les paris qu'on lui propose 
en exposant les sommes les plus fortes. 

Poids. Les conditions d'une course établissent le poids que doit 
porter chaque cheval; dans ce poids est compris tout ce qu'il porte, 
sauf les fers. Quand le jockey et tout le harnachement ne pèsent pas 
suffisamment, on ajoute dans les poches d'un tapis, placé sous la 
selle, des feuilles de plomb en quantité suffisante pour atteindre 
le poids indiqué. Ce que l'on ajoute ainsi s'appelle le • poids 
mort ». 

Poney. Cheval de petite taille qui se monte . et s'attelle. — Terme 
anglais qui, en matière de pari, veut dire 5oo francs. 

Position. Place occupée par un cheval dans une course. A tel ou tel 
endroit du parcours le cheval améhore ou perd sa position, suivant 
qu'il gagne ou perd du terrain. 

Poteau. Le poteau d'arrivée se trouve placé exactement en face de la 
tribune du juge. Il est généralement surmonté d'un disque, pour per- 
mettre aux jockeys de se rendre compte exactement de l'endroit où 
il se trouve. 

Poteau de distance. Dans certains champs de courses, le poteau 
d'arrivée est précédé à une centaine de mètres d'un premier poteau 
appelé « poteau de distance ». 

Poulain. Le jeune cheval est appelé poulain jusqu'au i"' janvier de 
sa cinquième année. 

Poule. Sorte de pari, qui consiste à réunir les mises égales d'un 
groupe de parieurs. Les numéros correspondant au programme sont 
mis dans un chapeau et tirés au. sort par chacun des pouleurs; celui 
qui a le numéro du cheval gagnant touche la totalité de la poule. 

Poule des Produits. Prix de 3oooo fr., ajoutés à une poule de 
1000 fr., réservé aux chevaux de trois ans, et dont les engagements 
se font avant la naissance du produit (à courir sur 2100 mètres). 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 446 

Poule d'Essai. Prix de 20000 fr., ajoutés à une poule de 1000 fr., 

. réservé aux chevaux de trois ans et dont les engagements se font à 
Pavance (à courir sur 1600 mètres). 

Pouliche. La jument est appelée pouliche jusqu'au i" janvier de sa 
cinquième année. 

Poulinière. La jument devient poulinière dès le jour où elle a été 
saillie. 

Pound. Livre anglaise, poids exact : 453 grammes. 

Preneur. Parieur pour. Celui qui prend un ou plusieurs chevaux 
dans une course. 

Près de terre. Cheval dont les canons sont courts, la poitrine pro- 
fonde et le flanc bien descendu. 

Production. Ensemble de chevaux nés dans une même année, ou 
dans un même haras. On dit : la production de 1890; la production 
du haras de Chamant, etc. 

Produit. Le rejeton mâle ou femelle d'un étalon et d'une poulinière. 

Programme. Liste de tous les chevaux engagés dans une réunion, 
classés par courses, avec le nom du propriétaire, le poids, le pedigree 
complet et les couleurs du jockey. 

Pronostic. Prophétie sur une course. 

Publications. Chaque Société de courses relève et réunit les enga- 
gements qu'elle reçoit et en dresse la liste. Ce sont les publications 
d'engagements, de poids, de forfaits. 

Pur sang. Produit d'un étalon et d'une poulinière, tous deux inscrits 
régulièrement au Stud-Book. ' 



Qualification. Du mot « qualifié », Exemple : la qualification de tel 

cheval est douteuse, etc. 
Qualifié. Un cheval qui se trouve dans toutes les conditions stipulées 

au programme d'une course est « qualifié » pour cette course. 
Quickbeginner. On nomme ainsi, en Angleterre, un cheval qui part 

vite et se met dans son train dès les premières foulées. 



R 



Raccommodé. Se dit d'un cheval claqué que l'on est parvenu, à force 
de soins, à remettre à l'entraînement. 



446 DICTIONNAIRE 

Racing-calendar. Organe offfciel des courses anglaises. C'est un Bul- 
letin hebdomadaire qui réunit les courses plates et à obstacles et 
qui correspond en France au Bulletin officiel de la Société d'En- 
couragement et de la Société des Steeple-Chases de France. 
Racing-like. Expression anglaise qui veut dire « tout à fait apte à 
courir ». Un cheval est « racing-hke » lorsque dans son ensemble il 
offre la perfection du cheval de courses. 
Rallye-paper. Traduction littérale : « se rallier au papier •. Sorte de 
chasse très pratiquée en Angleterre. Un cavalier désigné représente 
Panimal pourcha'ssé; il prend une grande avance sur le reste de la 
troupe, qu'il met en défaut en semant des traînées de bouts de 
papier. 
Ramassé. Se dit d'un cheval un peu court dont les rayons ne sont pas 
très développés, qui n'a pas de grandes lignes, mais qui possède 
quelques points de force assez accentués. L'ensemble peut être bon 
sans que le cheval soit allongé : on dit alors qu'il est « ramassé ». 
Recevoir (se). Suivant la façon dont le cheval retombe après le saut 

d'un obstacle, on dit qu'il' « se reçoit » bien ou mal. 
Réclamation. Tout propriétaire d'un cheval dans une course peut 
faire une réclamation contre la qualification d'un cheval concurrent, 
soit qu'il croie avoir été gêné, coupé, croisé ou qu'on ait empêché 
son cheval de passer. L'article 2 du règlement soumet ces réclama- 
tions aux commissaires, qui jugent souverainement, et même dans 
certains cas en réfèrent au Comité central. Aucune réclamation ne 
peut être portée devant les tribunaux. Dans les prix à réclamer, la 
somme fixée pour chaque cheval constitue son prix de réclamation. 
Réclamer. Dans les prix à réclamer, tous les chevaux présents sur le 
terrain peuvent être réclamés, avant la course, moyennant le prix 
stipulé de réclamation, plus le montant du prix non compris les 
entrées. Il en est de même après la course, sauf dans les épreuves 
où les conditions stipulent que le gagnant seul est à réclamer. Pour 
réclamer le gagnant, on ne peut faire une offre inférieure au prix de 
réclamation. Le cheval appartient à la personne qui aura fait l'off're 
la plus haute sous pU cacheté. Les différentes offres sont déposées 
dans une boîte qui est ouverte un quart d'heure après la course ou 
entre les mains d'un commissaire. Le propriétaire du cheval reçoit 
la somme pour laquelle le cheval était à réclamer; le surplus revient 
au fonds de courses. 
Red-coat. Habit rouge. Dans certaines épreuves réservées aux gen- 
tlemen, les conditions stipulent qu'ils doivent monter en tenue de 
chasse, habit rouge ou red-coat. 
Refuser. Lorsqu'un cheval se dérobe en- face d'un obstacle qu'il con- 
tourne au lieu de le franchir, on dit qu'il à « refusé » cet obstacle. 



DES TERMES ExMPLOYES SUR LE TURF. 447 

Région. On classe par région les divers centres d'entraînement de la 
France. Il y a des courses auxquelles ne peuvent prendre part que 
des chevaux de la région : Centre, Midi, ou Nord, etc. 

Règlement. Les courses sont réglées de la manière suivante : i* Pour 
les courses plates, par le règlement de la Société d'Encouragement 
pour l'amélioration des races de chevaux en France; 2° pour les 
courses d'obstacles, par" le règlement de la Société des Steeple- 
Chases; 3° pour les courses au trot, par le règlement de la Société 
d'Encouragement pour l'amélioration du cheval français de demi- 
sang. 

Remonte. L'Administration des Haras achète au nom du Gouverne 
ment, aux propriétaires (fu éleveurs, les chevaux reproducteurs qui 
lui sont nécessaires. Ces chevaux constituent la remonte. 

Répartition. Au pari mutuel on appelle « répartition » le montant net 
revenant aux gagnants, déduction faite des différentes retenues. 

Rester au poteau. Un cheval qui manque le départ reste au poteau. 
Dans ce cas, le cheval est considéré comme ayant pris part à la 
course, puisqu'il s'est présenté sous les ordres du starter, et les paris 
faits sur lui sont perdus. 

Résultat. Issue d'une course à la suite de laquelle on connaît le pre- 
. mier, le second, le troisième et les chevaux non placés. 

Réunion de courses. Ensemble de plusieurs courses quf ont lieu 
le même jour et au même endroit. S'emploie également pour désigner 
une série de réunions données sur le même hippodrome. Ainsi la 
réunion de printemps à Chantilly comprend les trois journées données 
dans cette, ville. 

Ring. Endroit réservé aux parieurs dans l'enceinte du pesage. 

Rivière. Obstacle d'une largeur de 4 mètres environ. A Auteuil, la 
rivière des tribunes a 4 m. 3o de large et celle des fortifications ou 
brook 4 mètres. 

Rouan. Se dit d'un cheval à poil mêlé de bai, de gris et de blanc. 

Rouge. Après avoir inscrit sur les tableaux indicateurs les numéros 
des chevaux qui prennent part à une course, on indique qu'il n'y a 
plus de concurrents à inscrire en faisant sortir, par le même système 
que les numéros, un disque rouge situé au-dessus des autres cases. 
On dit alors que le « rouge » est mis. 

Routes d'entraînement. Routes réservées au travail quotidien des 
chevaux à l'exercice. 

Rush. Mot anglais qui signifie « bond ». Effort final d'un cheval dans 
les dernières foulées. 



448 DICTIONNAIRE 



Saint-Léger. Nom d'une des principales épreuves. En France, le 
Saint-Léger se court à Caen ; en Angleterre, il se court à Doncaster. 

Salon des Courses. Sorte de cercle privé où se réunissent les 
parieurs qui en sont membres et où se fait le règlement des paris à 
terme. 

Sellinger. Cheval de prix à réclamer. * 

Selling race. Traduction anglaise de « course a réclamer ». 

Selling stakes. Prix ou Poule à réclamer. 

Série (prix de). Nom donné à des prix spéciaux, offerts par la Société 
d'Encouragement et par la Société des Steeple-Chases de France 
aux principales Sociétés de courses de province, et dont les conditions 
sont uniformes dans cloaque série. En obstacles, des prix de série 
sont également courus à Auteuil. 

Société d'Encouragement pour Tamélioration des races de che- 
vaux en France. Société dont le règlement régit les courses 
plates tn France. Siège social : i, rue Scribe. 

Société d'Encouragement pour l'amélioration du cheval fran- 
çais de demi-sang. Société dont le règlement régit les courses au 
trot en France. Siège social : 12, rue de l'Arcade. 

Société générale des Steeple-Ghases de France. Société dont le 
règlement régit les courses à obstacles en France. Siège social : 
I, rue de Castiglione. 

Société hippique française. Société qui a pour but de favoriser et 
de développer l'emploi du cheval de service produit en France, et le 
dressage de ces chevaux. Elle organise chaque année le Concours 
hippique de Paris. Son règlement régit la plupart des concours de 
France. Siège social : 33, avenue Montaigne. 

Sore shins. Points douloureux au tibia. 

Sport. Mot anglais; traduction: « Jeu ». Terme générique qui s'ap- 
plique à tous les exercices et jeux d'agrément : courses, chasse, 
escrime, gymnastique, yachting, etc., etc. 

Sportsman. Mot qui s'applique à tout homme qui s'occupe de sport. 

Sportswoman (femme de sport). S'applique aux femmes qui s'occu- 
pent de sport. 

Stakes. Traduction de l'anglais : Poule, mise d'argent, enjeu, prix, 
pari, etc. 

Stalle. Espace séparé dans l'écurie. 



DES TERMES EMPLOYES SUR LE TURF. 449 

Starter. Mot anglais désignant la personne chargée de donner les 
départs. Le starter donne les départs au moyen d'un petit drapeau 
qu'il abaisse quand le départ est bon. A Paris et à Chantilly, le starter 
est M. R. Figés. A Auteuil, le starter est M. G. Arnull; à la Société 
sportive d'Encouragement, M. F. Arnull. 

Starting price. Terme anglais qui signifie cote du départ. 

Station. Se dit en parlant des étalons, pour désigner Pendroit où ils 
font la monte. 

Stayer. Se dit d'un cheval qui a beaucoup de fond. 

Steeple-chase. Course à obstacles. 

Steeple-chaser. Cheval spécialement dressé sur les gros obstacles. 

Steeple-chasing. S'emploie pour désigner l'ensemble des courses à 
obstacles, haies et steeple-chascs. 

Stewards. Commissaires charges des diverses attributions relatives 
aux réunions de courses. 

Stone. Poids anglais équivalent à 6 kil. 842 grammes. 

Stud-Book. Livre spécial édité sous les auspices du Ministère de 
l'Agriculture. Il contient la généalogie de tous les chevaux de race 
pure. Tous les trois ans il s'augmente d'un volume. 

Stud-groom. Homme d'écurie chargé de la direction d'un haras. 

Suburbain. Qualificatif donné aux champs de courses situés aux envi- 
rons de Paris. 

Suées. Galops donnés aux chevaux sous des couvertures. 

Suitée. Se dit d'une jument suivie de son poulain jusqu'au moment 
du sevrage. 

Sulky. Voiture très légère et spéciale pour les courses au trot 
attelé. 

Surcharge. Les conditions de certaines courses attribuent des sur- 
charges à certains chevaux, soit pour des sommes gagnées, soit 
dans un handicap, pour avoir gagné après la publication des poids. 
Les chevaux, dans ces conditions, portent un certain nombre de 
livres en plus : c'est la surcharge. 

Surclassé. On dit d'un cheval qu'il est surclassé, quand il court avec 
des chevaux d'une classe supérieure à la sienne. 

Suros. Tumeur osseuse sur la jambe d'un cheval. 

Sweepstakes. Traduction littérale: « Faire rafle de tout, balayer les 
enjeux. » On appelle « sweepstakes >» une course dont le prix est fourni 
par des souscriptions qui augmentent le montant du prix. • 



29 



45o DICTIONNAIRE 



Tableau. Les tableaux indicateurs sont placés dans les différentes 
enceintes d'un champ de courses. Il y a les tableaux d'affichage, où 
sont indiqués au fur et à mesure du pesage les numéros des che- 
vaux qui vont prendre part à Pépreuve ; le tableau des montes, où se 
trouve inscrit, en regard des numéros, le nom des jockeys qui vont 
monter; le tableau où, après l'arrivée, le juge fait inscrire l'ordre 
des places et les distances; le tableau de répartition, où s'inscrivent 
les sommes que le pari mutuel va payer sur les chevaux gagnants 
ou placés. 

Talus. Obstacle de steeple-chase. C'est le plus dangereux du par- 
cours d'Auteuil. 

Tan. Ecorcc pulvérisée du chêne employée pour tanner les peaux. Le 
tan sert à l'amélioration des pistes. On l'étend en petite quantité 
sur l'herbe, à laquelle il donne de l'élasticité et de la fraîcheur. On 
fait aussi des pistes d'entraînement tout à fait en tan, avec une 
couche de dix centimètres. Dans les paddocks, on promène les che- 
vaux sur un rond garni de tan. 

Tare. Défaut, vice ou infirmité que peut avoir un cheval. Le jardon 
et l'éparvin sont des tares. 

Taré. Cheval qui a une tare. 

Tattersall. Etablissement créé à Paris en i855, à l'exemple du célèbre 
établissement de MM. Tattersall de Londres, pour faciliter la vente 
et l'achat des chevaux, voitures, harnais et équipages de chasse. Il 
est situé 24, rue Beaujon. 

Tendon. Faisceau fibreux reliant les muscles aux os. 

Tertre. Obstacle de steeple-chase. 

Tétanos. Raideur. Les plaies à la tête, surtout la castration subie 
par une température excessivement élevée ou excessivement basse, 
sont les causes les plus fréquentes du tétanos. 

Tête à queu9. Un cheval fait tête à queue lorsque au signal du départ 
il se retourne brusquement dans la direction opposée. 

The clerk of the course. Dénomination anglaise s'appliquant à la 
personne qui a la direction d'un hippodrome. 

Three years old. Poulain ou pouUche de trois ans. 

Ticket. Bulletin que le parieur reçoit au book ou au pari mutuel en 
échange de son argent. Ce bulletin constate le nom du cheval sur 
lequel le pari est engagé, 

Tipster. Donneur de pronostics. 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 461 

Tirer. Arrêter un cheval; Tempêcher de gagner. Ce mot s'applique 
également au cheval qui se laisse difficilement retenir par son jockey. 

Top weight. Poids le plus élevé. On dit qu'un cheval a le « top 
weight », quand, dans une course quelconque, mais principalement 
dans un handicap, il porte le poids le plus lourd. 

Toque. Casquette de soie ou de velours aux couleurs des propriétaires, 
que portent les gcntlemen-riders et les jockeys dans les courses. 

Torche-nez. Instrument pour dompter un cheval, en lui serrant le nez. 

Totalisateur. Pari mutuel. 

Tout. Nom anglais qu'on applique à tout individu s'occupant de sur- 
veiller le travail des chevaux et de surprendre les secrets d'écurie 
pour en faire commerce. 

Tracé. Un cheval est « tracé » lorsqu'il est inscrit au Stud-Book. 
Tracé s'applique aussi à la configuration d'une piste. 

Traîner. Entraîneur. 

Trainlng. Entrainement. 

Tribune. Il y a plusieurs tribunes sur un hippodrome : tribune officielle, 
tribune du pesage, des propriétaires, de la presse, tribune à 5 francs, 
etc., etc. 

Triennal (prix). Prix qui se court en trois fois. La première manche 
est courue à l'âge de deux ans, à Fontainebleau, sur iioo mètres; 
l'allocation est de 20 000 francs. La seconde manche est disputée à 
l'âge de trois ans, au Bois de Boulogne, sur 2200 mètres, 3o 000 francs; 
et la troisième, à l'âge de quatre ans, à Chantilly, sur 4400 mètres, 
40 000 francs. Les engagements pour ces trois épreuves sont reçus 
avant la première. Un unique concurrent y est admis pour chaque 
propriétaire. L'engagement ne peut être cédé dans aucun cas. Ce 
prix a reçu le nom de Prix La Rochelle, 

Trotting. Sport des trotteurs. Courses au trot. Trotting-Club. 

Tumeur. Enflure accidentelle sur une partie du corps du cheval. 

Turf. Terrain sur lequel ont lieu les courses de chevaux. 

Turfiste. Amateur de courses. 

Tuyau. Se dit dans l'argot du turf d'un renseignement qui n'est pas 
le secret de tout le monde et qui se donne dans le tuyau de l'oreille. 

Two years old. Poulain ou pouliche de deux ans. 



V 



Vacation. Durée d'une vente aux enchères publiques. 

Vachère. Wagon de chemin de fer qui sert généralement au transport 



452 DICTIONNAIRE 

des bestiaux, mais aussi au transport de certains chevaux de carac- 
tère difficile et qui ne veulent pas entrer dans les boxes. 

Van. Wagon capitonné pour le transport des chevaux. 

Vente aux enchères. Vente qui a lieu après certains prix à réclamer 
dans Tenceinte même du pesage par le ministère d'un commissaire- 
priseur. C'est le cheval vainqueur qui passe aux enchères et sa mise 
à prix est la somme fixée pour sa réclamation. Les frais de la vente 
sont à la charge de l'acquéreur. Le propriétaire n'a droit qu'à la 
somme pour laquelle il a mis son cheval à vendre. La moitié de 
l'excédent revient habituellement partie au cheval arrivé second, partie 
au cheval arrivé troisième et partie au fonds de courses. 

Vésicatoire. Emplâtre dont on fait l'application quand il ne semble 
. pas indispensable de mettre le feu. 

Vessigon. Tumeur molle qui se forme aux jarrets du cheval. Les 
articulations faibles y sont plus largement exposées que celles large- 
ment découplées. Les vessigons sont synoviaux ou séreux. Ils né- 
cessitent l'application du feu. 

Vétérinaire. MM. Milton et Chapard sont les vétérinaires les plus 
occupés de Chantilly. M. Cany est le vétérinaire de Senlis. On con- 
sulte aussi dans les écuries de course MM. Garcin et Goyau. 

Vitesses. Durée de la course. Les vitesses sont constatées au chro- 
nomètre. Elles ont une grande importance pour les trotteurs et sont, 
au contraire, sans grande signification dans les courses au galop. 



w 



Walking. Promenade. On dit: Le travail des chevaux s'^st réduit à un 
walking ou promenade au pas. 

Walking-in ou Walk-in, Quand, à l'arrivée d'une course, un cheval 
prend l'avantage avec une très grande facilité, on dit en anglais : 
. « The walk-in » ou un tel cheval « is walking-in ». 

Walk-over. Traduction littérale :.« Se promener par-dessus ». S'ap- 
plique, en course, à une épreuve courue par un seul cheval, soit qu'il 
n'y ait eu qu'un seul engagement, soit que tous les concurrents se 
soient retirés devant un seul : ce dernier fait « walk-over ». On dit 
aussi d'une course dont l'issue n'est pas douteuse, vu la supériorité 
de l'un des concurrents : « C'est un walk-over pour tel cheval ». 

Welcher. Mot anglais désignant le bookmaker marron qui s'esquive 
au moment de payer. 

Winner. En français * gagnant ». 



DES TERMES EMPLOYÉS SUR LE TURF. 453 

Winning-post. En français, le poteau d'arrivée ; littéralement , le 
« poteau gagnant ». 



Tard. Mesure anglaise qui vaut un peu plus de 91 centimètres. 
Yearling. Poulain ou pouliche d'un an. 



LISTE ALPHABÉTIQUE DES RÉUNIONS 

(P désigne les courses plates, et O les courses d'obstacles.) 



LIEUX DES REUNIONS. 



Agen 

Aire-sur-l'Adoui" . . 

Aix-en-Provence 

Aix-les-Bains 

Alençon 

AmienF 

Angers 

Angoulême 

Antrain 

Anvers^ 

Arras 

Ascot 

Auch 

Aumak 

Aurillav .' . . 

Auteutl 

Auxonn. 

Avignon 

Avranches 

Baden-Baden 

Bagnères-de-Bigorre . . . 
Bagnères-de-Luchon . . . 

Barbezieux 

Barcelone 

Barsac 

Bayonne-Biarrit/ 

Bazas 

Beaumarchès 

Beaumont-de-Lomagne . 

Beaupréau 

Beauvais 

Belfort 

Berghem-Sainte-Agathc . 

Bernay 

Béthune 

Béziers 

Bilbac 

Bolbec 

Bordeaux 

Bouguenais 

Boulogne-sur-Mer. . . . 

Bourbon-Lancy 

Bourg . . . . ' 

Bourges 

Bourgoin 

Bruges 

Bruxelles 

Bruxelles (Groenendael) . 

Cabourg 

Cadillac 



COURSES. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




P. 


P. 


etO. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etc. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




P. 




P. 




0. 




P. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




O. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




O. 


P. 


etO. 




O. 


P. 


etO. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




O. 


P. 


etO. 


P. 


elO. 




O. 


P. 


etO. 




P. 




O. 


P. 


etO. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




O. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 



LIEUX DES REUNIONS. 



Cadours 

Caen 

Cappellei 

Carhaix 

Carpentrat 

Casteljaloux 

Castelsarrasin 

Castillonnè? 

Cavaillon 

Cazaubon 

Cercy-la-Tour 

Chalais 

Chalamon'. 

Challans 

Chalon-sur-Saône . . . . 

Chantilly 

Charlerôy 

Chàteaubriant 

Châteauroux 

Châtillon-sur-Chalaronne 

Cherbourg 

Cholet 

Clingendaal 

Cluny 

Cogolin 

Colombes 

Compiègne 

Courseulles-sur-Mer. . . 

Courtrai 

Craon 

Dax 

Deauville 

Derby 

Deynze 

Dieppe 

Dijon 

Dinan 

Dinard 

Doncaster 

Dorât 

Dunkerquc 

Eauze 

Enghien 

Epsom 

Etrepagn: 

Euville 

Fécamp 

Feurs 

Pleurance 

Fontainebleau 



COURSES. 




P. 


P. 


etO. 


P 


etO. 


P 


etO. 


P. 


etO. 




0. 


P 


etO. 




P. 


P. 


etO. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




0. 


P. 


etO. 




P. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


elO. 


P. 


etO. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




0. 




P. 




O. 


P. 


etO. 


P. 


elO. 




P. 


P. 


etc. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




P. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etc. 


P. 


etO. 




O. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




0. 




P. 




O. 




0. 




O. 




O. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 



456 



LISTE ALPHABETIQUE 



LIEUX DES REUNIONS. 






Fontenay-le-Comte . 

Fourmies 

Gand 

Goodwood 

Gournay-en-Bray . . 

Gray 

Grenade-sur-l'Adour . 

Grenoble 

Guérande 

Guéret 

Harfleur 

Havre 

Hyères 

Ilfiers 

Isegfhem 

Joiirny 

Jullonville 

Kempton Park. . . . 

La Brède 

La Capelle 

La Clayette 

La Croix de Berny . 
La Flèche. . . . . . 

La Guerche 

La Louvière 

La Marche 

Lamballe 

Langon 

Lannion 

Laon 

La Roche-Guyon . . 

La Rochelle 

La Roche-sur- Yon . 
La Tour-du-Pin. . . 

Laval 

Le Creusot 

Leicester 

Le Mans 

Lesparre 

Libourne 

Lille 

Limoges 

Lincoln 

Lion d'Angers. . . . 

Liverpool 

Lisieux . . 

Loiron et Chaillant.. 

Longue 

Lorient . 

Loudéac 

Louvain 

Luçon 

Lyon 

Machecoul 

Màcon 

Maisons-Laffîtte . . . 



COURSES. 



P. 
P. 



P. et O. 

O. 
P. etO. 

P. 

O. 

O. 
P. etO. 
P. et O. 
P. et O. 

O. 

O. 

etO. 

etO. 

P. 
P. et O. 
P. et O. 

O. 

P. 
P. et O. 

O. 

O. 

O. 
P. et O. 
P. et O. 
P. etO. 

O. 
P. etO. 
P. et O. 
P. etc. 
P etO. 

P. 

etO. 

etO. 

O. 
P. et O. 

O. 

P. 

P. 

O. 

P. 
P. et O. 

P. 

P. 

O. 
P. et O. 

O. 

O. 

O. 
P. et O. 

O. 
P. et O. 

O. 
P. etO. 
P. et O. 
P. et O. 

P. 



P. 
P. 



LIEUX DES REUNIONS. 



Malines 

Manchester 

Mans 

Mansle 

Marseille 

xMaubourguet 

Mauvezin 

Meslay-du-Maine . . . 

Mézin 

Milan 

Mirambeau 

Mons 

Montaigu 

Moniauban 

Monl-de-Marsan. . . . 

Monlélimar 

Montier-en-Der 

Mont- Saint- Amand . . 

Morlaix 

Mortagne 

Moulins . . .' . . . . 

Namur 

Nancy 

Nantes 

Neubourg 

Neufchàteau 

Newcastle 

Newmarket 

Nice 

Nimes 

Niort 

Oosterzeele 

Ostende 

Paray-le-Monial . . . 

Paris 

Pau 

Périgueux 

Pertuis 

Pin 

Poitiers 

Pompadour 

Pontchàteau 

Pont-l'Evèque 

Quimper 

Redon 

Rennes 

Roanne 

Rochefort-sur-Mer. . . 

Rome 

Rostrenen 

Roubaix 

Rouen 

Royan 

SaBles-d'Olonne. . . . 
Saint-André-de-Cubzac 
Saint-Brieuc 



COURSES. 


P. 


etO. 




P. 




O. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




P. 


P. 


etc. 


P. 


etO. 




P. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


elO. 


P. 


etO. 




O. 


P. 


etO. 




O. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




O. 


P. 


etO. 




0. 




O. 




P. 




P. 




O. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


elO. 




P. 


P. 


etO. 




P. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




0. 


P. 


elO. 


P. 


etO. 


P. 


etc. 


P. 


etO. 




O. 




P. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


elO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 



DES REUNIONS. 



457 



LIEUX DES REUNIONS. 



Saintes 

Saint-Etienne- du -Mont - 

Luc 

Saint-Georges-sur-Loire . 

Saint-Germain 

Sainl-Lô 

Saint-Malo 

Saint-Nazaire 

Saint-Omer 

Saint-Ouen 

Saint-Ouen-des-Toits . . 
Saint-Pol-de-Léon . . . 

Saint-Quentin 

Saint-Symphorien. . . . 

Sandown Park 

Saumur 

Savenay 

Sedan 

Sées 

Segré 

Soulac-les-Bains. . . . . 

Spa 

Talmont 

Tannay 



COURSES. 


P. 


etO. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etc. 


P. 


etO. 




0. 


P. 


etO. 




P. 




P. 


P. 


etO. 




0. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




0. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




P. 




0. 



LIEUX DES REUNIONS. 



Tarbes 

Toulouse. . . . 

Tours 

Trois-Moutiers 

Turin 

Valence-d'Agen 
Valenciennes. . 

Vannes 

Verdun .... 

Vernon 

Verrie-Saumur. 
Vésinet .... 
Veulettes. . . . 
Vic-Bigorre . . 
Vic-Fezensac . 

Vichy 

Vienne 

Vilvorde. . . . 
Vincennes. . . 

Vire 

Wacreghem . . 

York 

Ypres 

Yvetot 



COURSES. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 




P. 




P. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


et 9. 


P. 


etO. 




0. 




0. 




0. 


P. 


etO. 


P. 


etO. 


P. 


etc. 


P. 


etO. 




P. 


P. 


etO. 




0. 


P 


etO. 




P. 




P. 




0. 



LISTE ALPHABÉTIQUE DES PROPRIÉTAIRES. 



Noms de leurs entraîneurs, des endroits où ils font entraîner, de leurs 
jockeys habituels. Désignation de leurs couleurs. 





NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




Abadie (Michel) 


Ch. Pratt. 


La Morlaye. 


Harlley. 


C. blanche, M. ro- 
ses, T. blanche. 


Abeille (A.) 


Stripp. 


La Morlaye. 


Boon. 


C. mi-noire, mi- 
orange, T. noire. 


Adam (E.) 


T. StoiT. 


Maisons-Laf- 
fîtte. 


W. Johnson. 


C. grenat, M. et 
T. roses. 


Aladro (J.-P. de)... 


D. Taylor. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


G. Baker. 


C. bleue, M. jau- 
nes, T. bleue et 
jaune. 


Alaset 


Pariche. 


Chantilly. 


G. WilUams. 


C. coquelicot, éch. 
et T. noires. 


Aldin (H. d') 


Summers. 


Chantilly. 


Ward. 


C. prune, T. mauve 


Amic (A.) 


T. Hurst. 


Chantilly. 


Dutton. 


C. blanche, M. cerc. 
blanc et vert, 
T. verte. 


/ 


André (L.) 


Fred. Carter. 


Chantilly. 


Wycherley. 


C. orange, T. rou- 
ge. 




Angot (C.) 


Pariche. 


Chantilly. 


G. Williams. 


C. saumon, M. noi 
res, T. rouge. 


Archdeacon (J.) 


Eugène. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


Boon. 


C. blanche, M. 
bleues, T. noire. 


Archdeacon (E.) . . . . 


Chassagne. 


Chantilly. 


Lutas. 


C. blanche,M. cerc. 
gros bleu et blanc 
T. gros bleu. 


ARENBÉRG(P-A.d'). 


Ch. Pratt. 


La Morlaye. 


Hartley. 


C. cerc. jaune et 
rouge, T. noire. 



460 



LISTE ALPHABÉTIQUE 





NOM 


LIEU 


NOM 


• 


PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


jockey. 




Arnaud 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


Horan. 


C. blanche, T. 
jaune. 


AUBRUN (A.) 


G. Stem. 


Chantilly. 

* 


Lock. 


C. bleu marine^ 
M.tttaTs^ T. bleu 
marine. 


AUMONT (P.) 


Fred. Carter. 


Chantilly. 


Wycherley. 


C. blanche, T. 
verte. 


Balleidier (H.) 


A. Smith. 


Marseille. 


Heamden. 


C. bleue, M. et T. 
blanches. 


Barbay (G.) 


T. Carter 
junior. 


DaisyCottage 
(Chantilly). 


Skipp. 


C.rouge,T.raxée 
rouge et vert. 


Bastard (B" de) 


T. Carter 
junior. 


DaisyCottage 

(Chantilly). 


Skipp. 


C. bleu cieljM.cer- 
cl. bleu ciel et 
capucine, T. ca- 
pucine. 

• 


Bauchau 


V. Baker. 


Casteau (Bel- 
gique). 


G. Willis. 


C. rayée rouge et 
bleu, T. blanche. 


Bellegarde (de). • . 


A. L avis. 


LaMorlaye. 


E. Watkins. 


C. et T. bleu ma- 
rine. 


Bénétaud (H.) . ... 


G. Stern. 


Chantilly. 


Lightfoot. 


C. cerc. gris perle 
et nacarat, T. 
noire. 


Bernhardt (M.) .... 


Dodge. 


Neaufles. 


Baldry. 


C. mandarine. M, 
et T. nias. 


Berteux (C* de) ... . 


W. Planrier. 


Chantilly. 


Maiden. 


C. verte, T. rouge. 


Blanc (Camille) .... 


J. Diggles. 


Saint-Louis 
de Poissy. 


Newby. 


C. verte, T. bleu 
ciel. 


Blanc (Edmond). .. 


Ch. Cunnin- 
gham. 


Croix Saint- 
Ouen. 


» 


C. orange, T. 
bleue. 


Bloch (J.) 


F. Pavier. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


R. Morris. 


C. crème, T. verte. 


Boisgelin fV'*de)... 


H. Andrews. 


Clairefontaine 


Wallon. 


C. mi-cerise, mi- 
verte, T. cerise 
et or. , 


Bon Y (C* R. de) 


Vallière. 


Château de 
Juvet. 


B 


C. rayée rouge 1 
et blanc, T. \d. 1 



DES PROPRIETAIRES. 



461 



• 


NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




L*ENTRAINEUR. 


traînement. 


JOCKEY. 




BOURASSIN 


W. Smith. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


Green. 


C. vieux bleu, T. 
vieil or, bout, 
vieux bleu. 




BouTHiLLiER (M**de). 


E. Rolfe. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. bleu ciel, T. 
rose. 


Brémond (J. de) 


Count. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. noire, M. cerc. 
mauve et noir, 
T. noire. 


Brisoult (Vde) — 


Le Flaguais. 


Gouvieux. 


Le Flaguais. 


C. jaune, M. el 
t. bleues. 


Buisseret (V'de)... 


T. Reeves. 


Casteau, par 
Neufvilles 
(Belgique). 


T. Reeves. 


C. cerc. blanc et 
bleu, T. noire. 


• 

Calderoni (C.) . ... 


H. Andrews. 


Clairefontaine 


Benson. 


C. blanche, M. et 
T. noires. 


Casamajor (G.) 


A. Smith. 


Marseille. 


Hearnden. 


C. jaune, M. bleues, 
T. noire. 


Chabaud 


Baresse. 


Croix Saint- 
Ouen. 


Keyte. 


C. rayée gris et 
caroubier, M. 
caroubier, T. 
noire. 


Chambry 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


T. Brookes. 


C. blanche, M. et 
T. marron. 




Chan 


Lavis. 


La Morlaye. 


E. Watkins. 


C. jaune, bout, 
d'or, T. noire 
et or. 


Chaniot 


Dodge. 


Neaufles. 


Wilcox. 


C- blanche, pois 
rouges, T. id. 




Clermont-Tonnerre 
(C" R. de) 


Ashman. 


Maisons -Laf- 
fitte. 


Ashman. 


C. rouge, T. verte. 


Clossmann (P.) 


Lavigne. 


Pau. 


Sendfield-La- 
cassie. 


C. cerc. orange 
et violet, T. 
noire. 


COLEMAN (G.-D.) 


J. Marsh. 


Chantilly. 


Ward. 

• 


C. saumon, T. 
bleue. 


C00DE (W.) 


Atkinson. 


Maisons -Laf- 
filte. 


W. Pettet. 


C. violette, M. et 
T. orange. 





402 



LISTE ALPHABETIQUE 





NOM 


LIEU 


NOxM 


« 


PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




COPPÉE (F.) 


Fred. Carter. 


Chantilly. 


Wycherley. 


C. bleue, M. jau- 
nes^ T. noire. 




COTTIN (E.) 


T. Carter 
junior. 


DaisyCotta^e 
(Chantilly). 


Skipp. 


C. grise, M. rou- 
ges, T. noire. 




COURAULT 


Stern. 


Chantilly. 


Lock. 


C. bleue, brand. 
argent, M. et 
T. jaunes. 




Creuzè (E.) 


J. Dover 

« 


Chantilly. 


Moreton. 


C. bleue, écharpe 
bouton d'or, T. 
rouge. 




Damoy-Picon (E.).. 

David Beauregard 
(C"de) 


Brigden. 
Staples. 


Marseille. 

La Plage, par 
Hyères (Var) 


Brigden. 
Paskins. 


C. cercl. vert et 
blanc, T. blan- 
che, coutures 
vertes. 

C. rayée bleu et 
blanc, T. noire. 


Davvson (J.-S.) 


J. Dover 


Maisons-Laf- 
fitte. 


Moreton. 


C. vert foncé, M. 
et T. saumon. 


Delamarre (Henri). 


T.-R. Carter. 


Chantilly. 


Hopkins. 


C. marron, M. 
rouges, T. noire. 


Delanos 


Dodge. 


Neaufles. 


Baldry. 


C. grise, M. et 
1. blanches. 




Delatre (L.) 


A. Carratt. 


Chantilly. 


Carratt. 


C. verte, T. idem . 


Deliiomme (A.) 


Delhomme. 
Lansdell. 


Rambouillet, 
La Morlaye. 


R. Morris. 
Lansdell. 


C. noire. T. bleu 
ciel. 


Demarçay (B") 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


T. Brookes. 


( \ noire, T. gris 
perle. 


Dephieux (L.) 


H. Wheeler. 


La Morlaye. 


Chestermann. 


C. gros bleu, M. 
et T. orange. 


Dervillé (P.) 


Lainel. 


Chantilly. 


R. Bundy. 


C. verte, brand. 
argent, T. verte. 


Desbons (E.) 


W. Coop r. 


Mont-de-Mar- 
san. 


M. -J .Desbons 


C. noire, M. et T. 
rouges. 




Desciiamps (E 


R. Count. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. noire, M. cerc. 
noir et capu- 
cine, T. capu- 
cine. 



DES PROPRIETAIRES. 



463 



« 


NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




Destandeau 


Lavigne. 


Pau. 


Lacassie. 


C. marron, M. et 
T. gris perle. 


DiMPAULT 


• 


Saint-Martin- 
des-Prés. . 


• 


C. marron, M. et 
T. rouges. 




Douglas-Lane 


J. Barker. 


xMaisons-Laf- 
fitte. 


J. Barker. 


C. orange, éch. 
bleue, T. orange. 


Donon(P.) 


T. Cunning- 
ton. 


La Morlaye. 


T. Lane, 
E. Cooke. 


C. rayée lilas et 
noir, T. idem. 




DOUSDEBÈS (Th.) 


T. Hurst. 


Chantilly. 


Dulton. 


C. blanche, M. et 
T. vertes. 


DOUVRELEUR (R.) 


W. Carter. 


Chantilly. 


Boon. 


C. rayée gros 
bleu, rouge et 
vieil or, T. gros 
bleu. 


Du Bos (A.) 


J. Mitchell. 


Chantilly. 


S. Mann. 


C. rayée jaune et 
noir, T. noire. 




DUFFOUR (F.) 


Kalley. 


Mont-de-Mar- 
san. 


Kalley. 


C. bleue, M. et T. 
noires. 




DUGAS (T.) 


Atkinson. 


Maisons-Laf- 
fitle. 


W. Pettet. 


r. violette, M. 
blanches, T. vio- 
letCe. 




DUROSOIR 


CoUins. 


Chantilly. 


W. Johnson. 


C. orange, M. et 
r. vertes. 


DUTHUZO 


Prunet. 


Pau. 


Prunet. 


C. bleue, M. et T. 
rayées écarlate. 




Ephrussi (Maurice). 


A. Archer. 


Chantilly. 


H. Luke. 


C. bleue, pois jau- 
nes, T. bleue. 


Ephrussi (Michel).. . 


G. Gunning- 
ton. 


Chantilly. 


Kearney. 


C. gros bleu, T. 
idem. 


Erick 


W.Wallender 


Maisons -Laf- 
fitte. 


Green. 


C. blanche, M. 
noires, T. blan- 
che. 


ESDOUHARD 


Ch. Cunning- 
ton. 


La Morlaye. 


J. Bundy. 


C. violette, M. et 
T. vertes. 




Espous DE Paul (O' 
de) 


Propriétaire. 


La Motte, 
près Aigues- 
mortes. 


Burton 


C. bleue, M. blan- 
ches, T. bleue. 


1 



464 



LISTE ALPHABETIQUE 





NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




Farconnet (de) 


A. Smith. 


Marseille. 


Heamden. 


C. vieil or, T. 
bleu ciel. 


Farines 


A. Lavis. 


La Morlaje. 


E. Watkins. 


C. écarlate, M. 
blanches, T. é- 
carlate. 




Feltre (Duc de) 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


Horan. 


C. blanche, M. 
bleues, T. rouge. 


FiNOT (B-) 


T. Harper. 
T. Lane. 


Maisons-Laf- 
fitle. 
(Chantilly). 


A. Johnson, 
T. Lane. 


C. marron, T. 
rouge. 




FOACHE (M.) 


Benson. 


Rambouillet. 


Benson. 


C. gros bleu. M. 
cerclé jaune et 
gros bleu, T. 
gros bleu. 




FONTENIER (G.) 


Parfrement. 


Chantilly. 


Brockwell. 


C. rayée noir et 
blanc, 2M. et T. 
mauve. 


FOULD (A.) 


J. Major. 


Ibos. 


Barlen. 


C. rayée lilas et 
blanc, T. noire. 




FOULD (E.) 


Baresse. 


Croix Saint - 
Ouen. 


Grey, Tunley, 
Keyte. 


C. blanche, croix 
de Saint-André 
mauve, T. idem. 




Ganay (€•• J. de) . . . . 


J. Mitchell. 


Chantilly. 


S. Mann. 


C. blanche, éch. 
verte, T. verte. 


Gaudin 


A. Barker. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


A. Barker. 


C.grisperle,cout. 
cerise, T. cerise. 




Gerbaud (A.) 


Kalley. 


Mont-de-Mar- 
san. 


Kalley. 


C. rayée mauve et 
noir, M. et T. 
mauve et argent. 




Gernon (D. de) 


Kalley. 


Mont-de-Mar- 
san. 


Kalley. 


C. groseille, M. 
blanches, T. 
groseille. 


GiLLET (A.) 


P. Marie. 


St-Germain. 


Roggers. 


C. noire, lisérés 
blancs, T. noire. 




GiLLOlS 


Stripp. 


La Morlaye. 


Boon. 


C. jaune, M. cercl. 
violet et jaune, 
T. violette. 





DES PROPRIÉTAIRES. 



465 





NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


de 


d'en- 


■ DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




GONTAUT-BiRON (C" 

de) 


G. Cunning- 
ton. 


Chantilly. 


Kearney. 


C. Jaune, M. et 
T. noires. 


**w • 


GOURGAUD (M.) 


R. Carter 
junior. 


ChantiUy. 

• 


Kearney. 


C. amarante, M. 
marron, T. ama- 
rante. 


GouT (G.) 


Wade. 


Maisons-Laf- 
iitte. 


Wade. 


C. indigo,T.rose. 




Gramoxt (Duc de).. 


Rolfe. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. jaune, trand. 
écart., T. jaune. 


Grenier (B" E.).... 


Nantois. 


(Belgique). 


Hanson. 


C. cercl. rouge et 
bleu, T. bleue. 


GUESTIER (D.) 


A. Cutler. 


Mont-de-Mar- 
san. 


Mills. 


C. blanche, pois 
bleus, T. bleue. 


Guilhou (E.) 


H. Prunet. 


Bayonne. 


Prunet. 


C. jaune, M. et 
t. bleues. 


Harcourt (C** Louis 
d') 


J.Cunnington 


« 

Haras de St- 
Georges (Al- 
lier). 


» 


C. rouge et or, 
éch. jaune, T. 
rouge et or. 


*^ / 


Hawes (H.) 


T. Lane, 
J. Mitchell. 


Chantillv. 
Chantilly. 


T. Lane. 
S. Mann. 


C. verte, écharpe 
blanche, T. rouge. 


HÉLY D'OiSSEL 


H. Andrews. 


Clairefontaine 


W. Johnson. 


C. bleu ciel, T. 
bUu marine. 


Hennessy Q.-R.) — 


Count, 
J. MitcheU. 


Chantilly. 
Chantilly. 


Storr. 
Mann. 


C. bleue, T. blan- 
che. 


Herbimière 


T. Hurst. 


Chantilly. 


Dutton. 


C. blanche, M. 
bleues, T. blan- 
che. 


HiRT (E.) 


Lansdell. 


La Morlaye. 


Lansdell. 


C. cercl. rouge et 
noir, éch. jaune, 
T. noire. 




HoBSON (M.-E.) 


Thorpe. 


Chantilly. 


Ward. 


C. jaune, cercl. 
violet, T. jaune. 


HOPKINSON (H.) 


Dodge. 


Neaufles. 


Wilcox. 


C. verte, M. et T. 
orange. 



3o 



466 



LISTE ALPHABETIQUE 





NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


de 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




HORNEZ 


Lavigne. 


Pau. 


Lacassie. 


C. trune, 3/. et 
T. noires. 




HOUZE (Cl.) 


Buck. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


Buck. 


C. bleu clair, M. 
et T. grenat. 




HuRST (Th.) 


Th. Hurst. 


Chantilly. 


Dutton. 


C. blanche, T. 
rose. 




Isola (C") 


Mac Ormick. 


Chantilly. 


Frost. 


C. rouge, M. 
bleues. T. bleue 












et rouge. 


Iemot (G.) 


Hayhoe. 


Chantilly. 


Hayhoe. 


C. noire, M. et 
T. vertes. 




ÎOREL (A.) 


Parfrement. 


Chantilly. 
Chantilly. 


Buck. 


C. rose, T. rose. 


JouBERT (Jean) 


A. Carter. 


Horan. 


C: bleu ciel, T. 
prune. 


JuiGNÉ (C'^de) 


Ch. Cunning- 

ton. 
Ch. Pratt. 


La Morlaye. 

i 

La Morlaye. 


J. Bundy. 
Hartley. 


C. cercl. jaune et 
rouge, T. noire. 


JuMiLHAC (Vie* de).. 


Baines. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


Basden. 


C. bleu ciel, M. 
bouton d'or, T. 
noire. 


Kan-In (P") 


A. Lavis. 


La Morlaye. 


E. Watkins. 


C. cercl. noir et 
blanc, M. blan- 
ches, T. noire. 




KiNSKY (C-C.) 


J. Mitchell. 


Chantilly. 


Mann. 


C. blanche, éch. 
et T. rouges. 


Knowles(T.-R.).... 


E. Harris. 


Pau. 


Harris. 


C. nias, M. cerise, 
T. nias. 


La Boutetière (C" 
de) 


Roberts. 


Chantilly. 


A. Johnson. 


C. cercl. noir et 
blanc, T. noire, 
gland argent. 




La Charme (E. de). . 


T. Cunning- 
ton. 


La Morlaye. 


T. Lane. 


C. rayée cerise et 
noir, T. cerise. 


Lagrolet (T.) 


Prunet. 
Smith. 


Pau. 

Mont-de-Mar- 
san. 


Prunet. 


C. verte, M. cercl. 
blanc et vert, 
T. blanche. 



DES PROPRIETAIRES. 



467 



• 


NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


de 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




Lahens (C"J.) 


Lawrence. 


Maison s-Laf- 
fitte. 


V. Baker. 


C. blanche, éch. 
Jaune, T. bleue. 


La Poeze (C" de) . . . 


Bain es. 


Maisons-Laf- 
fitte. 


Basden. 


C. gris clair, T. 
bouton d'or. 


La PoLiNiÈRE (de)... 


Lavis. 


La Morlaye. 


E. Watkins. 


C. bouton d'or, 
M. et T. mauve. 


La ROCHEFONTENIL- 

LE (de) 


W. Smith. 

E. Bartholo- 
mew. 


Maisons -Laf- 
fitte. 

Chantilly. 


Green. 
Aston. 


C. jaune, M. et T. 
bleues. 

C. mauve, brand. 
argent, T. mau- 
ve. 


La Rochefoucault 
(C" H. de) 




Larooillière (B*'de) 


J. Wilson. 


La Tête-d'Or 
(Lyon). 


Wilson. 


C. rayée noir et 
vieil or, M. et 
T. noir es gland 
or. 


Larrieu 


Stern. 


ChanUIly. 


Turner. 


C. rouge, éch. 
verte, T. bleue. 




Lauriston (€•• J. de) 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. bleue, T. cerise. 


Ledat (G.) 


T. Carter 
junior. 


Daisy Cottage 
Chantilly. 


Mousset. 


C. rayée noir et 
blanc, T. noire. 




Lefebvre (Albert)... 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


Kearney. 


C. verte, M. et T. 
bouton d'or. 


Lefèvre (C.-J.) 


Denman. 


Chamant. 


Kearney. 


C. bleu, blanc et 
rouge,T. bleue. 


Lefort 


Boon. 


La Morlaye. 


Boon. 


C. bleue, éch. et T. 
cerise. 




Legrand (ViC'C.).. 


C. Pratt. 


La Morlaye. 


Hartley. 


C. rayée gris 
perle et cerise, 
T. cerise. 


Le Gualès de Mé- 

zaubran (c") 


Cornell. 


Nort. 


Cornell. 

• 


C. rouge, cercl. 
blanc, T. blan- 
che. 


Le Marois (C") 


Ch. Bartholo- 
mew. 


Chantilly. 


French. 


C.verte, pois rou- 
ges, M. et T. 
rouges. 



463 



LISTE ALPHABETIQUE 














NOM 






PROPRIÉTAIRES. 


.™,. 


JZ.... 


JOCKEY. 


COULEURS. 


Le Parcneux 


J. MitcheU. 


Chantilh-, 


S. Mann. 


C. tle«e. M. ri>u- 
ga. T. tleus. 


LlCBTERVELDE (G.dc) 


Ed. Lees. 


Capellen-lei- 


T. Brown. 


C.noire^T.idim. 


LlÉNART(Ch-l 


II. Ashman. 


Sainl-Denis- 
(BeLs-ique). 


Buckley. 


C.r..,..r.r^. 


Loo(B"Van| 


Sherlock. 


1,",B'aa' 


Wakeford. 


C.Mcuepnisjaa- 


LdpinjA.) 


G. RotUera. 


.ifJSS.. 


Storr. 


C.noire,T. rouge 


MAC-M*Hos|M"de). 


E. Barlholo- 


Chantilly. 


G. Barthûlo- 


C. blmche. fois 
ronge,,T.rou- 


Madré (C-J, de),,.. 


Parkhe. 


Chanlill;-. 


G. Williams. 


C.bleue,T.nnire. 


Magnier (A.) 


Daines. 


.Maisons- Lar- 
rilte. 


Basden. 


^'bdilTr. bffttl 


.Maison (.M") 


T. Carter ju- 


(Cfianlilly). 


Skipp. 


C.bléue,T.roug^ 


Mares (G.| 


J. Moore. 


Pèrols. 


Covey. 


'"t^jnchèl'r'.tWl 


.Maktell(E.) 


J. Mitchell. 


ChantiU)-. 


S. Mann. 


C.p3ilti,T.mauve 


Mautlal 


Duval. 


La Chapelle- 


Duval. 


C. héliotrope, T. 
btjachi. 




MARTiNU.-L-deF.). 


E. Rolfe. 


Chantilly. 


Rolfe. 


T. rouge. 


Massisot 


Lavlsne, 


Pau. 


Lacassie. 


'^'Tbïîi^'''""^' 




Mejorada (C-del... 


T. Hurst. 
U>vigne.. 


Chantilly, 


Lïcassie, 


't. cerise. 






Chaatillï. 

Château - de - 
Paray (Allier) 


Rolfe. 

\. Watkips. 




.MONBEL (R. do) 





DES PROPRIETAIRES. 



469 





NOM 


LIEU 


NOM 


• 


PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




MOORE (J.) 


Thorpe. 


Chantilly. 


Lightfoot. 


C. cercl. bleu fon- 
cé et bleu clair, 
M. et T. bleu 

' foncé. 


Moreau-Chaslon . . . 


T. Carter ju- 
nior. 


Daisy Cottage 
(Chantilly). 


Skipp. 


C. verte, M. et T. 
blanches. 


MORGON 


Halford. 


Maisons -Laf- 
fille. 


More ton. 


C. rayée cerise et 
vert, T. cerise. 


MURAT(P"J.) 


Stripp. 


Chantilly. 


Boon. 


C. rayée rouge et 
bleu, M. bleues, 
T. rouge. 


Naegely 


A. Smith. 


Marseille. 


Fletcher. 


C. bleu ciel, M. et 
T. roses. 


Nexon (B'-de) 


Green. 


Nexon. 


Gilles. 


C. gris perle, T. 
cerise. 


NicoLAY (C"de) 


H. Andrews, 


Clairefontaine 


Benson. 


C. cercl. bleu vio- 
let et blanc, T. 
bleu violet. 


NOUNEZ 


Lavigne. 


Pau. 


Toulouse. 


C. verte, rayée 
blanc, T. verte. 


OsY (B- J.) 


E. Lees. 


Capellen (Bel- 
gique). 


T. Brown. 


C. blanche, éch.et 
T. noires. 


Palyart (G.) 


Hammond 


La Morlaye. . 


Hammond. 


C. cercl. bleu clair 
et noir, T. noire. 


Parage (C.) 


Lugget. 


Chazé-sur-Ar- 
gos. 


Tuson. 


C. grenat, M. noi- 
res, T. grenat. 


Pardiac (J.-A.) 


Caulthorn. 
Dodge. 


Maisons -Laf- 

fitte. 
Neaufles. 


Roggers. 
Baldiy. 


C. noire, coût, 
jaunes, M. jau- 
nes, coût, noire, 
T. noire. 


Paturet (L.) '. . 


Olding. 


Limoges. 


Olding. 


C. noire, boutons 
roses, T. rose. 




Petit (M.-R.) 


E. Rolfe. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. bouton d'or, 
M. cercl. bou- 
ton d'or et ce- 
rise, T. cerise. 


Pierre (A.) 


F. Carter. 


Chantilly. 


Carlyle. 


C. blanche, M. 
ver tes, T. rouge. 



470 



USTE ALPHABETIQUE 





NOM 


LIEU. 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




Pirlot(C.) 


Ed. Lees. 


Capellen (Bel- 
gique). 


T. Brown. 


C. jaune, éch. et 
T. noires. 




Planté (J.) .". .. 


Lavigne. 


Pau. 


Mousset. 


C. noire, pl.blanc^ 
T. blanche. 


Potier 


Newmann 
junior. 


Nantes. 


Newmann 
junior. 


C. rose, M. et T. 
gris vert. 




POUYLAUD 


Jones. 


Pau. 


Jones. 


C. violette, M. et 
T. noires. 


Prat (J.) 


W.-J. Clout. 


Croix Saint - 
Ouen. 


G. Bartholo- 
mew. 


C. marron, M. o- 
rattge, T. blan- 
che. 




OUINT (0.) 


E. Bartholo- 
mew. 


Chantilly. 


Aston. 


C. mauve, brand. 
or, M. et T. e- 
carlates. 




Recoules 


Ruddock'. 


Maisons- Laf- 
fitte. 


Lightfoot. 


C. cr ème, éch. noi- 
re et or ange. M. 
blanches^ T. or. 




Renard 


J. Doyer. 


Maisons -Lai- 
fitte. 


More ton. 


C. marron, 3/. et 
T. vert d'eau. 




RiBAUCOURT (C* A. 

de) 


G. Miles. ^ 


Casteau, par 
Neulvilles 
(Belgique). 


Ch. Jellis. 


C. cercl. noir et 
blanc, T. bleue. 




RlDGWAY (H.) 


E. Cuther. 
J. Mitchell. 


Chantillv. 
Chantilly. 


Mann. 


C. vert d'eau, T. 
noire. 


Robinson(F.) 


Rowell. 


Chantilly. 


Ward. 


C. bleu clair^ 
brand. anrent, 
T. bleue. 


Roger (B") 


T. Carter 
junior. 


Daisy Cottage 
(ChanliUy). 


Boon. 


C. rouge, T. jaune. 




Rolland (E.) 


Bishôp. 


Chantilly. 


Brockwell. 


C. bouton d'or, 
T. idem. 




Rothschild (B»" de). 


Lynham. 


Chantilly. 


Crickmere. 


C. bleue, T. jaune. 


Saffery(H.) 


J. Barker. 


Maisons- Laf- 
fitte.J 


J. Barker. 


O tn/it'fnfi hfiittA 




argent, M. gris 
perle, T. bleue. 

— 



DES PROPRIETAIRES. 



471 





NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




SALVERTE(de) 


Baines. 


Maisons -Laf- 
fitte. 


Basden. 


'. jaune, pois 
bleus ^ M. jau- 
nes^ T. bleu et 
or. 


Sampieri (C") 


A. Carter, 


ChantiUy. 


Carlyle. 


r. bouton d'or, 
T. vert et or. 


Say (H.) 


C'arter senior. 
Stripp. 


Royal-Lieu. 
Chantilly. 


Boon. 


C.r ou ^e,M. bleues. 
T. êleue. 




ScHiCKLER (B-A.de) 


Webb. 


Chantilly. 


French. 


i\ blanche, M. et 
T. cerise. 


SCHMOLCK 


• 


» 


» 


( '. rose, brand. 
or, T. bleu ciel 
et or. 




SiEBER 


E. Price. 


St - Germain - 
en-Laye. 


Wheelan. 


(\ cercl. bleu et 
blanc, M. bleues, 
T.bleu et blanc. 




Sortais (E.) 


T. Hurst. 


Chantilly. 


Dutton. 


( \ noire, coût, et 
brand. jaunes, 
T.noir et jaune. 




SouBEYRAN (B**G. de) 


T. Carter ne- 
veu. 


Moulins. 


Bridgeland. 


C. blanche et or, 
T. idem. 


Spruyt (G.) 


Stern. 


Chantilly. 


A. Johnson. 


r. violette, M. et 
T. jaunes. 




Talhouet-Roy (C** 
G.) 


J. Bail. 


Au Lude. 


EUis. 


C. gris perle, T. 
noire. 




Theurillat 


J. Barker. 


Maisons -Laf- 
fitte. 


J. Barker. 


C. rayée rouge et 
noir, T. noire. 




Thomas (Capitaine). 


Ruddock. 


Maisons -Laf- 
fitte. 


Lightfoot. 


C. bouton d'or, 
T. rouge car- 
dinal,glandor. 


Thorn(W. K.) 


Kalley. 


Mont-de-Mar- 
san. 


Kalley. 


C. verte, T. noire. 


TiRARD (L.) 


Dodge. 


Neaufles. 


Baldr}. 


C. blanche, éch. 
noire, T. bleue. 




Trédern (Vie** de).. 


E. Rolfe. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. jaune, M. rou- 
ges, T. blanche. 



472 



LISTE ALPHABÉTIQUE DES PROPRIÉTAIRES. 





NOM 


LIEU 


NOM 




PROPRIÉTAIRES. 


DE 


d'en- 


DU 


COULEURS. 




l'entraîneur. 


traînement. 


JOCKEY. 




Trouilh 


Paillassa. 


Pau. 


Paillassa. 


C. bleue, éch. noi- 
re, T. noire. 




Tyszkiewicz {O* ].). 


Thorpe. 


Chantilly. 


Ward. 


C. verte, éch. et 
T. jaunes. 


Vante AUX (P. de).... 


MathurinDes- 
maisons. 


Saint - Jean - 
Ligoure. 


Hodges. 


C. bleu ciel, M. 
blanches, T. noi- 
re. 


Vautier (R.) 


Pariche. 


Vineuil. 


G. Williams. 


C, grenat, M. et 
T. blanches. 




Vauvineux (C** de) . . 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


Carlyle. 


C. bleu ciel, T. 
idem. 


Veil-Picard (E.) 


Flatman. 


Chantilly. 


Storr. 


C. cercl. marron 
et jaune, T. 
marron. 


Veillon (R.) 


Flatter. 


Maisons -Laf- 
fitle. 


Green. 


C.paille,M.etT. 
bleu ciel. 




VlAL (R.) 


Docheray. 


Maisons -Laf- 
filte. 


More ton. 


C. rayée blanc et 
noir, M. et T. 
noires. 




Vichy (C" de) 


Lainel. 


Chantilly. 


R. Bundy. 


C. rayée bleu et 
blanc, T. bleue. 


Vidal (Estor) 


J. Moore. 


Pérols. 


1 

Covey. 


C. rose, T. noire. 


ViLLAMiL (de) 


R. Carter 
junior. 


Chantilly. 


Wycherley. 


C. cercl. marron 
et cramoisi, M. 
et T. cramoisies. 


Warocouè 


Neale. 


Beloy , par 
Wavre (Bel- 
gique). 


Follett. 


C. grenat, éch. et 
T. bleu ciel. 




Wilde (T.) 


W.Wallender 


Maisons -Laf- 
fitte. 


W. Johnson. 


C. bleue, pois 
blancs, T. noire. 




Wysocki 


E. Rolfe. 


Chantilly. 


Rolfe. 


C. verte, M. et T. 
roses. 





TABLE 



Préface i 

Chapitre I. — Origine et but des courses i 

Chapitre II. — La Société cT Encouragement devant la critique. . ii 

Chapitre HI. — Questions d'élevage 25 

I. Du cheval de courses 25 

II. La formation d'une écurie de courses. . ! 27 

III. Les frais d'une écurie de courses 37 

Chapitre IV. — Principaux établissements d'élevage 45 

I. Le haras de Dangu 45 

II. Le haras de Victot 53 

III. Le haras de Martinvast 64 

IV. Les haras de Viroflay et de Vaucresson 77 

V. Le haras de Cheffreville 90 

VI. Le haras de Chamant io3 

VII. Le haras de Bois-Roussel 114 

VIII. Les haras de Villebon et de la Celle- Saint- Cloud 122 

IX. Le haras de Lonray i3o 

X. Le haras de Meautry 142 

Chapitre V. — Sevrage des poulains et dressage des yearlings. i53 

Chapitre VI. — Uécurie d'entraînement et son personnel, ... 161 

Chapitre VII. — Ventraîneur et le jockey 177 

Chapitre VIII. — Langé et Ventratnement des steeple-chasers . . . 195 

Chapitre IX. — Les steeple-chases 201 



474 TABLE. 

Chapitre X. — Profils de sportsmeu 217 

I. Le comte d'Hédouville 217 

IL M. Auguste Lupin 220 

IIL Le comte Frédéric de Lagrange .... 228 

IV. M. Henri Delamarre 284 

V. M. Paul Aumont 237 

VI. M. L. André. . 242 

VIL Les Rothschild. . . 246 

VIII. Le duc de Hamilton 247 

IX. M. A. Du Bos 25o 

X. M. Jean Prat 264 

XL M. Edmond Blanc 267 

XII. Le prince d^\renberg et le comte de Juigné 259 

Chapitre XL — Profils d'entraîneurs et de jockeys 263 

L Henry Jennings 263 

IL Cornillet. ." . 266 

IIL A.-E. Dodge 269 

IV. Hartley 274 

Chapitre XII. — Le handicapeur, le juge et le starter 277 

L Le handicapeur 277 

IL Le juge 279 

III. Le starter 280 

Chapitre XIII. — Hippodromes parisiens et suburbains^ . . . . 283 

Chapitre XIV. — Chantilly 293 

Chapitre XV. — Le Grand Prix de Paris 3o5 

Cylapiik^ X\l. — Le turf à vingt sous 33 1 

I. La pelouse 33i 

IL Lés pronostiqueurs . . 338 

III. Pronostiqueur ambulant 340 

IV. Le donneur de tuyaux 342 

V. Les pouleurs et les pouleuses 344 

CnxpYïKE Wll. — Le jeu aux courses 353 

Chapitre XVIII. — Le sport et la femme 379 

Chapitre XIX. — Les courses en province 393^ 

Chapitre XX. — Nos succès en Angleterre 4o5 



TABLE. 475 

Chapitre XXI. — Les courses au trot 411 

Dictionnaire des termes employés sur le turf 420 

Liste alphabétique des réunions 455 

Liste alphabétique des propriétaires \5g 



19497 — Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris. 



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